L’allopathie n’existe pas

Nous croisons désormais le mot allopathie dans tous les médias. On s’en est rendu compte lors de la polémique qui a accueilli la tribune de 124 médecins « contre les fake médecines » (les thérapies non conventionnelles), où le mot s’est trouvé dans la bouche ou sous la plume d’une bonne partie des journalistes et des médecins.

Que signifie-t-il ?

Larousse en ligne : « Mode habituel de traitement médical qui combat la maladie en utilisant des médicaments qui ont un effet opposé aux phénomènes pathologiques. »

Personne ne peut comprendre cette définition sans avoir connaissance du principe de similitude. Selon ce principe, on pourrait soigner en utilisant des substances qui ont sur le corps le même effet que la maladie que l’on cherche à soigner. Comment ? En les diluant : c’est la théorie derrière l’homéopathie. Dès lors, on doit bien constater qu’on ne parle d’allopathie que dans un énoncé où il est question de distinguer l’homéopathie de ce qui n’est pas l’homéopathie.

La plupart de ceux qui utilisent des remèdes homéopathiques ou qui en prescrivent ne se documentent pas intensément sur la manière dont ces remèdes sont fabriqués ni sur le corpus théorique censé expliquer leur mode d’action. Pour comprendre pourquoi on peut dire que l’allopathie n’existe pas, il faut rappeler les principes de l’homéopathie, inventée par Samuel Hahnemann en 1796.

Les principes de l’homéopathie.

  1. Principe de similitude: « Un produit toxique provoque des lésions. Ce même produit, préparé selon les techniques homéopathiques, sera capable de traiter un malade qui présente des lésions du même type ». (source)
  2. Principe de dilution: Hahnemann se rend compte que ses remèdes sont plus efficaces quand ils sont dilués. (On notera que lorsqu’ils ne sont pas dilués, ces remèdes sont censés rendre malade, donc la dilution était préférable pour ses patients…) Plus la dilution est grande, plus le remède serait efficace, en parfaite contradiction avec l’effet-dose démontré pour la plupart des substances chimiques, et sans qu’un cadre théorique n’explique rationnellement cet effet allégué. Heureusement, en l’absence de preuve des effets de la dilution, il n’y a en réalité rien à expliquer, cf l’histoire de la dent d’or de Fontenelle.

 

 

  1. Principe de dynamisation: Entre chaque dilution, le remède est secoué plus d’une centaine de fois (on trouve difficilement la description exacte de cette étape chez les fabricants) car Hahnemann avait estimé que ses remèdes secoués dans la sacoche de sa selle lorsqu’il se rendait au chevet d’un malade à cheval avaient une plus grande efficacité que les remèdes non secoués. Aucune explication n’est donnée sur la raison de cette amplification d’efficacité

 

La dynamisation « active la force du médicament » selon www.homeomalin.com

 

Est appelée « allopathie » la médecine qui ne se fonde pas sur ces trois principes.

 

Le désir d’une « autre » médecine

Avec le temps « allopathie » est devenu synonyme de « médecine officielle » avec ses médicaments, ses pratiques invasives, ses protocoles froids, sa logique « occidentale ». Les partisans des thérapies non conventionnelles ont pris l’habitude d’employer ce mot pour désigner la médecine pratiquée par les médecins, c’est-à-dire… la médecine.

 

 

 

Rappelons que la médecine (que nous proposons de ne jamais appeler allopathie) utilise une large gamme de techniques depuis la prise en charge psychologique jusqu’à la chirurgie réparatrice en passant par de très nombreux médicaments dont la plupart des principes actifs sont extraits ou ont été conçus à partir d’extraits de plantes. « Se soigner par les plantes » est l’un des principes de la médecine conventionnelle. Croire se soigner par les plantes avec l’homéopathie est en revanche un grave contresens, le meilleur exemple en étant le produit star Oscillococcinum, fabriqué à partir de cœur et de foie de canard.

Si l’on résume, le mot allopathie a été créé par Samuel Hahnemann en opposition à son propre concept d’homéopathie. Il s’agit donc d’un terme interne à la doctrine homéopathique. Cette origine n’est pas anecdotique, elle éclaire la nature rhétorique du mot. Chaque fois que vous employez ce terme, vous mettez artificiellement sur un pied d’égalité l’homéopathie et la Médecine Fondée sur les Preuves (Evidence Based Medicine).

 

Article du 23 mars 2018 sur « Pourquoi Docteur ? ».

 

Refuser les termes manipulatoires

D’aucuns croient que la Terre est plate. Ils sont très prolixes sur les réseaux et nomment ceux qui se fient à la géologie, à la géographie, à l’astronomie, bref à la science, des globistes. Le mot globiste appartient à la doctrine « platiste », il a pour but de poser une fausse équivalence entre deux points de vue dont un seul repose sur l’ensemble des connaissances patiemment établies tandis que l’autre repose sur l’acte de foi et le rejet des méthodes d’acquisition des savoirs éprouvées et sans cesse améliorées de la démarche scientifique. Nous serions choqués, et avec raison, si les journalistes se mettaient à parler du « globisme » des géologues, car le globisme n’a pas de sens en dehors de la rhétorique platiste.

Dans un autre registre, on connaît les négationnistes de l’histoire, et leurs tentatives de discréditer une version du génocide juif qu’ils jugent officielle et pilotée par le pouvoir politique. On n’imagine pas qu’un média s’abaisse à qualifier de « chambre-à-gaziste » un historien non négationniste.

Quand sur France inter, il y a une dizaine de jours, on se demande « Peut-on réconcilier homéopathie et allopathie ? », on pose donc une question privée de sens. L’allopathie est spécifiquement définie, conçue, pour tenter de rassembler dans un seul mot tout ce qui n’est pas la doctrine homéopathique. Force est de constater l’efficacité du procédé et donc de veiller à s’en défendre.

 

 

Les mots ont un sens

Il faut interpeller les journalistes qui emploient ce mot, probablement sans savoir l’effet qu’il vise à produire. De leur côté, charge aux journalistes d’accepter la critique et de veiller à ne pas être malgré eux les vecteurs d’une dialectique commerciale qui alimente une industrie parapharmaceutique sous perfusion à la fois de la Sécurité Sociale et de la crédulité d’un public mal informé sur la confiance qu’on peut accorder à l’homéopathie.

 

Les journalistes acceptent parfois, et c’est heureux, de prendre en compte la critique et s’engagent à faire preuve de plus de rigueur. Mais, naturellement, les journalistes ne sauraient être plus exigeants sur ces questions que le corps médical lui-même, lequel devrait bannir l’usage d’un mot qui est le puissant ambassadeur d’une doctrine incapable d’assortir ses allégations de la moindre preuve depuis maintenant 222 ans.

 

La charge de la preuve n’a jamais incombé à ceux qui doutent de l’efficacité d’un soin, et deux siècles sont plus qu’assez pour comprendre ce que le consensus scientifique a désormais établi.

 

 

 

 

 

10 réponses
  1. Porquepix
    Porquepix dit :

    Ce qui est rigolo, c’est que, techniquement, l’allopathie désigne toute médecine non homéopathique, y compris, donc, les autres médecines dites alternatives que sont la phytothérapie, le magnétisme, l’ostéopathie, l’acupuncture, l’hypnose, la réflexologie, et toutes les médecines traditionnelles, ayurvédique ou chinoise, etc., pratiques souvent mises en avant pour fustiger la méchante allopathie…

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    • Romain
      Romain dit :

      C’est justement ce que dit l’auteur.
      Ce cas est comparable à l’athéisme, qui n’est rien d’autre qu’une absence de croyance religieuse, et qui ne peut donc être défini que lorsqu’on parle religion.

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      • AJerk
        AJerk dit :

        Mais non !
        L’allopathie est une maladie qui se caractérise par une gêne parfois douloureuse lorsque le sujet répond au téléphonne, vous n’avez rien compris de ce qu’a écrit l’auteur ! Relisez l’article !

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  2. M.H
    M.H dit :

    La guerre des mots est lancé. Sans mots, sans cadre, comment penser et réfléchir sur ce monde? Les vainqueurs écriront le sens, des mots infiltrés seront peut-être passé. Qu’il est beaucoup plus beau d’être tenant du globisme et de l’allopathie plutôt qu’être contre la théorie de la terre plate et les soins par la quantité infime, dilué et mille fois secoué. Bonne bataille à vous.

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    • Romain
      Romain dit :

      Si on parle d’allopathe pour tous ceux qui ne font pas d’homéopathie, doit-on parler d’abrachymyopathe ceux qui ne pratiquent pas la brachymyothérapie, d’aniridologue ceux qui ne font pas d’iridologie, etc?
      Par conséquent, je suis allopathe-aniridologue-abrachymyopathe-anaturopathe-apipologue-et-ainsi-de suite…
      Soyons sérieux: ça ne rime à rien.
      On ne peut pas se définir par l’absence d’une caractéristique. Sinon, on a pas fini de se définir par des titres à rallonge sur tout ce qui ne nous définit pas.

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  3. tomjika
    tomjika dit :

    N’y a-t-il pas un effet similaire dans le terme « médecines alternatives » ? c’est à dire en regroupant sous ce terme un ensemble de pratique bien différentes. Certes le terme à le mérite d’être au pluriel. Heureusement je n’ai pas encore croisé le terme d’ « alteropathie ».

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    • Romain
      Romain dit :

      Au contraire, le terme « alternative » regroupe tout ce qui n’est validé par la médecine moderne. Ce terme a tout son sens, même si c’est juste un mot « politiquement correct » pour dire « thérapie-qui-n-a-pas-fait-ses-preuves-et-qui-est-donc-charlatanesque-jusqu-à-preuve-du-contraire ».

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  4. J'hall
    J'hall dit :

    Et pour le coup, ça m’inquiète de rencontrer ce mot sur des sites en .gouv.fr car notre gouvernement semble l’avoir adopté comme un synonyme de médecine… J’espère me tromper et avoir mal compris.

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    • Romain
      Romain dit :

      Je crois hélas que tu as bien compris.
      Il faut savoir qu’au gouvernement, ce ne sont pas des lumières… plutôt des « concordistes » qui ne veulent froisser personne (et qui par conséquent froissent tout le monde), que des scientifiques.

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  1. […] Dans La Menace Théoriste, Thomas C. Durand explique que le terme « allopathie », fort présent dans les médias pour parler de la médecine conventionnelle quand bien même il s’agit d’un terme inventé par les médecins homéopathes n’existe pas! Lire l’article […]

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