Esotérisme : Les gourous du New Age (TenL#69)

Invité : Elisabeth Feytit

Enregistré le mercredi 5 décembre 2018 à la MJC Pichon, Nancy.

 

Editorial

 

On éprouve une grande satisfaction à croire ce qu’on désire être vrai, et rien d’autre. Il n’y a pas de plus grande sensation de liberté que de définir pour soi-même ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, et l’on se sent tout à fait en droit de dire à autrui qu’il peut bien croire ce qu’il veut de son côté. Est-ce que ce n’est pas le summum de l’ouverture d’esprit de ne jamais contredire quiconque, de laisser chacun à sa propre vérité ?

Le New Age est le boss final de la croyance : l’égrégore absolument relativiste de tout ce qui est cru, ou a été cru un jour, la soupe ultime où l’on peut toujours recycler une vieille lubie, pourvu qu’on accepte d’abdiquer de notre droit à la critique. Il offre l’avantage d’étancher toute forme de soif de croyance, de noyer les frontières entre les religions, d’offrir un cadre ou personne n’aurait tort et qui permettrait de mettre fin à tous les conflits liés à ces croyances car chacun détiendrait une parcelle de vérité.

Mais est-ce bien aussi positif que ça ? Permettez qu’on suggère qu’il s’agisse peut-être du summum de la fermeture d’esprit que de s’opposer à toute confrontation d’idées, de refuser de mettre à l’épreuve ses croyances, de faire des démonstrations, de respecter la logique, de produire des efforts pour tester avec rigueur ce que nous croyons. Est-ce que ce n’est pas de la fermeture d’esprit de jeter un voile pudique sur les désaccords et les incohérences ?

Préférer ses anecdotes personnelles plutôt que des études contrôlées, se fier à ses intuitions plutôt qu’à une vérification méthodique des faits, croire au karma au risque de justifier les injustices que doivent subir les plus défavorisés, ce n’est pas de l’ouverture d’esprit. Boire les paroles d’un gourou parce qu’il nous dit des choses qui correspondent exactement à ce que nous voulons entendre, ce n’est pas de l’ouverture d’esprit.

Il n’y a pas de gourou en science, pas au sens de maître à penser qui serait source d’enseignement et de sagesse. L’autorité du savant n’existe qu’à travers son respect pour la démarche rationnelle de recherche systématique de l’erreur, elle émane du contexte dans lequel il accepte de soumettre ses énoncés à l’examen collectif des chercheurs.

Mais c’est tellement mieux de se réfugier dans l’idée que nos pensées positives peuvent rendre le monde meilleur sans avoir à agir, à militer, à voter, à s’investir physiquement. C’est tellement plus satisfaisant, la croyance à la carte dans tel ou tel concept ésotérique qui nous rappelle la pureté de notre âme et la frivolité des événements terrestres puisque l’important se situe dans la cinquième dimension, dans un niveau vibratoire supérieur, là où nos énergies peuvent libérer leur plein potentiel. C’est tellement bien qu’on peut comprendre l’attrait de ces croyances, et comme il est tentant d’imaginer être un enfant indigo, ou bien parent d’un enfant de cristal. On peut s’en convaincre en toute bonne foi ; la sincérité n’a jamais empêché les erreurs.

Jessica Schab a cru aux illuminatis, aux forces de l’ombre et à la Loi d’Attraction. Elle a cru qu’elle était La première enfant de cristal à s’incarner sur Terre pour pour sauver l’humanité de son enfermement dans la matrice et pour l’aider à réaliser son potentiel. Des dizaines et des dizaines de milliers de gens y ont cru aussi, et elle est devenue leur gourou. Mais un jour elle a dû faire face à ses propres questionnements et elle a choisi de ne plus croire et de le dire. C’est ce dont il est question dans le film « Ex-Gourou » que prépare notre invitée, la productrice et réalisatrice Elisabeth Feytit.

1 réponse
  1. Eric
    Eric dit :

    Une émission remarquable, il faut le dire ! L’invitée était au top et le parcours de Jessica Schab est édifiant, mais assez en rapport avec ce que j’ai pu vivre moi-même dans ce milieu ésotérico-new age… qui se diffuse à bas bruit dans la société, même s’il ne s’agit pas d’histoires spectaculaires comme celle-ci. Quand l’infirmière du collège de ma fille propose aux parents d’aller consulter un énergéticien quantique, tu te dis que la situation est grave !

    Bon, reste qu’on avait dit pas le physique Mendax, nom d’une pipe !

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