Les contours de la lignée humaine (TenL#65)

Invités :  Amélie Vialet, paléoanthropologue — Bernard Godelle, biologiste de l’évolution.

Enregistré le 8 août 2018 au Musée préhistorique de Tautavel.

Pour sourcer et vérifier les propos avancés dans cette vidéo : https://captainfact.io/videos/gmXa

Editorial

Si vous nous écoutez, c’est selon toute vraisemblance que vous êtes un Homo sapiens. Vous n’y êtes d’ailleurs pour rien, pas plus que dans le génie de Victor Hugo ou la victoire de l’équipe de France de foot. Vous êtes un humain ou une humaine parce que vos parents en étaient eux aussi.

Il y a sur Terre une seule et unique espèce humaine. On n’en a pas toujours été sûr. Fut un temps où l’on se questionnait sur l’humanité des peuples jugés non civilisés. Dans certaines cultures, le mot humain ne désignait que les membres de ladite culture. Il nous a fallu du temps pour apprendre, comprendre et admettre que les noirs d’Afrique, les jaunes d’Asie, et tous les autres autour de nous étaient beaucoup moins différents qu’on avait pu le croire. Toutes les populations humaines sont interfécondes. Toutes ont une histoire que l’on peut retracer, qui commence en Afrique, dans une région où les habitants actuels présentent la variabilité génétique la plus importante au monde : ils sont les héritiers de la population ancestrale, quand tous les autres sont les descendants de ceux qui ont migré.

Car l’humain est un grand voyageur, il s’est installé un peu partout, sur des territoires qui n’étaient pas les siens, sur une Terre sans frontière qui n’a pas de raison de se sentir en sa possession, dans des paysages qui étaient là avant nous, et même avant ceux qui étaient là avant nous. Parce que la science avance, on n’a jamais su autant de choses sur l’histoire de notre espèce, et en 2018 plus que jamais, personne ne peut ignorer –personne ne devrait oublier– que hors d’Afrique, tous les humains sont des migrants.

Certains ont peut-être besoin qu’on leur explique à quel point c’est vrai. Les américains d’origine européenne devraient savoir que d’autres humains étaient là avant que leurs ancêtres s’installent et, grosso modo, exterminent les « américains de souche » du nord au sud. On n’a jamais revu une immigration aussi dévastatrice. Mais les européens savent moins qu’eux-mêmes occupent un territoire jadis foulé par des… par des humains différents : les prénéandertaliens puis les néandertaliens appartiennent au genre Homo et à ce titre ce sont des humains, même s’il s’agit d’humains tels que vous et moi n’en avons jamais vu.

Néandertal est le véritable premier européen. Blanc. (1% d’entre eux étaient roux). Les Cro Magnon qui s’installent en Europe, il y a quarante mille ans, aurait été noir et nous, les Homo sapiens blancs, nous n’existerions que depuis moins de 10 000 ans. Nous sommes les descendants des hommes noirs qui ont remplacé la population européenne initiale. Le Grand Remplacement est donc une histoire ancienne, et on devrait se détendre.

Il reste que si nous savons aujourd’hui que notre prochain est tout aussi humain que nous, nous continuons à nous estimer différent des grands singes, nous percevons une sorte de fossé entre eux et nous. Sur combien de centaine de milliers d’années peut-on remonter le temps avant de croiser un ancêtre direct que nous aurions du mal à reconnaître pleinement humain ? Où commence l’humanité ? Quels critères permettent de la délimiter ?

Pour ce numéro spécial enregistré en direct du musée de préhistoire de Tautavel, nous allons fouiller cette question avec deux experts, Amélie Vialet, paléoanthropologue, et Bernard Godelle, biologiste de l’évolution.

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