Reponse à un physiopathe

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Suivez ce lien pour lire le droit de réponse de Loïc Chaigneau

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 Monsieur Chaigneau,

Le droit de réponse est important, et je vous remercie d’avoir apporté votre contradiction de manière courtoise et argumentée. J’ai toutefois des précisions à apporter à mon tour, après votre réponse. Les voici.

« Vous jugez mon propos « stupide, stérile et arrogant ». Pourtant, il me semblait avoir été tout à fait courtois dans cette vidéo et ne m’en être pris à aucune personne physique.»

Vous avez raison de préciser que je jugeais votre propos, mon commentaire ne s’appliquait donc pas à votre personne. C’est pourquoi je suis étonné qu’à la phrase suivante vous compariez ma critique à une attaque ad personam. Par la suite, vous justifiez votre critique de la zététique, mais elle n’est pas l’objet de l’article auquel vous voulez répondre, et vous sombrez à cette occasion dans le procès d’intention :

«   En guise de réponse, vous avez préféré prendre un biais détourné, plus facile, plus sensible : celui de vous en prendre, sans aucune preuve réelle, à mon activité, et ce qui en dérive. Je laisse vos lecteurs juger de l’honnêteté de votre critique. »

Sans votre vidéo sur la zététique, que l’on m’a fait découvrir via Twitter, je n’aurais pas appris votre existence, ni celle de votre activité prétendument thérapeutique. Voilà pour le contexte. Pour ce qui est du fond, j’ai exposé dans mon article les critiques que l’on peut faire à ce genre de pratiques. Et tel était le vrai sujet de l’article auquel vous demandez un droit de réponse.

«  Je terminerai cet avant-propos en rappelant brièvement que vous avez longuement insisté, sans aucune preuve sur « l’entreprise lucrative » que représentait la « physiopathie ». J’exerce en profession libérale sous le régime de la micro-entreprise, le cas échéant il est donc tout à fait possible d’avoir accès à mon Chiffre d’affaire annuel. Là-encore, peu de « mystère », contrairement à ce que vous laissez penser à vos lecteurs puisque mon C.A de 2017 ne dépasse même pas les 1000 euros. De plus, j’occupe un emploi « alimentaire » à mi-temps pour couvrir les besoins de ma famille. »

Voici ce que j’ai écrit le 27 septembre sur Facebook : « [La physiopathie] est intéressante car elle présente tous les aspects de l’entreprise lucrative pensée pour exploiter les biais habituels. »

Je n’ai à aucun moment écrit que cette activité était bel et bien lucrative, mais qu’elle possédait les “aspects” d’entreprises lucratives. Je reconnais que la rédaction était malhabile, et pouvait laisser sous-entendre que votre entreprise est elle-même lucrative en ce sens qu’elle vous enrichit. Il n’en demeure pas moins que vous vendez un certain nombre de services, comme nous le verrons ci-après.

 

«  Dans le cas des  dites « médecines alternatives » nous sommes face à un vide juridique dont beaucoup de praticiens aimeraient d’ailleurs qu’il soit comblé. Déposer une marque est le seul moyen de ne pas voir des hypothèses de travail, des propositions, des techniques etc. prendre tout et n’importe quelle forme. Or, c’est ce qui s’est produit avec la naturopathie ou l’ostéopathie un temps, car aucun cadre ni juridique ni formel n’a été institué laissant ainsi la possibilité à n’importe qui de faire n’importe quoi… »

Vous auriez pu choisir de faire valider ces hypothèses en soumettant vos démonstrations ou à tout le moins un faisceau d’indices permettant de les étayer à la revue par les experts des domaines de la santé. Vous avez opté pour l’exploitation commerciale de vos « théories », sans bénéficier d’une quelconque validation scientifique. C’est votre droit, personne ne le conteste. Mais c’est un choix que vous avez fait sciemment et il est juste de le rappeler : la physiopathie™ n’est pas une théorie scientifique, elle ne répond à aucune des exigences de la médecine, mais elle est une marque arborant des prétentions à guérir les individus assez mal informés pour penser le contraire.

 

« à aucun moment je ne me prétends médecin, ni docteur en médecine générale ou spécialisée. De même, à aucun moment je n’ai énoncé de diagnostic à aucune personne que ce soit. »

Vous ne nous ferez pas l’affront de prétendre que la naturopathie n’est pas présentée, pratiquée et vécue comme une forme de médecine. Vous l’appelez vous-même, y compris dans votre droit de réponse, une « médecine alternative », et votre site emploi le vocabulaire afférent à la pratique médicale (« Techniques et outils de santé du praticien », « Consultations en cabinet ») et présente même un onglet « Thérapies Psy ! ». C’est bien une pratique à visée thérapeutique (acouphènes, insomnie, perte de poids, etc.). Vous vendez vos services à des personnes qui sont en recherche de soins. Cela pose à mes yeux un grave problème éthique.

« Mon activité est déclarée et je suis en règle. »

Que votre action soit légale n’implique pas qu’elle soit moralement acceptable. Je n’ai jamais prétendu que vous agissiez dans l’illégalité, je soulignais le manquement éthique qu’il y a à se livrer à une activité qui profite de la crédulité des gens en demande de soin. C’est ma seule critique, et vous n’y répondez pas.

«Mais ici l’enjeux est juste d’entrevoir que si encore une fois la santé et la médecine ne sont pas des sciences exactes, il existe une part de probabilité de trouver une porte de sortie dans la maladie, et cela sans qu’il soit nécessaire de rejeter la médecine conventionnelle.»

En mentionnant une « porte de sortie dans la maladie », voilà que vous réaffirmez une visée thérapeutique, dont vous reconnaissez de plus l’incertitude en vous rattachant à « l’existence d’une part de probabilité ». Même sans « rejeter la médecine conventionnelle », vous vous placez en dehors de tout protocole de validation de vos pratiques alors qu’il est établi que ces protocoles sont le moyen le plus sûr de protéger les individus contre les mécanismes cognitifs qui conduisent trop souvent à croire en l’efficacité de thérapies illusoires. Vous vendez des services promettant, par exemple, de « vous débarrasser de vos acouphènes », et l’éthique exige que de telles allégations s’accompagnent de preuves.

« D’abord, je ne vends aucune « formation » a l’heure actuelle et surtout dans le domaine qui nous intéresse. Ensuite, j’ai proposé depuis la rentrée scolaire de cette année, des stages et des conférences. Aucun stage n’a été donné à ce jour.»

Ce que votre site propose, ce sont des « stages », et des stages sont des formations, que vous en conveniez ou pas. Ensuite, que vous ayez ou non une clientèle, que vous vendiez ou non ces formations, c’est une toute autre affaire, et ce n’est pas le sujet de mon article.

« C’est vous et vous seulement qui parlez de « médecine ». Pour ma part et tout au plus, j’ai évoqué la notion de « méthode » au sujet de la physiopathie, en plus d’avoir mis en garde sur le fait que je ne sois pas médecin. »

Nul ne s’attend à ce que vous avouiez avoir exercé illégalement la médecine. Ceux qui le font le nient constamment, et du reste je ne vous en ai pas accusé du tout !

Mais vos dénégations n’empêchent pas l’existence de l’effet psychologique d’un mot comme physiopathie™, lequel sera immédiatement associé à : homéopathie, ostéopathie, naturopathie, des pratiques largement confondues avec des pratiques médicales par nos concitoyens. Pouviez-vous ignorer cet effet psychologique au moment de déposer à l’INPI le nom de notre pseudo-thérapie ? Là encore je ne vous pose pas une question juridique, mais plutôt une question philosophique et morale : il me semble que vous avez manqué à vos principes.

Je doute que vos explications sur la finalité de vos enregistrements de séance convainquent ceux qui travaillent à lutter contre les dérives sectaires et qui savent l’emprise mentale dont est capable un pseudo-thérapeute quand il possède des documents, qui, implicitement ou explicitement, exercent une pression psychologique sur les patients. Les médecines parallèles représentent la principale porte d’entrée vers les dérives sectaires (cf notre émission avec Didier Pachoud). La prudence est de rigueur, et elle a motivé mon article.

Je suis par ailleurs navré que vous ayez eu à subir des appels téléphoniques intempestifs suite à cette publication. Aucune information permettant de vous contacter n’a été diffusée sur ce blog, ni sur aucune des pages que j’administre.

« Votre article a pour motivation  de me porter délibérément atteinte. Je ne vois qu’une explication à votre pseudo-réponse, celle d’avoir réagi inconsidérément à la parution d’une de mes vidéos, celle où j’émettais une « critique », lors d’une « introduction », au sujet de la critique. » »

Ce procès d’intention ressemble à une accusation diffamatoire. L’un des objectifs de mon travail est d’analyser les discours faux voire dangereux, les argumentaires défectueux et les idéologies anti-scientifiques. Votre site physiopathe.com répond à au moins l’un de ces critères, raison pour laquelle j’ai rédigé cet article que je juge utile pour que ceux qui viendraient à avoir envie de vous consulter et entendraient auparavant se documenter afin qu’ils puissent faire un choix éclairé.

« Contrairement à beaucoup des détracteurs de la zététique je ne m’en suis pris à aucune personne physique (et contrairement à vous) (…)  répercussion sur ma famille (…) Quant à vous, que faites-vous pour la sauvegarde de ces conquêtes sociales ? Vous attaquez des personnes physiques comme moi ?… »

Vous n’avez nulle part montré une quelconque attaque personnelle dans mes propos car ils n’en contiennent pas. Je m’oppose légitimement à des allégations thérapeutiques avancées sans preuves et au mépris de l’état de l’art des connaissances scientifiques. Je suis navré que vos choix de vie aient des répercussions négatives sur votre famille quand ils sont soumis à l’analyse critique, mais il me semble que la faute incombe à ces choix discutables et non à la critique argumentée qu’ils suscitent.

 

Pour le reste, vous me permettrez, j’en suis convaincu, d’exercer mon droit à répondre ou à ne pas répondre aux propos des uns et des autres sur la zététique. Il est certaines critiques qu’il vaut mieux laisser là où elles sont. Les vôtres, peut-être, recevront-elles une réponse de ma part ou de la part d’autres sceptiques. Le sujet de mon article n’était pas de revenir sur vos élucubrations à propos d’une opposition fantasmée entre science et philosophie, mais bien de dénoncer une énième pseudo-médecine comme nous en avons déjà dénoncé par le passé, et comme c’est de tradition en zététique.

 

5 réponses
  1. Ravijen
    Ravijen dit :

    Bonjour,
    Pour appuyer votre propos, il est utile de distinguer lucratif et rentable.
    Le caractère lucratif signifie «qui procure un gain financier». Un revenu.
    Une activité peut avoir un but lucratif sans pour autant atteindre ce but…et avoir une rentabilité insuffisante.
    Travailler contre un salaire est une activité à but lucratif.
    L’activité de ce monsieur est bien à but lucratif, même si elle n’est pas rentable.

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  2. Arthur
    Arthur dit :

    Dans sa vidéo il n’a pas opposé science et philosophie, il a même dit que la science découle de la philosophie, que en gros les premiers hommes à avoir fait preuve d’esprit critique étaient des philosophes et qu’ils ont cherché à connaître la nature en inventant la science, c’est ça l’idée.

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  3. L.
    L. dit :

    « […] une activité qui profite de la crédulité des gens en demande de soin » : Il me semble que les « gens en demande de soin » se tournent souvent vers les médecines dites « alternatives » quand la médecine n’a pas trouvé de solution… soit parce que le patient n’a pas été dirigé vers le bon praticien, soit parce que son besoin est ailleurs, soit parce que la médecine n’a pas encore de solution définitive au problème ou n’identifie pas bien le problème.

    Les gens choisissent sciemment de se tourner vers de nouvelles pratiques, de sortir du système de référence, parce qu’il ne leur donne pas satisfaction. Je n’ai donc pas l’impression que les médecines alternatives « profitent » en premier lieu de leur crédulité ; pour moi, si elles profitent de quelque chose, c’est plutôt les failles du système médical… qui peine à rétablir la confiance avec ses patients. Lorsque je lis certains articles de critique des pseudo-sciences, j’ai toujours l’impression que tous les gens en demande de soin sont des « victimes » et que tous les praticiens de médecines « alternatives » sont des escrocs… c’est aller un peu vite en besogne, là où un nombre important d’autres paramètres sont à prendre en compte… Soigner de l’humain, c’est quand même pas si simple, quand on sait combien la part psychologique est importante…

    N’oublions pas que le premier réflexe de la majorité de la population reste toujours et d’abord d’aller chercher des solutions chez son médecin traitant, à l’hôpital ou chez des spécialistes ; les « gens » au sens large ont plutôt une réelle réserve et une certaine « frilosité » face aux pratiques alternatives (y compris quand elles sont utilisées dans les hôpitaux eux-mêmes et reconnues pour leurs potentiels bienfaits).

    C’est l’absence de résultat des différentes instances médicales de référence, ou le fait de n’être pas satisfait des traitements proposés (ce qui ne remet pas en cause leur efficacité, la « satisfaction » reposant sur des critères plus complexes) qui poussent les gens à aller voir ailleurs. Manque de confiance, craintes, volonté de rechercher de nouvelles manières de se soigner (même si cela ne fait que recycler de l’ancien à la mode new age), oui… mais « crédulité » il n’y a pas, à mon sens : l’acte d’aller voir un praticien de médecine alternative est loin d’être irréfléchi, ce n’est pas non plus un acte de « foi » ou un « abandon » désespéré à un discours rassurant et merveilleux (même si cela arrive). C’est souvent plus un « essai », un acte de curiosité, au départ, et les gens partent sceptiques. Le degré de satisfaction détermine ensuite si ils y reviennent ou non…

    Le vrai soucis, c’est qu’il n’y a au fond rien de bien rationnel dans la décision de « ce qui nous fait du bien », à partir du moment où on n’a plus mal/où on se sent mieux. Effet placebo ? Simple baisse de l’anxiété du fait d’avoir rencontré un « spécialiste » ou payé un tarif exorbitant pour qu’on nous masse les pieds ? Grand apaisement grâce à un environnement « cocon » avec un encens et une musique agréable ? Ce qui « soigne » est d’origine diverse et variée, de même que ce qui rend malade… Il y a des gens qui savent donner du « réconfort » et des patients qui n’ont pas besoin de grand chose d’autre. Est-ce une escroquerie ? Une exploitation de la crédulité du patient ? Personnellement, j’y vois davantage un échange donnant/donnant qui convient aux deux parties…

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Votre remarque est pertinente, mais nous insistons sur l’importance de proportionner les prétentions thérapeutiques aux preuves et à l’importance centrale du choix éclairé.

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    • Bunker D
      Bunker D dit :

      Sachant que Steve Jobs a préféré tenter des traitements alternatifs pour traiter son cancer, et à tarder à commencer la chimiothérapie (ce qui lui a probablement coûté la vie), je doute très fortement que votre propos juste. Certes, il est probable qu’une majorité d’individus de tournant vers les pratiques non conventionnelles s’inscrivent dans les mécanismes que vous avancez. Néanmoins, cela ne représente manifestement pas la totalité des individus. Or les autres, qu’ils soient rares ou communs, sont toujours des victimes de trop lorsque la médecine conventionnelle aurait pu les aider.

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