La preuve (La minute sapiens #4)

Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve, disait Euclide. C’est sans doute vrai. On le sent bien que c’est sans doute vrai. Mais il y cette chose que disait Saint Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. ». S’il en allait de même avec la preuve ?

Si je voulais prouver ici que la Terre est ronde, je trouverais des gens pour n’être convaincus par aucun des arguments que je voudrais appeler preuves. Ces gens, vous pouvez les croiser en quelques clics, ainsi que d’autres qui croient que le Moyen Âge n’a pas eu lieu ou que la science a trouvé un lien de causalité entre vaccination et autisme.

C’est humain.

À certaines personnes, dans certains contextes on ne peut rien prouver. Tenez, vous par exemple. Si je vous dis que vous n’êtes en réalité qu’un cerveau dans un bocal. Branché à un superordinateur, vous recevez tous les influx nerveux qui vous donnent vos sensations. Vous pouvez imaginer n’importe quelle expérience, les résultats seront toujours compatibles avec l’hypothèse du bocal, puisque l’ordinateur est expressément conçu pour vous donner l’illusion d’être dans un monde réel.

L’hypothèse est cohérente, conforme aux faits ; vous n’avez objectivement aucun moyen de l’évacuer juste parque qu’elle est bizarre. La physique quantique a des hypothèses bizarres que nous acceptons. Alors ?!

« Une affirmation extraordinaire requiert des preuves plus qu’ordinaire.» Carl Sagan

Le but n’est pas de vous prouver que vous êtes une cervelle qui baigne dans son jus, mais de convenir avec vous que vous n’avez pas la preuve du contraire. Et rien que ça, c’est déjà difficile à avaler. J’en vois certains là, qui veulent protester, qui ne sont pas d’accord. Et pourtant personne ne vous prouvera jamais que le monde réel et les gens autour de vous existent. Cette existence, vous l’acceptez comme un axiome, une donnée initiale admise pour vraie mais jamais démontrée.

Et c’est raisonnable ; je vous déconseille de douter trop sérieusement de la réalité du monde ! Mais peut-être faut-il se montrer prudent quand on exige des preuves. En science, par exemple, on aurait tort de penser qu’une preuve sert à prouver quelque chose. (regards)

Eh bien oui ! On parle de preuve scientifique quand on réussit à éliminer toutes les explications alternatives. Une preuve, c’est ce qui réfute ce qu’on croyait savoir ou qu’on pouvait supposer. L’explication qui survit, c’est celle contre laquelle on n’a pas trouvé de preuve. Ça implique que l’explication en question n’est pas forcément parfaite. (chuchote) Mais ça vous le saviez déjà, on en a parlé au sujet de la vérité.

Dans la vie de tous les jours, et même dans les laboratoires de pointe, on s’arrange avec ce qu’on sait, tout en acceptant qu’on n’a pas forcément la preuve totalement, complètement, ultimement définitive. Cela ne veut pas dire que la preuve est inutile ; au contraire, prenez l’habitude de demander des preuves lorsque les gens prétendent savoir quelque chose, surtout quand ils se permettent de vendre des produits, des livres ou des conseils (On n’est jamais trop prudent).

A l’écran : « Demandez toujours des preuves, la preuve est la politesse élémentaire qu’on se doit. »

Paul Valéry ; Monsieur Teste (1926)

Cependant, pour les petites choses de la vie, nous fonctionnons en tenant pour vrai ce qui est le plus vraisemblable, sans courir après les preuves. C’est un peu le principe de la présomption d’innocence. Quand on a de bonnes raisons de supposer X et aucune preuve que X est faux, alors on s’autorise à tenir X pour vrai et à agir en conséquence.

Mais tout le monde devrait faire cela en gardant active une petite clause, une note de bas de page dans le contrat qui dit « jusqu’à preuve du contraire ».

 


Article similaire


L’équipe :
Acermendax – (Thomas C Durand)
Maxime Ginolin – Musiques
Générations Films – https://lc.cx/x6EN
Jeremy Guerdat – Thousand Faces Studio
Pause Cafein – https://lc.cx/x6Ex
Studio 51 – Plateau de tournage broadcast – https://lc.cx/x6EY 
ASTEC
4 réponses
  1. Diego
    Diego dit :

    Merci d’expliciter ce passage :

    « C’est un peu le principe de la présomption d’innocence. Quand on a de bonnes raisons de supposer X et aucune preuve que X est faux, alors on s’autorise à tenir X pour vrai et à agir en conséquence. »

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      On a de bonnes raisons de présupposer l’innocence des gens : le respect ds droits de l’Homme. Il faut donc une preuve de culpabilité pour être reconnu coupable tandis qu’aucune preuve n’est requise pour être reconnu innocent (normalement).
      Eh bien dans beaucoup de situation c’est similaire : su on a de bonnes raisons de supposer X, en l’absence de preuve du contraire on tient X pour vrai.

      Répondre
      • tomjika
        tomjika dit :

        Mais qu’est-ce qu’une « bonne raison » ? en l’absence de culture scientifique (la preuve du contraire), la présomption d’efficacité (médicale notamment) via des témoignages est-elle une « bonne raison » ? La confiance en quelqu’un ou la preuve sociale peuvent-elles être des « bonnes raisons » ?
        J’ai l’impression que ce sont souvent les biais cognitifs qui sont considérés comme « bonnes raisons ». Or la zététique montre que ce sont en fait les principales mauvaises raison de considérer X comme vrai.

        Les bonne raisons ne sont-elles pas alors les preuves scientifiques ?

        Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.