Trump & Groënland : Zététique de l’incompétence

 

Le président Donald Trump a publié une déclaration sur son réseau social Truth Social le samedi 17 janvier 2026.

Et en 2026, nous sommes arrivés à un point où être un vulgarisateur spécialisé dans la zététique et notamment la partie de ce mouvement culturel qui s’intéresse aux discours frapadingues des adorateurs du paranormal, des pseudosciences et des grandes délires spiritualistes est devenu un atout pour analyser les déclarations de la Maison Blanche. Je n’aurais pas parié là-dessus il y a 10 ans.

Je vais vous donner une traduction de son messages du 17 janvier posté sur sa plateforme personnelle Truth Social, en prenant soin de garder les fautes de langage, les aberrations, les répétitions, les tournures bizarres de ce paquets de mot délivré sans aucun retour à la ligne. Je me demande si les non anglophones prennent la mesure de la fragilité du niveau d’expression de Donald Trump…

 

« Nous avons subventionné le Danemark, et tous les pays de l’Union européenne, et d’autres, pendant de nombreuses années en ne leur faisant pas payer de droits de douane, ni aucune autre forme de paiement, et maintenant, après des siècles, il est temps que le Danemark rende quelque chose en retour — la Paix Mondiale est en jeu ! La Chine et la Russie veulent le Groenland, et il n’y a rien que le Danemark puisse faire à ce sujet. Ils ont actuellement deux traîneaux à chiens comme protection, dont un a été ajouté récemment. Seuls les États-Unis d’Amérique, sous le PRÉSIDENT DONALD J. TRUMP, peuvent jouer dans ce jeu, et avec beaucoup de succès, d’ailleurs ! Personne ne touchera à ce morceau sacré de terre, surtout maintenant que la Sécurité Nationale des États-Unis, et celle du Monde en général, est en jeu. Par-dessus tout le reste, le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande ont voyagé jusqu’au Groenland, pour des raisons inconnues. C’est une situation très dangereuse pour la sûreté, la sécurité et la survie de notre planète. Ces Pays, qui jouent à ce jeu très dangereux, ont mis en jeu un niveau de risque qui n’est pas tenable ou durable. Par conséquent, afin de protéger la Paix et la Sécurité Globales, il est impératif que des mesures fortes soient prises pour que cette situation potentiellement périlleuse se termine rapidement, et sans discussion. À partir du 1er février 2026, tous les Pays mentionnés ci-dessus, (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Finlande), se verront appliquer un droit de douane de 10 % sur tous les produits envoyés aux États-Unis d’Amérique. Le 1er juin 2026, le droit de douane passera à 25 %. Le droit de douane restera en place jusqu’à ce qu’un deal soit conclu pour l’achat complet et total du Groenland. Les États-Unis essaient de faire cette transaction depuis plus de 150 ans. Beaucoup de présidents ont essayé, et pour de bonnes raisons, mais le Danemark a toujours refusé. Maintenant, à cause du Golden Dome, et des Systèmes d’Armes Modernes, tant Offensifs que Défensifs, le besoin d’ACQUERIR ce territoire est particulièrement important. Des centaines de milliards de dollars sont actuellement dépensés dans des programmes de sécurité liés au « dôme », y compris pour la protection possible du Canada, et ce système est très brillant, mais aussi hautement complexe, et il ne peut pas fonctionner à son potentiel et à son efficacité maximum, à cause des angles, des limites de bornage et des frontières, si cette Terre n’est pas incluse. Les États-Unis d’Amérique sont immédiatement ouverts à la négociation avec le Danemark et/ou n’importe lequel de ces Pays qui ont mis tant de choses en péril, malgré tout ce que nous avons fait pour eux, y compris une protection maximale, depuis tant de décennies.

Merci de votre attention sur ce sujet !

DONALD J. TRUMP
PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE»

 

Je ne suis pas en mesure d’apporter une analyse pertinente sur la géopolitique du Groenland, sur l’OTAN, le programme de défense Golden Dome ni sur la politique tarifaire américaine. Ce sont des sujets complexes, techniques, qui relèvent de champs d’expertise précis, et prétendre les trancher sans compétence serait une faute méthodologique. En revanche, je peux appliquer à ce message un questionnement zététique élémentaire : celui qui consiste à évaluer le niveau de compétence réelle de l’émetteur, avant même de discuter le contenu de ses affirmations.

En zététique, une bonne partie du travail consiste à déterminer si la personne qui parle montre les signes minimaux de maîtrise du sujet qu’elle aborde. Cela permet d’éviter deux écueils symétriques : traiter d’imposteur quelqu’un qui serait effectivement compétent, ou au contraire accorder un crédit excessif à un discours qui ne présente aucun des marqueurs attendus de l’expertise.

Or, ce texte pose problème avant même toute vérification factuelle, par la manière dont il est formulé.

Indicateurs d’incompétence

Un premier indicateur est l’absence totale de structuration argumentative. Un responsable compétent, même lorsqu’il s’exprime de manière volontairement simplifiée pour le grand public, est en général capable de distinguer les registres : faits établis, hypothèses, objectifs politiques, leviers économiques, contraintes diplomatiques. Ici, tout est amalgamé dans une même phrase interminable, sans hiérarchie, sans articulation claire entre causes et conséquences. Cette confusion n’est pas stylistique, elle est cognitive : elle empêche de comprendre ce qui relève d’un diagnostic, d’une menace, d’une justification ou d’un simple slogan.

Un second indicateur est l’usage d’un jargon pseudo-technique non maîtrisé. Des termes liés à la défense antimissile, au bornage territorial ou aux systèmes d’armes sont invoqués, sans être reliés par un raisonnement explicite. On ne sait pas en quoi le Groenland serait indispensable au fonctionnement du Golden Dome, ni selon quels critères, ni pourquoi cette inclusion serait incompatible avec la situation actuelle. Ce type de procédé est bien connu : c’est le technobabillage, des mots techniques sont utilisés pour produire une impression de compétence, sans que leur rôle réel soit intelligible ou vérifiable.

Un troisième élément particulièrement révélateur est la cohabitation de registres incompatibles. Le Groenland est décrit comme un enjeu vital pour la « Paix Mondiale », comme un point clé de la sécurité planétaire, tout en étant présenté simultanément comme un objet de négociation commerciale conditionnant des droits de douane. Un expert, même partisan d’une ligne dure, expliciterait la tension entre ces deux registres. Ici, elle n’est même pas perçue. Cela suggère non pas une stratégie cynique assumée, mais une incapacité à maintenir une cohérence conceptuelle minimale.

Enfin, le texte trahit une vision profondément personnalisée du pouvoir. Les États-Unis ne sont jamais décrits comme une institution dotée de procédures, d’alliances, de contre-pouvoirs ou de contraintes juridiques, mais comme un acteur quasi individuel, incarné par le président lui-même. Les engagements passés sont présentés comme des faveurs, la protection militaire comme un service rendu, et les partenaires internationaux comme des débiteurs ingrats. Là encore, ce n’est pas une position politique en soi qui est critiquable, mais l’absence de distance analytique entre la personne, la fonction et l’État.

 

Pris ensemble, ces éléments ne permettent pas de conclure que les décisions évoquées seraient nécessairement mauvaises ou infondées. En revanche, ils constituent des signaux convergents d’incompétence discursive : incapacité à structurer un raisonnement, confusion des registres, recours à un pseudo-savoir technique, et personnalisation excessive de l’action publique. Tout cela dans une prise de parole écrite, rédigée, préparée, probablement relue, délivrée sous la forme d’un paragraphe unique rempli de majuscules.

 

Une illusion puissante

Des milliers de commentaires ont déjà été émis sur Donald Trump, sur ses condamnations, sa moralité, sa criminalité, sa corruption et ses défaillances cognitives.

L’homme reste milliardaire en ayant ruiné plusieurs casinos et se faire élire président deux fois après divers condamnations et inculpations qu’il a ensuite eu le pouvoir d’éliminer. Il faut bien constater qu’il gagne sur beaucoup de fronts, la vie le récompense constamment, et il a même reçu la médaille du Nobel de la Paix des mains de sa dernière lauréate après l’avoir réclamé pendant des années.

Et cela envoie un très fort signal de compétence. Un nombre incroyable de gens estiment que Donald Trump a de très grandes compétences puisqu’il a accumulé un grand nombre de réussites. Or, j’estime que nous avons les informations nécessaires pour comprendre que cette attribution de compétence est mal fondée.

On parle de biais d’internalité et d’erreur fondamentale d’attribution lorsque nous estimons que le succès rencontré par une personne a pour principale cause ses qualités personnelles plutôt que des facteurs contextuels. Le cas de Trump est extrême car ses réussites sont d’une ampleur considérable, alors même que ses défaillances, ses lacunes, ses manquements, ses outrances sont sans précédent pour un homme politique de son importance.

A tel point que nous ne pouvons pas ne pas nous intéresser à ce que son cas nous dit des trajectoires possibles des politiciens de chez nous, notamment ceux qui se demandent où Trump trouve toute cette énergie et n’ont que des éloges à son sujet, alors que le texte que je viens de vous lire piétine complètement l’idée de la souveraineté des européens sur leurs territoires. Se pose alors la question du niveau de compétence des idéologues qui croient pouvoir être pleinement nationalistes tout en étant vassalisés par l’impérialisme Trumpien, quand ce n’est pas celui de Poutine.

Je ne fais que poser des questions…

 

Acermendax

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