Sonder les croyances complotistes

 

Un sondage sur les « théories du complot » fait la une des journaux aujourd’hui (voir en fin d’article les captures d’écran).

On appelle « théorie du complot » le recours à des explications de type conspirationniste1 pour des événements par ailleurs élucidés. La terminologie n’est pas sans défaut, car les vrais complots (projet secret d’un petit groupe aux dépens des intérêts d’un autre groupe) existent. Et à titre personnel je regrette que cette formulation ajoute son coup de canif au concept de « théorie » par ailleurs si malmené et incompris, en particulier par les personnes qui rejettent la parole scientifique et accordent du crédit aux explications « alternatives » volontiers conspirationnistes.

Etudier l’adhésion d’une partie de la population à des idées conspirationnistes est une tâche importante et complexe. Complexe, car il est bien évident que le conspirationniste ne sera que peu motivé à répondre honnêtement à un sondage s’il juge que les sondages sont un outil de manipulation. Importante parce que ces idées virales ont des conséquences sur les comportements des individus et sur la société. Le cas le plus grave est peut-être le mouvement antivax qui sème la panique chez les jeunes parents et met en danger de nombreuses vies.

Or donc, ce sondage est intéressant s’il permet de dresser un état des lieux des croyances des français. Le permet-il ? Ce n’est pas certain, en tout cas faut-il prendre du recul. Rappelons que le sondage a été fait via Internet sur 1252 personnes qui ont simplement répondu à un questionnaire en ligne.

Il faut lire le rapport de près pour être bien certain que les auteurs n’ont pas rangé dans la catégorie complotisme la croyance suivante :

« Dieu a créé l’homme et la Terre il y a moins de 10 000 ans »

Cette croyance religieuse littéraliste est citée par les sondeurs pour mesurer sa corrélation avec les croyances complotistes. Comme c’était attendu, cette corrélation est forte. Ce créationnisme « Terre Jeune » est surtout le marqueur d’un rejet de la méthode scientifique.

Le sondage montre le lien entre la lecture de l’horoscope et la croyance dans les théories du complot. Le rapport conclut à un lien entre complotisme et superstition que l’on aimerait voir explorer un peu plus efficacement qu’avec le seul proxy de l’horoscope. On sait que ces mécanismes de croyance sont proches dans le sens où ils sont stimulés dans le même sens par un sentiment de perte de contrôle 2, mais il existe toutes sortes de superstitions qu’il semble audacieux d’assimiler toutes à la consultation de l’horoscope.

  • On observe que 12% des sondés « sans religion » croient à la Terre Jeune. C’est un chiffre étonnant qui doit nous alerter. Certes on peut croire à une création du monde récente par Dieu sans adhérer à une religion, mais l’énoncé est fortement lié à une lecture littérale de la Bible, et 12% c’est considérable. On aimerait en savoir plus sur ces 12% pour écarter la possibilité d’un trollage pur et simple du sondage.

La formulation des questions est-elle neutre ou induit-elle une réponse plutôt qu’une autre ?

Les questions du sondage semblent interdire une interprétation propre des résultats. C’est un vrai festival !

« Sur une échelle de 0 à 10 où la note 0 correspondrait à quelqu’un qui fait tout à fait confiance et qui croit tout ce qu’on lui dit et la note 10 correspondrait à quelqu’un « à qui on ne la fait pas »

Cette question revient à demander aux gens d’estimer leur propre degré de crédulité. Cela semble peu corrélé à l’adhésion aux théories du complot. Un scientifique très rigoureux et un complotiste forcené pourront sans mal se donner la note maximale. Croire au résultat de cette question, c’est négliger l’effet Dunning-Kruger.

« A propos des médias (journaux, radios, télévisions), de laquelle des opinions suivantes vous sentez-vous le plus proche ?
• Leur rôle est essentiellement de relayer une propagande mensongère nécessaire à la perpétuation du « Système »
• Etant largement soumis aux pressions du pouvoir politique et de l’argent, leur marge de manœuvre est limitée et ils ne peuvent pas traiter comme ils le voudraient certains sujets
• Travaillant dans l’urgence, ils restituent l’information de manière déformée et parfois fausse .
• Globalement, ils restituent correctement l’information et sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur.»

Ici, on se trouve forcé d’entrer dans l’une des 4 cases prédéfinies, ce qui représente une amputation de la réalité tout à fait majeure. D’une part, les propositions ne sont pas mutuellement exclusives, il eut donc été préférable d’accorder un choix multiple et ordonné, d’autre part des avis alternatifs peuvent être défendus au sujet des possibles lacunes méthodologiques des journalistes qui ne sont pas imputables à un manque de temps, à des pressions ou à un refus de se corriger.

« Il est possible que la Terre soit plate et non pas ronde comme on nous le dit depuis l’école »

Cette question contient deux problèmes. D’abord : oui, il est possible de penser que la Terre soit plate et non pas ronde, si et seulement si un grand nombre de conditions sont réunies 3. La réponse peut donc être un « oui » sans arrière pensée, totalement décorrélé du niveau de complotisme des sondés. La question comporte aussi une mention à l’école qui est de nature à focaliser la réponse sur un élément non lié à la forme de la Terre. La question porte-t-elle sur la rotondité de la Terre ou sur la confiance à accorder à ce qu’on apprend à l’école ? On peut gager que les réponses n’ont pas toutes été données au même aspect de la question.

Sur l’immigration, on demande aux sondés si leur avis peut se formuler ainsi :

« C’est un projet politique de remplacement d’une civilisation par une autre organisé délibérément par nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques et auquel il convient de mettre fin en renvoyant ces populations d’où elles viennent. »

La proposition contient deux énoncés sans lien logique. D’un côté le complot des élites, de l’autre la réaction qu’on devrait adopter. C’est le seul item qui permet au sondé de dire qu’il souhaite que les immigrés rentrent « d’où ils viennent ». À quelle partie de cette proposition les sondés se sont-ils identifiés ? Mystère !

« Les pays européens ont le devoir d’accueillir les personnes poussées à l’exil par la guerre et la misère, et c’est aussi leur intérêt économique à long terme

À nouveau deux réponses se cachent dans une phrase. Le devoir moral n’implique pas un intérêt économique et vice versa. Les sondés rétifs à l’un de ces deux aspects rejetteront cette réponse alors même que l’autre aspect aurait pu les satisfaire.

« Les élections en France sont organisées de manière suffisamment transparente et sûre pour éviter les tricheries et assurer la réalité des votes »

On se demande quelle sûreté est sous-entendue, et dans quelle mesure cette sûreté associée à une transparence suffit à assurer la « réalité » des votes. Les « tricheries » lors des élections pourraient bien survenir pour d’autres raisons…  Le moins qu’on puisse dire est que la question, derechef, n’est pas univoque. Chacun peut l’entendre d’une manière différente et donc on se demande bien ce qui est mesuré dans les réponses.

 

Faute envers la pensée critique et envers la logique.

La première étape de la pensée méthodique employée en science est le scepticisme a priori sur les faits. Les sondés n’ont pas été autorisés à suspendre leur jugement. Pire, on les a interrogés sur des théories dont ils n’avaient jamais entendu parler en les forçant à avoir un avis sur le champ. Cette erreur est de nature à biaiser considérablement les chiffres obtenus.

Pour illustrer les résultats aberrants que cette erreur de méthode produit :

35% des français ont déjà entendu dire que « Les groupes terroristes djihadistes comme Al-Qaïda ou Daech sont en réalité manipulés par les services secrets occidentaux » et 31% adhèrent à cette idée. Seulement 4% des Français connaîtraient cette théorie sans y croire… Mieux encore : si 27 % des Français ont déjà entendu parler des explications des révolutions française et russe par l’action de sociétés secrètes, ils sont 28 % à adhérer à cette explication.

D’un point de vue rationaliste, il est incompréhensible que les sondeurs n’aient pas ajouté une case « ne se prononce pas » à chacune de leurs questions. Mais peut-être le but était-il de pouvoir corréler des chiffres gonflés avec des appartenances politiques, auquel cas le sondage serait parfaitement calibré. À tout le moins, le tableau final semble peu à même de refléter la réalité des croyances ou de l’absence de croyance des Français sur des sujets où la formulation des questions a un fort impact sur la réponse, surtout en se permettant d’étiqueter une partie de l’échantillon « complotistes ».

Toutes les « théories du complot » n’ont pas la même notoriété

 

Que conclure ?

Que les médias souhaitent alarmer la population sur l’épidémie de croyances irrationnelles et dangereuses qui nous envahit est sans doute une bonne chose, et c’est certainement ce qui a motivé le relais massif des résultats de ce sondage. Toutefois, on ne peut pas faire l’économie d’une analyse très critique de tels résultats. Des questions réductrices ne laissant pas la liberté au sondé de suspendre son jugement, même sur des théories dont il n’a jamais entendu parler ne pouvaient qu’aboutir à un tableau alarmant. La conclusion imprimée sur les journaux: « 79% des Français croient au moins à une « théorie du complot » » est donc totalement abusive.

Au demeurant, nous n’avons pas besoin que les chiffres soient si hauts pour reconnaître l’urgence de réagir à la séduction de certains récits et à la viralité de la méfiance envers tout ce qui s’apparente à une version officielle. Les autorités politiques évoquent aujourd’hui une nouvelle loi anti fake news, mais on peut douter que la loi soit le moyen par lequel on luttera efficacement contre la désinformation. On ne peut plus empêcher les fausses informations d’atteindre les individus. Désormais il nous faut rendre les individus aptes à se défendre eux-mêmes, à acquérir une autonomie suffisante pour exercer leur esprit critique, y compris envers les informations délivrées par les médias que ne sont pas suspectés de prime abord de propager des faussetés.

Le monde des médias ne peut plus être juge et parti quant à la qualité des informations qui circulent.

 

 


Post Scriptum

Preuves de la viralité de ce sondage…

 

 

 

 

  1. Donc supposant un « complot »
  2. Ref :J. A. Whitson, A. D. Galinsky (2008). Lacking Control Increases Illusory Pattern Perception Science, 322 (5898), 115-117 DOI: 10.1126/science.1159845 
  3. Soyons clairs : elles ne le sont pas et la Terre est ronde, mais relisez bien : on ne demande pas aux gens s’ils croient que la Terre est plate, mais si c’est possible.
47 réponses
  1. Ardes
    Ardes dit :

    Le principal écueil n’est-il pas au final la question de la reproductibilité de l’expérience ? L’article-source explique son échantillonnage mais je n’ai pas vu de confirmation par une autre étude similaire, ni même mention d’une réitération de l’expérience à l’avenir pour voir si cela confirme ou infirme la première. A mon sens, c’est là la principale faiblesse de l’étude.

    Dans un second temps, il me semblait que le but de l’étude était plutôt de déterminer des profils de complotistes et d’observer s’il y avait des interconnexions et pas tellement de sortir des chiffres anxiogènes. Du coup, j’avoue que les chiffres pour moi sont déjà à prendre avec des pincettes, en plus de ce que vous avez pu montrer.

    Enfin, en l’absence de retours sur l’expérience, ne convient-il pas de suspendre notre jugement ? En l’état l’étude donne des pistes potentielles mais rien de plus, j’aurais dû mal à en tirer des conclusions autre que la nécessité de vulgariser à la vue des interconnexions.

    Cordialement.

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    • Colas
      Colas dit :

      Je crois que c’est la première fois qu’un tel sondage à lieu en France (des sondages équivalents fait à l’étranger ne serait pas forcément pertinent).
      Les chiffres ne sont pas forcément anxiogènes vu que l’on peut les comparer à rien. Il y peut-être un repli à l’adhésion à ses idées sans que le sondage puisse nous le montrer.

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  2. Pascal Lapointe
    Pascal Lapointe dit :

    Loin de moi l’idée de vouloir défendre cette étude qui contient de toute évidence bien des failles, mais en ce qui concerne la Terre plate, convenons que le fait d’y croire est indissociable d’une croyance en un grand complot…

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      La croyance dans la Terre plate est en effet liée à la croyance dans un complot.
      Mais la formulation autorise à répondre « oui » sans y croire. C’est tout ce que je critique.

      M.

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      • Olibo64
        Olibo64 dit :

        Il est tout à fait possible de croire en la terre plate. La preuve : mon voisin, par ailleurs créationniste, insoumis et antivax y croit…

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      • Kukra
        Kukra dit :

        Des gens qui croient à la Terre plate ne sont pas obligatoirement complotistes.
        Le faite d’être convaincu de la planéité de la planète peut être du à un axe de l’observation de son environnement. Beaucoup de gens en campagne n’ayant ni la télé ou internet, ne se posent pas de question sur le cosmos ou sur le système solaire (bien plus vrai à une époque ou l’école n’était pas obligatoire et où l’information ne circulait pas à la vitesse et l’ampleur qu’elle a aujourd’hui.

        Bref ce « sondage » (par ce que ça fait mal au cul d’appeler ça une étude) est vraiment pourrie et prend les gens pour bien plus cons qu’ils le sont. Toutes les questions sont très ambiguës avec parfois de forts sous-entendus idéologiques politiques et religieux. Le simple ajout d’un « ne se prononce pas » n’aurait rien changé au faite que cela a été mené vraiment par des branques une fois de plus.

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  3. ROmain Bousson
    ROmain Bousson dit :

    Bonsoir, se peut-il que le principe ait été de copier la méthodologie des enquêtes américaines qui elles existent déjà depuis quelques années ? histoire d’avoir de la comparaison sur des mêmes bases.

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  4. Buche
    Buche dit :

    Il y a un autre élément important à critiquer ce me semble, c’est la généralisation abusive. On passe de 79% d’un échantillon ni aléatoire ni représentatif croit à 79% des français.Cette confusion semble d’ailleurs entretenu au sein même du sondage (Cf. image 2).

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  5. Mellorine
    Mellorine dit :

    Ce sondage n’a pas été effectué par un institut de recherche, mais par un institut privé pour le compte d’un client, qui a acheté la prestation. Si le client veut un baromètre des résultats à fréquence régulière, il achètera d’autres études. Si non, pourquoi l’institut travaillerait-il gratuitement ? Les sondeurs sont des salariés comme les autres.

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  6. Stuff
    Stuff dit :

    Sincèrement, si j’avais pu faire le sondage, j’aurais répondu oui à la question de la Terre plate juste pour rigoler

    Par ailleurs, 1200 personnes… C’est un peu… Peu non?

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    • Silfod
      Silfod dit :

      Alors c’est bien marrant de faire une p’tite blague qui ne fera rire que vous, sauf que le problème c’est que ce genre de comportement flingue complètement les études et rend le travail de personnes sérieuses inutiles. Merci beaucoup.

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  7. Sonia
    Sonia dit :

    Le vrai souci je pense est la reprise médiatique du sondage de manière non critique et incomplète. Et même si la science derrière n’est pas à visée anxiogène, les médias eux ne se privent pas d’y ajouter leur propre interprétation. Et c’est un gros problème car la majorité des gens n’ont eu accès à ce sondage qu’à travers le filtre médiatique, qui passe souvent par « c’est de la science alors c’est vrai ». Ça pose un problème sociétal important selon moi, et ancré depuis un moment

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    • Yannick
      Yannick dit :

      D’où la nécessité de former les gens à reconnaitre les information incomplètes et les arguments fallacieux.

      Répondre
  8. Yannick
    Yannick dit :

    D’où la nécessité de former les gens à reconnaitre les information incomplètes et les arguments fallacieux.

    Répondre
  9. Smurgl
    Smurgl dit :

    Article très intéressant, merci 🙂

    J’ai trouvé la coquille cachée : « D’un point de vue rationaliste, il est incompréhensible que les sondeurs n’aiENt pas ajouté une case « ne se prononce pas » à chacune de leurs questions. »

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  10. Sébastien C
    Sébastien C dit :

    Merci pour cette analyse sur cette étude. J’avais consulté l’étude hier et je trouvais les questions assez mal posées sans arriver pour autant à bien définir la critique que j’avais à faire, tu as mis des mots sur mes sentiments, j’apprécie 😀

    Par ailleurs, j’ai vu sur dans mes divers cercles des tentatives d’explications des résultats de cette étude. Bien qu’il ne faille pas chercher à expliquer des faits dont l’observation n’est pas assurée, j’ai vu un argument plutôt pertinent. L’adhésion à des théories complotistes pourraient être dû à une surcharge cognitives, trop d’informations non hiérarchisées qui peuvent brouiller le jugement et amener à croire tout et sont contraire.
    Cette surcharge vient en partie par une reprise non critique de tout un tas de pseudo études ou de pseudo sondages. Le traitement sera le même entre un sondage sur le complotisme dans la population française et une méta-étude sur la nocivité du glyphosate. Ironiquement, ce sondage, bien que partant d’un bon sentiment, et le traitement qui en est fait, pourrait être un cas d’école sur la manière dont se répandent les idées complotistes dans l’opinion publique.

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  11. SNP
    SNP dit :

    Personnellement j’y ai trouvé une situation cocasse : une chaîne de médias (dont certains se prétendent scientifiques) qui a relayé des infos comme peuvent le faire les sites à tendance complotiste, c’est-à-dire sans avoir véritablement analysé l’enquête et le sujet.
    ça serait intéressant de faire une lettre ouverte à tous ces médias, au cas où ils se croiraient immunisés contre ce qu’ils dénoncent.
    Car, finalement, ne sommes-nous pas en face d’une « fake news » ?

    Cet article critique a souligné des aspects que je n’avais pas franchement réalisé.
    Je me permets de rajouter quelques éléments d’un commentaire que j’ai posté sur Facebook :

    « 16% des Français pensent que les Américains ne sont jamais allés sur la Lune »

    Si on regarde les résultats, seuls 4% (à considérer avec la marge d’erreur) peuvent véritablement être associés à cette déclaration. Les 12% restants sont en réalité dans la colonne « plutôt d’accord ».
    Pourquoi donc avoir décidé de les mettre dans le même sac ? Je soupçonne la manifestation d’un biais de confirmation, confirmant l’intérêt de ce sur quoi on travaille depuis une dizaine d’année (Rudy Reichstadt notamment) ; ceci coïncidant parfaitement avec la volonté de légiférer sur les « fake news » par le président.

    Ceci est valable pour de nombreuses questions : on préfère traduire un « plutôt d’accord » par un « d’accord », en occultant la part de doute que les gens peuvent avoir. En effet, un « plutôt d’accord » pourrait tout à fait correspondre à un « j’ai été séduit par certains arguments qui circulent sur le net et je n’ai pas vu de contre-argumentation, donc je pense que c’est possible ». Surtout qu’il n’y a pas de colonne intermédiaire entre les réponses « plutôt d’accord » et « plutôt pas d’accord » qui aurait pu diminuer les résultats de la colonne « plutôt d’accord ». Au delà de ça, je serais curieux de voir si chez les « d’accord » tous seraient « sûrs » de l’affirmation en question.
    Or on voit que les gros chiffres relayés reposent essentiellement sur cette frange de l’échantillon « plutôt d’accord ».

    Enfin, je m’étonne que personne ne critique l’emploi du qualificatif « complotiste ». Selon R. Reichsdadt « une théorie du complot » = « une tendance à attribuer abusivement l’origine d’un événement historique ou d’un fait social à un inavouable complot dont les auteurs présumés – ou ceux à qui il est réputé profiter – conspireraient, dans leur intérêt, à tenir cachée la vérité. » (https://www.francetvinfo.fr/internet/securite-sur-internet/info-franceinfo-pres-de-huit-francais-sur-10-croient-a-au-moins-une-theorie-du-complot-selon-une-etude_2546849.html).
    L’habitude (« tendance »), associée au caractère abusif, doit donc être caractérisée.
    Ainsi, puisqu’il s’agit d’une tendance, comment peut-on utiliser la notion d’UNE théorie du complot ? Personnellement, je ne vois pas d’autre issue que de pouvoir parler de « tendance complotiste » à partir du moment où une personne a l’habitude d’affirmer des liens de causalité de manière abusive en matière de complot.
    Encore une fois, « attribuer abusivement » implique une certitude qui, à mon sens, n’est pas forcément évidente chez les personnes ayant coché la case « plutôt d’accord ».

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    • Castelmore
      Castelmore dit :

      C’est un énorme raccourci intellectuel qui a son usage rhétorique. Certains associent tout de suite la croyance en un complot à une tendance complotiste. Ca me rappelle les croisades de « journalistes » et « intellectuels » comme Caroline Fourest pour qui les complots semblent tout simplement ne pas exister. C’est un gros mot. En même temps l’association est simple et je crois que peu de gens s’intéressent sérieusement à ce sujet, en tout cas aux rouages intellectuels qui peuvent être mis en jeu. Beaucoup de gens se renseignent sur telle ou telle théorie, car elles sont généralement intéressantes et se lisent comme des romans mystérieux ou que sais-je, d’autres se contentent de rire (il y a souvent de quoi), d’autres font du « fact-checking » plus ou moins sérieux, avec parfois la tentation de croire qu’une théorie discréditée discrédite toutes les autres.
      Et le plus important à mon sens est que si l’on veut combattre certaines mauvaises habitudes conduisant au complotisme, il faut le faire avec beaucoup de rigueur, parce que toute malhonnêteté de la part des anti-complotistes risque de paraître suspicieuse, peut-être à raison parfois.

      Répondre
  12. sorbet
    sorbet dit :

    Merci pour cet article.
    Je me permets de relever une erreur (à moins que ce soit moi qui me plante).
    « 35% des français ont déjà entendu dire que « Les groupes terroristes djihadistes comme Al-Qaïda ou Daech sont en réalité manipulés par les services secrets occidentaux » et 31% adhèrent à cette idée. Seulement 4% de ceux qui connaissent cette théorie seraient sceptiques… »
    La baisse de 4 points représente 12.5% de cette part de sondés qui seraient sceptiques, et pas 4%.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      C’est vrai que ma formulation n’autorise pas à utiliser les 4% comme je l’ai fait. Merci pour la correction.

      Répondre
  13. Castelmore
    Castelmore dit :

    C’est un thème sacrément complexe qu’il serait bon de placer parfois dans le cadre d’une lutte pour la définition de la vérité. Croire aux « théories du complot » semble être devenu un crime de lèse-majesté (quelle majesté d’ailleurs ?), une façon de se discréditer automatiquement, et souvent ceux qui mentionnent tel ou tel complot, indépendamment de sa probabilité ou véracité, va se prendre une avalanche de moqueries et d’arguments fallacieux.
    Il faudrait faire la distinction entre ceux qui se penchent sérieusement sur le sujet des « théoriciens du complot » avec curiosité, et ceux qui entendent châtier ceux qui ont de mauvaises croyances.
    Et il faut dire que du côté des médias, on sent parfois franchement la volonté de simplement faire taire les gens sur quelques sujets, ce qui à mon avis donne énormément de grain à moudre aux « théoriciens du complot ». Mais pointer ça du doigt peut vous causer d’être placé dans la catégorie des complotistes, justement. 😛
    Enfin c’est vraiment un sujet à traiter avec sérieux, ça a pris une ampleur phénoménale depuis les différentes affaires/théories sur des proches de Clinton puis la récupération du terme « fake news » (immonde en français) par Trump après que les médias en aient abusé. Et comme de nombreux sujets de zététique, on trouve de la malhonnêteté intellectuelle chez beaucoup de ceux qui le conçoivent comme une sorte de guéguerre, d’un côté comme de l’autre.

    Répondre
  14. Stemy
    Stemy dit :

    Corcrètement, que proposez-vous pour lutter ? Parce que vous n’êtes pas sans savoir que l’adhésion aux thèses complotiste est irréversible. C’est très bien de faire dans la prévention, mais ça ne suffira pas, et aussi longtemps qu’on n’aura pas de «remède miracle» à cette dissonance cognitive, la lutte restera vaine.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Soit c’est irréversible, soit on doit chercher un remède miracle. Décidez-vous 😉
      Les théories du complot répondent à des besoins. Les gens qui y croient et les partagent sont motivés à le faire. La réponse idéale serait de faire en sorte que la société réponde à ces besoins : sens, contrôle, estime de soi, etc.
      Je vous accorde que ça ressemble à demander un miracle…

      Répondre
      • Stemy
        Stemy dit :

        Haha oui, j’ai oublié de préciser «pour l’heure», ce qui rend ma phrase contradictoire, en effet.

        Le fait est que c’est la dissonance cognitive qui empêche de sortir du complotisme, et je doute que répondre aux besoins que vous citez suffise à l’éradiquer, tout simplement parce que jusqu’à preuve du contraire (si elles existent, faites-le moi savoir), il n’existe aucun moyen de la combattre, quelles que soient les croyances impliquées.

        Répondre
    • SNP
      SNP dit :

      Et… qu’est-ce qui vous fait dire que l’adhésion à la tendance complotiste est irréversible ?
      Le fait d’arrêter de les ignorer (cf. fameuse excuse de ne vouloir s’adresser qu’aux « indécis » – concept difficilement compréhensible selon moi), de les ridiculiser, de faire du paternalisme et de les braquer sera déjà un bon point. Surtout que les donneurs de leçons ne donnent pas toujours l’exemple (induisant de manière dramatique un effet contre productif).

      Puisque je connais un contre-exemple, non je ne pense pas que la raison se trouve dans des besoins comme le sens, contrôle, estime de soi, etc. (même si on peut trouver ce genre de caractéristiques chez eux).
      En revanche, l’acquisition des notions élémentaires en épistémologie, les bases en psychologie, en statistiques, (en science quoi)… ça oui, je mets ma main à couper. Après oui, ya forcément des problèmes d’orgueil, de confiance et de capacité de remise en question à régler. Mais faudrait aussi que les non complotistes réalisent pour une grande majorité leurs lacunes dans ces domaines, ça les calmerait sans doute dans leur haute estime d’eux-mêmes.

      Répondre
      • Stemy
        Stemy dit :

        Ce qui me fait dire qu’elle est irréversible, c’est que ça s’appuie sur la dissonance cognitive, qui n’a pas de remède connu. Si vous présentez des contrce-arguments à quelqu’un, il va instinctivement les ignorer ou des minimiser, très peu de personnes échappent à ce mécanisme, la plupart se réfugient inconsciemment dans ce qui conforte leurs préjugés. Dans le complotisme, c’est encore pire puisque l’adhésion à ces idées est forte.

        En fait, les exemples que vous me citez sont très loin de constituer la majorité, les autres préfèrent rester prisonnier de leur réalité.

        Répondre
        • Acermendax
          Acermendax dit :

          Le remède (c’est presque con) c’est la confiance et le doute. Quand quelqu’un en qui on a confiance crée le doute chez nous sur qqc, on se remet en question.

          Répondre
  15. Stemy
    Stemy dit :

    Ce que l’aimerais comprendre, c’est comment un institut de sonvage a pu mettre en place une méthodologie aussi foireuse. Pourtant, l’INSEE, ce ne sont pas des amateurs, et on ne s’attendrait pas à un travail aussi baclé de leur part. Auraient-ils subi des pressions du monde médiatique pour orienter les résultats pour les rendre pdus vendeurs ? Je sais que ça fait complotiste (en même temps, on reste dans le sujet) mais j’essaye de comprendre.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      INSEE ?
      C’est un sondage IFOP commandé par Conspiracy Watch et la Fondation Jean Jaurès. Je ne sais pas où l’INSEE serait intervenue.

      Répondre
      • Stemy
        Stemy dit :

        Au temps pour moi, je me suis emmêlé des pinceaux, mais du coup, c’est l’IFOP qui a mal fait le boulot. Pourquoi un tel amateurisme de leur part ?

        Répondre
      • Romain
        Romain dit :

        Peut-être que justement, l’objectif était de « gonfler » les chiffres du nombre de croyants en « au moins une conspiration », afin d’alerter (les médias? les services publics?) sur l’urgence de lutter contre le conspirationnisme?
        Un média ou un décideur non préparé ou qui lit en diagonale risque de croire ce qui est décrit…
        Simple supposition.

        Répondre
        • Stemy
          Stemy dit :

          Ça impliquerait qu’on ait fait pression sur l’IFOP pour qu’il oriente des résultats, on ne peut donc qu’espérer que vous ayez tort, sinon ce serait inquiétant.

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          • Romain
            Romain dit :

            Je ne parle pas de pression, mais de sondage écrit par avance, à poser « tel quel ».
            Mais bon, après tout, si on se réfère au rasoir d’Hanlon… peut-être que l’IFOP n’a pas l’habitude de se prémunir contre ce genre de biais?

  16. JustVNR
    JustVNR dit :

    Je suis ravi de constater que vous militiez contre une loi sur les « fake news » et pour une élévation de l’esprit critique, mais j’ai du mal à faire le lien avec votre soutien à Gérald Bronner dans sa volonté de « réguler le marché de l’information ». Comment vous proposez vous de réguler ledit « marché »?

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  17. Charles
    Charles dit :

    « Les pays européens ont le devoir d’accueillir les personnes poussées à l’exil par la guerre et la misère, et c’est aussi leur intérêt économique à long terme.»

    Où est la théorie du complot, ici ? Il s’agit d’une injonction basée sur des valeurs (la valeur morale d’accueil et la « valeur » d’appât du gain). On peut ne pas être d’accord avec ces valeurs et contester les bases d’une telle injonction (ni guerre ni misère ni intérêt économique), mais où est la théorie du complot ?

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  18. Rabbitman
    Rabbitman dit :

    Et en plus de ça, ne manquerait-il pas de « faux positif » ou « faux négatif » ?
    Une théorie du complot inventée de toute pièce pour les besoins du sondage (exemple : « Monsanto a provoqué la guerre du Vietnam pour écouler ses stocks d’agent orange ») obtiendrait-elle moins que les 12% des platistes.
    De la même manière, combien de personnes nieraient un complot avéré (armes de destruction massive en Irak par exemples) pour ne pas se faire taxer de complotistes.

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  1. […] Il ne faut pas tout confondre ! Et comme le signal un zététicien de La menace théoriste : […]

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