Les 10 commandements et la morale.

La source de la morale humaine ?

Quelle est la place de cette icône de l’Ancien testament qu’est le Décalogue, Table de la Loi confiée à Moïse par Dieu ?

Dans les débats d’idées entre les pro- et les anti-religions revient souvent l’argument que Dieu est la source de la moralité humaine : la connaissance du bien et du mal est garantie par la parole de Dieu, et donc de la Bible (pour ceux dont elle est le livre sacré). Et de manière générale, il semble que les 10 commandements, le Décalogue, soient la partie de la Bible que le plus grand nombre de croyants désigne comme le repère le plus solide.

Par ailleurs, des travaux récents ont mis en évidence un fait curieux. Statistiquement les personnes qui se définissent elles-mêmes comme athées/agnostiques ont en moyenne une meilleure connaissance des religions que les chrétiens, juste devant les mormons (et les juifs).

En conjuguant ces deux faits, on peut se demander si les croyants qui s’en remettent au décalogue comme source ultime de leurs jugements moraux ne le font pas pour de mauvaises raisons, à savoir le bouche à oreille, la tradition, une certaine crédulité (considérée comme une qualité dans la bible) et un manque de connaissance du texte.

Les 10 commandements

Un texte indépassable ?

Parmi les productions intellectuelles humaines, citons les Lois de Newton, les équations de Maxwell, le principe de la Sélection Naturelle, la théorie de la relativité, les symphonies de Beethoven, les pièces de Shakespeare, de Racine, de Molière… toutes peuvent être condensées en un texte. Quelles sont les chances qu’une personne lambda prise au hasard dans la population soit en mesure d’améliorer le travail de Newton ou de corriger le style de Mozart ? C’est à cela que l’on peut mesurer la valeur ajoutée que représentent ces œuvres : elles sont de véritables sommets dans ce que l’esprit humain peut concevoir.

Nous allons brièvement tenter la même expérience avec les 10 Commandements. Le lecteur servira de cobaye, d’individu lambda.

D’abord faisons la liste des 10 commandements que l’on trouve dans Exode 20 (dans la traduction de Louis Segond), et notons au passage que le texte ne dresse pas une liste claire de 10 éléments, ce qui fait que la liste varie selon les interprétations.

1 — Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi.

Le texte dit : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. »

2 — Tu n’adoreras point d’idole

« Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant d’autres dieux que moi, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements.

3 — Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain.

« Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain. »

4 — Souviens-toi du jour du sabbat.

« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »

5 — Honore ton père et ta mère.

« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »

6 — Tu ne tueras point.

7 — Tu ne commettras point d’adultère.

8 — Tu ne déroberas point.

9 — Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain.

10 — Tu ne convoiteras point

« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. »

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Analyse sommaire du Décalogue.

 Constatons que les commandements 1 à 4, les plus importants, les plus développés, concernent Dieu lui-même, le culte qui lui est dû, sa jalousie et les punitions promises en cas d’entorse à ces règles ultimes. Autant dire que l’apport moral est difficile à percevoir. Quelle aide ces commandements apportent-ils à nos vies quotidiennes pour nous aider à faire les bons choix, à être bons avec les autres ?

Pire. Si l’on croit à la liberté de pensée et à la liberté d’expression (valeurs morales s’il en est) on pourra même trouver que ces quatre commandements mesquins sont du mauvais côté de la barrière qui sépare le bien du mal.

Bons vs mauvais commandementsLe commandement 5 est curieux. Il semble impliquer qu’un individu, du simple fait qu’il est parent, doit être honoré. Le commandement n’est assorti d’aucune dérogation ni modalité. Il semble plus juste de penser que l’on doit honorer toutes les personnes honorables. Certes, on interprète ce commandement aujourd’hui comme une première forme de sécurité sociale : les jeunes doivent secourir la vieillesse et la dépendance. Mais déjà, une interprétation est nécessaire pour faire de ce commandement un véritable atout moral.

« Tu ne tueras point » n’arrive qu’en sixième position. Stupéfiant. Il est pourtant celui qui vient le premier à l’esprit. Le lecteur lamdba n’aurait aucune difficulté à en faire le premier commandement. La Bible n’en a pas été capable.

Ensuite viennent l’adultère puis le vol, puis le faux témoignage (le mensonge, en somme). On pourrait considérer qu’il serait plus simple, plus efficace et surtout plus exhaustif de rassembler tout cela dans un seul commandement qui exigerait de ne pas nuire à autrui, d’être honnête, de ne brutaliser personne. Si la brutalité ne fait pas partie des préoccupations du dieu de la Bible, elle nous préoccupe, nous, et nous pourrions en quelques instant améliorer le texte en ce sens.

Le dixième commandement est probablement le pire, le plus immoral.

« Tu ne convoiteras point » ce qui est en cause, ce n’est pas un acte, c’est une pensée. Le dixième commandement est celui d’une police de la pensée, et le dieu de la Bible est parfaitement disposé à punir les contrevenants à cette règle. Quant à l’objet de la convoitise, il s’agit de tout ce qui appartient à ton prochain… Et sa femme en fait partie.

La sujétion de la femme, sa relégation au rang de propriété du mâle ne fait pas partie d’une vision du monde saine et morale. Et ceux qui nous répondent que cette vérité est facile à dire au XXIème siècle mais impossible à écrire au temps de Moïse admettent ipso facto que le texte n’est pas un guide moral qui fonctionne de nos jours, car même au temps de Moïse, le créateur de toute chose dans l’univers aurait pu imposer le respect aux femmes au moins aussi facilement que le respect du sabbat, sinon son utilité en tant que boussole morale est nulle.

Choice

De nouveaux commandements ?

A présent venons-en à ce qui n’est pas dans le Décalogue (et nulle part ailleurs dans la Bible). Le lecteur lambda du XXIème siècle, si on lui demandait de dresser une courte liste de grands principes qui, s’ils étaient respectés, produiraient un monde plus juste, plus moral, n’écrirait sûrement pas le Décalogue.

Peut-être commencerions-nous par citer ce qui est sans doute le texte de l’Histoire le plus important à cet égard, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et le premier commandement serait :

1 — Les humains naissent libre et égaux en droit.

L’égalité Homme-Femme serait assurée, toute forme de dictature implicitement désavouée, ce serait un point de départ autrement plus pertinent que de commencer par établir la jalousie obsessive d’un Être suprême prompt à punir les enfants pour la faute des parents.

En deuxième place, nous pourrions sans doute établir une bonne fois pour toute ce qu’est le respect de la dignité humaine et corriger l’oubli le plus inexcusable de ces tables de la loi : l’esclavage.

2 — Chaque individu est une fin en soi et ne doit jamais être traité comme un moyen. Aucun humain ne peut en posséder un autre.

Je sais ce que vous allez me dire : les articles 1 et 2 se recoupent un peu, mais j’ai tendance à penser qu’ils contiennent les principes sur lesquels on peut s’autoriser à enfoncer le clou, histoire d’éviter toute velléité future d’interprétation si vous voyez ce que je veux dire.

A coté de ces principes, le troisième commandement pourrait donner une règle de vie pragmatique. La règle d’or semble toute indiquée.

3 — Traite autrui comme tu voudrais qu’on te traitât.

Lorsque nos actions ou nos décisions ont des contextes subtils, complexes avec des ramifications de conséquences, les principes précédents ne suffisent pas forcément. Le Bien absolu n’existe sans doute pas, la règle morale absolue devra donc être relative, et sans être versé dans les arcanes de la philosophie, on pourra trouver aisément que le principe utilitariste [http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme] est une bonne approximation de la règle à suivre.

4 —Que tes actes produisent le plus grand bien-être au plus grand nombre et amoindrissent la souffrance générale et de chacun.

 En termes de morale, nous pourrions nous arrêter là. 4 commandements suffisent à établir des règles supérieures au Décalogue.

Mais si l’on est tenté de réfléchir plus loin, on peut se demander bien vite pour quelle raison le décalogue est de si piètre qualité. Pourquoi n’a-t-il jamais été amélioré alors que nous voyons que la chose est simple. Cette question est très pertinente, et elle nous permet d’ajouter un cinquième commandement :

5 — Toutes les connaissances doivent être mises à l’épreuve et améliorées par l’expérience et le questionnement.

 Afin de s’assurer que l’amélioration des connaissances puisse affecter notre liste elle-même, ajoutons :

6 — Aucune idée, aucune pensée ne doit être interdite, mais aucune ne doit être soustraite à la critique.

Et nous aurons terminé d’établir une liste de nouveaux commandements dictés par le bon sens, la raison et le désir d’assurer le bien-être du plus grand nombre. Tâche qui nous aura pris quelques minutes de réflexion, quelques heures de discussion, et qui s’avère donc bien plus simple que réécrire Les Fleurs du Mal ou Le Trône de Fer.

moral-compass

En conclusion :

Nous savons que notre moralité, ce que nous jugeons bien ou mal, socialement acceptable ou tabou ne nous est pas dicté par la religion, puisque personne dans les démocraties n’applique à la lettre le Lévitique qui réclame la mort d’à peu près tout le monde, ni les versets du Coran qui exigent la décapitation ou la lapidation des gens un peu trop libres dans leur tête. Cela veut dire que nos jugements moraux viennent d’ailleurs, et en partie de la nature, héritage des instincts protecteurs du clan qui ont permis à nos ancêtres d’assurer la survie de leur descendance. Mais ces instincts moraux peuvent maintenant être transfigurés par la raison, et sans réelle difficulté.

Les religions ne sont pas une source de moralité.

Pour un regard naturaliste sur la moralité, regardez notre émission sur le sujet.

Acermendax.

20 réponses
  1. Automne Vivace
    Automne Vivace dit :

    Intéressant. je me demande cependant dans quel mesure la réponse des « 10 commandemants » comme repère n’est pas un artefact d’un questionnaire, comment a été établi cette réponse ? Y’avait-il d’autres possibilité ?
    Je pense que bcp de croyants le son parce qu’ils sont accueulli, font parti de leur point de vue par une communauté, et non pas en ayant connaissance de la totalité des textes. Ceci n’a rien d’étonnant par ailleurs…
    Je pense pas qu’il y est beaucoup de français qui connaissent les textes législatifs par coeurs et je me demande quelles références ils avanceraient si on leur posait la question des repères.
    Ce qui me vient c’est « les droits de la personne » (comme on dit au Québec), mais ça n’est pas spécifiquement « français » (même si historiquement ça se discute).
    On peu voir ça aussi comme l’émulation d’une population lors de la coupe du monde qui ferai victoire de leur pays, plein de gens sont content que le pays ou ils sont est gagné, et serait prompt soudainement a une sorte de fierté nationaliste, mais en dehors de la coupe du monde, beaucoup d’entre eux en est loin. Fort a parier que ce sont plus les relations entrenues entre les personnes qui font l’adhésion a une communauté, que des textes.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Je n’ai pas une source spécifique à citer au sujet de l’attachement aux 10 commandement. C’est plutôt un constat à la lecture de forums religieux, et à l’écoute de débats sur la question. L’aspect iconique des 10 commandements me semble indéniable, quand bien même peu de gens sont capable de les réciter (http://www.frc.org/booklet/the-ten-commandments-foundation-of-american-society-)

      Votre avis sur l’adhésion aux religions principalement fondée sur un désir d’appartenir à une communauté est également, à ma connaissance, celui de la quasi-totalité des sociologues des religions.

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  2. Anonymous
    Anonymous dit :

    Pas mal.
    Un détail (?) : il est un peu inexact de dire que le Décalogue n’a jamais été amélioré. Dans la tradition chrétienne du Nouveau Testament, Jésus dit (http://saintebible.com/john/13-34.htm) « Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. », ce qui se rapproche fichtrement de votre « article 3 ».

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      ‘Mon’ article 3 n’est rien d’autre que la Règle d’Or, le principe de réciprocité. Dans la mesure où on retrouve ce principe dans le comportement altruiste de certains animaux (certes, sans qu’aucun commandement n’ait été articulé), il semble évident qu’il a baigné la proto-culture humaine, et par conséquent il pré-existe à la Bible.

      Votre citation de Jésus ressemble en effet à une sorte de réforme du décalogue, j’en conviens, et je n’y avais pas pensé de cette manière. Ma critique consistera alors à dire que l’altruisme dans la nature ne peut pas s’expliquer par la valeur morale des religions, que la Règle d’Or n’a pas été inventée dans le Nouveau Testament, et que c’est un principe moral que le bon sens permet de retrouver, ce qui était le propos de cet article.

      Je vous remercie néanmoins pour votre commentaire.

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  3. Ecervele
    Ecervele dit :

    Je refuse le décalogue c’est une série de BD!!!! (c’est un troll gratuit)

    Sinon j’ai déjà constater que c’est plus le symbolisme de cette chose que son message qui inspire les croyants, contrairement à ce que je pensais naïvement avant de me renseigner sur le sujet.

    La religion c’est un peu comme un vieux doudou dégueulasse et en lambeaux, quand tu en as l’habitude il sent bon et te rassure, sinon c’est plus une sources d’inquiétude car dés qu’il lui arrive un truc c’est la 3° guerre mondiale…

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  4. MiraBene
    MiraBene dit :

    Article très intéressant ! Sinon, une petite coquille s’est glissée dans le texte : « […] car même au temps de Moïse, le créature de toute chose dans l’univers […] », créateur et non créature.

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  5. Kjal
    Kjal dit :

    Les croyants s’appelant eux-même chrétien et que je connais personnellement, ne jurent que par les évangiles et rejettent le reste en bloc.

    Du coup les dix commandements passent un peu à la trappe… Bha c’est pas plus mal^^

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  6. Michel
    Michel dit :

    Intéressant comme reformulation plus actuelle du décalogue.

    J’en suis à me questionner sur l’origine de la morale ainsi que sa nécessité. A quoi ressembleraient nos sociétés humaines une fois amputées du concept moral? Au-delà des premières impressions catastrophistes qui surgissent, je découvre au fil de ma réflexion sur le fond, que c’est essentiellement une contingence à la vie en société, mais que par effet de ressac l’Homme en vient à s’aliéner de ce qu’il est par nature. C’est l’effet de clivage qu’implique l’ordre moral où le risque de définir ce qui est « bien » invite à condamner ce qui est « mal » et contribue ainsi à semer la division sur son passage.

    L’humanité nourrit alors une idéologie œcuménique dans l’espoir de voir un jour le monde ne désirer que le « bien », ce qui marquerait du coup l’anéantissement de la tutelle morale, puisque le « mal » serait éradiqué. Je remarque également le caractère plutôt arbitraire des préceptes moraux. Pour l’un : « je désire une chose parce qu’elle est bonne » et pour l’autre : « Une chose est bonne parce que je la désire ». De fait, même la règle d’or pose un dilemme puisque M. Alpha aime jouer dur et accepte la réciproque alors que M. Bêta se sent lésé par la rudesse et ne s’autorise pas à l’employer.

    Quoi que l’on puisse valoriser au plan moral, son contraire demeure toujours possible et parfois même pertinent selon les situations. Dernier point, les gens immoraux ont beaucoup plus d’options en main pour parvenir à leurs fins que ceux qui ont un code moral strict; incidemment ils en tirent avantage au détriment de ces derniers. Avantage qu’ils ne perdent pas nécessairement lorsqu’ils se font pincer, puisque devant les tribunaux toutes les options sont ouvertes pour s’en sortir.

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  7. François
    François dit :

    Article intéressant dans la mesure ou derrière des arguments souvent peu objectifs, peu solides et trop superficiels, il tente de clamer la possibilité d’une morale pour l’homme du XXième sans le poids des institutions « religieuses moralisatrices ».
    Toutefois, des arguments plus solides et plus profonds sont trouvables chez les « Lumières », inspirateurs de la déclaration universelle des droits de L’Homme. Cela fait déjà environs trois siècles qu’ils ont étés émis. Nietzsche clamait déjà « la mort de Dieu » il y a déjà environs un siècle. Aujourd’hui, en France nul ne sera mit au bûcher ou lapidé (sans se mettre dans l’illégalité) pour avoir enfreins l’un des codes moraux d’une quelconque religion dont plus personne n’est forcé d’y adhérer par aucune de leur institution.
    Pourquoi donc un tel article aujourd’hui?

    Le décalogue n’a t-il alors aucune valeur morale?
    Pour quiconque ne se sent pas concerné par l’envie de réaliser la promesse que L’Éternel fait de donner à vivre dans le pays promis (notion qui demande une compréhension très poussée) , le décalogue n’a peut-être aucune valeur (bien que le repos, ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, ne pas porter de faux témoignage, ne pas convoiter éradiqueraient une bonne partie de la violence et de la stupidité présente dans nos sociétés modernes) et il est heureux que nous nous soyons libérés de l’emprise « moralisante » des institutions religieuses.
    Par contre, pour qui aspire à réaliser la promesse de l’Éternel, même pour un Homme du XXIème siècle, alors il très possible que ces paroles contenues dans le décalogue aient de la valeur et nécessitent une compréhension très profonde de celle-ci dans la langue de leur origine, une compréhension non seulement intellectuelle mais aussi de tout son Etre.

    Quant à la réécritures de nouveaux commandements devant assurer le bien-être du plus grand nombre… je me permets de suggérer la lecture de la République de Platon.

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  8. Bubarnet
    Bubarnet dit :

    Un point particulier avec le 6ème commandement : certains interprétations indiquent « tu n’assassineras point » et non « tu ne tueras point ». Ce qui change beaucoup de chose. Ainsi un meurtre est puni par Dieu, mais pas la guerre, ou le massacre (d’incroyants par exemple). L’individu n’a pas le droit de tuer par sa seule volonté. Mais la société en a le droit, et peut donner ce droit à l’individu. Selon la lecture que l’on en a, cela change énormément de choses. Et certains ne s’en privent pas (je ne retrouve plus la source, honte sur moi, mais un américain avait mis en avant cette lecture, pour justifier devant sa religion, les guerres actuelles menées par les États-Unis, et dédouaner les soldats).

    Répondre
  9. Merle
    Merle dit :

    Bonjour,
    Plutôt que de dire : « Cela veut dire que nos jugements moraux viennent d’ailleurs, et en partie de la nature, héritage des instincts protecteurs du clan qui ont permis à nos ancêtres d’assurer la survie de leur descendance. » ne vaudrait-il pas mieux écrire : « Cela veut dire que nos jugements moraux viennent d’ailleurs, et en partie de notre nature (ce que nous sommes, c’est à dire des animaux sociaux)… » ?
    On dirait, sinon, une sorte d’appel à la nature qui n’a pas trop de sens : ne trouve-t-on tout et son contraire dans la nature (du lion qui dévore les lionceaux à la mante religieuse (qui doit être athée en fait) qui fait du petit mâle son déjeuner) ?

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Merci pour le commentaire.
      Je ne suis pas sur que « notre nature » ait plus de sens que « la nature » et nous protège mieux de l’essentialisme. La « nature » invoquée ici, c’est le processus darwinien et ses déterminismes multiples, le tamis au travers duquel notre lignée est passée. Je suis d’ailleurs convaincu que vous avez très bien compris l’idée, et j’espère que votre inquiétude sur ceux qui comprendraient moins bien est inutile. 🙂

      M.

      Répondre
  10. lys
    lys dit :

    Autant l’article sur les 10 commandements du débat rationnel me paraît bénéfique, autant cet article sur la morale me laisse perplexe… Il me semblait justement que les textes bibliques (notamment le Décalogue) étaient des textes réclamant la foi a priori : on doit donc croire avant (en Dieu…) pour avoir une raison de suivre ces commandements. Du point de vue du croyant, ces textes peuvent donc être considérés comme un point de départ d’une certaine conduite morale. Toujours du point de vue du croyant, évacuer Dieu de toute morale, c’est ne plus avoir de principe supérieur qui poserait la nécessité ou la légitimité d’une morale (dans le texte, l’altruisme, le bon sens, l’utilitarisme, etc. sont des principes relatifs : « si Dieu n’existe pas, tout est permis »).

    Je ne prendrai pas les articles point par point (pas le temps…), même s’ils sont hautement discutables, mais je voulais juste dire que je ne vois absolument pas l’utilité d’un tel article, qui se présente comme une démonstration qu’une moralité (relative !) évacuant Dieu est meilleure qu’une moralité incluant Dieu.

    Un meilleur exercice consisterait à d’abord définir la morale de manière rigoureuse et ses principes premiers.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Il y a un problème dans votre critique. La liste ici proposée n’exclut pas Dieu.
      Elle se contente de ne pas en faire mention, ce qui permet à tout le monde de l’accepter. C’est une liste laïque.
      Quant à questionner l’origine de la morale, nous l’avons fait dans cette émission : http://menace-theoriste.fr/origines-morale/
      Je vais ajouter le lien dans l’article.

      Répondre
      • lys
        lys dit :

        Pardon, j’étais un peu pressée hier et aurais dû m’abstenir de commenter…

        Ce que je voulais souligner, c’est que le Décalogue possède une logique interne qui est expédiée trop vite ici : les premiers commandements concernent Dieu, le respect et la soumission à son égard. Si l’on est en accord avec ces premiers commandements (si on a la foi, donc), alors tout le reste des principes moraux (qu’il s’agisse des autres commandements, des commandements du Nouveau Testament, etc.) sont d’autorité : Dieu a posé des règles et des principes, il est donc bon de les suivre, pour moi qui crois que Dieu existe.

        L’exercice associé aurait donc dû faire des premiers commandements des commandements d’autorité : au nom de quoi tout le monde devrait accepter les commandements qui suivront ? Je n’ai pas la réponse à la question (je m’empresse d’aller écouter l’émission que vous me pointez) mais en ce sens on ne peut pas dire que le texte que vous proposez soit meilleur que le Décalogue : tout le monde ne peut pas accepter cette liste, croyants ou pas, d’autant plus si nous nous situons dans un contexte relativiste, comme vous semblez l’écrire.

        Répondre
        • Acermendax
          Acermendax dit :

          Je me demande au nom de quoi cette liste pourrait être rejetée par quelqu’un. Ce serait intéressant, alors, de questionner ce refus.
          En tant que sceptique, je pense qu’il faut justement se méfier des autorités, cela ne veut pas dire vivre dans le relativisme (il y a trop de bullshit derrière ce terme). La démarche rationnelle vise bel et bien à l’universalisme, mais, par humilité, elle admet que ce n’est qu’un horizon qui réclame une éternelle remise en question.

          Répondre
  11. lys
    lys dit :

    Eh bien par exemple, pour ne prendre que le premier, « les humains naissent libres et égaux en droits » : cette proposition est loin d’être admise par tout le monde, que ce soit historiquement ou géographiquement.

    Si je prends ce fait divers : http://www.liberation.fr/planete/2017/07/27/au-pakistan-oeil-pour-oeil-viol-pour-viol_1586562
    tout le monde semble s’accorder pour dire que la « justice » rendue est immorale, sauf la petite vingtaine de personnes qui a prononcé la sentence et pour qui cela semblait évident. Si nous nous plaçons de leur point de vue, on pourrait par exemple considérer que le fait d’avoir commis un crime (le viol) peut tout à fait être puni par un autre viol, si on suppose que les familles sont tellement sacrées que faire du mal à l’un des membres de sa famille, c’est pire encore que de recevoir soi-même la punition. La sentence rendue n’a alors rien d’immoral. Bon en l’occurrence, dans ce cas précis, elle suppose aussi que la femme n’est pas l’égal de l’homme (je n’ai pas trop de doute sur la sentence prononcée si ç’avait été l’inverse et qu’une femme avait violé un jeune garçon). Est-ce bien ? Est-ce mal ? Du point de vue de qui ? Nous sommes d’accord pour dire que c’est mal, mais ce village le serait-il également ? Et si nous arrivons dans leur village et leur expliquons que c’est mal, au nom de quoi acquiesceraient-ils, si ce n’est qu’on est plus fort qu’eux et qu’on a des plus gros flingues ?

    Nous devenons alors l’autorité en question, celle qui décrète ce qui est bien, et ce qui est mal (évidemment, dans ce cas précis, je n’aurais aucun scrupule).

    Si je prends un autre exemple, le cas des royalistes : il s’agit de personnes qui militent pour le retour du roi comme souverain du Royaume de France. Ces personnes sont tout à fait prêtes à se soumettre *librement* à une personne qui aurait les pleins pouvoirs et qui naîtrait avec des droits supérieurs aux leurs propres. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Au nom de quoi pouvons-nous leur dire que c’est mal ?

    Imaginons encore un groupe extrême de féministes, qui considèrent que pour perpétuer l’espèce, on a besoin des femmes, mais finalement seule la semence des hommes est nécessaire, et qu’avec les progrès de la médecine, on n’a finalement plus vraiment besoin d’hommes : ils peuvent alors être relégués à un rang inférieur, eux qui ont été les oppresseurs depuis si longtemps…

    Je ne continue pas par peur de vous ennuyer, mais dans ces cas, la proposition « les humains naissent libres et égaux en droits » manque d’une autorité qui ferait d’elle un commandement moral universel : l’autorité n’est ni l’évidence, ni l’unanimité, ni les faits rationnels. Peut-être qu’un jour l’autorité sera la science, mais pour le moment, cette proposition est décrétée par une entité (moi, le gouvernement français, le vieux continent, que sais-je encore) et morale et politique sont alors intimement liées. Je ne discuterai même pas sur le fait qu’en pratique, elle n’est jamais appliquée.

    Autre chose : je me place uniquement dans le cas où on définit la morale comme étant le questionnement de ce qui est bien, de ce qui est mal. Dans ce cas, je crois que la morale a besoin d’une autorité pour prétendre à l’universalisme. Si l’on définit, comme Charles Péguy, que la morale, c’est le fait de ne jamais considérer les individus comme des moyens, mais comme des fins, alors évidemment, le propos change. D’où mon commentaire de départ sur la définition de la morale et de ses principes premiers.

    P.S: L’émission en lien est très intéressante, elle laisse davantage de questions que de réponses… mais tant mieux ! 🙂

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Vos remarques sont très pertinentes.
      Je voudrais répondre que je suis convaincu que dans tous les cas cités, il est possible par le questionnement et l’argumentation d’amener chacun à admettre l’impératif moral de limiter la souffrance des êtres sensibles et d’accroître le bien-être. Cela ne suffirait évidemment pas à prouver la validité de cette liste. Néanmoins, je pense que l’on doit chercher un autre moyen que la simple autorité pour parvenir à une forme de déclaration d’indépendance mentale, une autodétermination qui par son existence même devrait entériner l’obligation de favoriser son épanouissement chez les autres, une déontologie en somme. Mais comme je le disais, cet universalisme est un horizon, et cette liste a donc quelque chose d’utopique.
      Notez que la liste comporte l’aveu de sa propre incomplétude, elle est encore à construire (mais pour en revenir au but initial, elle fait déjà beaucoup mieux que le décalogue pour éviter les comportements qui sont clairement attentatoires au bien être des autres).

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