Itinéraire vers la pensée critique

Discussion avec un ex-tenant.

 

Les expériences personnelles ont la particularité d’être personnelles, et les cas particuliers font de mauvaises généralités… en général. Même s’il existe des schémas courants, des statistiques qui indiquent les déterminismes par lesquels les individus sont plus enclins à adopter un parcours plutôt qu’un autre, et singulièrement un parcours vers la radicalisation et l’extrémisme, et même si une collection d’anecdotes ne peut tenir lieu d’étude sur un sujet quel qu’il soit, un récit individuel peut servir à souligner certains mécanismes d’adhésion.

À l’heure actuelle on est loin d’avoir cerné avec certitude des étapes obligatoires depuis un état disons « normal » vers un état « radicalisé », et on cherche toujours à identifier les moyens les plus efficaces pour susciter questionnement, ouverture doxatique et déconversion chez les tenants-croyants. Dans l’attente que les travaux en cours éclairent ces questions, on peut déjà réfléchir à ce que nous enseignent des témoignages comme celui d’Alex.

Ouverture doxatique

Capacité de l’individu à remettre en question ses idées, même les plus centrales. C’est un peu l’équivalent de l’ouverture d’esprit.

Déconversion

Processus par lequel un individu abandonne une croyance, en particulier quand celle-ci est passée par un stade où elle était centrale et inconditionnelle.

Tenant-croyant

Terme utilisé dans le milieu sceptique pour désigner (sans connotation péjorative) les personnes croyantes et/ou promotrices d’idées hétérodoxes ou anti-scientifiques.

Alex [prénom modifié] a 21 ans quand il nous raconte son histoire, celle d’une radicalisation précoce et très graduelle vers les théories du complot et l’idéologie d’extrême-droite.

D’abord une radicalisation politique et idéologique.

Il se dit prédisposé au conspirationnisme en raison d’un esprit de contradiction et d’un manque avoué d’esprit critique. En réaction aux médias traditionnels et aux clichés qu’ils véhiculent, il « tombe » dans le racisme vers l’âge de 15 ans. C’est sur Internet qu’il nourrit ce sentiment de rejet, en particulier via des vidéos, et notamment en regardant les chaînes de groupes de musique d’extrême droite qu’il qualifie de propagande.

celtic-crossIl fréquente également des forums où se partagent ces vidéos et où il interagit avec des personnes qui coordonnent des actions auxquelles il participe bientôt : militantisme, affichage. Toutefois, Alex ne prend part à aucune action violente. À 16-17 ans il évolue dans un milieu où on lui accorde de l’intérêt. Il a le sentiment d’y avoir sa place, de jouer un rôle. Les jeunes de ces sphères semblent avoir de nombreux points communs avec Alex, mêmes motivations, parcours similaires, révolte comparable.

Ses activités le conduisent à entrer en contact avec différents groupuscules, comme les « Nationalistes Autonomes », le « Renouveau Français » (des néo-royalistes) et le FNJ (Front national jeunesse) dont il explique qu’il est animé par les mêmes idées, bien que sous un vernis moins sulfureux. Les gens du milieu l’incitent à s’engager dans la réserve militaire, beaucoup sont eux-mêmes dans l’armée (afin d’être au bon endroit en cas de coup d’État).

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Alex se voit confier une mission : rédiger et diffuser de la propagande. Il intervient donc dans les commentaires des vidéos nationalistes. Ensuite il participe lui-même à la création de vidéos de propagande, dont il nous révèle la recette. Il sait comment construire ce type de message pour la bonne raison que c’est ce genre de vidéos (et les émotions qu’elles génèrent) qui l’ont conduit à la radicalisation.

D’abord des images choquantes (d’agressions, de dégradations, de délinquance, etc.), des images patriotiques qui exaltent les valeurs de la France. Ensuite une musique anxiogène (typiquement la bande originale de Requiem for a dream). Enfin un texte pour dire qu’il faut agir…

Durant cette période, Alex exprime fièrement ses idées et exerce une influence dans son lycée, à tel point que des camarades l’accompagnent coller des affiches. Il précise qu’après sa déradicalisation la plupart de ses amis ne persistent pas non plus dans cette voie. Aux autres, il tente d’expliquer pourquoi il a changé d’opinion.

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Vers les théories du complot.

Au plus fort de son engagement nationaliste (17 ans), Alex est contaminé par la pensée conspirationniste. Là encore les vidéos en ligne jouent un rôle central dans son parcours.

Deux d’entre elles le marquent particulièrement. La première évoque la corruption des politiciens, la mainmise d’une coterie sur l’économie, l’alimentation, la santé, les médias, ainsi que la volonté de détruire la culture européenne. La rhétorique à l’œuvrele pousse à croire qu’il existe forcément un complot derrière ces événements. Néanmoins, bien que « frappé » il n’est pas totalement convaincu de la culpabilité de ceux que la vidéo désigne : les juifs.

Or, son adhésion au conspirationnisme ne peut pas être totale sans un coupable désigné qui soit pour lui acceptable et crédible. C’est ce que lui apporte une seconde vidéo, très marquante, qui  le conforte dans l’idée qu’il existe une élite omnipotente et malveillante. C’est le complot des illuminatis et des francs-maçons. Alex vit dès lors dans un monde inquiétant. « Une fois qu’on y croit, on les voit partout. ». Dans cette situation, il est très facile de virer à la paranoïa. Alex estime que continuer d’avoir une vie sociale et un entourage l’a sans doute protégé contre une partie des effets de ses croyances d’alors.

Pendant environ un an, Alex vit avec cette croyance conspirationniste. Ce n’est pas une certitude de chaque instant, toutefois. Il lui arrive de douter, d‘oublier un peu de voir la main des illuminatis partout. Chaque vidéo qu’il consulte le rappelle à l’ordre et renforce son adhésion, une adhésion qui reflue lentement ensuite. À cette époque, il éprouve le besoin d’échanger avec d’autres tenants ; échanger des liens, du contenu, mais aussi des impressions sur ce que ces images signifient. De ces échanges réguliers, il ressort rassuré, ses croyances sont validées, sa vision du monde corroborée, et quand bien même c’est une vision angoissante, elle a quelque chose de réconfortant : elle explique et justifie le sentiment de révolte qu’il éprouve.

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La déconversion…

Alex va s’éloigner de ce mode de pensée en prenant d’abord ses distances avec le nationalisme. Bien que nourrissant des idées racistes et xénophobes, il n’a pas cessé d’avoir un sens moral, et il est de plus en plus choqué par la violence gratuite qu’exercent les membres des groupes qu’il a rejoints.

Quand on lui demande si un événement particulier a provoqué cette prise de conscience et le début de sa déconversion, il cite une nouvelle fois un média vidéo. Dans une vidéo partagée par ses contacts idéologiques se succédaient des scènes de violence extrême envers des personnes métissées ou antifascistes. Cette ultraviolence (certaines des personnes filmées en sont mortes) le force à se remettre en question. Il devient impossible de cautionner des idées aussi extrêmes.

Cette remise en question est facilitée par les cours de philosophie qu’il suit en terminal, (bac STI) ; ceux qui doutent de l’utilité de la philosophie en seront surpris. Alex se souvient notamment d’un cours sur la vérité où on lui explique la notion de dogme.

Sa capacité de questionnement étant renforcée, il quitte les groupes militants et supprime ses comptes. À ce stade, il est certes toujours d’extrême droite (FN) mais il s’est détaché des mouvements d’ultra-droite ouvertement violents.

Les idées complotistes demeurent aussi, mais s’estompent. Il explique cette déconversion par l’acquisition d’une meilleure hygiène mentale : après s’être rendu compte qu’il avait pu se tromper pendant longtemps il devient « naturellement plus critique » (sic).  Ainsi, il croit encore partiellement aux illuminatis, mais il cesse d’alimenter cette croyance, ce qui rend plus efficaces les critiques formulées par son entourage ou dans les médias.

 « Si je ne suis pas encore catégorique sur les illuminatis, je me dis alors qu’il ne sert à rien de les pointer du doigt. Élite dirigeante ou pas, ils ne sont pas la cause des problèmes du monde et si l’on veut changer les choses il faut changer les règles et non les pions.»

Cette dynamique de remise en question et de déconversion le conduit vers des idées de gauche… en passant par Soral et Dieudonné, car il demeure anti-système. « Quand on sort de l‘extrême droite, Soral a des propos très soft…» mais le mouvement critique se poursuit et rapidement il prend de la distance avec ces discours là également. « Leurs propos sexistes, homophobes et antisémites me rappellent beaucoup ceux de mes anciens camarades et finissent par me dégoûter complètement ». Alex constate qu’il se retrouve davantage dans des idées de gauche qu’il juge anticapitalistes, comme ses anciennes affinités, mais plus réfléchies. Il échange la dénonciation et la haine d’autrui (illuminatis, étrangers…) contre une volonté de changer le système.

À la faveur de cette transition, Alex se rapproche des groupes politiques qui s’intéressent à l’écologie, un sujet auquel il a toujours été sensible. Mais sa manière de voir le monde ne s’est pas totalement départie d’une tendance à voir des conspirations un peu trop facilement, une disposition d’esprit qui, faute d’outils critique et de méthode, lui rend séduisantes certaines médecines alternatives. Dans ces groupes de gauche, au fil des échanges et des discussions, il apprend à remettre en cause le complotisme qui l’accompagne depuis plusieurs années.

Depuis peu, il suit un certain nombre de ceux qu’on appelle les « debunkers » (les démolisseurs de fausses idées) qui continuent de consolider son esprit critique et la remise en questions des informations disponibles sur les réseaux. Et c’est donc ainsi qu’Alex a croisé notre chemin.

Actuellement Alex s’estime libéré de ses anciens errements et il explique la rapidité de sa déconversion par le déclic qu’a été l’acquisition des outils de la pensée critique.

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Vers une indépendance intellectuelle.

Le lecteur ayant une sensibilité différente pourra juger qu’Alex n’a fait que troquer une erreur pour une autre, ou bien même qu’il a été victime d’un lavage de cerveau pour adopter un mode de pensée conforme à une « doxa ». Alex, lui, est relativement confiant quant au bien-fondé des changements qu’il a vécus, et pour cela il met en avant les outils intellectuels qu’il a acquis pour réagir aux articles douteux et ne pas adhérer à des idées fausses. Dans ce panel d’outils figurent les chaînes de l’esprit critique (la nôtre, mais aussi l’excellente Hygiène Mentale) qu’il a découvertes au fil de ses navigations, et notamment via la chaîne Temps Mort.

Petite précision de l’intéressé :  «Ce n’est pas parce que je peux affilier mes idées à la gauche que je considère la gauche comme exempte de complotisme et de défauts, bien au contraire. Et au final il est bien plus intéressant de discuter d’idées directement que de se fier aux cases « gauche » « droite » etc. Mais c’est un tout autre sujet.»

Preuve qu’une fois sur le chemin de la pensée critique on devient vite autonome et apte à signer ce que Gérald Bronner appelle une Déclaration d’Indépendance Intellectuelle.

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Deux autres témoignages

Aller-retour chez les conspis

« Je me permets d’intervenir pour un témoignage en tant qu’ancien conspirationniste repenti (oui c’est possible !) et aujourd’hui fervent défenseur du rationalisme et de la pensée critique.

Elément déclencheur

L’élément déclencheur pour moi n’a pas été un traumatisme psychologique ou l’exacerbation d’une pensée religieuse (je suis athée), ça a commencé par le documentaire complotiste « La révélation des pyramides ». Je pense qu’on est tous naturellement attirés par le mysticisme à un moment ou un autre de sa vie, cela procure beaucoup de bien-être intérieur. Après ce docu, que je considérais être « le docu le plus intéressant que j’avais jamais vu de ma vie ! » je me suis mis à penser « bon sang, alors il est possible que toutes les choses que l’on m’a appris et que je tiens pour vraies sont peut-être seulement des opinions après tout… » Et cette pensée c’est le début de la fin !! A partir de là, j’ai regardé des vidéos sur Faurisson, je me disais « pauvre vieil homme, il voulait juste chercher la vérité mais les méchants sionistes l’ont fait taire et l’ont sali sans raison » ou encore Dieudonné et Soral. Je me passionnais alors pour les vidéos du 11 septembre « c’est quand même bizarre ces explosions ! » et j’étais fasciné par la vidéo de la (soi-disant) ex-agent de la CIA Susan Lindauer qui décrivait comment elle avait vu se mettre en place le complot avant le jour fatidique…
Comme vous le voyez, une fois que la pensée conspirationniste se met en place, tout va très vite. En l’espace de quelques semaines, de vidéos en vidéos, j’adhérais à de plus en plus de théories. Je me sentais important: j’avais l’impression d’être supérieur aux autres (les « moutons ») parce que je détenais un secret que le commun des mortels ne connaissait pas…

Le retour « à la normale »

Enfin, le « retour à la normale » s’est fait en 2 étapes:
D’abord, je suis tombé sur des vidéos du Moon Hoax (complot lunaire) et là je me suis aperçu que quelque chose ne collait pas. Je veux dire, exactement le même genre d’arguments était employé, la même méthode d’exposé, mais la théorie était tellement ridicule, les arguments tellement alambiqués, que j’ai senti un malaise; je sentais qu’on essayait de me faire avaler des couleuvres. Et là pour la première fois j’ai fait quelque chose qu’aucun complotiste ne fait jamais (pour ne pas remettre en cause ses croyances !), j’ai vérifié la véracité des infos données. Je suis tombé sur un site internet qui démontait point par point les arguments complotistes du Moon Hoax tout en les ridiculisant. Et là je me suis senti con, parce que ses arguments étaient 10 fois plus sérieux et clairs que ceux des complotistes. A partir de là, j’ai donc commencé à me méfier.

Deuxième étape de ma repentance: le rétropédalage. Car s’il faut de la volonté pour arrêter de croire à de nouvelles théories du complot, cela demande un effort psychologique bien plus traumatisant que d’accepter avoir eu tort sur toutes celles auparavant admises. L’élément déclencheur de ce rétropédalage fut mon Master de sécurité internationale et défense: A partir de là, de nombreuses informations fiables et concordantes venaient démolir toutes les théories du complot que j’avais crues, notamment le 11 septembre. Tant de centaines d’informations qui se recoupaient toutes avec les « versions officielles » et invalidaient indirectement tout ce que croyais vrai auparavant… Le doute n’était plus permis, j’avais enfin trouvé des sources sérieuses et des études détaillées. Le rétropédalage a commencé. J’ai recherché les contre-arguments au complot du 11 septembre: J’en ai trouvé plein, tellement détaillés, tellement rigoureux et sourcés que je me sentais enfin du côté de la raison. J’ai ensuite cherché systématiquement, pour chaque élément de chaque théorie qui m’avait troublé, un contre-argument pour le démonter. J’étais passé de complotiste à debunker.

Aujourd’hui je combats l’ignorance et la paranoïa sur internet, mais aussi dans la vraie vie. Je n’aime pas me faire pigeonner, les ordures qui lancent ce genre de théories du complot sont à la fois des escrocs qui se font de l’argent sur le dos des gens crédules, et un véritable danger pour l’ordre public, en ce sens qu’ils troublent le discernement du peuple pour lui faire gober insidieusement n’importe quelle pensée qui va briser sa confiance envers les autres. »

Vers l’objectivité

« Merci de partager avec nous le fruit de votre travail. Je reviens moi-même d’un long voyage en terre dissidente durant lequel j’ai perdu toute objectivité. Grâce à vous et surtout à la vidéo confrontant Jacques Grimault, j’ai pris conscience des biais et des stratégies que nous pouvons mettre en place pour imposer notre point de vue tout en étant persuadé que celui-ci est vrai et que ce sont les autres qui ont tort car ils ne possèdent pas les informations dont nous disposons.

Cela m’a amené à explorer votre chaîne et notamment la playlist « Les vidéos que nous vous suggérons... »
Une m’a particulièrement interpellé : une conférence de Gérald Bronner au sujet de son livre « La Démocratie des crédules ». Les arguments présentés ont résonné en moi à la lumière de mon parcours.

Il y a quelques années, suite à une période de chômage, j’ai entrepris de tenter de répondre aux questions existentielles qui me taraudaient ainsi qu’à un certain mal-être. Ne sachant où commencer, j’ai simplement tapé ces questions sur Google et je me suis contenté de suivre les liens. Je regardais essentiellement des documentaires, reportages, etc. Petit à petit, sans m’en rendre compte, comme une grenouille que l’on mettrait dans de l’eau froide et que l’on porterait graduellement à ébullition, je me suis fait happé par certaines vidéos telles que :
La Loi de l’attraction.
Que sait-on vraiment de la réalité ?

– des vidéos remettant en cause les diverses thèses officielles.

J’étais dans une période où plus rien ne me paraissait avoir de sens. Je m’interrogeais sur quel était le but de la vie, de ma vie ne parvenant à trouver ma place dans ce monde à cause notamment de boulots répétitifs et sans saveur, et de rapports humains matérialistes. J’étais peu à peu écœuré par l’humanité parce que peu importe où je posais mon regard, je ne voyais qu’injustice et violence, misère et haine. J’ai suspendu tout esprit critique car j’avais un tel besoin de me rassurer, de retrouver cette sensation de chaleur et de sécurité que l’on éprouve dans le ventre de sa mère. Et donc, à forcer de visionner et de revisionner les vidéos qui m’en donnaient l’illusion, j’ai adopté un comportement de croyant. Alors bien évidemment, ce n’était un parcours linéaire. Parfois, je rebroussais chemin, je bifurquais ou je m’enfermais dans mon imaginaire à coup de films et de séries télé. Il m’arrivait de prendre du recul, mais je n’étais pas suffisamment armé intellectuellement.

Au fil des vidéos recommandées par YouTube, je découvris Alain Soral qui me fit une très forte impression, comme s’il détenait la vérité, ce qui m’amena à adhérer à Égalité & Réconciliation. Après une rencontre avec d’autres membres, je commençai à douter : nous avions tous exactement le même discours sur les mêmes sujets. Je pris mes distances jusqu’à quitter cette association.

Au hasard de mes pérégrinations, je remarquai la Révélation des pyramides, mais surtout le live correspondant de la Tronche en biais mettant en évidence les arguments fallacieux et les stratagèmes qu’utilisaient ce genre de personnage pour appuyer leurs propos. L’étude de la zététique m’amena un second souffle. La conférence de Gérald Bronner, issue de son livre la Démocratie des crédules, acheva de me réveiller.

Pour conclure, je tenais à témoigner pour démontrer que nous sommes tous susceptibles d’être trompés d’une manière banale et anodine : en suivant des liens obtenus à partir d’un moteur de recherche. Je n’ai pas vécu de drame particulier, je n’ai pas non plus souffert d’un manque d’éducation, je souhaitais simplement des réponses aux questions que je me posais. En revanche, ce qui me manquait était une méthodologie de tri et de vérification de l’information »

 

Merci beaucoup aux personnes qui ont partagé avec nous ces témoignages qui aident à comprendre à la fois le parcours vers les idées extrêmes et la manière dont en revient. Pour aller plus loin, nous travaillons à la préparation, d’un documentaire sur ce qui rend certains discours particulièrement attractifs…

18 réponses
  1. hein
    hein dit :

    Bravo.
    Vous assimilez ici, non sans le vouloir, la pensée complotiste à un défaut d’esprit critique. C’est bien connu, les complots, ce n’est que pour les profanes en manque de sensation forte !
    Et si vous arrêtiez de focaliser sur l’étude de la pensée critique pour remettre en question la vôtre… ? A vous lire, et vous suivre, on a l’impression que donner quelques crédits que ce soit aux pensées conspirationnistes relève forcément d’un manque d’indépendance intellectuelle. Comme si, finalement, adhérer à quelconque de ces théories serait un bon indice pour illustrer la connerie d’un individu.
    S’il vous plaît, épargnez-nous vos pseudo-analyses de sociologues accomplis. La seule chose qui compte dans cette histoire, ce sont les faits, et eux, ils ne mentent pas. La pensée critique consiste seulement à savoir reconnaître le vrai parmi le faux, et en déduire quelque chose ensuite.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Merci pour votre commentaire.
      Où avez-vous lu dans ces pages que nous défendrions l’idée qu’il ne faut pas s’intéresser aux faits ? Qui aurait dit, ici, que les complots n’existent pas ? Qui a bien pu taxer qui que ce soit de « connerie » ?
      Peut-être pensez-vous lire entre les lignes. C’est un mauvais usage des textes quand on ne fait pas l’effort de lire d’abord les lignes elle-mêmes. Et je me permets de signaler que cela peut être un symptôme de pense conspi. Comme le montrent les témoignages de cet article, on peut être dans cette dynamique est en sortir, on peut être conspi et animé de bonnes intentions, et même être très intelligent. L’important, me semble-t-il, c’est de se demander comment on sait ce qu’on sait et pourquoi on croit ce qu’on croit.

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  2. hein
    hein dit :

    Je ne pense pas avoir lu ce que j’avance entre les lignes; je souhaite dire que vous sous-entendez, sans même essayer de le cacher, et ça vous ne pourrez pas nier qu’il y a une forme de volonté derrière, que s’intéresser aux complots est déjà une première preuve que l’on manque de sens critique. D’ailleurs, vous vous évertuez tant – et ça devient tellement votre spécialité que vous devriez songer à vous faire recruter aux côtés de Rudy Reichstadt, le fondateur de l’Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot – à attaquer ces théories du complots qu’on en vient à se demander si votre volonté opiniâtre d’indépendance intellectuelle ne vous détourne pas de votre mission numéro une, commune à tous: celle de vous rattacher à la vérité.
    Il semble qu’ici vous préférez continuer à chercher à comprendre pourquoi ce que des gens croient est faux, et quel mécanisme a mené à cela, au lieu de chercher à comprendre pourquoi des gens croient ces choses, c’est à dire en revenir aux faits. La faute à qui? A notre manque d’esprit critique, à tous les coups.
    Et vous, pourquoi croyez-vous ce que vous croyez? N’est-ce pas parce que vous avez certains a priori à propos des théories du complots que vous acharnez à démontrer que de tels croyances ne peuvent être que de mauvais cheminements de réflexions critiques ? Vous pouvez me répondre que non, j’aurais du mal à placer ma confiance dans votre sincérité… Ne serait-ce pas un « symptôme de pensée conspi » que de s’entêter à vouloir démontrer que la pensée conspi est une maladie mentale ? Attendez, ça chauffe là-haut…
    Voyez-vous, j’aurais beau me demander comment je sais ce que je sais, il y aura toujours un moment où les faits trouveront leurs limites. Alors viennent les témoignages, ceux-là qui peuvent nous amener à penser, mais surtout pas à croire ou à savoir. Alors, s’efforcer de décrire ces modes de pensées « radicales » et les mécanismes de leurs fondements paraît être une quête sans fin, mais avant tout, sans but. Personnellement, j’ai davantage foi en les bonnes intuitions, celles qui me parlent, plutôt qu’en les bonnes intentions, car, comme chacun sait, l’enfer en est pavé…

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    • IC
      IC dit :

      J’ose espérer que vous soyez autant critique à l’égard des faits qui reviennent beaucoup dans votre discours et qui sont sujets à interprétation, ne l’oublions pas.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Je n’ai vraiment rien à répondre à cela. Vous nous accusez de faire ce qu’on ne fait pas. Je ne vais pas essayer de vous convaincre du contraire… Surtout que si vous avez « foi » dans vos « intuitions » alors c’est que notre travail d’explication des biais cognitifs est encore loin d’être achevé…

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    • BHBenoit
      BHBenoit dit :

      Fait : le fait est quelque chose de réel, une réalité. Mais en même temps on remarquera qu’il n’y a jamais de fait brut. On sait depuis Kant que nous avons toujours un certain point de vue sur les choses.

      Le fait ne démontre pas.

      Ce n’est jamais le fait qui confirme mais le savant. Comme le montre Kant, la raison ne va pas vers la nature comme un élève va vers son maître mais comme un juge va vers un témoin. Le fait, en ce sens, n’est pas une preuve mais un argument. Il ne démontre rien, il donne des éléments de démonstration. Le savant n’est pas l’esclave des faits mais leur juge. Le fait ne donne que des éléments de réponse (ce qui n’est pas sans importance) mais rien de plus.

      Le fait ne confirme donc pas la théorie qui est toujours susceptible d’être remise en question par la découverte de nouveaux faits. Mais alors, le fait n’a-t-il pas valeur d’infirmation.
      Le caractère ambigu des faits.

      Le fait isolé ne convainc pas nécessairement et ceci même lorsqu’il infirme la théorie. Devant la contradiction entre un fait et une théorie on peut, certes, douter de la théorie mais on peut aussi douter du fait. Tout dépend de l’ancienneté de la théorie, du nombre de faits qu’elle a cristallisés en les systématisant ou au contraire de sa jeunesse et de ses tâtonnements. Tout dépend aussi de l’audace des savants. « Il n’y a pas de fait brut si brutal qu’il interdise toute suspicion à son adresse » précise Canguilhem. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une expérience rate que la théorie est fausse. Peut-être n’a-t-on pas suffisamment bien construit le fait.

      Conclusion

      Les faits ne confirment ni n’infirment totalement une théorie. Ils sont des arguments pour ou contre et non des preuves absolues. Il faut noter la complexité du rapport entre théorie et fait dans chaque science. Tout fait est conduit par l’esprit et ce qui prime n’est donc pas la constatation des faits mais l’activité de la raison qui a une position judiciaire. Tout ceci montre plus généralement le caractère relatif de la vérité de la science comme du reste le caractère relatif de son éventuelle fausseté.

      http://sos.philosophie.free.fr/theorie.htm

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    • adrn brnd
      adrn brnd dit :

      Il me semble que terminer votre missive par « j’ai davantage foi en les bonnes intuitions, celles qui me parlent, plutôt qu’en les bonnes intentions » pose un certain nombre de question quand à l’objectivité de votre assertion et à la volonté dans votre propos d’ouvrir un réel débat.

      Sauf à ce que vous ne commentiez ce site que pour le plaisir de « rager », ce que je ne pense pas.

      Cette phrase est très pertinente car elle résume volontairement votre propos et rend impossible tout débat.

      En effet :
      – L’intuition est définie comme 1. la perception immédiate de la vérité sans l’aide du raisonnement. 2. la faculté de prévoir, de deviner ; synonyme de prémonition (le petit larousse 2016)
      En effet le terme intuition est issu du latin intuitio : regarder, observer. Il s’agit d’une action qui ne nécessite pas de construire un raisonnement sur ce que l’on perçoit.

      – La foi se définit comme 1. la croyance en Dieu, en un dogme ; doctrine religieuse. 2.Confiance en quelque chose ou en quelqu’un 3. Engagement que l’on prend d’être fidèle à une promesse.
      Ce terme est issu du latin Fides : confiance. Il s’agit la encore d’une action qui par définition ne nécessite aucun raisonnement.

      Le propre de ce site en général et de cet article en particulier est de permettre de nourrir une réflexion sur la nécessité d’objectiver nos pensés afin de pouvoir confronter notre « foi », justement, notre « intuition », encore justement, à une méthodologie scientifique afin de permettre la construction d’une pensé critique.

      Si tout homme peut avoir de l’intuition, le scientifique, qui est un homme aussi, va, lui, confronter cette intuition à une méthodologie afin de découvrir si celle-ci n’est pas fausse ou tronquée avant de la valider comme vérité.

      S’arrêter à l’intuition, équivaut à dire que le soleil tourne autour de la terre.

      Au surplus, d’un point de vu sémantique, il me semble que vous ne pouvez pas opposer intuition et intention.

      bien cordialement.

      (PS : J’en profite pour m’excuser platement. il s’avérait que concernant GUSS DX et après avoir regardé la méthodologie du Debunker, mes commentaires sur ladite méthodologie étaient nuls et non avenus. Il m’apparaît civilisé dès lors de présenter mes plus plates excuses.)

      Répondre
  3. boobto
    boobto dit :

    Bonjour,

    Je n’ai malheureusement pas lu d’ouvrage de Gérald Bronner, mais n’est-il pas paradoxal de souscrire, d’adhérer à ce que lui appelle une déclaration d’indépendance intellectuelle ? Je reprends la phrase comme vous l’avez formulé, mais si il pose lui-même les principes de sa déclaration et les conditions le fait d’y souscrire n’est-il pas en soi une dépendance ?

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      La déclaration d’indépendance des Etats Unis a-t-elle rendu les Etats Unis dépendant ? 🙂 Plus sérieusement… cette déclaration d’indépendance Intellectuelle est une expression symbolique du fait que les individus doivent s’emparer de leur autodétermination. Avoir conscience qu’on est responsable devant ses choix, ses croyances et ses actes est une étape importante de la pensée critique. Je n’y vois nulle contradiction.

      Répondre
    • Dunaedine
      Dunaedine dit :

      Je ne suis pas fan de ce que sont devenus les écologistes (opposition à la technologie, adoration de la « nature », etc), mais ce n’est pour autant qu’on doit utiliser un terme comme nazis à leur égard. Ce n’est pas faire preuve de pensée critique.

      Répondre
      • Roland
        Roland dit :

        Justement, j’évite de mettre tout le monde dans le même panier (« les écologistes »). Et j’espère sincèrement que ce jeune homme n’a pas simplement troqué une forme d’extrémisme pour une autre.

        Répondre
        • Tyrian Dunaedine
          Tyrian Dunaedine dit :

          L’utilisation du terme nazis reste à éviter, dans toutes discussions (sauf si réellement centrée sur une idéologie racialiste/nationaliste). Je suis d’accord sur le fond, mais c’est la forme qui est problématique.

          Répondre
          • Daniel Dubois
            Daniel Dubois dit :

            Bonjour à tous,

            Je me permets d’intervenir et de souscrire à l’idée qu’il ne faut pas employer le terme nazi dès qu’on veut diaboliser quelqu’un ou un groupe. Comparer les écologistes et les nazis me semble absurde, voire insultant envers les millions de morts provoqués par les nazis.
            Par contre, il est vrai que parmi les dignitaires nazis, il existait des partisans du retour à la nature comme le chef des SS, Heinrich Himmler. Mais on ne peut évidemment pas le qualifier d’écologiste, surtout si on parle des écologistes actuels. C’est ce type de raccourci qui provoque les préjugés et créé la confusion.

            Daniel Dubois

  4. Daniel Dubois
    Daniel Dubois dit :

    Bonjour à tous !

    Ce témoignage est passionnant car il propose le chemin inverse de la radicalisation et donne de l’espoir. J’ai eu l’occasion de discuter avec des personnes impliquées dans la lutte contre les dérives sectaires et ce témoignage me rappelle les récits de personnes qui ont réussi à quitter une secte.
    Savez-vous s’il existe des structures officielles ou des associations qui viennent en aide à des personnes qui désirent sortir des mouvements extrémistes ?
    Daniel Dubois

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