La Justice & la Science – Tronche en Live #23 (Olivier Dodier)

Invitée : Olivier Dodier, Doctorant en Psychologie sociale & cognitive.

Emission enregistrée le 22 mars 2016.

Editorial

Il parait que la justice, c’est comme la cuisine d’un restaurant : il ne faut pas la regarder de trop près. C’est pourtant ce que l’on va faire, parce que le monde judiciaire présente des similitudes avec le monde de la science. Dans un cas comme dans l’autre on cherche à établir si une proposition est vraie ou fausse : Le boson de Higgs existe-t-il ? Raymond a-t-il tué Barnabé ? Il faut donc, nécessairement, que la démarche des enqueteurs et celle des scientifiques empruntent des chemins similaires. On s’attend à ce qu’ils doivent faire face à des difficultés analogues, à des limites comparables, à des pièges communs.  Il est donc raisonnable de penser que les enquêteurs, dans leur démarche vers la manifestation du vrai, appliquent des méthodes qui, in fine sont celles de la science. Or ce n’est sans pas encore tout à fait le cas.

 

On fait appel à des experts dans les procès, et c’est souvent l’image qui nous vient à l’esprit lorsque l’on songe aux rapports qu’entretiennent la justice et la science. Un homme en blouse blanche qui pointe son index en direction de l’accusé en disant « Oui c’est bien son ADN qui a été retrouvé, donc il est coupable. »  (alors qu’en réalité l’expert peut juste dire si l’ADN d’un individu correspond à des éléments de l’enquête, et rien de plus.)

 

On nous pardonnera la caricature ainsi faite car aucun expert, jamais ne commettrait un tel sophisme. Cependant, on pourrait se demander comment sont choisis les experts qui témoignent devant la justice. En particulier les experts en psychologie qui rendent des rapports sur la base desquels on va juger de la crédibilité d’un témoin, de la propension d’un prévenu à commettre un crime, ou de la responsabilité que l’on peut imputer au coupable. Mesure-t-on le taux d’erreurs et de succès de ces experts ? Publie-t-on les protocoles employés, établit-on un état de l’art sur les méthodes qui fonctionnent et celles qu’il faut laisser derrière-nous ? C’est déjà une série de questions plutot compliquées et lourdes de conséquences, mais la réalité est que la place de la démarche scientifique ne se limite pas à cela.

 

En amont du procès se trouve l’enquête, et mile occasions pour les enquêteurs de commettre des erreurs involontaires dans le traitement des informations et dans l’influence qu’ils exercent eux-même sur leur enquête et sur leurs témoins. Les biais de confirmation sont les ennemis de l’objectivité requise pour ce travail.

Dans les procès d’assise le jury et le juge ont le dernier mot et ils doivent rendre un verdict, mais sait-on s’ils sont bienprotégés contre les biais cognitifs et les influences ?

 

Il est bien possible que les sciences cognitives nous donnent des éclairages sur les processus qui conduisent à des erreurs judiciaires. L’erreur est toujours humaine, elle n’en est pas moins évitable si l’on applique les précautions d’une démarche qui, décidément peut se comparer à la science puisqu’il s’agit d’une recherche systématique de l’erreur. La science peut donner aux professionnels des outils qui les aident à se prémunir contre des erreurs universelles mais lourdes de conséquence.

Et pour en parler, nous recevons Olivier Dodier, doctorant en psychologie sociale et cognitive et vulgarisateur de ces questions sur les réseaux sociaux..

 

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