Comment reconnaître la pseudo-expertise — le cas Emma Haziza
Une personnalité diplômée qui se présente comme une chercheuse spécialiste de l’environnement et du changement climatique est-elle de facto une experte reconnue ? Emma Haziza accumule les affirmations erronées, refuse de les corriger, répond aux critiques par des procès, n’a pas d’activité de recherche, mais détient plusieurs entreprises qui commercialisent des prestations de conseil dans les domaines mêmes où elle intervient dans les média. De quoi interroger sérieusement la fabrication médiatique de l’expertise.
Emma Haziza est un personnage médiatique présenté comme hydrologue, chercheuse et spécialiste du changement climatique. Depuis plusieurs années, France Inter, France 5, C ce soir, Thinkerview et différentes institutions lui donnent la parole sur l’eau, le climat, les pesticides, et divers questions environnementales. Elle n’est pas invitée à livrer un témoignage, un sentiment, un combat ou une opinion ; elle s’exprime en tant qu’experte. Or, plusieurs de ses déclarations publiques sont fausses, très exagérées et souvent étrangères à son domaine de formation. Des scientifiques les corrigent depuis 2022. Certaines rédactions ont même publié des rectificatifs. Emma Haziza continue pourtant d’être invitée sous le même statut d’experte.
Nous allons passer en revue des propos tenus publiquement sur des questions hautement sensibles dans le contexte climatique et la crise écologique qui l’accompagne dans des médias de masse, au nom d’une expertise scientifique qui doit évidement être un gage de confiance pour le public. Et le problème, nous allons le voir, est que cette confiance est abusée et que le public est amené à ne plus savoir à qui accorder sa confiance sa confiance. Ce que j’appelle le chaos épistémique ainsi généré est un danger très grave puisque nous allons au-devant de crises au cours desquelles il sera littéralement vital de savoir distinguer une parole scientifique d’une baliverne.
Mai 2022 — Le pompage des nappes renforcerait l’effet de serre ?
En mai 2022, Thinkerview lui consacre un entretien de plus de deux heures intitulé Crise de l’eau, planète Terre invivable ? Emma Haziza y explique que l’eau pompée dans les nappes finit dans l’atmosphère, accroît la quantité de vapeur d’eau et renforce ainsi l’effet de serre. Elle insiste : selon elle, le rôle climatique de ce pompage aurait été négligé.
- Citation à partir de 32 min 40 s : https://www.youtube.com/live/5ysUySSNW3M?si=Z8vNq5h633t-iinc&t=2030
Prenant une mine complotiste, elle suggère que le CO2 n’est « que l’arbre qui cache la forêt du cycle de l’eau ». En clair les climatologues n’y connaissent rien. Le format de Thinkerview lui laisse développer cette thèse sans contradicteur compétent. La vidéo cumule plus d’un million de vues.
Le politologue belge François Gemenne, auteur d’un rapport du GIEC, spécialiste des migrations environnementales et de la gouvernance du climat, réagit sur X : « Bon, suite à d’autres alertes de collègues, je me suis décidé à regarder l’extrait en question. Honnêtement je suis tombé de ma chaise : on frise le délire complotiste. Il y a plein d’éléments qui sont factuellement faux. Ça mériterait clarification. »
Le chercheur physicien et climatologue François-Marie Bréon réagit également :
« Je l’ai souvent prise en flagrant délit de raconter n’importe quoi. Par exemple, dans son interview sur @Thinker_view, sa description de l’effet de serre est complètement fausse Génant pour une spécialiste du changement climatique. Il y a plus grave, elle affirme (à 29:15) que l’eau représente 95% des gaz à effet de serre sur la terre, alors que le CO2 ne contribuerait que pour 4% . Pas clair où elle est allée chercher cela.
(…) Elle explique ensuite qu’on exploite les nappes phréatiques, que l’eau se retrouve dans les océans, et contribue 30% à la montée du niveau des mers. Elle dit bien « à vérifier », mais je trouve gênant qu’une hydrologue spécialiste du CC puisse donner un chiffre aussi faux.
Pour des détails, cf chapitre 9.6, et table 9.5 sur : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/downloads/report/IPCC_AR6_WGI_Chapter09.pdf
Mais SURTOUT elle raconte n’importe quoi sur le cycle de l’eau en expliquant que le fait de pomper les nappes fossiles conduit à augmenter la vapeur d’eau dans l’atmosphère et à augmenter l’effet de serre.»
Lucas Planavergne et Jean-Loup Adénor, dans le journal Mariane relatent : « Les questions que pose l’arrivée controversée de l’hydrologue Emma Haziza à franceinfo »
Daniel Schneiderman d’Arrêt sur Image revient sur ces propos et raconte un échange téléphonique avec Emma Haziza :
« « Peut-être que j’ai tout faux. C’est quelque chose que je perçois », répète Haziza. Une simple intuition, alors, ce rôle déterminant des vapeurs anthropiques ? « Bien sûr, ce n’est à ce stade qu’une intuition. » Peut-on, perçue comme scientifique, intervenir dans l’espace public sur le dérèglement climatique en avançant des « questions », des intuitions de franc-tireuse, des « perceptions » non encore validées par les pairs, en multipliant les « je peux me tromper, mais » ? Je lui dis que je pense personnellement que non. « Je suis d’accord », répond-elle. Un peu tard ?
L’excellent vulgarisateur Le Réveilleur a lui aussi réagi dans un thread très éclaiant à lire ici : https://x.com/Le_Reveilleur/status/1659610361434193925. Je rappelle qu’il date de 2023 !
Cette polémique a mobilisé des chercheurs et des journalistes dès 2022. On s’attend à ce que cela change les choses : ou bien Emme Haziza sera beaucoup plus prudente et rigoureuse, ou bien les médias la laisseront de côté. Que nenni.
Février 2023 — « Champions du monde des pesticides »
Le 27 février 2023, Emma Haziza est invitée dans C ce soir, émission présentée par Karim Rissouli. Elle déclare : « On est les champions du monde en matière de pesticides. »
- Séquence publiée par l’émission : https://x.com/Ccesoir/status/1630332447228579840
Karim Rissouli laisse passer le slogan sans demander ce qu’il signifie concrètement. Un classement mondial exige pourtant un indicateur : quantité totale vendue, quantité rapportée à la surface agricole, fréquence d’application, toxicité des substances, nombre de traitements ou risques pour les écosystèmes. La France constitue un grand marché agricole et figure parmi les principaux utilisateurs européens en volume absolu. Mais, rapportée à la surface cultivée, elle se situe derrière plusieurs pays européens et très loin derrière d’autres pays du monde.
Des commentateurs ont d’ailleurs apporté un démenti sourcé à cette affirmation
- https://x.com/LaurentSegnis/status/1630571614583635970
- https://x.com/MichaelMickha/status/1630540098876915715
Aucun indicateur général ne lui attribue un titre de « championne du monde ». C’est une expression de type militantisme outrancier qui ne peut pas être émise par une personne qui s’exprime en tant qu’experte.
- https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Agri-environmental_indicator_-_consumption_of_pesticides
- https://www.fao.org/faostat/en/#data/RP
Juin 2023 — Ils vont stopper la rotation de la Terre
En juin 2023 Emma Haziza déclare sur Twitter/X :
« Continuons la fast fashion, l’agriculture intensive irriguée et la production mondiale de nos produits superflus en pillant les eaux souterraines, et la Terre finira par arrêter de tourner. »
Elle s’appuie sur une étude réelle, puis lui fait dire une énormité : l’humanité pourrait arrêter la rotation de la planète en pompant ses nappes phréatiques.
- Source de la citation : https://x.com/HazizaEmma/status/1670495877490786304
L’étude en question montrait que l’extraction des eaux souterraines redistribue une petite partie de la masse terrestre. Cette redistribution contribue au déplacement du pôle de rotation par rapport à la croûte, à raison de quelques centimètres par an. Elle ne menace ni la rotation de la Terre, ni sa vitesse, ni sa stabilité. On ne sait pas d’où sort la surenchère catastrophiste, mais elle plait, puisque l’autrice est depuis une abonnée du PAF.
- Seo, K.-W., Ryu, D., Eom, J., Jeon, T., Kim, J.-S., Youm, K., et al. (2023). Drift of Earth’s pole confirms groundwater depletion as a significant contributor to global sea level rise 1993–2010. Geophysical Research Letters, 50, e2023GL103509. https://doi.org/10.1029/2023GL103509
Mars 2024 (et décembre 2023) — « La France est le pays qui se réchauffe le plus vite au monde »
Le 22 mars 2024, au micro de France Inter, Emma Haziza déclare : (1imin20) « Nous sommes le pays qui se réchauffe le plus rapidement dans le monde. Vingt pour cent plus vite que le reste du monde. » Léa Salamé reformule pour s’assurer que nous avons bien compris : « C’est-à-dire que la France, de tous les pays du monde, est le pays où la transformation du climat est la plus rapide. » Emma Haziza confirme alors : « 20 % plus rapide que le reste du monde. Deux études le mettent en évidence. »
- Source https://www.dailymcom/video/x8v7z32 « Sécheresse : « Il faut être lucide et courageux car les solutions, on les a », plaide Emma Haziza »
La première affirmation attribue clairement à la France un record mondial. Le chiffre avancé ensuite établit seulement que la France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Une comparaison à une moyenne ne permet aucun classement entre pays. Plusieurs régions de haute latitude, notamment dans l’Arctique, connaissent un réchauffement beaucoup plus rapide.
La formulation rigoureuse aurait été : « La France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. »
Au téléphone le chercheur François Marie Bréon m’a expliqué hier : « Mais cela est vrai de la majorité des pays du monde ! Les pays du monde se réchauffent plus que la moyenne de la Terre pour la simple raison que les océans se réchauffent nettement moins vite que les continents. »
On peut consulter le site de Berkeley Earth, une organisation scientifique indépendante à but non lucratif qui produit depuis 2013 ses propres analyses des températures mondiales à partir de données instrumentales ouvertes.
La France se situe approximativement autour de la 44e place mondiale (sur 195 États), dans le quart des pays qui se réchauffent le plus rapidement. Elle se réchauffe donc vite, mais elle reste loin du premier rang. Le Canada, la Russie, l’Iran et plusieurs pays d’Europe du Nord ou d’Asie centrale affichent des tendances supérieures. La déclaration d’Haziza est tellement gênante que France Inter publie un correctif sur X le lendemain : « Contrairement à ce qu’a affirmé l’hydrologue Emma Haziza sur l’antenne de France Inter, la France n’est pas le pays qui se réchauffe le plus vite dans le monde. »
Cette erreur possédait déjà un précédent. En décembre 2023, Emma Haziza avait prononcé la même affirmation lors d’une conférence organisée au Collège de France. Elle l’avait également formulée face à l’écrivain Erik Orsenna en octobre 2023 dans un contenu produit pour Engie. À la question : « La France est le pays qui se réchauffe le plus vite au monde ? », elle avait répondu : « Exactement. Vingt pour cent plus vite que le reste du monde. »
- https://www.youtube.com/clip/Ugkxk0Qu_mEGkmASh7js5HXXJhK2a2aqFZLO
- https://innovation.engie.com/fr/news/actus/podcasts/le-lien-entre-eau-et-energie/29135
Nous avons donc une fausse affirmation comparative répétée dans au moins trois cadres prestigieux : le Collège de France, un entretien institutionnel avec Erik Orsenna et France Inter.
Juillet 2026 — Les centrales nucléaires « condamnent tout le vivant »
Le 15 juillet 2026, Caroline Roux reçoit Emma Haziza dans C dans l’air, sur France 5. L’hydrologue affirme :
« Plus de 50 % de l’eau qu’on prélève en France sert à refroidir les centrales nucléaires, et on les rejette avec des températures supérieures de 3 à 10 °C : on condamne tout le vivant de la rivière et c’est une énergie extrêmement consommatrice dans les phases estivales. »
- Source de la citation et vérification publiée par TF1 Info :
https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/verif-on-condamne-tout-le-vivant-les-rejets-d-eau-des-centrales-nucleaires-sont-ils-vraiment-nocifs-pour-la-biodiversite-2453630.html
Alors bien sûr, on peut être contre le nucléaire pour des tas de raisons, mais il faut prendre soin d’argumenter correctement.
Ici, la phrase de Mme Haziza mérite des correctifs.
En 2022, 46 % de l’eau douce prélevée en France métropolitaine servait au refroidissement des centrales de production d’électricité. La statistique officielle concerne l’ensemble des centrales électriques et mesure des prélèvements, c’est-à-dire l’eau captée avant d’être largement restituée. En 2023, le refroidissement des centrales de production d’électricité représentait environ 11 % de l’eau réellement consommée, loin derrière l’agriculture. La question reste importante localement, surtout en période d’étiage, mais le chiffre de prélèvement décrit mal la pression effective sur la ressource.
- Service des données et études statistiques. (2026, 6 mars). Prélèvements de ressources naturelles en France : état des connaissances en 2025. Ministère de la Transition écologique. –https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/prelevements-de-ressources-naturelles-en-france-etat-des-connaissances-en-2025
- https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-prelevements-deau-douce-par-usage-en-france-en-2022
L’affirmation « on condamne tout le vivant de la rivière » relève, elle, de la dramatisation pure. Les centrales en circuit ouvert sont autorisées à réchauffer localement le milieu de quelques degrés. Celles qui utilisent des tours aéroréfrigérantes provoquent généralement un échauffement de quelques dixièmes de degré en aval. Les rejets thermiques comportent de véritables enjeux écologiques ; ils font précisément l’objet de seuils, de contrôles et de réductions de puissance lorsque les conditions l’exigent.
Il n’existe pas à ce jour de situation où l’on condamnerait « tout le vivant de la rivière » — C’est de la science-fiction, et c’est donc l’inverse de ce qu’on attend d’une experte prenant la parole dans un média national.
- Sources de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection :
https://www.asnr.fr/sites/asnr/files/2025-07/rejets-thermique-des-centrales-nucleaires-pendant-les-periodes-estivales.pdf
https://recherche-expertise.asnr.fr/savoir-comprendre/surete/limpact-secheresse-sur-fonctionnement-centrales-nucleaires
Cette séquence est d’autant plus révélatrice que Caroline Roux reçoit une affirmation quantitative, une accusation environnementale absolue et une mise en cause d’une filière industrielle sans effectuer la moindre vérification, sans demander des sources, sans inviter le public à recevoir prudemment cette déclaration.
Dans la même émission, Emma Haziza affirme qu’à Fontainebleau, suite aux incendies, l’eau ne va plus pouvoir s’infiltrer dans les sols, ce qui va mettre en danger l’approvisionnement en eau de Paris.
On trouve sur X, dans la noté de la communauté le rectificatif suivant :
- « Les captages (Bourron, sources de Villeron et Villemer, Sorques) sont à l’est et au sud-est des principaux foyers. Ils représentent environ 8% de l’eau potable parisienne. Aucune alerte sanitaire n’a été émise par Eau de Paris, l’ARS ou la préfecture. »
- https://www.eaudeparis.fr/en/seven-plants-to-treat-water
Un incendie forestier sévère peut rendre temporairement certains sols plus hydrophobes et réduire localement l’infiltration de l’eau. Cette propriété générale ne suffit pas à annoncer une menace pour l’approvisionnement de Paris. Une telle conclusion exige une étude locale reliant précisément les surfaces brûlées, les aires de recharge, la sévérité du feu et la contribution effective des captages concernés.
Mais quand votre modèle économique consiste à vendre du conseil aux gens qui sont habités par la peur du manque d’eau, peut-être êtes-vous motivés à exagérer les menaces sur Paris et ses alentours.
Emma Haziza a répété sur divers médias ses propos sur l’usage lié au refroidissement des centrales nucléaires : « Plus de 50% de toute l’eau qui passe dans les fleuves vient directement refroidir les turbines des centrales » disait-elle sur Tilt en novembre 2025.
Le travail de désintoxication est réalisé par des chercheurs sur les réseaux sociaux, et probablement dans des courriers adressé aux journalistes, et parfois par d’autres rédactions. Mais Rien ne change : Emma Haziza reste invitée partout.
- https://www.tf1info.fr/environnement-ecologie/verif-on-condamne-tout-le-vivant-les-rejets-d-eau-des-centrales-nucleaires-sont-ils-vraiment-nocifs-pour-la-biodiversite-2453630.html
- https://fr.linkedin.com/posts/ludovic-dupin_environnement-nucl%C3%A9aire-activity-7483819476912750592-4d9w
Qui est Emma Haziza ?
Je ne suis pas en mesure d’évaluer comme ça l’expertise des gens qui s’expriment sur un sujet. Et je vous déconseille de vous imaginer que vous en êtes capable, parce que personne ne l’est en dehors d’un très petit périmètre des sujets sur lesquels vous êtes un vrai expert. La plupart des gens dans le monde ne sont expert de… rien. Si c’est votre cas, ne vous sentez pas seul ou dévalorisé. On garde le droit de s’exprimer même quand on n’est pas spécialiste à condition —et ça n’est pas difficile— de ne pas prétendre qu’on est spécialiste
Mais les imposteurs et les fausses expertes, ça existe alors comment faire pour ne pas accorder sa confiance à un baratineur ou une bonimenteuse ? Quand on n’est pas expert soi-même, il faut s’en remettre à des indices. Voici quelques questions à se poser qui permettent de calibrer notre niveau de confiance.
- Le soi-disant spécialiste a-t-il un CV authentique qui sanctionne clairement d’une compétence dans le domaine ? Par exemple : Thierry Casasnovas n’a aucune formation en santé. Rien.
- Le soi-disant spécialiste interagit-il avec des experts reconnus qui le traitent comme tel, ou bien qui le défendent contre des accusations d’imposture ? Par exemple : aucun chercheur en sciences cognitives ou en mathématique ne défend Idriss Aberkane quand il est accusé d’être une totale imposture.
- Le soi-disant spécialiste réagit-il aux critiques avec des arguments et des sources scientifiques ? Par exemple Didier Raoult insulte et poursuit en justice les chercheurs qui ont contredit ses allégations sur la chloroquine.
- Lorsqu’une erreur est démontrée, le soi-disant spécialiste fait-il un mea culpa ? Par exemple Etienne Klein, plagiaire en série, continue de considérer qu’on s’acharne sur lui par jalousie plutôt qu’en raison de la gravité de sa faute répétée sur 30 ans. Par exemple Luc Julia continue de raconter des dingueries sur les IA partout où on continue de l’inviter en dépit des démonstrations qu’il baratine.
- Quels sont ses liens d’intérêt, les potentiels conflits, les réseaux et l’exploitation commerciale de l’exposition médiatique du soi-disant spécialiste ?
1 – La question du CV
Emma Haziza possède un doctorat consacré à la prévention du risque d’inondation et à la résilience territoriale. Cette qualification fonde une compétence réelle dans ce domaine. Les médias l’utilisent pourtant comme une experte générale de la climatologie, de l’effet de serre, d’El Niño, de l’énergie nucléaire, des pesticides, de la rotation terrestre et de la structure du manteau.
Emma Haziza se présente elle-même comme chercheuse. Son site officiel la décrit comme « hydrologue, chercheuse et entrepreneure » et évoque « son travail scientifique ». Son profil LinkedIn la présente également comme « une chercheuse et entrepreneure française ». En 2022, sa biographie Twitter indiquait en anglais : « Researcher in Climate Change adaptation and mitigation ». Nous parlons donc d’un statut revendiqué par l’intéressée, et pas seulement d’une étiquette approximative ajoutée par les journalistes. Reste à savoir quelle activité de recherche actuelle justifie cette présentation.
La page ajoute qu’elle est « issue du milieu de la recherche en hydrologie et en gestion des risques ». Le site de Mayane emploie la même présentation.
- Source : https://mayane.eu/qui-sommes-nous/
Interrogée en 2022 par Arrêt sur images sur l’absence de publications scientifiques après sa thèse, elle répond sur X : « Ce n’est pas parce qu’on ne multiplie pas les publications scientifiques que l’on n’est pas scientifique. »
Elle affirme également avoir supervisé des thèses, embauché des chercheurs, participé à des colloques et publié des rapports de recherche.
Le statut professionnel de chercheur renvoie habituellement à une activité suivie de production scientifique, avec publications, participation à des équipes ou programmes de recherche et résultats soumis à la discussion académique. Emma Haziza possède un doctorat et une expérience d’enseignement. Sa production scientifique publiée paraît toutefois extrêmement limitée. J’ai retrouvé deux articles cosignés après sa thèse, parus en 2015 et 2016 dans des actes de congrès scientifiques.
- Martin, B., Giacona, F., Furst, B., et al., Haziza, E., & Christiany, L. (2016). “ORRION: A specific information sharing tool to (re)build a flood risk culture in the Rhine Graben (France–Germany)”. E3S Web of Conferences, 7, 15005.
- Borrell Estupina, V., Raynaud, F., Bourgeois, N., Kong-A-Siou, L., Collet, L., Haziza, E., & Servat, E. (2015). “Operational tools to help stakeholders to protect and alert municipalities facing uncertainties and changes in karst flash floods”. Proceedings of the International Association of Hydrological Science
Je n’ai retrouvé aucune publication scientifique directement issue de sa thèse, ni de production régulière après 2016. Cette bibliographie très réduite cadre difficilement avec la présentation publique d’une chercheuse en activité.
Tout comme expert ou spécialiste, le mot « chercheuse » reste juridiquement libre d’emploi, n’importe qui peut s’en réclamer— dans un média, il suggère pourtant une activité scientifique actuelle et soumise au contrôle des pairs. Et c’est un problème parce que ce mot peut induire le public en erreur. Je précise en outre que le registre national des thèses ne mentionne aucun encadrement doctoral à son nom.
J’ai vu des chercheurs et experts du domaine émettre de sérieux doutes sur ses propos et ses compétences ; je n’ai pas vu des chercheurs du domaine la défendre contre ces accusations. Il faudrait probablement que ce simple fait soit pris en compte par les médias.
2 – Un business derrière l’étiquette de l’expertise ?
Emma Haziza dirige l’écosystème Mayane, un ensemble de sociétés qui vendent aux collectivités et aux entreprises des diagnostics de vulnérabilité, des stratégies d’adaptation, des formations et des outils consacrés aux risques climatiques qu’elle commente dans les médias. Le site de Mayane la présente comme sa fondatrice ; ses mentions légales la désignent également comme présidente et directrice de la publication.
Emma Haziza dirige aussi Mayane Labs et Mayane Learning Institute. Les registres recensent plusieurs autres structures actives ou anciennes liées à la formation, à la production audiovisuelle, au conseil et à l’immobilier.
Ses interventions publiques renforcent la visibilité d’entreprises qui commercialisent des réponses aux risques qu’elle décrit. Cela ne prouve aucune tromperie commerciale. Cela constitue en revanche un intérêt économique pertinent, que les médias devraient signaler lorsqu’ils la présentent comme une experte scientifique indépendante… Tout en en insistant sur une affiliation académique à l’école des Mines, mais sans jamais évoquer son activité entrepreneuriale qui la fait vivre.
Depuis le 1er janvier 2026, la présidence de Mayane est exercée par Yore Intelligency, société elle-même représentée par Emma Haziza. Elle reste donc au centre de la chaîne de direction, même si la présidence passe désormais par une personne morale.
Tout cela est probablement légal, je n’ai aucune compétence pour enquêter plus avant. Au minimum je constate que la visibilité médiatique d’Emma Haziza est un ressort important de son « business-model » duquel ne ressortent à ma connaissance aucune production scientifique attestant de son expertise, ni aucune activité académique permettant, à travers le contrôle par les pairs et la transparence méthodologique, de supposer une forme de neutralité factuelle de sa parole
3- La réaction aux critiques
Depuis 2022, François-Marie Bréon, physicien et climatologue, qui travaille au CEA, au CNRS et à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. documente plusieurs de ces erreurs en renvoyant aux vidéos originales et aux connaissances établies. En septembre 2022 Emma Haziza le poursuit en diffamation pour avoir écrit qu’elle n’était pas chercheuse. Haziza poursuit même le journal Marianne qui cite François-Marie Bréon quand il parle « d’usurpation de titre ».
Le tribunal relaxe tout le monde en novembre 2025. Emma Haziza a fait appel. Affaire à suivre.
- https://x.com/fmbreon/status/2077989671615795444
- https://x.com/fmbreon/status/1992972037229338977
- https://x.com/fmbreon/status/1997304269175992593
Sur la question de la pseudo-expertise associée à une instrumentalisation de la justice :
CONCLUSION
Emma Haziza possède une formation solide sur les risques d’inondation d’inondation et les stratégies de prévention. Elle possède également le droit de créer des entreprises, de défendre des convictions écologiques et de prendre la parole dans les médias.
Ce droit s’accompagne d’une responsabilité lorsque cette parole est présentée comme scientifique. Plusieurs de ses affirmations publiques ont été dénoncées et débunkées depuis 2022. Certaines relèvent d’une confusion entre des notions élémentaires ; d’autres transforment des résultats réels en scénarios catastrophistes. Pourtant, les invitations se poursuivent et son domaine d’expertise médiatique continue de s’étendre.
Il semble nécessaire de rappeler que l’on a aussi le droit de dire publiquement qu’elle n’est pas chercheuse puisque ce mot, bien qu’il puisse décrire plusieurs réalités, est compris par le public comme définissant une personne qui travaille dans une structure académique pour accroitre les connaissances au bénéfice du public. On est en droit d’interpeller les médias et les journalistes qui emploient ce mot à la légère et négligent d’écouter les avis des chercheurs qui publient des travaux dans ces domaines. On a le droit de dénoncer les erreurs grossières qu’elle commet à répétition dans de grands média sur des questions sensibles où il faut redoubler d’effort afin de ne pas embrouiller le public.
On a le droit de défendre l’idée qu’il ne faut pas donner la parole à des personnes qui ont un business adossé à la crédibilité que leur accorde une présence médiatique, quand ces mêmes personnes sont de toute évidence en contradiction avec des experts dont la crédibilité repose sur leurs publications scientifiques.
On a le droit, enfin, de rappeler aux médias que la parole scientifique n’est pas une marchandise comme une autre, et que trainer devant les tribunaux des gens qui émettent des critiques scientifiques est un signal fort d’imposture intellectuelle : on l’a vu avec les Bogdanov, avec Aberkane, Séralini, ou Raoult.
Le cas Emma Haziza n’est pas isolé, il n’est même sans doute pas le pire du paysage, et si ma vie se résumait à traquer les imposteurs grâce à des talents infinis je devrais très certainement dénoncer des cas encore plus graves, mais prenons soin d’éviter le whataboutisme ou la victimisation : le problème n’est pas d’en vouloir personnellement à madame Haziza, mais de réagir quand une imposture manifeste est dénoncée avec des arguments afin d’assainir les relations entre le monde médiatique et le monde scientifique.
Ce n’est pas un petit sujet, c’est une question de premier ordre pour ceux qui aimeraient éviter la mort de la démocratie et la fin de la civilisation.
Et si vous, devant votre écran, vous pensez qu’il faut dénoncer d’autres impostures, relevez vos manches et mettez-vous au travail. Si vous avez des arguments, des propos clairement sourcés et la preuve d’erreurs ou de mensonge, publiez votre critique.




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