La lucidité terminale chez les enfants : la parapsychologie s’invite au chevet des mourants

 

Le programme provisoire du congrès Parapsychology Dialogues 2026, organisé à l’Université de Sydney dans le cadre de la convention annuelle de la Parapsychological Association et de la conférence de l’Australian Institute of Parapsychological Research, annonce une communication intitulée Mapping the Characteristics and Impacts of Terminal Lucidity in Children (Cartographie des caractéristiques et des effets de la lucidité terminale chez les enfants). Elle est programmée le dimanche 16 août, et cosignée par Natasha Tassell-Matamua, Karalee Kothe, Marjorie Woollacott, Michael Nahm, Bruce Greyson, Chris Roe, Maryne Mutis et Renaud Evrard.

Ce congrès réunit la convention annuelle de la Parapsychological Association et la conférence de l’Australian Institute of Parapsychological Research, à l’Université de Sydney, du 13 au 16 août 2026. La page officielle annonce une rencontre dédiée à l’étude du « psi », avec des thèmes tels que la perception extrasensorielle, la psychokinèse, la prémonition, la médiumnité, les sorties hors du corps et les événements extraordinaires. Renaud Evrard figure parmi les deux responsables du programme, avec Lance Storm.

Le programme confirme cette orientation jusque dans l’organisation des sessions. La communication sur les enfants est placée le dimanche 16 août dans la session Experiment and Evidence (« Expérience et preuve »), juste après une intervention intitulée Experimental Exploration of GPS Tracker Teleportation Phenomenon (« Exploration expérimentale d’un phénomène de téléportation de traceur GPS ») et avant une communication sur les Anomalous Phone Calls (« appels téléphoniques anormaux ») comme communications après la mort. Le voisinage programmatique parle de lui-même : la lucidité terminale pédiatrique n’est pas présentée dans une session de soins palliatifs, de psychologie du deuil ou d’éthique médicale, mais dans un bloc consacré à l’« évidence » parapsychologique.

 

La communication sur les enfants mourants apparaît donc dans un espace intellectuel où le paranormal forme le décor normal de la discussion. Le sujet réclame pourtant une tout autre discipline. On parle d’enfants en fin de vie, de parents confrontés à une détresse extrême, de soignants placés devant des situations parmi les plus éprouvantes de leur pratique. Cette matière humaine exige des critères stricts, des dossiers médicaux, des observations indépendantes, une expertise en soins palliatifs pédiatriques, en oncologie, en réanimation, en neuropédiatrie, en psychologie du deuil et en éthique médicale. Elle exige aussi que les spéculations sur l’âme, la survie de l’esprit et la conscience non locale restent hors de la chambre.

 

Le précédent : la lucidité terminale comme tremplin métaphysique

Deux critiques doivent être distinguées. La première concerne le phénomène lui-même. La lucidité terminale désigne des épisodes où une personne très diminuée semble retrouver une capacité de communication, une clarté mentale ou une énergie transitoire peu avant la mort. Chez l’adulte déjà, la notion reste fragile : les temporalités varient, les récits arrivent souvent après coup, les effets de sédation, les fluctuations de vigilance, le delirium terminal, les traitements et la reconstruction mémorielle brouillent l’analyse. Cette fragilité n’interdit pas la recherche ; elle impose au contraire une méthode très stricte.

La seconde critique concerne l’interprétation. Certains auteurs ne se contentent pas d’étudier ces épisodes comme des événements cliniques difficiles à comprendre. Ils les inscrivent dans une discussion sur la conscience non locale, le dualisme et la survie de l’esprit. C’est ce second geste qui rend le dossier Mutis-Evrard particulièrement problématique.

Le travail de Maryne Mutis, Renaud Evrard et Marie-Frédérique Bacqué illustre déjà ce glissement. Dans leur article de 2020, les auteurs présentent l’hypothèse selon laquelle la lucidité terminale pourrait être la « manifestation d’une conscience autonome vis-à-vis du corps », appuyée par d’autres « expériences paranormales » de fin de vie (Mutis, Evrard & Bacqué, 2020).

La thèse de Maryne Mutis, dirigée par Renaud Evrard et Marie-Frédérique Bacqué, pousse cette orientation beaucoup plus loin. Elle affirme qu’il existerait « beaucoup de preuves » en faveur d’une conscience ni simplement physique, ni nécessairement localisée dans le corps. Elle convoque la physique quantique pour envisager une conscience fonctionnant en plusieurs endroits, sans que ce recours soit argumenté. Elle place aussi l’approche dualiste « au même titre » que les modèles matérialistes, avec des implications concernant la « survie de l’esprit » (Mutis, 2022).

Ce précédent éclaire la suite. Le passage aux enfants arrive après un travail adulte déjà marqué par une logique d’importation de considérations métaphysiques dans le langage scientifique et thérapeutique en dehors de toute justification.

 

Le nouveau terrain : des enfants en fin de vie

L’équipe a déjà publié un article consacré à la lucidité terminale chez les enfants. La notice associée au texte indique une enquête par questionnaire en ligne de 42 items, recueillant des cas concernant 11 enfants de 16 ans ou moins. L’article cherche à documenter la progression de la maladie, les traitements, les changements comportementaux et émotionnels avant et pendant l’épisode, ainsi que la durée et la proximité temporelle avec la mort (Tassell-Matamua et al., 2026).

Un second article, consacré aux témoins, repose sur sept personnes accompagnantes décrivant onze cas. Ces témoins ont interprété les épisodes comme des signes de proximité de la mort, mais aussi comme des indices d’une conscience indépendante de l’activité cérébrale (Kothe et al., 2025).

La page du projet Mapping the characteristics and impacts of Terminal Lucidity in children (Cartographie des caractéristiques et des effets de la lucidité terminale chez les enfants), hébergée par le Centre for Indigenous Psychologies de Massey University, présente le projet comme une recherche sur la lucidité terminale chez les enfants, avec un questionnaire en ligne destiné à collecter des témoignages. La même page affirme que la lucidité terminale serait « très commune » chez les enfants en phase terminale, alors que la littérature disponible repose encore sur des corpus minuscules et des récits rétrospectifs (Centre for Indigenous Psychologies, 2023).

La prudence scientifique interdit de faire porter à sept témoins, onze cas, un questionnaire en ligne et des récits rétrospectifs une conclusion aussi lourde que l’existence d’un phénomène courant, bien décrit, et susceptible d’indiquer une conscience autonome du corps. Le recrutement, l’exposition aux biais de sélection et l’environnement intellectuel déjà orienté vers les expériences extraordinaires devraient au contraire imposer une réserve maximale. Les formulations publiques du projet vont pourtant au-delà de ces principes fondamentaux.

Un réseau déjà orienté vers la survie de la conscience

Les auteurs annoncés dans le programme ne forment pas un collectif principalement centré sur la pédiatrie palliative. Plusieurs d’entre eux appartiennent depuis longtemps au champ des expériences de fin de vie, des EMI, des expériences exceptionnelles, de la parapsychologie ou des modèles non matérialistes de la conscience.

Bruce Greyson et Michael Nahm occupent une place importante dans la littérature sur la lucidité terminale. Leur article de 2012 rassemble 83 cas repérés dans la littérature des 250 années précédentes, notamment dans des contextes psychiatriques et neurologiques sévères, tout en reconnaissant le faible nombre d’estimations quantitatives et le caractère parfois incertain des diagnostics anciens (Nahm et al., 2012). Cette littérature a ensuite nourri plusieurs travaux ultérieurs, dont ceux de Mutis et Evrard, comme nous l’avons vu dans un article précédent.

Le reste du groupe confirme l’orientation générale. Marjorie Woollacott est associée au courant post-matérialiste de la conscience. Chris Roe travaille dans le champ de la parapsychologie universitaire. Maryne Mutis et Renaud Evrard ont déjà présenté la lucidité terminale dans un cadre où le dualisme, la conscience non localisée et la survie de l’esprit deviennent des hypothèses recevables. Il ne s’agit donc pas seulement d’un collectif mobilisé autour d’un phénomène clinique rare, mais d’un réseau déjà engagé dans une lecture métaphysique de la conscience.

 

Pourquoi le passage aux enfants change tout

Chez l’adulte, l’usage métaphysique de la lucidité terminale pose déjà un problème. Chez l’enfant, compte tenu des répercussions encore plus fortes sur les familles, le niveau d’exigence doit monter d’un cran.

Un enfant en fin de vie peut se trouver dans un environnement médical très complexe : traitements lourds, douleur, fatigue extrême, sédation, épisodes d’éveil fluctuants, développement cognitif encore en cours, communication limitée par l’âge, la maladie ou les soins. Les parents vivent une catastrophe intime. Les soignants accompagnent parfois la mort d’un enfant qu’ils ont suivi pendant des mois. Le contexte est trop délicat pour s’autoriser à mélanger les registres de la science et des croyances.

Les familles doivent être écoutées et leurs récits recueillis avec respect. Un dernier échange, une parole inattendue, un signe de reconnaissance ou un retour de présence peuvent avoir une valeur humaine immense. Mais cette valeur ne donne aucun droit à la capture métaphysique du témoignage. Ce que des parents ou des soignants rapportent dans un contexte de fin de vie doit d’abord être compris avec prudence clinique ; en faire un indice de conscience non locale ou de survie de l’esprit revient à exploiter la charge émotionnelle du récit.

 

Ce qu’exigerait une recherche sérieuse

Une recherche acceptable sur la lucidité terminale pédiatrique devrait partir des services concernés. Elle devrait documenter les épisodes au plus près, préciser l’état neurologique, les traitements, la sédation, les infections, les paramètres métaboliques, la trajectoire de la maladie, le niveau de conscience antérieur, les observations indépendantes et les récits comparés des proches et des soignants. Elle devrait distinguer une communication réelle, une fluctuation attentionnelle, une agitation terminale, un rêve, un delirium, un effet médicamenteux et une reconstruction mémorielle.

Elle devrait surtout protéger les familles contre les interprétations trop rapides. La question clinique concerne l’accompagnement des enfants et de leurs proches. Elle concerne aussi la formation des soignants face à des épisodes rares, troublants et émotionnellement puissants. Elle ne concerne pas la promotion d’une métaphysique de la conscience.

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L’alerte

Les parapsychologues avancent désormais vers le terrain des enfants mourants. Ils le font avec le vocabulaire de la recherche, du soin et de l’écoute. Les travaux antérieurs du même réseau indiquent pourtant une ambition plus lourde, qui est de trouver un environnement propice à la preuve que la conscience peut survivre au cerveau.

Si cette question peut animer un congrès de parapsychologie, elle doit rester hors de l’accompagnement des familles confrontées à la mort d’un enfant. À ce niveau de vulnérabilité, la confusion devient dangereuse. Les parents endeuillés ont besoin d’une aide professionnelle de haut niveau, fondée sur la pédiatrie, les soins palliatifs, l’éthique médicale et la psychologie du deuil. Ils ont besoin de mots justes, de prudence, de compétence. Ils n’ont pas besoin que les derniers instants de leur enfant deviennent le matériau d’une croyance en quête de légitimation académique.

Le milieu parapsychologique n’offre pas les garanties nécessaires pour conduire une recherche aussi sensible. L’alerte s’adresse donc d’abord aux comités d’éthique, aux universités impliquées, aux revues qui publient ces travaux, et aux sociétés savantes de pédiatrie, de soins palliatifs et de psychologie du deuil. Étudier les derniers épisodes de communication d’enfants mourants relève d’une responsabilité clinique majeure. Un tel sujet ne devrait pas être laissé à un réseau qui l’inscrit déjà dans une enquête sur la survie de la conscience.

 

Acermendax

Depuis ses menaces de procès pour avoir critiqué ses déclarations sur France Inter, je reviens sur le parcours de Renaud Evrard, universitaire et membre du comité Para, mais hélas ennemi de plus en plus déterminé du scepticisme scientifique.

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  1. Renaud Evrard | Une drôle d’étude pour défendre la psychanalyse
  2. Renaud Evrard | Les réseaux d’une science « alternative »
  3. Renaud Evrard | Compromission intellectuelle et bullshit — « L’expérience qui prouve que le passé est modifiable »
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  6. Renaud Evrard | quand une thèse primée à l’Université de Lorraine légitime la conscience non locale
  7. Renaud Evrard chez La psychologie pour tous | l’accueil clinique comme cheval de Troie du paranormal
  8. Renaud Evrard dans Inexploré : le paranormal c’est quantique
  9. Renaud Evrard et le Rorschach dans l’autisme | Une réhabilitation clinique suspecte
  10. « Poltergeists, mort imminente, Psi, étude des anomalies | Renaud Evrard | The Paranormal Show »
  11. Le Comité Para & la question de l’entrisme pseudoscientifique
  12. Renaud Evrard | Les dons des enfants Indigo existent
  13. Grand Manuel Scientifique | Quand la parapsychologie accuse le scepticisme
  14. La lucidité terminale chez les enfants : la parapsychologie s’invite au chevet des mourants
  15. Renaud Evrard & The Conversation | La caution académique donnée aux fausses médecines

Références

  • Centre for Indigenous Psychologies. (2023). Mapping the characteristics and impacts of Terminal Lucidity in children. Massey University.
  • Kothe, K., Tassell-Matamua, N., Woollacott, M., Nahm, M., Roe, C., Greyson, B., Mutis, M., & Evrard, R. (2025). Impacts on caregivers of witnessing terminal lucidity in children. OMEGA — Journal of Death and Dying. DOI : 10.1177/00302228251391552.
  • Mutis, M. (2022). Le chant du cygne : approche exploratoire des répercussions cliniques de la lucidité terminale [Thèse de doctorat, Université de Lorraine]. HAL, tel-04123577.
  • Mutis, M., Evrard, R., & Bacqué, M.-F. (2020). La lucidité terminale : facteur de facilitation du deuil ou de complication traumatique ? Études sur la mort, 154(2), 121–135. DOI : 10.3917/eslm.154.0121.
  • Nahm, M., Greyson, B., Kelly, E. W., & Haraldsson, E. (2012). Terminal lucidity: A review and a case collection. Archives of Gerontology and Geriatrics, 55(1), 138–142. DOI : 10.1016/j.archger.2011.06.031.
  • Parapsychological Association. (2026). Parapsychology Dialogues 2026.
  • Tassell-Matamua, N., Kothe, K., Nahm, M., Woollacott, M., Roe, C., Greyson, B., Mutis, M., & Evrard, R. (2026). Terminal lucidity in children: A contemporary case collection. Psychology of Consciousness: Theory, Research, and Practice. DOI : 10.1037/cns0000458.

 

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