La téléréalité : étrange objet sociologique (TenL#59)

Invitée : Nathalie Nadaud-Albertini

Enregistré le Mercredi 7 février 2018 au G.E.C  Nancy.

Editorial

Bonjour chers téléspectateurs. Si vous nous regardez à distance, vous êtes des téléspectateurs. Croyez-le ou pas, ce n’est pas un mot nouveau inventé pour YouTube ; on l’utilisait autrefois pour le média appelé Télévision.

Vous nous regardez et nous existons pour de vrai. En dehors de cet éditorial, aucun texte n’est écrit, nous sommes donc dans un programme de Téléréalité. Ou pas. Il est bien possible que définir ce qu’est la téléréalité soit un brin plus compliqué que cela.

Vous avez tous entendu parler de la téléréalité, vous en avez sans doute regardé, en tout cas vous n’avez pas pu échapper au phénomène. Vous adorez, vous méprisez, vous observez d’un œil distant ou amusé, seul, en famille, avec des amis, vous votez ou non, vous en parlez au travail ou à l’école, vous avez vos têtes de turc et vos chouchous… ou bien vous fuyez comme la peste tout ce qui relève de ces programmes. Mais il est fort improbable que vous puissiez éprouver une réelle indifférence face à la Real TV qui fait commerce de toutes les outrances acceptables, de nos indignations faciles, de nos stéréotypes et de notre imaginaire partagé.

On pourrait vous expliquer le phénomène par le quart d’heure de gloire Warholien, mais on citera plutôt Umberto Eco qui avait prédit le succès du phénomène dans les années 1980, et ce pour des raisons morales. Nous avons tous appris à ne pas montrer du doigt la dame bizarre du bout de la rue, à ne pas nous moquer des handicapés ou des idiots. Certains apprennent mieux que d’autres le respect de la dignité humaine, mais il reste au fond de nous des mécanismes de primate qui trouvent un exutoire dans le village mondialisé actuel, et via la lucarne télévisuelle qui nous offre en spectacle des idiots volontaires, les nouveaux gladiateurs.

Bien sûr, on ne peut pas réduire la Téléréalité à une fascination-répulsion ; il y a d’autres dimensions au phénomène, et il y a désormais des recettes qui assurent un succès étonnant depuis 1997. En France cela commence avec Loft Story en 1999, et cet éditorial n’est pas assez long pour que l’on vous fasse la litanie de tous les programmes qui ont suivi dans le pays de Molière.

Loft Story, Koh Lanta, Pekin Express, le Bachelor, Greg le millionnaire, mon incroyable fiancé, La Belle et ses princes presque charmants, Qui veut épouser mon fils ?, La Villa des cœurs brisés, Les Princes de l’amour, L’amour est dans le pré, l’Amour est aveugle, Séduis-moi… si tu peux ! L’ile de la tentation, L’Île des vérités, La Revanche des ex, Adam recherche Ève, Mariés au premier regard, Star Academy, Popstars, la Nouvelle Star, X Factor, L’école des stars, Pop Job, The Voice, La France a un incroyable talent, Rising Star, Las Vegas Academy, Danse avec les stars, Top Chef, MasterChef, Le Meilleur Patissier, Cauchemar en cuisine, Cauchemar chez le coiffeur, Hair, le meilleur coiffeur, Le chantier, On a échangé nos mamans, le pensionnat de Chavagne, La ferme célébrité, Carré ViiiP, Secret Story, Dilemme, Les Anges, Allô Nabilla, Les Marseillais, Les Ch’tis, ET CETERA ! La Culture.

Si une industrie prospère sur tous les écrans du monde, il y a des raisons, et pour les explorer, nous pouvons compter sur l’expertise de notre invitée : sociologue des médias et spécialiste de la téléréalité, Nathalie Nadaud-Albertini va nous parler d’indignation, de scandale, d’individualisme, d’esprit critique et de démocratie. Osons un instant rêver qu’un jour ce genre de réflexion sera aussi populaire que les Cht’is à Las Vegas parce que, sincèrement… Voilà, quoi. Bonsoir Nathalie Nadaud-Albertini.

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