Technofascisme : la prise de pouvoir a commencé [TenL 157]

Émission enregistrée le 31 mars 2026

Invité : Jonathan Durand Folco

 

Éditorial

La fin du monde est plus proche qu’elle ne l’a jamais été. Par définition.

Et elle évolue. Hier, nous avions des prophéties religieuses ou des peurs nucléaires. Aujourd’hui ce qui nous inquiète c’est l’intelligence artificielle générale, la superintelligence hostile, et l’extinction par automatisation. Les “apocalypse nerd” et les “doomers” ressassent ces perspectives nourries de science-fiction et ils installent une question légitime mais pas dénuée d’angle mort.

La technologie constitue-t-elle le problème central ? Elle est conçue, financée, déployée dans des structures sociales, économiques et politiques dont elle dépend. Le danger imminent ne serait-il pas du côté des rapports de pouvoir déjà existants — et dans la manière dont ils peuvent s’envenimer ?

La technologie est fille de la science, et la science est sans idéologie, sans programme politique, elle peut servir à sauver des vies ou à concevoir des bombes.

La focalisation sur une catastrophe technologique future peut fonctionner comme une diversion. Pendant que nous redoutons Skynet et la révolte des machines, nous négligeons peut-être des transformations très concrètes déjà en cours. Les infrastructures numériques se concentrent entre les mains d’un nombre réduit d’acteurs. Les capacités de calcul, les données, les plateformes d’intermédiation deviennent des leviers de pouvoir. Des décisions qui engagent des millions de personnes passent par des systèmes opaques, difficilement contestables, rarement contrôlés démocratiquement.

La question décisive ne porte donc pas seulement sur ce que la technologie peut faire, mais sur qui la contrôle, selon quelles règles, et dans quel but. Un acteur capable de contrôler une super IA pour orienter l’information, automatiser des décisions ou surveiller des populations dispose d’un outil d’une puissance inédite. Lorsque ces capacités s’agrègent à des intérêts économiques massifs et à des stratégies politiques, elles redessinent les équilibres.

La concentration actuelle du pouvoir technologique constitue un fait. Quelques entreprises contrôlent des infrastructures critiques, structurent les flux d’information, influencent les conditions du débat public. Des alliances se dessinent entre capital, technologie et projet politique. Et le citoyen peut avoir le sentiment de ne rien peser dans la balance. Comme toujours.

Les transformations en cours sont rapides, globales, souvent difficiles à appréhender. Les outils de régulation existent, mais leur efficacité dépend de rapports de force. Les sociétés peuvent décider de reprendre la main, d’imposer des règles, de redistribuer le pouvoir. Elles peuvent aussi laisser s’installer des formes de domination plus discrètes, plus techniques, mais tout aussi structurantes.

Une domination technologique, financière, politique, peut-être total : un technofascisme. Faute de meilleur terme, nous verrons ce que celui-ci peut vouloir dire et dans quelle mesure nous pouvons rester optimistes dans la capacité de nos sociétés à ne pas donner les clefs à des hommes dont les projets ne s’embarrassent pas du respect des droits des autres.

Avec moi pour en parler Jonathan DURAND FOLCO : philosophe politique et professeur à l’Université Saint-Paul à Ottawa, où il travaille sur les transformations contemporaines de la démocratie, les communs et les formes de pouvoir liées au capitalisme numérique. Ses recherches portent notamment sur les alternatives démocratiques à l’échelle locale, la réappropriation collective des infrastructures et les moyens de répondre à la concentration du pouvoir économique et technologique. Il s’inscrit dans une réflexion critique sur les mutations du capitalisme et les conditions d’une démocratisation réelle des sociétés contemporaines.

 

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