La Barbe & Monsatan

Nicolas Meyrieux anime la chaîne Youtube « LA BARBE » dont nous avons déjà eu l’occasion de déplorer le manque de rigueur dans un précédent article. Pour toute réaction, l’intéressé nous a adressé un message privé où il se déclarait outré que nous ayons osé faire savoir à son public que sa vidéo contenait des informations fausses, voire des mensonges délibérés. Une nouvelle vidéo sur sa chaîne, cette fois sur les semences, vient malheureusement nous montrer que ceux qui refusent la critique ont peu de chance de s’améliorer, même quand ils travaillent en collaboration avec France Télévisions.

Comme le précédent article sur le sujet, celui-ci est construit en grande partie sur des remarques et des sources dénichées par Bunker D. Merci à lui.

Un peu d’histoire

On nous sert Pétain (et une caricature de Hitler jusque dans la miniature de la vidéo) afin d’user du déshonneur par association, sophisme qui permet d’attaquer l’image d’une personne ou d’un groupe de personnes en l’associant dans l’esprit de l’auditoire avec une personne ou un groupe de personne qui joue le rôle de repoussoir. Ici, c’est du classique, on est dans le Point Godwin sans imagination dès le départ.

Ainsi, on nous apprend que le Catalogue Officiel des Espèces et Variétés, qui a pour but de réguler le marché des semences, serait l’idée d’un certain Philippe Pétain en 1941. Pourtant, ce Catalogue remonte à 1932. Pour le savoir, il suffisait de consulter Wikipédia.

« En France, le catalogue des espèces et variétés de plantes cultivées est créé en 1932, et géré par le Comité de contrôle des semences. Il permet d’éviter, dans la profusion de semences, que les différentes variétés soient vendues sous le même nom, ou qu’une même variété ait des appellations différentes. Il clarifie l’offre et protège l’utilisateur qui est ainsi assuré de l’identité de la semence qu’il achète. »

Ce catalogue est lui-même inspiré du « registre des plantes sélectionnées » créé fin 1922, comme on peut le lire sur… Wikipédia, encore.

Notez l’objectif du catalogue : « Il clarifie l’offre et protège l’utilisateur qui est ainsi assuré de l’identité de la semence qu’il achète. » Le Catalogue officiel a été conçu pour protéger les clients des semenciers, et pas les semenciers eux-mêmes, et certainement pas leurs droits de propriété sur le vivant. 

 

De l’homogénéité

Il faut aussi noter que l’homogénéité de la variété, l’un des principes de bases du Catalogue, n’a pas pour but d’homogénéiser les fruits pour les cageots, contrairement à ce que nous présente le vidéaste : il s’agit encore de protéger l’acheteur, afin qu’il ne joue pas à la loterie à chaque lot de graines. Quand il achète, le cultivateur sait à quoi s’attendre, il a la garantie d’obtenir des produits de la qualité attendue.

Cette homogénéité est aussi une garantie pour le consommateur dans la mesure où la dérive génétique et les croisements accidentels peuvent amener de mauvaises surprises. Par exemple, en 2015, des graines de courgettes replantées dans un jardin allemand ont donné des fruits contenant de la cucurbitacine E. Il s’agit d’une toxine produite par les cucurbitacées à l’état sauvage. Elle est extrêmement toxique pour l’homme. Le consommateur du gratin de courgettes en est mort. En réaction à cette affaire, on a rappelé qu’il était plus sûr de racheter les graines pour éviter ce genre de mésaventures (heureusement rares).

 

Vers le monopole

En 1949, un décret interdit la commercialisation de plantes non-enregistrées. L’agriculteur n’est plus autorisé à revendre ses graines, mais en revanche il peut toujours les ressemer lui-même (Wikipédia, toujours). C’est le début de la protection des semenciers. Les agriculteurs n’ont plus le droit de revendre la descendance directe, presque identique, d’une variété développée par un semencier. C’est seulement en 1961 que le Certificat d’Obtention Végétale (COV), en plus d’assurer le monopole du semencier, impose à l’agriculteur de payer une taxe s’il replante. C’est surtout cela qui implémente la propriété intellectuelle sur les graines. On peut juger cela discutable, mais pour le critiquer, il faut commencer par présenter les faits honnêtement.

Nicolas Meyrieux dénonce une détestable protection des industriels. Mais réfléchissons à la réalité du sélectionneur de graines, devenu un métier à part entière au cours du XVIIIè siècle, avec notamment Vilmorin, Clause et Tézier (plus d’infos ici). Ces sélectionneurs ont pour but de produire des variétés améliorées : meilleurs rendements, meilleures résistances, meilleurs produits.

Le vidéaste se drape sous la caricature pour incarner un vilain industriel, lequel explique qu’évidemment ils ne vendent pas les variétés les plus résistantes. La limite de l’exercice de Nicolas Meyrieux est que cette blague confine à la désinformation dans un format qui a pourtant vocation à être informatif. Ceux qui rient à cette blague oublient-ils qu’une telle réalité impliquerait une profonde stupidité de la part des agriculteurs ? Rappelons que leur métier consiste à s’approvisionner aux meilleures sources, à acheter les meilleurs produits. Et qu’ils connaissent leur métier.

Si les avantages des graines développées par les semenciers ne valent pas le coût, les cultivateurs savent parfaitement qu’ils peuvent se mettre à la place aux sémences paysannes. Car oui, ce qui est dit dans la vidéo…

« Et dire qu’avant, pour les agriculteurs, c’était une évidence de garder la meilleure partie de leur récolte pour la semer l’année suivante. Et maintenant, ils ne peuvent même plus le faire. »

…est un mensonge.

Si l’agriculteur achète une variété qui n’est pas ou plus protégée par un COV (rappelons leur durée limitée), il peut à loisir utiliser ses propres graines tant qu’il n’en fait pas commerce. Et si vous pensez que cette possibilité est seulement théorique car le système actuel rend de telles semences introuvables, peut-être devriez-vous écouter ce qu’en dit un homme de terrain, tel Gilles vk agriculteur du Loiret. Sur sa chaîne Youtube, celui-ci présente son métier en vidéos, et… il replante d’une année sur l’autre !

 

F1, les hybrides de la mort qui tue

En lieu et place d’une explication, par exemple de ce qu’est la vigueur hybride, Nicolas Meyrieux nous livre une caricature ridicule des F1 qui seraient le produit de l’acharnement machiavélique des scientifiques pour appauvrir les ressources génétiques des cultures. Le propos et les illustrations qui l’accompagnent relèvent de la manipulation. L’intérêt de croiser des lignées ‘pures’ est d’assurer l’homogénéité de la F1. Rappelons-nous que l’homogénéité est recherché dans l’intérêt des agriculteurs. Ceci étant, il est souhaitable de cultiver de multiples variétés.

Quand il nous dit que l’hybridation permet de « [découvrir] plein de gènes inconnus » (ce qui ne veut strictement rien dire.) le vidéaste semble avouer qu’il ne sait pas du tout de quoi il parle, qu’il ne saisit pas les bases de la génétique et qu’il n’a pas compris que ce croisement a pour but de bénéficier des traits des deux variétés de départ.

« Les hybrides F1 produisent plus au m² mais ils sont moins nutritifs et demandent plus de produits phytosanitaires. Donc au final, ils sont moins rentables. »

Cette allégation n’est assortie d’aucune espèce de preuve ou de source. Nous savons que bon nombre des informations de cette vidéo (et de la précédente) sont tout bonnement fausses. Comment croire celle-ci, qui semble tomber de nulle part ? Derechef on constate que chez Monsieur Meyrieux, les agriculteurs sont des bouffons qui ne savent pas choisir les cultures les plus rentables.

On nous dit que les hybrides ont généralement une descendance pourrie (typiquement -20% de rendement), voire ont une stérilité mâle. Et cela est exact. En conséquence l’agriculteur a bel et bien intérêt à racheter du F1 pour la culture suivante plutôt que de semer ses propres graines. Mais cette conséquence découle du fonctionnement des organismes avec lesquels on ne fait pas ce qu’on veut quand on veut.

Semenciers, agriculteurs (et consommateurs en bout de chaîne) recherchent certains traits, et l’hybridation permet d’aller plus vite dans l’obtention de ces traits qu’au loto des mutation aléatoires. Dans ce contexte la stérilité mâle est parfois utilisée pour empêcher l’autopollinisation lors des croisements qui aboutissent à la production de F1. Mais quand on ne l’explique pas, on peut facilement invoquer du « On fait ça pour forcer à racheter ». C’est un procès d’intention qui confine au complotisme.

 

Absurdités et compagnie

Au détour d’une phrase, on apprend que les hybrides sont « programmés » pour résister à tel ou tel truc. On se demande à partir de quelle source ce script a été rédigé.

Au sujet des résistances verticales et horizontales, là encore, Nicolas Meyrieux fait preuve d’une maîtrise très approximative, voire absente, du sujet. Il nous explique que la résistance verticale (monogénique) protège contre un élément quand la résistance horizontale (polygénique) protège contre plusieurs maladies. En réalité, une résistance verticale à une agression ne se fait que par un mode d’action, tandis qu’une résistance horizontale bénéficie de plusieurs modes d’action. En clair la plante dispose de plusieurs moyens de défense, ce qui rend l’apparition de pathogènes résistants beaucoup moins probable. Les semenciers sont parfaitement conscients du fait qu’une résistance horizontale est largement préférable, mais elle est aussi plus complexe et plus coûteuse à obtenir. Encore une fois, ne prenons pas les professionnels du secteur pour des imbéciles. La compétition existe entre les semenciers. Celui qui met sur le marché une variété mal foutue ne la vendra pas très bien.

Enfin disons un mot sur…

« le premier maïs hybride F1 s’appelait le maïs Terminator »

On se demande encore d’où vient cette information. La technologie Terminator concerne les OGM, une technologie bien distincte de celle des hybrides dont on nous parlait auparavant. Et si elle vise à empêcher la replante, elle « n’a jamais été intégrée dans des variétés commerciales »  (devinez la source…)

 

Bref

Une nouvelle fois La Barbe nous sert une vidéo motivée par les bons sentiments de la lutte contre les abus de pouvoir des industriels, mais avec des informations fausses, des caricatures en lieu et place d’explications et en creux l’injure jetée à la face des professionnels du secteur, tous désignés comme d’avides manipulateurs ou de placide victimes. On est face à une rhétorique de la peur que le même Nicolas Meyrieux avait pourtant su dénoncer avec justesse dans une autre vidéo.

 

22 réponses
  1. Millman
    Millman dit :

    Ah oui mais si vous utilisez un travail source c’est pas juste aussi! Ya que les suppôts des industriels qui font ça. Les vrais chercheurs de vérité marchent a l’instinct! Celui qui fait dire que la terre est plate parce qu’on ne voit pas la courbure de la terre! Celui qui dit que la matière ne peux pas être composée a 99% sinon on verrait a travers! Et enfin celui qui dit que les méchants dominent le monde pour nous faire des trucs pas gentil parce que… Bah parce que!

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  2. Olimar
    Olimar dit :

    En fait il a des bonnes intentions (comme tout le monde) mais il manque clairement de rigueur de manière très importante. Un petite tour sur votre chaîne lui ferait du bien !
    Merci pour l’article de qualité.
    Cependant, je me demande s’il-est suffisant de citer seulement Wikipédia comme seul source ? C’est plutôt la source de l’article Wikipédia qu’il faudrait citer non ? Je suppose que ça marche aussi mais bon Wikipédia est plutôt un agrégat de source qu’une source en lui même.

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    • Bunker D
      Bunker D dit :

      Effectivement, Wikipédia est à prendre généralement comme un vulgarisateur et agrégateur de sources. La mention de Wikipédia sert ici avant tout à montrer qu’une recherche « de base » suffit à remettre en cause les propos des sources militantes (et financièrement intéressées) du vidéastes.

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  3. Liame
    Liame dit :

    Votre discours présente deux arguments non recevables d’un point de vue zététique :
    1)
    Ce qui revient à dire : « une telle réalité impliquerait une profonde stupidité de la part des médecins homéopathes […] ils connaissent leur métier. »
    2)
    Je formule autrement : »ne prenons pas les professionnels de l’homéopathie pour des imbéciles »

    Par ailleurs, je pense que de tels chevaliers en vidéo-croisade pour défendre la vérité (je parle de Nicolas Meyrieux) sont très dangereux pour ladite « vérité » s’ils utilisent des arguments faux que leurs adversaires balayeront sans aucun problème. Ils discréditent la cause qu’ils sont censés défendre ! Car au-delà de l’analyse scientifique des bonnes ou mauvaises semences, des bons ou des méchants agriculteurs, des bons ou des méchants industriels, il y a, personne ne peut le nier des choix de société, voire des choix de vie. Bon, OK, ce sont des formules bateaux pour dire qu’il y a une opposition réelle entre les agriculteurs qui défendent une certaine idée de la bio-diversité, et, disons, un monde qui s’uniformise et de fait s’appauvrit. Pardonnez-moi, cette irrationalité, mais je fais moins confiance à un groupe industriel de l’agro-alimentaire, qu’à un paysan, fût-il un adepte de la chimie agricole, avant tout soucieux de nourrir l’humanité. Ils n’ont pas du tout les mêmes intérêts, ni les mêmes priorités !
    N’étant pas compétent dans le domaine des semences (comme dans beaucoup d’autres), je ne cherche aucunement à lancer un débat, mais voici quelques liens (ci-dessous) :
    http://www.fnsea.fr/toutes-les-thematiques/l-agriculture-acteur-economique/semences-de-ferme/articles/%C2%AB-la-loi-legalise-la-possibilite-de-semer-ses-propres-recoltes-%C2%BB/
    http://www.semencespaysannes.org/
    http://www.semencespaysannes.org/loi_biodiversite_enfin_adoptee_progres_regret_503-actu_355.php
    http://www.semencespaysannes.org/reglementation_especes_vegetales_cultivees_qu_117.php

    par ailleurs, c’est toujours aussi m….. de laisser un commentaire !

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    • Bunker D
      Bunker D dit :

      Pour votre premier parallèle, je ne peux que vous dire qu’il est tout simplement invalide. Non, les aveuglements d’un agriculteur et d’un homéopathe sur les sujets afférents n’impliquent absolument pas les mêmes choses.
      Il est supposé que les agriculteurs sont des victimes qui rachètent des graines plus chères et ajoutent des produits coûteux pour un rendement équivalent sinon moindre. Or cette économie et pratique, voir ce qui rend les meilleurs résultats à moindres coûts (avec ou non en poids donné à l’impact environnemental selon les individus), c’est le travail de l’agriculteur, et les comparaisons sont facilement réalisables et réalisées. Les agriculteurs parlent entre eux de leurs pratiques, de leurs produits, de leurs outils et de leurs résultats. Ils opèrent aussi occasionnellement des tests pour comparer divers produits ou pratiques. (À ce sujet, je vous renvoie vers la chaîne de l’agriculteur youtubeur mentionné dans l’article.) Constater que d’autres, ou une parcelle d’essai, font aussi bien avec moins, ce n’est pas particulièrement complexe. Et encore une fois, c’est leur travail.
      Pour les homéopathes, la situation est largement différente. Constater l’ineffectivité de leurs traitements au-delà du placebo n’est pas une part de leur travail. Leurs bénéfices ne dépendent pas de cette question : ils dépendent de la satisfaction du client, et un effet placebo peut largement suffire dans un bon nombre de cas. Par ailleurs, le constat est dans ce cas là bien plus complexe. L’effet placebo offre un constat d’efficacité et de satisfaction dans la pratique normale de l’homéopathe. S’il veut pouvoir opérer lui-même une comparaison au placebo, il convient de réaliser un test clinique plus complexe à mettre en place, et bien plus coûteux en termes d’impact sur sa clientèle. Mais surtout, et j’insiste sur ce point : un tel test lui est inutile au niveau professionnel, lui trouve son profit dans la satisfaction de sa clientèle.
      Parce que les données pertinentes ne sont pas aussi facilement observables, et parce que les revenus des professionnels ne dépendent pas pareillement des connaissances afférentes, les situations d’un agriculteur dupé et d’un homéopathe qui croit en son produit sont fondamentalement différentes.

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  4. Liame
    Liame dit :

    Le copier-coller n’a pas fonctionné. Voici les deux arguments que j’estime non recevables :
    1)
    Ce qui revient à dire : « une telle réalité impliquerait une profonde stupidité de la part des médecins homéopathes […] ils connaissent leur métier. »
    2)
    Je formule autrement : »ne prenons pas les professionnels de l’homéopathie pour des imbéciles »

    Répondre
  5. Liame
    Liame dit :

    Bon, je reprends à la main !
    1)  » une telle réalité impliquerait une profonde stupidité de la part des agriculteurs ? […] ils connaissent leur métier »
    Ce qui revient à dire : « une telle réalité impliquerait une profonde stupidité de la part des médecins homéopathes […] ils connaissent leur métier. »
    2) « ne prenons pas les professionnels du secteur pour des imbéciles . »
    Je formule autrement : »ne prenons pas les professionnels de l’homéopathie pour des imbéciles »

    Répondre
  6. Gorgonops
    Gorgonops dit :

    @Liame
    Il va falloir expliquer votre analogie avec les médecins homéopathes. Elle est incompréhensible. Je n’ai jamais vu personne affirmer que les médecins homéopathes seraient des victimes ? Personnellement, je les vois plutôt comme des profiteurs de la naïveté des patients.

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    • Bunker D
      Bunker D dit :

      Je m’accorde avec vos premières remarques. En revanche, votre dernière phrase nécessite à mon sens un peu de modération. Bien des homéopathes, probablement la quasi-totalité même, on confiance en leur méthode et en les produits qu’ils prescrivent. Certes, dans la pratique, ils profitent de la naïveté des patients ; néanmoins il convient selon moi de remarquer qu’il n’y a généralement pas de malhonnêteté là-dedans. Ils ne sont pas « des profiteurs » dans le sens où ils n’agissent pas sciemment dans la duperie, mais considèrent au contraire sincèrement offrir un service efficace et honnête.

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      • Liame
        Liame dit :

        Je ne compare pas un agriculteur et un médecin ! Je ne parle que de l’ARGUMENTAIRE !!!
        Les arguments : « ils connaissent leur métier » et « ne prenons pas les professionnels du secteur pour des imbéciles » sont fallacieux et n’ont rien de zététique ! Je parle de la forme. Nous sommes bien sur un site traitant de la zététique, je crois.

        Répondre
        • Bunker D
          Bunker D dit :

          Votre « démonstration » que ces arguments sont prétendument fallacieux repose sur une comparaison de situation. Et j’ai répondu à cette comparaison pour montrer que le parallèle ne tenait pas. Je reproduit ici ladite réponse :

          Pour votre premier parallèle, je ne peux que vous dire qu’il est tout simplement invalide. Non, les aveuglements d’un agriculteur et d’un homéopathe sur les sujets afférents n’impliquent absolument pas les mêmes choses.
          Il est supposé que les agriculteurs sont des victimes qui rachètent des graines plus chères et ajoutent des produits coûteux pour un rendement équivalent sinon moindre. Or cette économie et pratique, voir ce qui rend les meilleurs résultats à moindres coûts (avec ou non en poids donné à l’impact environnemental selon les individus), c’est le travail de l’agriculteur, et les comparaisons sont facilement réalisables et réalisées. Les agriculteurs parlent entre eux de leurs pratiques, de leurs produits, de leurs outils et de leurs résultats. Ils opèrent aussi occasionnellement des tests pour comparer divers produits ou pratiques. (À ce sujet, je vous renvoie vers la chaîne de l’agriculteur youtubeur mentionné dans l’article.) Constater que d’autres, ou une parcelle d’essai, font aussi bien avec moins, ce n’est pas particulièrement complexe. Et encore une fois, c’est leur travail.
          Pour les homéopathes, la situation est largement différente. Constater l’ineffectivité de leurs traitements au-delà du placebo n’est pas une part de leur travail. Leurs bénéfices ne dépendent pas de cette question : ils dépendent de la satisfaction du client, et un effet placebo peut largement suffire dans un bon nombre de cas. Par ailleurs, le constat est dans ce cas là bien plus complexe. L’effet placebo offre un constat d’efficacité et de satisfaction dans la pratique normale de l’homéopathe. S’il veut pouvoir opérer lui-même une comparaison au placebo, il convient de réaliser un test clinique plus complexe à mettre en place, et bien plus coûteux en termes d’impact sur sa clientèle. Mais surtout, et j’insiste sur ce point : un tel test lui est inutile au niveau professionnel, lui trouve son profit dans la satisfaction de sa clientèle.
          Parce que les données pertinentes ne sont pas aussi facilement observables, et parce que les revenus des professionnels ne dépendent pas pareillement des connaissances afférentes, les situations d’un agriculteur dupé et d’un homéopathe qui croit en son produit sont fondamentalement différentes.

          Il ne suffit pas de dire que « c’est fallacieux » en comparant à une autre affirmation pour que votre accusation soit vraie. Les affirmations que vous mettez en parallèles sont fondamentalement différentes. S’il est affirmer que prétendre qu’un agriculteur ne saurait savoir ce qui est bon pour son exploitation, c’est « prendre les professionnels du secteur pour des imbéciles », c’est pour les raisons ci-développées.
          Et à ce sujet, je vous renvoie d’ailleurs vers le coup de gueule d’un professionnel : https://www.youtube.com/watch?v=_BSOhziWyu4

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          • Liame
            Liame dit :

            vous ne comprenez pas… ce n’était qu’un exemple. En comparaison, j’aurais pu écrire : « les garagistes connaissent leur métier, donc ils ne se trompent jamais »… Ce type de raisonnement est erroné.

          • Bunker D
            Bunker D dit :

            Oui mais un exemple de quoi ? Un exemple de n’importe quoi sans aucun rapport avec le sujet ? Ou un exemple d’un propos similaire qui serait pareillement erroné ?
            De deux choses l’une :
            – Soit votre exemple n’a aucun rapport et donc ne sert absolument à rien ; et votre accusation d’affirmation fallacieuse n’est toujours pas démontrée.
            – Soit votre exemple prétend être comparable à l’affirmation que vous attaquez, et constituerait alors un élément de démonstration de l’ordre de la reductio ad absurdum… mais comme je l’explique votre « exemple » n’est de toute façon pas comparable au propos que vous critiquez.

            Dans tous les cas, donc, votre critique est toujours émises sans justifications et fait fi des développements faits en réponse.
            Au sujet de ces derniers, tenez, un site comparatif pour les produits phytosantiaires, les outils agricoles et les semences : http://www.agriavis.com/rubrique-4-semences+et+plants.html

          • Bunker D
            Bunker D dit :

            Quant aux garagistes, ils peuvent faire des erreurs. Les médecins aussi. L’erreur est humaine. Mais il y a une différence entre commettre une erreur (« se tromper »), et prétendre qu’une grosse proportion des professionnels d’un métiers utilisent encore et encore et encore des outils et services plus chers et moins fonctionnels. Encore une fois, les situations et affirmations sont fondamentalement différentes.

  7. lemiere jacques
    lemiere jacques dit :

    Non. Il n’y pas d’analogie.
    et d’ailleurs l’affirmation est bancale aussi ..les agriculteurs a un moment donné se séparent entre les imbéciles et les moins imbéciles à réussir à choisir les plantes qui sont capables de leur assurer une meilleure compétitivité économique..
    donc en économie les plus incapables à trouver les bonnes solutions économiques disparaissent…
    notez que la création continuelle de niche est intéressant si elle rencontre du succès marketing.
    ce qui me parait extravagant est que des choses comme la meilleure productivité soient vue comme négatives..;
    Le fait est que les gens achètent de plus en plus des concepts plutôt que des aliments…assez amusant que la victoire manifeste du marketing passe pour une défaite du consumérisme..
    mais je m’égare..
    c’est l’argument initial qui est mal formulé.

    Répondre
  8. F.S
    F.S dit :

    Dans un même temps, notre économie capitaliste impose aux industries le maintient de leur taux de profit. Sans cela, l’entreprise décède pour laisser place à la concurrence. C’est la raison pour laquelle l’intérêt général n’est pas particulièrement la priorité de notre classe possédante.

    Bref, au sein de la population, la grande défiance à l’égard des industriels et de leur politique ne tombe pas du ciel et est parfaitement justifiée !

    Le youtubeur dont il est question aujourd’hui semble comprendre intuitivement que l’on ne peut raisonnablement pas faire confiance à des commençants. Malheureusement, il est incapable de soulever les bonnes questions.

    En effet, plutôt que de questionner les rapports de production capitalistes (dont le fonctionnement nous explique pourquoi un industriel n’a pas pour vocation de servir le bien commun), La Barbe tente désespérément d’incriminer le comportement d’une entreprise isolée, au point d’en fantasmer les méfaits et de basculer dans une diabolisation de bas étage.

    En outre, n’ayant vraisemblablement que peu de culture scientifique, le youtubeur s’aventure sur un terrain qu’il ne maîtrise pas.

    Lorsqu’on y réfléchit bien, la posture qu’adopte ce jeune youtubeur se calque sur un cliché largement relayé dans la culture pop : le cliché du gentil héros qui lutte seul face à l’odieuse corporation.

    Voilà peut-être pourquoi nous entendons inlassablement répéter ce type de discours : « Ils sont très méchants, ils sont là pour faire du fric », sans que jamais la nature même de notre modèle économique soit évoquée.

    Bref, manque de culture scientifique d’un côté, manque de culture politique de l’autre… Et vous obtenez une vidéo qui, à mon sens, ne vaut pas un radis.

    Répondre
  9. F.S
    F.S dit :

    Dans un même temps, notre économie capitaliste impose aux industries le maintient de leur taux de profit. Sans cela, l’entreprise décède pour laisser place à la concurrence. C’est la raison pour laquelle l’intérêt général n’est pas particulièrement la priorité de notre classe possédante.

    Bref, au sein de la population, la grande défiance à l’égard des industriels et de leur politique ne tombe pas du ciel et est parfaitement justifiée !

    Le youtubeur dont il est question aujourd’hui semble comprendre intuitivement que l’on ne peut raisonnablement pas faire confiance à des commençants (personne ne ferait confiance à son garagiste, si ?). Malheureusement, il est incapable de soulever les bonnes questions.

    En effet, plutôt que de questionner les rapports de production capitalistes (dont le fonctionnement nous explique pourquoi un industriel n’a pas pour vocation de servir le bien commun), La Barbe tente désespérément d’incriminer le comportement d’une entreprise isolée, au point d’en fantasmer les méfaits et de basculer dans une diabolisation de bas étage.

    En outre, n’ayant vraisemblablement que peu de culture scientifique, le youtubeur s’aventure sur un terrain qu’il ne maîtrise pas.

    Lorsqu’on y réfléchit bien, la posture qu’adopte ce jeune youtubeur se calque sur un cliché largement relayé dans la culture pop : le cliché du gentil héros qui lutte seul face à l’odieuse corporation.

    Voilà peut-être pourquoi nous entendons inlassablement répéter ce type de discours : « Ils sont très méchants, ils sont là pour faire du fric », sans que jamais la nature même de notre modèle économique soit évoquée.

    Bref, manque de culture scientifique d’un côté, manque de culture politique de l’autre… Et vous obtenez une vidéo qui, à mon sens, ne vaut pas un radis.

    Répondre
    • Sak
      Sak dit :

      Oh putain, un marxiste (ou marxien) éclairé. L’espèce est en voie de disparition. Ça fait toujours plaisir de se dire qu’on est pas (encore) qu’un troupeau de gros débiles à la gauche « de gauche ». Le capitalisme moderne a ce génie de pouvoir produire en grande quantité des opposants complètement à coté de la plaque, étouffant ceux qui ont quelque chose d’intelligent à dire. Exactement comme les lanceurs de fausses alertes sont en train de noyer de bruit les vrais lanceurs d’alerte. #commentaireinutilemaisçafaitplaisirdecroiseruncopain

      Répondre
  10. angryagronomist
    angryagronomist dit :

    Excellent article. Pour en revenir sur les hybrides, si les agriculteurs en achètent c’est qu’il y trouvent un avantage agronomique et financier. Certaines cultures s’y prêtent bien (maïs, colza). Chez d’autres, le gain en rendement est trop faible pour justifier le coût des semences (blé). De plus l’achat annuel de semences hybrides permet une rentrée d’argent prévisible pour le semencier et lui permet d’investir en amélioration variétale. Enfin, l’attrait pour l’homogénéité s’explique par la mécanisation. Il bien plus pratique de récolter un champ qui arrive à maturité au même moment qu’un champ hétérogène.

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