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Étienne Klein perd son doctorat — Sanction académique du plagiat

Je viens d’apprendre que l’Université Paris Cité retire à Etienne Klein son doctorat.  Motif : plagiat massif.

Le 13 août 2024, après les révélations d’Arrêt sur images sur la thèse d’Étienne Klein, je disais mon malaise en vidéo. Étienne Klein compte parmi les vulgarisateurs qui ont su donner au public le goût des sciences et de la philosophie des sciences. Je l’ai reçu, j’ai échangé avec lui, j’ai longtemps eu de l’estime pour son travail. Cette estime rendait l’affaire plus douloureuse, sans diminuer la faute.

C’est ici que j’en parlais, à 1h30

Le plagiat dans une thèse de doctorat constitue une atteinte directe au contrat académique. Une thèse engage l’auteur devant ses pairs, son jury, son université, puis devant le public lorsque cette thèse soutient une carrière intellectuelle. Copier des paragraphes, reprendre des pages, intégrer le travail d’autrui sans attribution, cela dépasse la négligence typographique ou l’oubli de guillemets, c’est une entorse à un principe de probité élémentaire.

En 2024, Arrêt sur images avait documenté des emprunts non crédités dans 88 pages sur 429. L’affaire paraissait déjà massive. Selon les informations publiées aujourd’hui par le même média, l’enquête menée par Université Paris Cité aurait conclu à des copier-coller dans deux tiers des pages, après vingt mois de procédure. L’université aurait décidé de retirer à Étienne Klein son doctorat en philosophie des sciences et de lui interdire de se réinscrire en doctorat. Si ces éléments sont confirmés par un document public de l’établissement, la décision marque un précédent important.

Cette sanction me paraît juste.

Elle me paraît juste malgré l’estime que je conserve pour une part du travail d’Étienne Klein. Elle me paraît juste précisément parce que l’intégrité scientifique doit résister aux préférences personnelles, aux affinités intellectuelles et au prestige médiatique. On ne protège pas la culture scientifique en ménageant ses figures reconnues, mais en appliquant aux personnes que l’on apprécie les mêmes exigences que celles que l’on applique aux adversaires, aux faussaires, aux charlatans et aux opportunistes.

Je ne souhaite pas la mise au pilori d’Étienne Klein, même si ses réactions se bornent à un déni pathétique. Le harcèlement, l’humiliation publique, la jubilation punitive n’apportent rien à la vie intellectuelle. Étienne Klein n’est pas accusé d’avoir inventé de faux résultats expérimentaux, ni d’avoir vendu des remèdes imaginaires, ni d’avoir entraîné son public vers la pseudoscience ou la désinformation médicale. Sa faute, réelle, n’est pas de la même nature que les malversations intellectuelles des charlatans que je dénonce et combat chaque jour. Il faut marquer cette distinction.

Néanmoins, le plagiat académique mérite des conséquences académiques. L’Université Paris Cité a pris une décision difficile, probablement coûteuse sur le plan symbolique. Elle doit être saluée pour cela.

Dont acte.

Cette décision tend maintenant un miroir très embarrassant à l’Université Paris-Saclay.

Car le cas Idriss Aberkane reste ouvert, visible, documenté, et moralement bien plus accablant encore pour l’institution qui détient le pouvoir de sanction. Le comité d’éthique de l’École polytechnique a conclu dès septembre 2022, à l’unanimité, que le plagiat était avéré dans la thèse d’Idriss Aberkane préparée à l’X et soutenue à l’Université Paris-Saclay. La sanction proposée était l’annulation du doctorat. Selon les éléments publiés à l’époque, la décision a été transmise à l’École polytechnique et à Paris-Saclay. Depuis, les deux établissements se renvoient la compétence juridique, et le diplôme demeure.

Dans le cas Aberkane, le plagiat ne flotte pas seul dans le dossier. Il s’inscrit dans une trajectoire publique fondée sur l’exploitation constante de titres universitaires. Idriss Aberkane s’est construit comme « triple PhD », a tiré de cette image une autorité médiatique, commerciale et politique, puis l’a mobilisée pour intervenir sur des sujets scientifiques sans rapport solide avec la compétence revendiquée. Son activité publique a été marquée par des exagérations de CV, des prises de parole controversées, des affirmations fausses ou trompeuses, et une hostilité répétée envers ceux qui documentaient ses pratiques.

La comparaison avec Étienne Klein rend l’inaction de Paris-Saclay encore plus difficile à défendre. Si Université Paris Cité retire son doctorat à Étienne Klein pour des plagiats massifs dans une thèse ancienne, comment Paris-Saclay peut-elle laisser intact le doctorat d’Idriss Aberkane après la conclusion unanime du comité d’éthique compétent ? Si un vulgarisateur estimé perd son titre parce que la thèse qui le fonde trahit les règles académiques, quel principe permettrait de préserver le titre d’un homme qui continue de l’exploiter comme instrument d’autorité publique ?

La question concerne désormais la crédibilité même de Paris-Saclay. Si les institutions académiques souhaitent protéger la valeur des diplômes qu’elles délivrent et la confiance du public dans les titres académiques, cela suppose que les diplômes frauduleux soient retirés lorsque la fraude est établie.

Paris Cité vient de rappeler qu’un doctorat engage une institution autant qu’un auteur. À Paris-Saclay, chaque jour d’inaction transforme le diplôme d’Idriss Aberkane en aveu institutionnel.

À Paris-Saclay, il ne s’agit plus de découvrir le dossier. Il s’agit d’agir.

Acermendax

 

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