Loi de l’incompétence maximale

De quoi Bureaucratie est-il le nom ? KRAUZE-UE-bureaucracy

 

 

 

Dans un livre de 1970, le Principe de Peter, les pédagogues Laurence Peter et Raymond Hull proposent une loi empirique de « hiérarchologie » (la science de la structuration des organisations hiérarchiques). Le principe est rédigé sur un ton satirique et parodique, mais des études universitaires ont ensuite montré qu’il était partiellement valide.

 

Les auteurs ont posé deux principes de base :

  • Un employé compétent est promu à un niveau hiérarchique supérieur.
  • Un employé incompétent donné n’est pas promu à un niveau supérieur, ni rétrogradé à son ancien poste.

(Les principes considèrent également que le niveau n+1 requière plus de compétences que le niveau n, ce qui n’est pas nécessairement vrai mais constitue une approximation suffisante)

Peters_principle.svg

 

La conclusion est immédiate, imparable, implacable : « Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence »

 

Le principe est aussi appelé « syndrome de la promotion Focus » et il a pour corolaire que : « Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d’en assumer la responsabilité. » En conséquence, bien sûr, l’essentiel du travail est réalisé par des employés n’ayant pas atteint leur seuil d’incompétence.

Le principe de Dilbert va un peu plus loin en précisant que l’on promeut les employés incompétents à leur tâche pour mettre à leur place quelqu’un qui sera capable de faire le travail.

 

Bureaucracy

 

Dans une société qui a de nombreux niveaux hiérarchiques, les employés ont de fortes chances d’atteindre leur niveau de stagnation. Dès lors, et surtout si leur niveau est élevé dans la hiérarchie, les éléments pleinement incompétents vont passer leur temps en réunions, en colloques, séminaires et symposiums. Ils entrent en « lévitation » : ils sont indéboulonnables parce que seul un hiérarque plus gradé peut les renvoyer/rétrograder, et qu’il ne peut pas le faire sans avouer qu’il a fait une erreur de management.

 

 

 

Le principe de Peter est impitoyable envers les hauts gradés, car plus un poste est élevé dans la hiérarchie:

 

  • Plus il y a de chances qu’il soit occupé par quelqu’un ayant atteint son niveau d’incompétence.
  • Plus son impact est grand sur l’organisation de la société.

 

Si on osait, on en conclurait bien vite que les postes hauts gradés sont nocifs pour la société, mais quelle personne en possession d’un peu de pouvoir a envie d’entendre vanter les mérites de l’anarchie ?

 

Ce triste constat est valable dans le privé, mais il l’est surtout dans le public où l’absence de compétition soustrait l’administration aux phénomènes de sélection darwinienne, seuls capables de sanctionner une organisation vraiment désastreuse. Il va de soi que la Loi de Murphy s’arrange pour que le niveau d’incompétence des instances dirigeantes les empêche de détecter la totale incompétence des personnes promues dans les niveaux inférieurs.

 

bureaucracy 11

 

En 2010, Pluchino et al. reçoivent le prix Ig Nobel pour leur démonstration qu’une promotion fondée totalement sur le hasard est le meilleur moyen de déjouer le principe de Peter, (dont la validité scientifique, nous le rappelons n’est pas attestée puisqu’il s’agit d’un exemple de raisonnement quasi absurde)[1].

 

Pour aller un peu plus loin

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 —-

[1] Alessandro Pluchino; Andrea Rapisarda; Cesare Garofalo (2009). « The Peter Principle Revisited: A Computational Study ». Physica A 389 (3): 467–472. arXiv:0907.0455.

9 réponses
  1. Protos
    Protos dit :

    Excellent !
    Je vous découvre via Vled de La Tronche en Biais et j’en suis vraiment heureux
    Vous irez loin

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  2. JR
    JR dit :

    Article interessant… Mais si le principe de Peter est sans doute valable dans la plupart des organisations, certaines boites ont bien compris le probleme et y remedient en institutionalisant le principe du « up or out »: si vous etes bons, vous etes promu, et si un jour vous devenez mauvais, vous etes vire… Il n’y a donc plus cette asymetrie. Peut-etre moins sain pour les gens qui y travaillent cependant…

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Vous avez raison, une gestion intensive de la ressource humaine comme vous le décrivez n’est pas plus souhaitable que celle décrite par Peters. Ca mériterait un autre article. Si jamais vous avez des ressources à me suggérer… 😉

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  3. Peu importe
    Peu importe dit :

    Malgré le fait que vous le balayer d’un revers de main, l’anarchie est pourtant un modèle de société efficace pour lutter contre ce que vous exposez ici. Et pas que !

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    • Al-Kana
      Al-Kana dit :

      Veuillez développer ? Étayer par des faits? Peu de systèmes de gouvernement d’inspiration anarchiste on été testés (si ma mémoire est bonne : Commune(s) de mars-mai1871, Kronstad 1917, Espagne 1936…), toujours en période de guerre, et pas sur un temps suffisamment long pour pouvoir en tirer des conclusions permettant de balayer d’un revers de main quoi que ce soit 😉

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      • Peu importe
        Peu importe dit :

        Sans rentrer dans le détail de si ça peut marcher ou non (avant que ça marche la première fois, ça n’avait jamais marché, comme tout) qui est quelque chose d’assez subjectif, mon commentaire était (à moitié) une blague, parce que force est de constater que dans une société sans hiérarchie, le problème posé par l’article est réglé 🙂

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  4. Denis
    Denis dit :

    Bonjour,

    Si le but de cet article est de présenter la pseudo-science du principe de Peter, il serait pertinent d’indiquer comment le livre de référence se donne une apparence scientifique, ce sont des clés utiles pour détecter les impostures :
    * de nombreuses études et observations sont citées, mais aucune source ou référence n’est donnée pour les vérifier (il y a cependant un peu de vraie science dans le livre pour le rendre plus crédible)
    * les quelques observations vérifiables citées ne sont pas utilisées pour construire la théorie mais pour l’illustrer, un peu comme le font les amateurs d’ovni : on arrive avec une théorie, et on cherche à l’appliquer à ce qu’on observe
    * et surtout, le principe de base de la théorie tient du « bon sens », et pas de la science : s’il peut paraître évident qu’un mauvais ouvrier fera un mauvais contremaître, aucune étude scientifique ne le prouve, et l’histoire est pleine de bons chefs que l’on croyait bons à riens

    Spoiler : en lisant le livre jusqu’à la fin on apprend quand même que c’est un canular, il se finit par un appel lourdingue aux financements parodiant certains scientifiques prêts à défendre n’importe quoi pour un peu de budget… et relire le livre sous l’angle de la parodie de science lui donne toute sa saveur, ça rappelle le pseudo-documentaire d’arte à propos de la falsification appolo.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      L’aspect non scientifique du principe est précisé.
      Mais vous avez raison de souligner qu’il faut souligner qu’il ne s’agit pas d’un principe scientifique. J’ai modifié l’article pour éviter qu’une telle confusion puisse être commise.

      Merci pour votre commentaire.

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  5. Un_passant
    Un_passant dit :

    En fait, on fait face à un système qui semble appliquer à la fois le Principe de Peter et le Principe de Parkinson XD

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