Stratégie antivax : dresser la justice contre la science
Article antivax rétracté et passage au tribunal
Merci à Eric Dutin et au twittos Besoin de Savoir pour l’information.
Source principal : Retraction Watch (cliquez)
En 2023, un article intitulé Risk of all-cause and cardiac-related mortality after COVID-19 vaccination est publié dans la revue Human Vaccines & Immunotherapeutics, éditée par Taylor & Francis. L’auteur principal est Greg J. Marchand, médecin américain spécialisé en obstétrique et gynécologie, connu pour ses prises de position critiques sur la vaccination contre la COVID-19.
L’article prétend montrer, à partir d’une analyse de données issues d’études observationnelles, une augmentation de la mortalité toutes causes confondues — et en particulier des décès d’origine cardiaque — après vaccination. Les conclusions sont lourdes, les inférences causales très affirmatives, et le papier est rapidement relayé dans des cercles déjà méfiants à l’égard des vaccins.
Peu après publication, la revue engage cependant une réévaluation éditoriale approfondie. Selon Retraction Watch, les experts sollicités pointent de graves problèmes méthodologiques : sélection discutable des études incluses, confusion entre corrélation et causalité, absence de contrôle rigoureux des biais, et interprétations allant bien au-delà de ce que permettent les données analysées. À l’issue de ce processus, l’éditeur décide d’engager une procédure de rétractation de l’article.
Le passage au judiciaire
C’est à ce moment que l’affaire sort du champ scientifique ordinaire. Plutôt que de répondre par une correction, une réanalyse, un débat académique ou une re-soumission de ce travail dans un autre journal, Greg Marchand dépose une plainte devant un tribunal de l’État de l’Arizona. Son objectif est explicite : empêcher l’éditeur de rétracter l’article et contraindre la revue à le maintenir dans la littérature scientifique.
Autrement dit, il ne s’agit pas d’un contentieux sur la diffamation ou sur un désaccord contractuel classique, mais d’une tentative d’utiliser le droit pour bloquer un acte éditorial motivé par une évaluation scientifique. On demande à la justice de faire de la science à la place du monde académique compétent.
La décision du juge
En janvier 2026, le tribunal rejette la plainte. La décision, rapportée par Retraction Watch, est sans ambiguïté. Le juge rappelle que :
- un tribunal n’a ni la compétence ni la légitimité pour trancher la validité scientifique d’un article ;
- un éditeur académique dispose d’une liberté éditoriale, incluant le droit de rétracter un texte jugé scientifiquement défaillant ;
- aucune violation contractuelle n’a été démontrée par le plaignant.
La justice refuse donc explicitement de se substituer au processus d’évaluation par les pairs. La rétractation est maintenue.
Pour suivre mon travail plus facilement :
Dans la tête des antivax ?
Ce qui se joue ici dépasse largement le cas de Greg Marchand ou d’un article rétracté. Depuis le début de la pandémie, les milieux antivaccinaux se heurtent à une difficulté structurelle : ils sont incapables de produire, dans les circuits scientifiques ordinaires, des travaux robustes étayant leurs thèses. Les rares publications qu’ils parviennent à faire passer ne résistent généralement pas à l’examen méthodologique, et finissent contestées, corrigées ou retirées. Et la raison n’est pas mystérieuse : leurs croyances sont fausses, et par conséquent aucun travail réellement scientifique ne peut les confirmer.
Faute de pouvoir s’imposer par la preuve, il ne leur reste alors que des stratégies de contournement. L’une d’elles consiste à déplacer le conflit hors du champ scientifique : vers l’arène judiciaire, où l’on espère obtenir, par décision de justice, ce que l’on n’a pas su défendre par les données. L’autre repose sur une rhétorique bien rodée, mobilisant l’idée d’un complot industriel ou institutionnel — « Big Pharma », revues corrompues, censure organisée — pour transformer un échec scientifique en acte de persécution.
L’échec de cette tentative devant un tribunal d’Arizona ne mettra pas fin à ce récit ; il est plus probable qu’il l’alimente. Dans ces milieux, chaque refus, chaque rétractation, chaque décision défavorable devient une preuve supplémentaire d’un pouvoir présenté comme tyrannique, face auquel ils s’imaginent et se racontent scène comme une dissidence héroïque. Ce besoin constant de nourrir un narratif de résistance est d’autant plus crucial qu’il compense l’incapacité persistante à influencer réellement le monde de la recherche, y compris dans un contexte politique pourtant favorable, marqué par le soutien explicite de figures comme Robert F. Kennedy Jr..
Je pronostic donc une flambée de récits complotistes paranos autour de cette décision de justice.
Acermendax
Référence
Marcus, A. (2026, January 21). Lawsuit fails to block retraction of paper claiming to link heart-related deaths to COVID-19 vaccines. Retraction Watch.
https://retractionwatch.com/2026/01/21/lawsuit-fails-to-block-retraction-of-paper-claiming-to-link-heart-related-deaths-to-covid-19-vaccines/



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