La publication scientifique (TenL#61)

Invité : Didier Gourier

Enregistré le mercredi 11 avril 2018 à la Faculté des Sciences et Technologie, Vandoeuvre-les-Nancy.

Editorial

 

Nos congénères et nous-mêmes sommes des machines à croire très performantes. On peut croire tout dès l’instant qu’on pense tenir une preuve. Mais souvent cela fonctionne dans l’autre sens : nous nous sentons autorisés à appeler « preuve » tout ce qui vient confirmer ce qu’on pensait déjà. Ceux qui pensent que la Terre est plate ont plein de vidéos YouTube à partager où des gens diversement compétents font des démonstrations étonnantes, notamment par leur choix délibéré d’ignorer de nombreux faits qui ne collent pas avec leur vision des choses. Ceux qui croient à tel ou tel complot peuvent multiplier les sources et les arguments et constituer un mille-feuilles argumentatif où la quantité produira une illusion de qualité.

Ceux qui veulent croire que l’homéopathie fonctionne plus qu’un placébo pensent avoir des preuves et ils pourront même citer des articles de recherche, des professionnels de la santé pour être d’accord avec eux et pour évoquer une sorte de « magie » à l’œuvre dans les pratiques thérapeutiques non-conventionnelle.

Evidemment ceux qui croient ces choses estiment avoir raison, sinon ils changeraient d’avis. Ceux qui changent d’avis estiment d’ailleurs être plus dans le vrai après ce changement d’avis. Conclusion : on pense toujours avoir raison à l’instant T où on se le demande (sauf quand on doute). C’est pourquoi il est important de savoir chercher des éléments de preuves qui ne dépendent pas de nous et de notre envie d’avoir raison à l’instant T. C’est pourquoi en zététique on demande des sources aux allégations sur les pouvoir de l’esprit, les manifestations paranormales, l’apparition de PANE (l’autre manière de nommer les ovnis).

Les antivax, par exemple. Si on leur demande des preuves de leurs accusations multiples et variées sur les dangers des vaccins, ils donnent volontiers des liens vers des vidéos où une mère de famille ou bien un médecin lambda (volontiers homéopathe et chaman) raconte une suite d’anecdote, énonce des faits étonnants (qu’il s’agirait de vérifier) ou dénonce un complot de Big Pharma. Parfois c’est un blog qui leur semble pouvoir convaincre le monde entier. Généralement ce sont des anecdotes personnelles.

Nos congénères semblent ne pas bien faire la différence entre un commentaire sur le forum doctissimo et PNAS, Trends in molecular medicine ou Annual Review of Genetics. Ils ne savent tout simplement pas reconnaître un véritable article scientifique découlant d’un travail de recherche validé par un processus de relecture critique par des professionnels. Et ce n’est pas totalement leur faute : quelqu’un leur a-t-il jamais expliqué de quoi il retourne ?

La publication scientifique, l’article de recherche, la revue, la méta-analyse, autant d’objets qui ne sont familiers qu’à ceux dont le métier est ou a été la science. Mais même les professionnels ne se penchent pas toujours avec assez d’attention sur les forces du processus de validation des connaissances produites… ou sur ses lacunes. Car il ne suffit pas de brandir la dernière publication en date pour détenir la vérité définitive sur un sujet. On connait les écueils de la course à la publication, de la spéculation, des échecs de réplication des résultats et même, parfois de la fraude. L’élaboration du consensus scientifique réclame du temps, et donc de la patience. Et donc de la prudence quant à ce qu’on doit juger prouvé ou douteux.

Tentons ce soir de nous initier aux grandes lignes du fonctionnement et des éventuels dysfonctionnements de la science contemporaine à travers l’objet de la publication scientifique avec le chercheur Didier Gourier.

 

 


 

1 réponse
  1. Jyaiki
    Jyaiki dit :

    Je rappelle ici un extrait de l’intervention que j’ai faite sur votre chaine youtube.
    A mon avis, Il ne faut pas douter que l’homéopathie agit tout autant qu’un placebo ( énoncé ainsi je ne vois aucune aberration), mais plutôt peut être davantage douter qu’elle agisse autant qu’un médicament – et là je ne prends aucun partie, reconnaissant ma méconnaissance du sujet.
    Cela me semble un manque de rigueur dans vos écrits – si j’ai bien compris votre propos. C’est pour moi une erreur qui peut plus facilement se pardonner quand il s’agit d’une phrase dite à la volée, lors d’un « live », plutôt qu’extraite d’une introduction écrite. Non ? ;)

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