Des miracles prouvés par la science ? Mon introduction au débat
Propos introductif
Il faut se méfier de notre tendance à tous, à croire que nous avons compris un phénomène au prétexte que nous avons posé dessus un mot, une étiquette, une image.
Je suis non-croyant, je n’utilise jamais la notion de miracle car à ma connaissance elle est vide de sens. Ce n’est pas une attaque de ma part ; simplement quand quelque chose est mystérieux je considère qu’il faut accepter qu’on ne sait pas ce qui se passe, que c’est inexpliqué, mas pas que c’est inexplicable et donc surnaturel.
C’est pour cela qu’il ne me revient pas de livrer ici une définition d’un miracle, c’est un travail qui incombe à Matthieu, et j’espère que dans nos échanges nous aurons le temps d’examiner la robustesse de sa définition, parce que sinon nous aurons parlé dans le vide, les gens auront écouté pour rien.
J’ai accepté ce débat en raison de l’intitulé précis qui m’a été proposé : « Y a-t-il des miracles attestés par la science ? », c’est cela la question à laquelle nous devons essayer de répondre. La question n’est pas : Dieu existe-t-il ? Dieu fait-il des miracles de temps à autre ? mais : Y a-t-il des miracles attestés par la science ?
Les miracles, je vous l’ai dit je ne sais pas ce que c’est, mais il suffit que l’on me l’explique et je devrais pouvoir comprendre ; à ma connaissance, il n’est pas établi en théologie que cette notion soit réservée à des esprits supérieurs. Les actes de Dieu sont censés être reconnus comme tels par des individus aussi médiocres que moi. Je suppose que Matthieu pense la même chose, sinon évidemment je comprendrais mal qu’il perde du temps à débattre avec moi. J’ai donc bon espoir que nous progressions dans la compréhension de cette notion qui pour l’heure m’échappe. Et j’en serai ravi, car dans un débat nous devons avoir envie de repartir avec les bonnes idées apportées par le contradicteur.
Dans le titre de notre débat « Y a-t-il des miracles attestés par la science ? » il y a aussi la notion de science, et cela je comprends beaucoup mieux de quoi il s’agit.
Grosso modo, la science est la démarche intellectuelle de celles et ceux qui enquêtent sur le réel en émettant des hypothèses sur la nature et les causes des phénomènes — des hypothèses qu’ils mettent à l’épreuve de protocoles spécifiquement conçus pour ne pas laisser survivre une idée fausse. En science on ne doit jamais être amoureux de ses hypothèses ou démarrer avec la conclusion déjà établie : on s’efforce de rendre raison des phénomènes par des causes naturelles, c’est la formule de l’épistémologue canadien Yves Gingras. Et si jamais on échoue à expliquer pleinement, à poser une hypothèse testable qui résiste aux expériences, alors on ne se réfugie pas derrière le surnaturel mais on adopte une posture intellectuelle beaucoup plus humble et rationnelle –et souvent inconfortable– qui consiste à dire « Je ne sais pas ».
Quand on ne sait pas ce qui est la cause d’un évènement, c’est une erreur intellectuelle de l’attribuer à Dieu, c’est une faute contre la science de rejeter le doute, c’est une impasse doctrinale que de conclure que l’on tient une vérité, c’est probablement un péché d’orgueil de croire avoir un accès privilégié à un message qui reste obscur aux autres. Quand on fait cela, on perd la capacité de mettre à l’épreuve notre conclusion, et déjà on est très loin de la science, or c’est notre sujet.
« Y a-t-il des miracles attestés par la science ? » : pour répondre à cette question, il serait certes souhaitable d’avoir une définition des miracles, mais je conteste que cela soit nécessaire, et cela pour des raisons de sociologie des sciences.
Il y a autour de nous des centaines de milliers de chercheurs dans des domaines immensément variés, qui concernent l’histoire, et notamment l’histoire des reliques, l’histoire des croyances, des récits, des légendes : les miracles sont-ils autre chose que des histoires que vous avez entendues, qu’on vous a racontées ? Il y a des spécialistes de la datation des objets, des spécialistes de la psyché humaine, de la conscience, de l’univers et de ses origines, de l’évolution du vivant, des chercheurs spécialisés dans la compréhension de nos croyances sur le monde et sur le surnaturel ou le paranormal. Matthieu et moi sommes bien peu de chose en comparaison de l’immensité du collectif des chercheurs du monde entier, et nos connaissances sont minuscules au regard du corpus des savoirs élaborés et raffinés par l’humanité.
Nous ne sommes pas censés l’ignorer.
Et en raison de cela je connais la réponse à la question du débat « Y a-t-il des miracles attestés par la science ? ». La réponse est évidemment non car dans le cas contraire, le cas de l’existence d’une preuve scientifique d’une intervention divine, alors cette information ferait la une des journaux et un buzz interrompu occuperait tous nos réseaux sociaux, personne n’aurait la moindre chance d’échapper à cette information renversante, et l’on verrait les grandes religions s’opposer ou se mettre d’accord sur ce que ce miracle attesté dit de la véracité ou de la fausseté des dogmes et des doctrines.
Si la science attestait l’existence d’un seul miracle, vous seriez tous déjà au courant, cela n’aurait aucun sens de débattre de la question à laquelle Mathieu Lavagna a pourtant voulu que nous nous attaquions aujourd’hui.
Mais il semble croire le contraire, il semble croire que la science a prouvé que les miracles existent, il a même de nombreux exemples. Et cela peut s’expliquer par une mauvaise compréhension de ce qu’est la science, ou par une définition défectueuse de ce qu’est un miracle. Notre travail ici va donc consister à nous demander si nous avons de bonnes raisons d’affirmer des choses ou s’il est plus raisonnable de douter.




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