Minneapolis : Mort par fascisme aux USA
Note d’intention :
Si l’esprit critique devait servir à une seule chose dans notre société, ce serait à nous protéger collectivement contre les récits faux, séduisants, dangereux. C’est pourquoi dans mon travail, depuis le début je traite de la question des religions ; et c’est pourquoi à l’aide de mes compétences j’ai orienté mes contenus vers des critiques des pseudosciences et des fausses expertises en lien avec des risques de dérive sectaire : Faux / Séduisant / Dangereux.
Si on veut se prétendre à la hauteur de la promotion de l’esprit critique on ne recule pas devant un discours Faux Séduisant et Dangereux comme le fascisme. Je ne peux pas animer un format journalistique d’analyse de l’actualité rationaliste en refusant de traiter l’actualité des narratifs les plus faux-séduisant-dangereux de notre temps. J’ai hâte de n’avoir plus besoin de le faire, mais pour le moment j’y suis contraint, et je comprends ceux d’entre vous qui trouvent cela désagréable néanmoins ceux que cela dérangerait plus que le fascisme lui-même ont un besoin urgent de s’interroger sur leur rapport à la réalité.
La mort d’Alex Pettri
Le 24 janvier 2026, à Minneapolis (Minnesota, États-Unis), Alex Jeffrey Pretti, un homme de 37 ans, infirmier en soins intensifs à l’hôpital des anciens combattants de la ville, a été tué par un ou plusieurs agent de l’United States Border Patrol au cours d’une opération fédérale. Pretti, citoyen américain et détenteur légal d’un permis de port d’arme, se trouvait au milieu d’une zone de protestations contre les actions récentes d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) dans la ville lorsqu’il a été abattu.
Les autorités fédérales ont déclaré qu’il était armé et qu’il s’était approché des agents, ce qui aurait motivé l’usage de la force. D’autres images et récits suggèrent une séquence complexe dans laquelle il apparaît sans arme visible, filmant avec son téléphone dans une main, l’autre main levée en signe d’apaisement alors qu’il s’interpose entre les agents et une femme qu’ils viennent de jeter au sol. Pretti est alors maîtrisé, aspergé de spray au poivre, plaqué au sol, puis touché par au moins une dizaine de coups de feu.
Cet événement intervient dans un contexte déjà tendu : en moins de trois semaines, plusieurs fusillades impliquant des agents fédéraux ont eu lieu à Minneapolis, notamment la mort de Renée Good le 7 janvier 2026 par un agent de l’ICE.
Dès les heures qui ont suivi la mort d’Alex Pretti, des responsables locaux ont dénoncé une obstruction des enquêtes par les autorités fédérales et une absence de transparence dans la gestion du lieu du drame. Si les agents étaient dans leur plein droit, alors ils n’ont rien à cacher.
Kristi Noem : https://www.youtube.com/watch?v=59UL4vLBLVI
Le Department of Homeland Security, l’administration fédérale qui supervise les services comme l’ICE et la Border Patrol, a communiqué que l’homme abattu aurait approché les agents avec l’intention de « massacrer » les forces de l’ordre. Dans une déclaration Kristi Noem a dit que Pretti avait une arme, deux chargeurs pleins, et affirmaient que cela ressemblait à une situation où « un individu voulait faire le maximum de dégâts et massacrer les forces de l’ordre » avant d’être attaqué par les agents présents
Le conseiller de la Maison Blanche, Stephen Miller, a quant à lui qualifié Alex Pretti d’assassin, dans un message relayé par le vice-président JD Vance. 
Il existe pourtant des vidéos et des photographies d’Alex Pretti avant et pendant l’altercation.
https://www.newsweek.com/video-appears-to-show-new-ice-shooting-in-minneapolis-11411971
Elles sont accessibles, et il faudra que chacun accepte de les regarder avant de considérer que la version officielle du régime Trump constitue, à elle seule, la vérité des faits. On se souviendra en effet que, quelques heures seulement après sa mort, Renée Good avait été publiquement qualifiée de « terroriste » par la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, là aussi avant toute enquête indépendante aboutie. Juste après la mort d’Alex Pretti les autorités fédérales ont fait obstruction au travail de la police, exactement comme les agent de l’ICE ont refusé que des passants tenter de sauver la vie de Renee Good qui agonisait dans sa voiture.
Face au narratif officiel, les images du drame constituent la seule manière pour chacun de se faire un avis éclairé. Je précise que cette affaire est extrêmement grave, bien au-delà du cas d’un homme calme brutalement interpellé puis tué en pleine rue.
Je ne suis pas américain. Ce qui m’inquiète le plus, là où je vis, ce sont les discours de ceux qui justifient la mort de Renée Good ou d’Alex Pretti. Ces discours ne sont pas sans rappeler ceux qui, dans d’autres contextes, expliquaient que Samuel Paty ou Dominique Bernard auraient, d’une certaine manière, provoqué leur propre mort. Je ne compare pas les faits ; je compare les mécanismes de justification de la violence, qui déplacent systématiquement la responsabilité du côté des victimes.
Il est important de comprendre aujourd’hui — et pas demain — que ceux qui estiment que l’on « surréagit », que l’on « en fait trop », ou que les gens devraient simplement obéir à des agents masqués et en tenue militarisée ou accepter qu’on leur tire dessus, sont exactement les mêmes qui soutiendront un pouvoir assassin s’il venait à s’installer chez nous.
Les allemands des années 1930 n’étaient pas des monstres ; ils étaient des humains normaux placés dans une situation de banalisation de la violence d’État dangereusement proche de ce qui se passe à Minneapolis et qui est sur le point de se généraliser.
Alors je vous demande pardon, mais on va regarder plus en détail les images disponibles. Une version stabilisée de la séquence nous montre clairement que les agents cherchent l’arme d’Alex Pretti, car il leur a dit qu’il en porte une. Ils sont 8 agents à le frapper, à le plaquer au sol et à le fouiller. Un agent dans une tenue grise s’éloigne avec l’arme d’Alex Pretti. Cela veut dire que désormais il n’est plus armé. Je ne peux pas imaginer que l’agent en question n’ai pas dit « j’ai récupéré l’arme ». Il se passe plusieurs seconde. Un coup de feu est entendu, suivi d’un bref silence, puis d’une rafale d’au moins une dizaine de détonations.
Selon certains observateurs le premier coup de feu serait venu de l’arme confisquée, créant la panique. Que ce soit vrai ou non, les agents ont fait un usage de la force massif et disproportionné ; ils ont tué un homme dont nous voyons avec nos yeux qu’il n‘a rien à voir avec un manifestant paramilitaire acharné balançant des pavés dans la gueules des gentils fonctionnaire ou brandissant une arme de guerre — Il observait, il filmait et a voulu porter secours à une femme rudoyée. Ils l’ont tué.
Mais les principaux responsables de la mort d’Alex Pretti ne sont pas nécessairement ceux que l’on voit à l’image. Ce sont ceux qui prennent les décisions politiques et opérationnelles qui créent les conditions pour que de tels drames surviennent. Et leurs relais sont déjà à l’œuvre sur Internet, expliquant que tout cela serait la faute des « gauchistes », des victimes elles-mêmes, ou de n’importe quel bouc émissaire commode. Ils sont leur complice parce que ces réactions préparent le prochain drame. On en trouve aussi en France. Vous en croiserez probablement certains dans les commentaires.
Mise à jour concernant l’affaire Renee Good
Les autorités locales du Minnesota se plaignent toujours de l’absence de coopération des agents fédéraux de l’ICE et du FBI, qui leur ont bloqué l’accès aux lieux et aux preuves. La procureure du comté de Hennepin explore désormais comment poursuivre une enquête d’État indépendante sur ce tir mortel, en l’absence d’accès complet aux éléments matériels.
L’autopsie de Renee Good fait état de 4 blessures par balle dont une fatale dans la tête. Les résultats de l’autopsie indépendante, publiés par l’équipe d’avocats de la famille, confirment trois trajectoires de balle :
- une balle au bras gauche,
- une balle traversant la poitrine droite (sans pénétration d’organes vitaux),
- une balle entrant côté gauche de la tête et sortant à droite, causant la blessure fatale.
Un quatrième impact superficiel évoqué par le rapport était compatible avec une blessure par balle sans pénétration.
Aucune nouvelle information ne vient confirmer la thèse des autorités fédérales selon laquelle elle aurait constitué une menace manifeste au moment des tirs.
Le département de la Justice américaine du Régime Trump a décidé de ne pas ouvrir d’enquête civile pour violation des droits constitutionnels contre l’agent de l’ICE, ce qui est inhabituel dans ce type de cas. Plusieurs procureurs fédéraux ont démissionné en réaction à cette décision, estimant qu’il y avait matière à enquête.
Au lieu de cela, le Département de Justice aurait enquêté sur certains responsables locaux démocrates, pour entrave à l’application de la loi lors de grandes opérations d’immigration — une démarche qui a suscité de vives critiques de la part des autorités démocrates du Minnesota
Selon le Département de Homeland Security le tueur Johnatan Ross a souffert, d’une hemorragie interne : c’est flou et ça ne dit rien de la gravité. Rappelons qu’il se déplaçait sans aucune difficulté après avoir tiré 3 ou 4 balles dans sa victime.
https://www.fox9.com/news/jonathan-ross-injuries-renee-good-jan-14-2026
Pour suivre mon travail plus facilement :
Affaire Prettri : Réactions du Président fasciste Trump
Il publie sur Truth Social l’image d’une arme à feu accompagnée de la longue diatribe :
« This is the gunman’s gun, loaded (with two additional full magazines!), and ready to go – What is that all about? Where are the local Police? Why weren’t they allowed to protect ICE Officers? The Mayor and the Governor called them off? It is stated that many of these Police were not allowed to do their job, that ICE had to protect themselves — Not an easy thing to do! Why does Ilhan Omar have $34 Million Dollars in her account? And where are the Tens of Billions of Dollars that have been stolen from the once Great State of Minnesota? We are there because of massive Monetary Fraud, with Billions of Dollars missing, and Illegal Criminals that were allowed to infiltrate the State through the Democrats’ Open Border Policy. We want the money back, and we want it back, NOW. Those Fraudsters who stole the money are going to jail, where they belong! This is no different than a really big Bank Robbery. Much of what you’re witnessing is a COVER UP for this Theft and Fraud. The Mayor and the Governor are inciting Insurrection, with their pompous, dangerous, and arrogant rhetoric! Instead, these sanctimonious political fools should be looking for the Billions of Dollars that has been stolen from the people of Minnesota, and the United States of America. LET OUR ICE PATRIOTS DO THEIR JOB! 12,000 Illegal Alien Criminals, many of them violent, have been arrested and taken out of Minnesota. If they were still there, you would see something far worse than you are witnessing today! »
Voici une traduction qui respecte le niveau de langage du président.
« Voici l’arme du tireur, chargée (avec deux chargeurs pleins en plus), prête à l’emploi — qu’est-ce que c’est que ça ? Où est la police locale ? Pourquoi ne les a-t-on pas autorisés à protéger les agents de l’ICE ? Le maire et le gouverneur les ont rappelés ? Il est dit que beaucoup de ces policiers n’ont pas été autorisés à faire leur travail, que l’ICE a dû se protéger toute seule — ce qui n’est pas facile ! Pourquoi Ilhan Omar a-t-elle 34 millions de dollars sur son compte ? Et où sont passés les dizaines de milliards de dollars qui ont été volés à ce qui était autrefois le grand État du Minnesota ? Nous sommes là à cause d’une fraude monétaire massive, avec des milliards de dollars disparus, et des criminels illégaux qui ont été autorisés à infiltrer l’État à cause de la politique de frontières ouvertes des démocrates. Nous voulons récupérer cet argent, et nous le voulons MAINTENANT. Ces fraudeurs qui ont volé cet argent vont en prison, là où ils doivent être ! Ce n’est rien d’autre qu’un énorme braquage de banque. Une grande partie de ce que vous voyez est une COUVERTURE pour ce vol et cette fraude. Le maire et le gouverneur sont en train d’inciter à l’insurrection, avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse et arrogante ! À la place, ces imbéciles politiques moralisateurs devraient chercher les milliards de dollars volés au peuple du Minnesota et aux États-Unis d’Amérique. LAISSEZ NOS PATRIOTES DE L’ICE FAIRE LEUR TRAVAIL ! 12 000 criminels étrangers illégaux, dont beaucoup sont violents, ont été arrêtés et expulsés du Minnesota. S’ils étaient encore là, vous verriez quelque chose de bien pire que ce que vous voyez aujourd’hui ! »
Un peu plus tard il écrit, tout en capitales d’imprimerie :
« AMONG OTHER THINGS, THIS IS A “COVER UP” FOR THE BILLIONS OF DOLLARS THAT HAVE BEEN STOLEN FROM THE ONCE GREAT STATE (BUT SOON TO BE GREAT AGAIN!) OF MINNESOTA! PRESIDENT DONALD J. TRUMP »
Ma traduction « ENTRE AUTRES CHOSES, C’EST UNE « COUVERTURE » POUR LES MILLIARDS DE DOLLARS QUI ONT ÉTÉ VOLÉS à ce qui était autrefois le grand État (mais qui va bientôt redevenir grand !) du Minnesota ! PRÉSIDENT DONALD J. TRUMP »
Courte analyse de cette harangue délirante
La prise de parole de Donald Trump à ne se distingue pas seulement par sa brutalité verbale, mais par un choix très précis de cadrage : la disparition pure et simple du fait en lui-même. La mort d’Alex Pretti n’est pas mentionnée. Elle n’existe pas. Elle ne mérite aucune considération. Le niveau de deshumanisation est majuscule. Le drame de la mort d’Alex Pretti devient simplement un prétexte discursif, immédiatement dissous dans une diatribe politique contre des adversaires désignés — élus locaux, opposants, figures ennemies récurrentes — et dans une défense inconditionnelle des forces fédérales.
Dans une démocratie, même bancale, on s’attendrait au minimum à une reconnaissance factuelle de la mort d’un citoyen américain abattu par des agents de l’État. Mais non. Pour Donald Trump, il n’y a pas de victime, pas de situation tragique à examiner, pas même une justification argumentée de l’usage de la force. Le langage sert à autre chose : imposer un récit, immédiatement, avant l’enquête, avant les images, avant toute contradiction. Le pouvoir ne se donne même plus la peine de dissimuler ou d’expliquer la violence qu’il exerce. Il ne parle plus à propos de la mort, il parle par-dessus la mort. Le réel devient secondaire, presque gênant, face à la nécessité de maintenir une posture de force, d’autorité et de confrontation permanente.
Peut-on y voir une parole typique d’un régime fascisant ? Si l’on entend par là une communication où l’État ne se justifie plus, ne s’excuse plus, ne reconnaît plus l’existence des individus affectés par sa violence, mais affirme sa puissance en niant symboliquement ses victimes, alors la question mérite d’être posée. Parce que ce qui se passe avec cette communication présidentielle, ce n’est pas seulement une réaction choquante. C’est une mise en scène du pouvoir, où l’effacement du mort devient un message politique en soi : « ne vous mettez pas en travers de la route des agents du pouvoir où vous serez anéanti dans l’indifférence générale. »
Je n’ai pas de mot pour décrire la mécanique à l’œuvre. En attendant qu’on veuille bien m’aider à enrichir mon vocabulaire je vais qualifier ce régime de fasciste. Et j’invite tout le monde à se demander ce qu’il doit penser des récits faux/séduisants/trompeur des promoteurs de Trump qu’ils vivent en Amérique ou dans nos pays.





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