Le vrai danger des médecines alternatives
Une étude toute récente
Pendant que certains essayent de faire passer les fausses médecines pour de vrais moyens d’aider les patients à travers des agences lucratives qui bénéficient d’appuis politiques et administratif scandaleux — Je finirai par traiter le sujet, je suis en contact avec des gens qui regardent ça de très près.
Pendant ce temps donc, il y a des gens qui font de la science.
Une étude publiée il y a quelques jours à peine par une équipe américaine dans le JAMA Network Open — JAMA = Journal of the American Medical Association— a pour titre « Utilisation des médecines complémentaires et alternatives dans la prise en charge du cancer du sein. » SOURCE
Les auteurs ont analysé plus de 2,1 millions de femmes atteintes d’un cancer du sein issues de la National Cancer Database américaine. L’objectif était de comprendre ce qui se produit lorsque les patientes utilisent des médecines complémentaires ou alternatives, souvent regroupées sous l’acronyme CAM (complementary and alternative medicine). Les résultats sont instructifs.
Chez les patientes traitées uniquement par la médecine conventionnelle — chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie ou hormonothérapie — la survie à cinq ans atteint environ 85 %. Lorsque les patientes utilisent uniquement des médecines alternatives, la survie chute à environ 60 %. L’analyse statistique indique que leur risque de décès est 3,67 fois plus élevé que celui des patientes traitées par la médecine conventionnelle.
Ce résultat est présenté dans un graphe sur le site Science 20 dot com :
https://www.science20.com/content/for_cancer_alternative_medicine_is_the_same_as_doing_nothing
Jusque-là, l’interprétation paraît simple : remplacer la médecine par des thérapies alternatives réduit fortement les chances de survie. On le savait déjà puisque d’un coté on a des traitements qui marchent et de l’autre du charlatanisme.
Ce résultat n’est d’ailleurs pas isolé. Une étude publiée dans le Journal of the National Cancer Institute a analysé les données de patients atteints de cancers potentiellement curables (sein, poumon, colorectal et prostate) ayant choisi une médecine alternative à la place des traitements conventionnels. Les chercheurs ont observé que ces patients présentaient un risque de décès environ 2,5 fois plus élevé que ceux recevant les traitements standards (Johnson et al., 2017).
Pour certains cancers, l’écart était encore plus marqué : chez les patientes atteintes d’un cancer du sein, le risque de décès était plus de cinq fois plus élevé lorsque les traitements médicaux étaient remplacés par des thérapies alternatives.
Un sur-risque de 45%
Si l’étude est intéressante, c’est parce qu’elle révèle un phénomène plus subtil. Certaines patientes combinent dans leur parcours à la fois la médecine conventionnelle et des médecines alternatives. On pourrait imaginer que ces approches soient un simple support, un ajout, un accompagnement qui ne peut pas faire de mal : c’est l’argument central des défenseurs des PSNC !
Hélas, l’étude contredit cette idée. La combinaison des traitements valides et des thérapies alternatives provoque chez ces patientes une mortalité plus élevée que chez les patientes qui suivent uniquement les traitements médicaux standard. L’étude estime ce sur-risque par un hazard ratio d’environ 1,45.
Un hazard ratio est une mesure statistique utilisée en analyse de survie. Une valeur de 1 signifie que deux groupes ont le même risque de décès. Une valeur de 1,45 signifie que, à chaque instant du suivi statistique, le groupe utilisant des médecines alternatives en complément des traitements médicaux présente environ 45 % de risque de décès supplémentaire par rapport au groupe traité uniquement selon les protocoles standards (Ayoade et al., 2026).
Dans un domaine comme la cancérologie, où les gains thérapeutiques se comptent souvent en quelques points de survie, un sur-risque de 45 % constitue un signal épidémiologique important.
Comment expliquer ce sur-risque causé par des pratiques qui sont censées ne pas pouvoir faire de mal ?
La réponse apparaît dans l’analyse détaillée des parcours de soins. Les patientes qui utilisent des médecines alternatives reçoivent moins souvent certains traitements clés, notamment la radiothérapie ou l’hormonothérapie lorsque celles-ci sont indiquées (Ayoade et al., 2026).
Autrement dit, le problème ne réside pas forcément dans la tisane, l’acupuncture ou l’énergie cosmique en tant que telles. Le problème réside dans ce que ces croyances conduisent les patients à faire — ou à ne pas faire.
Le mécanisme du risque
Depuis plusieurs années, la recherche en oncologie observe un phénomène similaire : les patients qui adhèrent fortement aux médecines alternatives retardent ou refusent plus fréquemment les traitements efficaces.
En 2016, une cohorte prospective portant sur des patientes atteintes de cancer du sein a montré que l’utilisation de certaines approches CAM était associée à une probabilité plus faible d’initier une chimiothérapie pourtant recommandée (Greenlee et al., 2016).
Le danger se situe donc moins dans la substance elle-même que dans l’écosystème de croyances qui l’accompagne. Lorsqu’un patient pense qu’une thérapie « naturelle » peut remplacer la médecine, plusieurs comportements deviennent plus probables : retarder une chirurgie, refuser une chimiothérapie, interrompre un traitement ou diminuer l’adhésion à des thérapies longues comme l’hormonothérapie.
Or, dans un cancer, chaque mois perdu peut permettre à la maladie de progresser.
Le risque cognitif
Il devient alors trompeur de présenter les médecines alternatives comme « inoffensives ». Même lorsqu’elles ne produisent aucun effet biologique direct, elles peuvent produire un effet comportemental puissant. La croyance agit comme un déterminant de décision.
Dans certaines situations médicales — notamment en cancérologie — ces décisions ont une conséquence simple : vivre plus longtemps ou mourir plus tôt.
Ce que montre réellement cette étude
La conclusion de l’étude reste prudente : elle ne démontre pas que chaque thérapie alternative provoque directement des décès. Elle met en évidence que l’usage des CAM est associé à des parcours de soins moins complets et à une survie plus faible.
Le danger principal réside dans l’histoire que l’on raconte autour des pratiques de soin, et l’érosion de confiance envers les protocoles scientifiques qui sont proposés parce qu’ils marchent et pas en raison d’un narratif séduisant qui permet de les faire accepter aux patients. Il se produit une sorte de compétition narrative pour prendre le contrôle du paysage cognitif du patient ; et dans ce genre de course les balivernes disposent d’avantages considérables, et notamment celui de pouvoir s’adapter constamment, de changer de prétention, d’argument, de décor, d’acteurs ou de vocabulaire jusqu’à plaire, flatter, persuader, et parfois tuer.
L’étude, il faut le souligner, est entièrement disponible sans qu’il soit nécessaire de payer une fortune aux industriels de l’édition scientifique pour pouvoir lire les résultats de chercheurs travaillant à l’université et donc financés par l’argent des contribuables américains. D’ailleurs on les remercie et on leur souhaite de continuer à produire de la recherche de qualité.
L’étude est consultable en un clic : https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2845669
Acermendax
Références
- Ayoade, O. F., Caturegli, G., Canavan, M. E., Resio, B. J., Berger, E. R., & Boffa, D. J. (2026). Use of complementary and alternative medicine in the management of breast cancer and association with survival. JAMA Network Open, 9(3), e260337. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2026.0337
- Greenlee, H., Neugut, A. I., Falci, L., Hillyer, G. C., Buono, D., Mandelblatt, J. S., Roh, J. M., Ergas, I. J., Kwan, M. L., Lee, M., Tsai, W. Y., Shi, Z., Lamerato, L., Kushi, L. H., & Hershman, D. L. (2016). Association Between Complementary and Alternative Medicine Use and Breast Cancer Chemotherapy Initiation: The Breast Cancer Quality of Care (BQUAL) Study. JAMA Oncology, 2(9), 1170-1176.
- Johnson, S. B., Park, H. S., Gross, C. P., & Yu, J. B. (2017). Use of alternative medicine for cancer and its impact on survival. Journal of the National Cancer Institute, 110(1), 121-124. https://doi.org/10.1093/jnci/djx145
- Johnson, S. B., Park, H. S., Gross, C. P., & Yu, J. B. (2018). Complementary medicine, refusal of conventional cancer therapy, and survival among patients with curable cancers. JAMA Oncology, 4(10), 1375-1381.




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