Dieu peut-il être une hypothèse scientifique ?

Article invité.

Introduction, contextualisation, objet

            Dawkins dans The God Delusion traite de Dieu comme une hypothèse explicative relative à l’existence de l’univers et arrive à la conclusion que cette hypothèse n’est pas scientifiquement ou même rationnellement valable. On peut être surpris de la forme que prend cette critique : il nous semble que peu de croyants traitent de Dieu comme d’une hypothèse scientifique mais demeurent au contraire dans une forme de relativisme de la croyance. Pour autant, depuis quelques années, il y a bien une recrudescence des tentatives de démontrer l’existence de Dieu ou de faire de Dieu une hypothèse explicative plausible, notamment aux Etats-Unis. Je ne parlerai pas ici spécialement de la théorie de l‘Intelligent Design défendue Outre-Atlantique, bien que cela soit également visé[1], mais de toute tentative de faire de Dieu l’objet ou la conclusion d’un discours scientifique.

Pour illustrer cette position il me paraît intéressant de ne pas s’attaquer à un homme de paille mais de partir d’une argumentation un peu subtile, comme on peut la trouver dans le livre de Swinburne datant de 1996. Je vais essayer de montrer ainsi que si les arguments de Swinburne sont intéressants et ont une certaine pertinence épistémologique ils ne sont absolument pas probants et sortent de ce fait du cadre scientifique. Pour se faire il nous faut déjà exposer sa position.

Swinburne & god

La mission divine de Richard Swinburne : démontrer la nécessité scientifique de Dieu

1. La position de Swinburne et ses arguments pour défendre la scientificité de l’hypothèse divine[2].

Deux mots sur le philosophe britannique, ce n’est pas un théologien mais un philosophe intéressé tout d’abord à l’épistémologie, même si Dieu est un objet central dans ses écrits avec en 1984 The existence of God et en 1996 Is there a god ?, qui cherche à soutenir la pertinence de l’hypothèse Dieu à la manière des hypothèses scientifiques. Nous pouvons déjà saluer à ce niveau l’effort du britannique et la cohérence intellectuelle qu’il propose.

L’idée centrale est que l’existence de l’univers comme un Tout ( entendons par là l’ensemble de ce qui existe) ne diffère pas de n’importe quel autre phénomène physique qui demande une explication. Si cette idée est discutable en soi – et on pourrait développer quelques arguments kantiens notamment contre celle-ci- admettons la d’emblée pour la simplicité de notre propos. En effet nous nous trouvons face à un phénomène à expliquer et pour cela nous formulons des hypothèses.

Cela nous mène à une question primordiale : qu’est ce qui définit une hypothèse scientifique ? Pour Swinburne il y a 4 critères :

1/ Elle permet d’expliquer les faits observés – ce qu’on pourra appeler sa vertu heuristique. Une hypothèse qui n’explique rien n’a pas lieu d’être et est au mieux une tautologie ( on expliquera par exemple la tendance à dormir après avoir pris de l’opium du fait d’une « vertu dormitive » de l’opium, ce qui est un cas d’explication circulaire).

2/ Elle s’accorde avec nos autres connaissances – il faut qu’elle soit cohérente avec le reste de notre savoir scientifique. Par exemple on peut concevoir une hypothèse qui obéit à 1/ et pas à 2/ si on expliquait le mouvement des astres avec une physique ptolémaïque qui n’est plus en accord avec ce que l’on sait par ailleurs en astronomie.

3/ Elle est simple, c’est à dire qu’elle ne fait pas intervenir une multitude d’entités explicatives diverses. Nous reviendrons sur ce critère qui est largement problématique.

4/ Elle ne possède pas de concurrente qui satisfait 1/ 2/ et 3/ de manière égale ou supérieure.

dieu et la science

Ces critères posés de manière argumentée on peut alors comparer deux hypothèses, le naturalisme scientifique (disons l’hypothèse Hs) qui considère que l’univers s’explique de lui-même par une quantité de matière et d’énergie et des lois qui le régissent. L’hypothèse a un inconvénient pour l’auteur : elle laisse inexpliquée sa propre complexité (on ne répond jamais finalement à la question « pourquoi » qui peut revenir à chaque réponse qu’on donne et qui prend sa forme la plus radicale sous sa forme leibnizienne du « pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ») ; et le théisme (disons hypothèse Ht), qui explique l’univers par l’existence d’un être immatériel tout-puissant, qui a créé l’univers tel qu’on le trouve. Cette hypothèse possède elle aussi un inconvénient de poids : elle fait appel à une entité non testable.

On peut alors comparer les deux hypothèses au crible de ces quatre critères.

1/ Le premier critère n’est pas déterminant : les deux hypothèses Hs et Ht expliquent tout aussi bien l’existence de l’univers à un moment T. Hs en partant de T-1, c’est-à-dire d’un moment antérieur de l’univers, en appliquant les lois de la nature, l’hypothèse théiste rendant compte de l’ensemble des donnés également a posteriori. En effet considérer que les phénomènes physiques observés sont causés par Dieu n’empêche pas que les lois de la nature s’appliquent. A posteriori on peut par ailleurs remarquer un ordre et une nécessité dans les phénomènes physiques, les rendant nécessairement causés par un être supérieur.

2/ Hs s’accorde par définition avec nos connaissances puisqu’elle est la somme de nos connaissances scientifiques relatives à l’univers. Ht s’accorde également en ce qu’elle n’a rien de logiquement impossible et ne s’oppose pas aux théories scientifiques en elles-mêmes ( bien qu’elle puisse s’opposer au matérialisme ou au scientisme comme philosophies). Swinburne considère ici que les deux théories sont à peu près à égalité[3].

3/ Pour Swinburne, voilà le point décisif : Ht est beaucoup plus simple que Hs. Ht fait en effet appel à une seule entité explicative alors que Hs en comprend une multitude ( lois, constantes, particules) qui la rende infiniment plus complexe et moins séduisante qu’une cause unique, dépourvue de toute détermination quantitative arbitraire. Hs fait toujours intervenir pour Swinburne de nouvelles questions : pourquoi ces lois et pas d’autres ? Pourquoi cette quantité de matière ? Pourquoi ce rapport entre les constantes ? Il fait ainsi jouer la question de la contingence métaphysique : on pourrait fort bien imaginer, comme le fait Quentin Meillassoux[4] un monde régit par d’autres lois de façon pleinement cohérente, ce dont la science fiction nous donne de nombreux exemples[5]. La théorie Hs souffre ainsi d’une régressivité à l’infini qui ne répond pas à notre besoin explicatif aussi bien que Ht qui nous présente une entité première incausée qui est l’origine première. Ht réduit beaucoup plus le champ de l’inexplicable que Hs et semble par ailleurs réduire également notre sentiment d’absurdité face au monde.

4/ Ht se trouve expliquer ainsi tout aussi bien et plus simplement les phénomènes que Hs ( qui fait « comme si » l’univers obéissait à un ordre réfléchi sans prendre en compte le fait que cet univers pourrait l’être).

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2. Réponse à une objection courante

 On pourrait ici se dire de façon légitime que cette démonstration est bien belle mais qu’elle ne prend absolument pas en compte un élément central : une hypothèse scientifique est testable empiriquement, ce qui n’est absolument pas le cas de Ht. Avec une telle hypothèse on ne peut rien prédire, rien tirer de plus qu’avec l’hypothèse Hs : pourquoi appliquer le rasoir d’Occam sur les entités scientifiques – qui sont utilisées dans Ht de toutes façons également – et pas sur l’entité infalsifiable qu’est Dieu ?

Frédéric Guillaud répond à cette objection de manière à notre avis bancale :

« On peut répondre à cette objection qu’il n’est pas nécessaire qu’une hypothèse soit soumise à confirmation par des expériences futures pour qu’elle soit acceptée rationnellement. Il existe des sciences du passé, comme la géologie, la paléontologie, l’archéologie, dont la valeur des hypothèses consiste à rendre compte de la manière la plus élégante et convaincante possible de données qui ne changeront plus jamais. » [6]

 

Pour lui ce qui fait une pseudo science n’est pas le caractère post-factum, explicatif a posteriori, mais le caractère ad hoc, c’est-à-dire l’ajout d’hypothèses à une première hypothèse explicative, visant à conserver la valeur de vérité de la première – ce qui s’est fait dans le système ptolémaïque notamment avec les épicycles et les hémicycles. La réponse n’est pas totalement absurde mais ne prend pas en compte une réalité de la recherche dans les disciplines citées. Si l’on prend le cas de l’archéologie il est évident que la discipline traite de fossiles et d’éléments qui sont anciens et qui sont par là déjà passés. Mais cela ne veut pas dire que pour nous qui élaborons les théories les « données ne changeront plus jamais », et cela pour la bonne et simple raison que nous ne sommes pas actuellement en connaissance de toutes ces données et que l’on peut toujours en découvrir qui viendront en droit réfuter nos théories. Prenons deux exemples simples. Je fais de l’histoire et je propose une théorie sur l’extinction d’une civilisation grecque un millénaire avant notre ère, je suppose que ladite civilisation s’est éteinte à cause d’une éruption volcanique à une date précise, disons -980 avjc. Les faits sont passés, la civilisation en question s’est éteinte. Pour autant pour que ma théorie soit vraie- gardons ce terme encombrant faute de mieux ici- il ne faut pas juste rendre compte simplement des phénomènes mais aussi que ma théorie ne soit pas contredite par des faits qui peuvent être de plusieurs ordres : a/ on peut faire des études géologiques m’indiquant qu’il n’y a pas pu y avoir d’activité volcanique au moment ou au lieu ou cette civilisation a vécu, auquel cas ma théorie est réfutée si les études géologiques sont fiables. b/ on peut trouver des traces archéologiques de cette civilisation après la date que j’ai indiqué, ce qui signifie que celle ci a perduré après ce que j’ai avancé c/ un ensemble de textes peuvent faire état de cette civilisation et d’autres causes de sa disparition qui rentrent en contradiction avec les miennes, j’ai très bien pu m’arranger du mieux que j’ai pu avec les sources à disposition en en ignorant certaines ou pire en les passant sous silence. De la même façon si je suis théoricien de l’évolution les faits évolutifs sont passés mais ma théorie peut toujours se voir réfutée empiriquement si on découvre un fossile de lapin datant du jurassique (et il reste bien des fossiles que nous ne connaissons pas !).

error god

Les faits sont certes passés mais ne sont absolument pas tous en notre disposition et peuvent toujours venir en droit contredire notre théorie. C’est même ce qui fait de notre théorie une théorie scientifique : elle est testable et empiriquement, techniquement et logiquement réfutable. Cela fonctionne tout aussi bien pour la physique que pour les théories archéologiques, la paléontologie ou la géologie (disciplines auxquelles on peut même ajouter, du moins théoriquement, les sciences dites sociales). Se réfugier derrière ces disciplines en réduisant leur statut épistémologique à une simple explication post-factum élégante est un stratagème argumentatif pour le moins étrange pour défendre une hypothèse supposée aussi évidente que celle de Dieu. On arriverait selon ces critères,explication, simplicité, cohérence, à une position étrangement relativiste proche de celles soutenues lors du linguistic turn dans les années 80, selon lequel tout est avant tout une question de langage et une façon de lier différents éléments ensemble de façon élégante. Si l’hypothèse veut par ailleurs concurrencer une hypothèse de cosmologie il faut au moins la placer au même niveau d’exigence épistémologique, sous peine de la voir réduite à un niveau de validité inférieur[7]. On remarque par ailleurs que les deux hypothèses, Hs et Ht ne parlent pas réellement de la même chose ; alors que Ht a besoin de Hs pour expliquer le fonctionnement de l’univers ce n’est absolument pas réciproque : Ht n’est utile que pour fournir une explication relative à l’existence de l’univers lui-même. En réalité les deux hypothèses ne sont pas strictement concurrentes, ne portant pas sur les mêmes objets.

3/ Plusieurs erreurs sur la présentation de ce qu’est une hypothèse scientifique

La fausseté de la démonstration que nous avons présentée nous semble due non pas à la façon dont est menée la comparaison mais plutôt à la façon dont une hypothèse scientifique est décrite. Les 4 critères de Swinburne sont ainsi au mieux insuffisants au pire volontairement lacunaires pour permettre la conclusion qui est énoncée par la suite, à savoir la supériorité de Ht sur Hs.

Le critère 1/ nous semble correct tout aussi bien que le critère 2/ : une hypothèse se doit d’expliquer les phénomènes et d’être en accord avec les connaissances scientifiques déjà présentes ( sauf contexte particulier de révolution scientifique). Si je dis par exemple que la maladie est le fruit de la sorcellerie et que je développe un attirail conceptuel me permettant d’expliquer les phénomènes je réponds bien à 1/ sans pour autant répondre à 2/ car la sorcellerie se trouve en désaccord complet avec tout un pan du discours scientifique établi en faisant intervenir des forces occultes. Le critère 3/ est largement discutable. Certes le critère de simplicité est souvent choyé par les scientifiques toutes choses égales par ailleurs, mais ce n’est pas en lui-même un critère de scientificité, uniquement un critère esthétique qui est décisif dans la situation ou nous avons deux hypothèses ou deux explications également valides et testables ( je vais revenir sur ce point). Le critère 4/ nous paraît bon également, il s’agit du critère de choix inter-théorique : entre plusieurs théories on choisit celle qui explique le mieux les phénomènes à notre disposition, l’histoire des sciences est pleine d’exemple de ce type[8].

god theory

L’erreur est-elle uniquement due au critère 3/ qui est inexact ? Non. La fausseté de la présentation est due à un oubli majeur que nous avons annoncé dès notre présentation de la démonstration de Swinburne. Cet oubli majeur nous l’avons déjà souligné : une hypothèse scientifique doit être testable et réfutable, au moins logiquement ou indirectement. Nous avons essayé de l’établir dans notre passage précédent et on peut se référer à l’épistémologue Karl Popper sur ce point, qui, notamment dans La Logique de la Découverte scientifique, a énoncé son critère de réfutabilité comme réquisit minimal pour un énoncé scientifique[9] . Pour cet auteur c’est d’ailleurs par conjectures et réfutations qu’avance la science et non par des explications absolues non testables et réfutables[10]. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de faire de l’induction à partir de l’expérience et de ne considérer comme vrai que ce qu’on peut observer directement (plusieurs pans de la recherche scientifique seraient touchés par cela), mais de soumettre nos hypothèses à une testabilité empirique. Autrement dit l’expérience n’est pas là pour nous donner les entités mais pour trier celles qui sont scientifiquement testables ou pas. Les entités scientifiques non observables ont des effets indirects qui sont eux testables par exemple. Nous avions en effet énoncé qu’un des défaut de Ht était le fait qu’on devait admettre l’existence d’une entité hors de toute expérience possible par définition, Dieu étant immatériel et hors de l’univers qui est l’objet de la recherche des scientifiques. Cela pose deux problèmes majeurs : 1/ Dieu ne peut pas être un objet scientifique puisqu’il sort du cadre de ce que la science peut étudier en étant hors de l’univers 2/ Dieu est, corollairement, une hypothèse non testable, à jamais irréfutable – puisque n’importe quelle découverte ou théorie peut toujours après coup, se retrouver remise en cohérence avec son existence puisque par définition il cause tout ce qui se produit. Logiquement il n’y a aucun énoncé qui permet de réfuter l’hypothèse Ht, si ce n’est une contradiction interne. Si certains considèrent que cela suffit il leur faut conséquemment accepter l’existence de tout objet non contradictoire logiquement. Si on applique ainsi le principe de parcimonie ce ne sont pas les entités scientifiques – y compris non directement testables comme les bosons, les quarks etc. qui ont des incidences indirectes testables et expérimentables, et qu’on ne peut pas alors mettre sur le même plan ontologique que Dieu- qui doivent être rayées mais plutôt l’entité divine qui n’apporte rien si ce n’est une réponse à un « pourquoi » absolu de toutes façons hors du champ des réponses scientifiques par essence puisque celles-ci ne peuvent sortir de l’univers pour l’expliquer.

Voir l'hypothèse sous tous les angles

Voir l’hypothèse sous tous les angles

Conclusion

On a donc pu montrer que la démonstration de Swinburne se fonde sur une définition lacunaire de ce qu’est une hypothèse scientifique, entraînant une démonstration faussée. En effet réduire l’hypothèse scientifique à une simple explication cohérente n’est pas possible. De plus Dieu de par son essence même – qu’il existe ou non par ailleurs- demeure hors du champ de la scientificité du fait de sa transcendance supposée. Vouloir en faire un objet scientifique ou la conséquence d’une théorie scientifique nous semble absolument contradictoire avec son statut d’être transcendant. En revanche il nous semble que l’on puisse tirer deux enseignements positifs de cette discussion :

1/ prendre garde aux explications « trop » satisfaisantes visant à répondre à un pourquoi absolu, du type « pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », qui visent toujours à introduire un terme premier non testable, en l’occurrence Dieu. La force de la démarche rationnelle-empirique de la science tient précisément dans les limites qu’elle se fixe quant au statut ontologique des questions qu’elle pose.

2/ Le concept de Dieu n’est pas pertinent dans un cadre scientifique et semble devoir être éliminé en vertu du principe de parcimonie ( autrement dit le rasoir d’Occam ) en tant qu’entité n’apportant aucun pouvoir explicatif réel mais seulement une consolation psychologique liée à l’ignorance dans laquelle nous nous trouvons relativement à l’existence de l’univers[11].

agenticité

______________________________

[1]On en trouve par ailleurs une très bonne critique et analyse sur http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre5.html

[2]Je m’aide sur ce point de la présentation efficace que propose Frédéric Guillaud dans Dieu existe, arguments philosophiques, Editions du Cerf, 2013, p.203. Je conseille à tous ceux intéressés par la question de lire cet ouvrage intéressant, et j’y reviendrai très certainement dans un prochain billet moi-même. Sa position est radicalement symétrique à celle de Dawkins relativement à l’auteur de ce billet : je suis en accord avec l’athéisme de Dawkins mais en désaccord profond avec ses arguments que je trouve grossiers, au contraire les arguments de F.Guillaud sont bien plus subtils et pertinents mais je suis en total désaccord avec sa conclusion. Ne voyez pas là un manque de cohérence dans ma démarche ( des arguments valides nécessitent une conclusion valide, si les principes le sont aussi) : je ne suis d’accord avec quasiment aucun des arguments de l’auteur, que ce soit contre le kantisme ou pour prouver l’existence de Dieu, mais je reconnais volontiers la subtilité des arguments – parfois très vrais par ailleurs – et l’effort réel de produire une pensée rigoureuse sur un sujet délaissé par la plupart des philosophes dernièrement.

[3]Frédéric Guillaud également, en considérant que nous savons déjà que le scientisme est faux, ce qui est l’objet d’une réfutation au début de l’ouvrage. Disons par ailleurs que Ht est logiquement compatible avec nos connaissances scientifiques en ce qu’elle n’est pas contradictoire.

[4]Quentin Meillassoux, Après la finitude. Essai sur la nécessité de la contingence, 2006.

[5]Quentin Meillassoux a d’ailleurs fait une conférence sur ce sujet des mondes fictionnels : https://www.youtube.com/watch?v=1mlWLwIVwzE

[6]Frédéric Guillaud, Ibid. p.205.

[7]Notons ici que si l’on critique l’argument donné par Frédéric Guillaud pour défendre Swinburne il ne s’agit pas de réfuter la position du premier qui est par ailleurs lui-même critique vis à vis du second par la suite.

[8]On peut se rapporter utilement à deux sommes sur ce point : La science et l’hypothèse de Poincarré, qui énonce ce critère de choix inter-théorique au vu de ce qui est expliqué par les théories, mais aussi Du monde clos à l’univers infini de Alexandre Koyré, qui traite particulièrement des avancées scientifiques du XVIème et XVIIème siècle en astronomie et notamment du passage de Ptolémée à Newton.

[9]On peut discuter plus en détail des implications de ce critère d’un point de vue théorique : est-il une condition suffisante ou uniquement nécessaire ? Est-il applicable comme un critère tranchant et aiguisé (sharp and decisive comme dirait Popper) ? Pour plus de détails on peut se référer à ma présentation du critère dans https://www.academia.edu/11464097/Le_critere_de_demarcation_popperien_et_les_sciences_humaines; notamment le I, 2, centré sur la discussion du critère de réfutabilité. Mais considérons que ce critère est au moins une condition minimale pour la scientificité d’un énoncé.

[10]Nous pouvons sur ce point consacrer un autre billet si les explications fournies ici sont insuffisantes.

[11]Pour autant on ne peut conclure logiquement à son inexistence, en ce qu’il est impossible d’établir une réfutation de ce que Popper appelle dans Conjectures et Réfutations un « énoncé existentiel » c’est-à-dire un énoncé affirmant l’existence d’un objet absolument. Si je dis « il existe un singe-canard-spaghetti » il est impossible de réfuter empiriquement cette proposition de fait de son statut absolu : ce singe-canard-spaghetti est hors de toute expérience possible en ce que 1/ aucune délimitation spatio-temporelle n’est donnée qui pourrait préciser l’énoncé. 2/ Ce singe-canard-spaghetti peut, en plus de se trouver n’importe ou dans l’univers, être un être immatériel hors de l’univers ou tout ce qu’on voudra bien imaginer. L’exemple choisi est volontairement absurde – il y a peut-être une contradiction logique à penser un tel être – mais montre bien le problème de ce type d’énoncé. L’argument psychologique que nous esquissons in extremis se trouve déjà chez Schopenhauer, Nietzsche ou encore Marx, mais il ne saurait valoir réfutation logique. Un énoncé ne peut être réfuté par sa seule provenance : si je dis « Il va neiger demain, je ne pourrai pas aller à l’école » et que cet énoncé est motivé par ma paresse cela ne signifie pas par ailleurs qu’il sera faux. Il peut réellement neiger demain, ce qui m’empêchera d’aller à l’école. Déduire la fausseté d’un énoncé par sa provenance est un sophisme qu’on a pu nommer « sophisme généalogique ».

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13 réponses
  1. Jeyes
    Jeyes dit :

    « De plus Dieu de par son essence même – qu’il existe ou non par ailleurs- demeure hors du champ de la scientificité du fait de sa transcendance supposée. »

    « Dieu » n’est peut-être pas si transcendant que ça et pourrait se manifester comme un phénomène observable pour les physiciens du Xème millénaire.

    Ne serait-ce par l’appellation « Dieu » trop indéfinie qui pose problème (en plus des questions « Pourquoi ») ?

    En évitant de tomber dans les draps de l’Intelligence Design, l’hypothèse dite HT peut répondre à une succession de questions plutôt qu’à une seule.

    – Qu’est-ce que l’Univers ?
    – Est-ce que cet Univers a un point d’origine, une naissance ?
    – Est-ce que la naissance de cet universest produite par une action d’une intelligence ?

    – Est-ce que les matières dans l’Univers sont en réseau ?
    – Est-ce que le réseau est administré par une intelligence ?

    À des questions plus précises qui ne sont que le prolongement de théories en plein travail actuellement, j’ai l’impression que l’on peut oser des hypothèses fictions qui touchent à la notion de « Dieu » sous certains angles.

    MAIS, j’ai envie de dire… cela ne nous concerne pas. C’est plutôt des questions pour des cyborgs transhumanistes de 8000 ans.

    « Le concept de Dieu n’est pas pertinent dans un cadre scientifique et semble devoir être éliminé »

    J’ai surtout l’impression qu’il est au mieux mal défini, au pire inutile selon le domaine. En physique et en biologie il n’a rien à faire. Par contre en anthropologie, le concept de Dieu est un phénomène tout à fait pertinent dans l’étude des croyances et des questionnements des Humains par exemple. (Par contre, une courte recherche google, je suis tombé sur des documents se disant d’anthropologie & de théologie… j’ai frémi. »

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    • Nathanaël Colin
      Nathanaël Colin dit :

      Tout d’abord merci pour votre commentaire.
      Effectivement je précise que je fais une distinction implicite entre rationalité et scientificité; c’est bien le deuxième point qui est en question ici. Je pense que Dieu peut être un objet rationnel (en tant qu’on cherche à trouver des causes, déduire ou induire des phénomènes et des entités) mais cela est un autre problème ( très bien traité il me semble par Kant qui montre dans sa Dialectique transcendantale que la Raison outrepasse souvent les limites de la connaissance pour former ce qu’il appelle des Idées, qui sont sont des objets rationnels en dehors du champ de toute expérience possible).
      Pour ce qui est du concept de Dieu ma position conclusive est différente de la votre : je pense que Dieu comme entité transcendante ne peut pas être un phénomène observable, ce qui est sa force ( il ne peut pas être réfuté définitivement) et sa faiblesse ( pour la même raison), du moins dans le cadre déiste. J’ai du mal à imaginer logiquement comment le contraire serait du coup possible, à moins que nous arrivions à sortir de l’univers pour l’observer du dehors, ce qui me semble impossible (voire contradictoire).
      Enfin relativement à l’anthropologie le concept de Dieu est effectivement intéressant il me semble mais davantage comme objet social que comme concept en soi.

      Répondre
  2. promeneur
    promeneur dit :

    Il est assez incroyable que Swinburne oublie dans sa liste de critères le critère de la validation par l’expérience. Ceci l’obligerait à donner une définition expérimentale de « Dieu » et effectivement à utiliser la méthode scientifique. Ce qu’il ne fait pas.

    Swinburn pose un faux problème et trouve une fausse solution.

    je propose à Swinburne d’utiliser sa méthode. Ils posent que Dieu est incréé , que dieu est la cause de l’univers , que cette hypothèse est la plus simple. Mais il y a plus simple: posons que l’univers est incréé. ce qui est équivalent à la proposition de Laplace: la science se passe de l’hypothèse « Dieu ».

    Rappelons que la science est sortie de l’ornière stérile en renonçant à chercher la cause initiale et la cause finale pour se contenter de la cause immédiate bref en renonçant à répondre à pourquoi et en se contentant de répondre à comment. Ce qui est cohérent avec l’idée d’univers incréé mais aussi avec l’idée que toute théorie repose sur des principes premiers qu’on ne démontre pas.

    Je comprends l’insatisfaction de ceux à qui on propose l’explication scientifique et qui cherchent d’autre type de connaissance. Mais n’est-ce pas là un biais de connaissance de notre cerveau? un peu comme certain refusent l’explication scientifique parce que ça va contre le bon sens.

    Répondre
    • Nathanaël Colin
      Nathanaël Colin dit :

      Merci pour ce commentaire.
      Vous faites la remarque que faisait Hume dans les Dialogues sur la religion naturelle : si nous cherchons une cause à ce qui est pourquoi ne pas s’arrêter à l’univers plutôt que de régresser davantage pour trouver ce que l’on cherche, à savoir Dieu. C’est une objection qui me semble en effet redoutable et pertinente.

      Ceci dit certains théologiens contemporains y ont répondu par la distinction entre nécessité logique, nécessité physique et nécessité métaphysique. L’univers est effectivement nécessaire physiquement ( ce qui s’y passe obéit à des lois déterminés) et logiquement si l’on veut ( il n’est pas contradictoire); en revanche il ne donne pas de lui-même la raison de son existence. Les théologiens récents poussent donc le principe de raison suffisante ( chaque chose doit avoir une cause qui permet d’expliquer pourquoi le phénomène est ainsi, principe formulé par Leibniz dans une optique semblable) jusqu’à la question de l’univers lui-même. Si on prend l’univers on ne sait pas pourquoi il y a des particules élémentaires, pourquoi les lois agissent comme elles le font et pas autrement. Plus encore il nous est possible d’imaginer des mondes qui fonctionneraient différemment sans contradiction logique. Cela signifie donc pour eux qu’il y a une part de contingence métaphysique dans l’univers tel qu’on le connait, et donc que l’univers lui-même doit avoir une cause qui explique pourquoi il est ainsi. Voilà pourquoi ils se sentent permis de remonter jusqu’à Dieu.

      Mais je ne suis pas d’accord avec cette position qui laisse trop de place à la pure spéculation. Cette cause première dont on fait état pour expliquer l’univers n’est pas quelque chose qui peut être inféré ou déduit rigoureusement, mais qui constitue juste une explication séduisante pour notre raison. On quitte ainsi très largement le cadre scientifique.

      Enfin je voulais rajouter une précision sur votre commentaire qui me semble très juste : le critère de scientificité est moins une « validation par l’expérience » qu’une potentielle réfutation par celle-ci. Logiquement en effet rien ne peut être vérifié (si on a une infinité potentielle d’éléments à vérifier) mais seulement réfuté ( une réfutation suffit à réfuter une loi universelle).

      Répondre
  3. casper
    casper dit :

    Ce qui me frappe dans toutes les « demonstrations de l’existence de Dieu » (ou ici plus raisonnablement « validité comme hypothèse scientifique ») c’est l’absence totale d’applications du concept de « Dieu » qu’ils emploient. D’accord, admettons que le raisonnement sois valide: il y a une cause, largement indéfinie, de l’existence de l’univers et on decide arbitrairement de l’appeler « Dieu ». Mais ce concept de dieu ne ressemble en rien aux dieux qu’on trouve dans les religions, on a mis en evidence aucune de ses propriétés. On a aucune idée de s’il est conscient ou du code moral qu’il préconise (s’il en préconise un). Le concept est tellement abstrait qu’il ne peut être utilise pour justifier aucune religion ou croyance.

    Du coup je ne comprend pas pourquoi ces gens se font tellement de nœuds au cerveau pour au final démontrer quelque chose qui ne sert a… rien.

    Répondre
    • Nathanaël Colin
      Nathanaël Colin dit :

      Merci tout d’abord pour votre réponse!
      Je suis d’accord avec vous souvent il y a un glissement non-sequitur de l’affirmation de la possibilité logique du déisme à la religion révélée. Comme si la cause première que l’on hérite généralement d’Aristote pouvait déterminer le Dieu des différents monothéismes. Lier les deux de façon causale est en effet une erreur.
      Cependant j’y vois bien un lien en ce que reconnaître Dieu au sens 1 (celui de cause première) est condition sine qua non pour par la suite défendre un Dieu au sens 2. Avant de parler de quelque chose il faut d’abord si quelque chose qui peut en avoir les attributs est possible.

      Répondre
  4. FennNaten
    FennNaten dit :

    Bonjour, et merci pour ce texte très informatif.
    J’ai beau le retourner dans tous les sens depuis la première fois que je l’ai entendu, je n’arrive pas à voir comment on peut « logiquement » arriver à l’argument de la contingence et en quoi il a la moindre pertinence.
    Particulièrement cette partie: « il nous est possible d’imaginer des mondes qui fonctionneraient différemment sans contradiction logique ».
    Fonctionneraient différemment à quel niveau ? Au niveau des lois de la physique ?
    Et pour aller dans la même veine de raisonnement que les défenseurs de cet argument: on suppose que la physique connue s’exerce de manière homogène au niveau de l’univers observable (on a bien assez à faire scientifiquement avec ça déjà), mais il n’y a aucune contradiction logique à supposer un univers entier non-homogène au niveau de ses lois physiques. Un univers à la fois infini et non-homogène peut alors parfaitement héberger toutes les variations imaginables, y compris celles susceptibles de donner naissance à un univers, tant qu’on y est.
    C’est tout aussi irréfutable que l’existence de Dieu, et à mon sens pas plus coûteux qu’imaginer une « volonté ultime ».
    Après, il y a aussi un énorme grand écart entre labelliser le point de démarrage inconnu « Dieu » et dire que ce Dieu est là, surveille, est omnipotent, etc.
    Limite, je préfère encore l’hypothèse de la simulation qu’on laisse tourner, même ça c’est moins coûteux :/

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    • Nathanaël Colin
      Nathanaël Colin dit :

      Bonjour FennNaten, et merci pour ce commentaire.

      Je reprends cet argument de la contingence d’une double référence, d’une part du livre de Frédéric Guillaud, Dieu existe, que je cite en référence. Je reprends l’argument sans pour autant nécessairement lui apporter mon assentiment, d’autre part de la thèse de Quentin Meillassoux, que je cite également en référence.
      Ce point – très complexe, notamment chez Meillassoux si vous avez l’occasion de vous y plonger, qui va jusqu’à faire de Dieu une contingence – pourrait faire l’objet d’un développement plus important, aussi vais-je essayer de le clarifier rapidement en vous répondant.
      On peut distinguer trois formes de nécessité : la nécessité logique, la nécessité physique, et la nécessité métaphysique. Les trois formes ne sont pas mutuellement excluantes. La nécessité logique est la plus élémentaire : quelque chose est nécessaire logiquement si cela est inclut dans le terme initial. Prenons un exemple : la notion d’effet implique nécessairement (logiquement) la notion de cause, puisque par définition la notion d’effet implique que l’effet est effet d’une cause. On peut trouver d’autres nécessités logiques relationnelles, de type si A est supérieur à B et B supérieur à C alors A est supérieur à C, si les relations sont transitives. La nécessité physique est celle relative aux lois de la nature : la planète tourne par exemple autour du soleil en vertu de son inertie et des forces gravitationnelles en présence ( si on simplifie le tout), de même pour la chute des corps, la thermodynamique etc. La nécessité métaphysique tient en ce que l’objet considéré comporte de lui-même sa propre nécessité : il ne pourrait en être autrement sans que cela aboutisse par exemple à une contradiction.
      L’argument de la contingence est ainsi d’accepter que l’univers obéit à une stricte nécessité logique et physique mais pas métaphysique et que les phénomènes, les entités, les lois, et les particules élémentaires ne nous donnent pas d’elles même leur nécessité. Pour reprendre un poncif un peu vieilli de l’épistémologie des sciences de la nature on peut dire qu’on peut expliquer comment le monde fonctionne mais pas, dans l’absolu, pourquoi il fonctionne ainsi. Pour le dire autrement aucun élément étudié ne donne par soi sa raison d’être mais a toujours besoin d’autre chose pour être explicité, et cela, semble-t-il, à l’infini.
      Sur votre argument de l’infinité de l’univers et de sa non-homogénéité possible, je pense qu’il s’agit d’un argument intéressant mais qui prend une voie quelque peu différente. La force de la théologie rationnelle telle qu’elle se développe chez certains – à laquelle je n’adhère pas mais à qui je reconnais une grande intelligence – c’est qu’elle se situe dans un cadre strictement rationaliste, à savoir la poursuite du principe de raison suffisante. Je ne sais pas ce qui est le plus coûteux entre imaginer une entité simple et première ( le Dieu comme cause première) et imaginer un univers infiniment complexe de lui-même. L’avantage étant cependant que votre univers non-homogène est potentiellement testable dans le futur ! ( sauf s’il est non observable, dans ce cas on a une hypothèse métaphysique qui est il me semble pas nécessairement moins coûteuse que celle de Dieu).
      Remarquez d’ailleurs qu’on peut arriver à votre argument sur le multivers complexe en partant de l’argument de la contingence ( ça ressemble plus aux textes de Meillassoux qui pose la nécessité de la contingence).
      Pour ce qui concerne le sophisme non-sequitur qui consiste à poser Dieu comme cause première et passer aux religions révélées nous sommes d’accords, rien n’implique, y compris si on réussissait à établir le déisme, que l’on puisse passer de Dieu1 (cause première) à Dieu2 (des religions).

      L’hypothèse de la simulation n’est pas nécessairement contradictoire, il faudrait se demander qui fait la simulation, dans quel monde il est etc. et le problème serait juste repoussé.

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  5. M
    M dit :

    Dieu ne peut être une hypothèse scientifique puisqu’Il est une personne.

    Vous, vous êtes une hypothèse? 😉

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  6. Olivier Rimbault
    Olivier Rimbault dit :

    J’ai lu avec attention et beaucoup de plaisir, et l’article de Nathanaël, et les commentaires (et les réponses toujours subtiles et non moins claires de l’auteur.) Mais j’avoue que selon moi, le commentaire ou le prolongement le plus intéressant (le plus « profond »), c’est le dernier, celui de M, et qui tient en deux courtes phrases syllogistiques. Bien sûr, la prémisse est pure hypothèse, offerte à la pensée rationnelle et non pas scientifique, ce qui rend donc ici cette réflexion apparemment hors-sujet. Je dis apparemment car cette hypothèse explique à sa manière pourquoi Dieu ne peut être un objet scientifique – pas plus que la conscience du sujet humain : c’est ce qu’on appelle la transcendance et de l’un et de l’autre. Je lirais donc avec plaisir la réponse de Nathanaël (s’il voulait bien sortir du sujet initial ou plutôt du cadre imposé par la notion de scientificité). Ce syllogisme pose un jeu de miroir entre le je humain et le je divin, et l’on retrouve cette belle et profonde idée, fondée sur une conviction ou « expérience » toute personnelle, chez deux philosophes aussi culturellement différents que Nicolas de Cues et Ramana Maharshi. Ce syllogisme est même une manière peu étudiée (parce qu’a priori trop « baroque » et déconcertante ?) de commenter l’ego cartésien, ce symbole fondateur du doute et de la rationalité modernes…

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  7. Nathanael COLIN
    Nathanael COLIN dit :

    Cette hypothèse aurait un sens autre que purement littéral si elle ne ressortait pas en dernière instance de la circularité logique : pour dire que X est Y il faut déjà savoir que X, or on ne le sait pas (ce qui est déjà moins douteux pour la chose qu’on appelle « la conscience »).
    Y compris donc d’un point de vue rationnel – en laissant de côté la scientificité et un critère de distinction nécessairement soumis à discussion – l’argument demeure bancal : une fois posé que Dieu est une personne alors il n’y a plus rien à dire, fermez les rideaux, mais étant donné que c’est précisément ce qui est en question cela revient à se donner la réponse, ou pour parler comme Schopenhauer : à faire comme le baron de Munchhausen, à savoir se sortir des sables mouvants en tirant sur sa propre barbe.

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  8. Olivier Rimbault
    Olivier Rimbault dit :

    Précisément, Nathanaël, ma formation et mon tempérament de philologue classique font que je suis un fan du baron de Munchhausen ! 😉 Merci beaucoup pour cette belle réponse, que je vais méditer, soyez-en sûr… 😉

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