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Les meilleurs des miracles : #6 La guérison de Marie Borel

 

Série de billets autour du débat qui m’a opposé à Matthieu Lavagna sur : « Y a-t-il des miracles attestés par la science ? »

La série :

  1. Les meilleurs des miracles : #1 La guérison de Pierre de Rudder
  2. Les meilleurs des miracles : #2 La guérison de Francis Pascal
  3. Les meilleurs des miracles : #3 Lourdes face à une analyse rationnelle
  4. Les meilleurs des miracles : #4 La guérison de sœur Bernadette Moriau
  5. Les meilleurs des miracles : #5 La guérison de Marie Bigot
  6. Les meilleurs des miracles : #6 La guérison de Marie Borel

L’allégation

Marie Borel, de Mende, est présentée comme guérie les 21-22 août 1907, à 27 ans, de six fistules pyo-stercorales situées dans les régions lombaire et abdominale ; la reconnaissance diocésaine intervient à Mende le 4 juin 1911.

Dans le récit favorable, elle aurait souffert depuis plusieurs années de complications abdominales graves après des épisodes d’appendicite et une opération réalisée en 1903. Elle était affectée d’une terrible fistulose purulente, compliquée par une péritonite, avec six fistules pyo‑stercorales au niveau lombaire et abdominal, ce qui relevait, à l’époque, de pathologies très invalidantes et potentiellement mortelles, sans traitement antibiotique.

Le site Miracle Hunter affirme qu’elle arrive à Lourdes en août 1907 dans un état très dégradé, puis que les fistules se ferment brutalement après les bains ou au cours du pèlerinage, avec récupération rapide.

Des fistules pyo-stercorales multiples, chroniques, suppurantes, dans un contexte post-opératoire abdominal, ne sont pas censées se fermer spontanément sans traitement chirurgical. Si l’état initial est correctement établi et si la fermeture a réellement été soudaine, complète et durable, les défenseurs du miracle y voient une guérison impossible naturellement.

 

Sur quoi repose le dossier ?

— Les fiches de Lourdes insistent sur la gravité de la fistulose et de la péritonite, avec risque de mort, voire d’abcès généralisé, et sur le fait que Marie Borel était dans un état de grande souffrance, quasi immobilisée, à son arrivée à Lourdes

— Le récit officiel rapporte que, après avoir participé aux cérémonies, elle aurait subitement cessé de souffrir, s’est levée, a marché, et a continué à vivre normalement sans rechute, ce que les apologètes jugent incompatible avec l’évolution habituelle de ce type de maladie.

— Peu d’informations médicales sont accessibles en ligne. Les récits apologétiques et les reprises secondaires citent des médecins, comme Dr Henri Guinier et le Dr Bardol, mais pour se faire un avis véritable, il faut accéder aux certificats originaux, aux comptes rendus complets et aux conditions exactes de constatation. Aucune contre-expertise indépendante ne semble avoir été publiée.

— Le cas est mentionné dans le BMJ, par le jésuite Herbert Thurston dans “Faith Healing And Miracles”, British Medical Journal, en 1910. Mais cette mention ne constitue pas une publication médicale dédiée au cas et attestant de la réalité des détails du récit miraculeux.

 

Analyse critique

Le cas Marie Borel a un avantage rhétorique pour l’apologétique : contrairement à des troubles fonctionnels, une fistule pyo-stercorale est censée être une lésion organique visible, matérielle, médicalement objectivable. Sur le papier, le cas paraît donc mieux cadré qu’une douleur, une paralysie mal documentée ou une récupération subjective. Mais toute la question tient dans l’accès aux pièces.

Les sources publiques disponibles font état de la reconnaissance du récit apologétique, et de rien d’autre. Nous ne sommes pas en mesure de vérifier la réalité précise des six fistules, leur localisation, leur ancienneté, leur communication exacte avec le tube digestif, les traitements reçus, les examens pratiqués, l’évolution spontanée possible, ni l’état constaté immédiatement avant et immédiatement après le passage dans les bains de Lourdes.

Le matériel dont nous disposons est une histoire dont tout ce qu’on peut dire c’est qu’elle a été reconnue comme miraculeuse par l’autorité diocésaine en 1911. C’est peu. Cette histoire n’a à aucun moment fait l’objet d’une publication académique permettant de revendiquer quelle aurait été scientifiquement validée.

Si toutefois on voulait raisonner sur le peu d’informations disponibles, alors on s’aviserait qu’une fistule digestive peut parfois évoluer, s’améliorer ou se fermer selon sa cause, son trajet, son drainage, l’état infectieux, les traitements, l’alimentation, la chirurgie préalable et l’état général.  Une revue récente donne une fourchette de 15 à 75 % de fermetures spontanées selon les séries (Denicu et al., 2022)[1]. Cela ne prouve pas que Marie Borel a guéri ainsi, mais cela interdit de présenter la fermeture d’une fistule digestive comme biologiquement impossible sans disposer du dossier clinique primaire.

Marie Borel fait partie des quelques cas que Matthieu Lavagna a soumis à mon attention car il s’agit pour lui de l’un des meilleurs arguments scientifiques de l’existence des miracles. Et nous constatons qu’il s’agit d’une guérison inhabituelle et impressionnante, mais sans rien d’impossible si l’on s’en tient à ce qui est connu.

 

Questions à se poser

  • Avons-nous accès aux certificats des médecins qui ont examiné les fistules juste avant le pèlerinage d’août 1907 ? Quelle information est réellement vérifiable ?
  • Disposons-nous d’un compte rendu de l’opération de 1903 et d’un suivi chirurgical décrivant précisément les fistules apparues ensuite ?
  • Les six fistules pyo-stercorales ont-elles été objectivées par des examens médicaux contemporains, ou seulement décrites dans des récits postérieurs ?
  • Qui constate la fermeture des fistules après Lourdes, à quelle date exacte, et avec quel examen ?
  • Existe-t-il une contre-expertise chirurgicale ou gastro-entérologique indépendante, publiée, qui reprenne les pièces primaires du dossier ?
  • Le dossier montre-t-il une fermeture instantanée objectivée médicalement, ou une guérison racontée et reconnue après coup par le dispositif de Lourdes ?
  • Si ce miracle est attestée par la science, comment se fait-il que personne ne le sache ? (Dieu ferait le travail à moitié ?)
Acermendax

[1] Denicu, M. M., Buga, A. M., Gheonea, I. A., Găman, A. E., & Gheonea, D. I. (2022). Therapeutic options in postoperative enterocutaneous fistula—A narrative review. Medicina, 58(7), 880. https://doi.org/10.3390/medicina58070880

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