Croire & croire… ce n’est pas la même chose

Nous croyons mille et mille choses tous les jours. Nous croyons à la constance du monde, que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et que le jour se lèvera demain. Nous croyons que nos choix nous appartiennent, que nous sommes rationnels. Nous croyons à nos valeurs morales. Nous croyons certaines histoires qu’on nous raconte. Nous croyons aux compétences de nos plombiers, de nos infirmières, comptables, garagistes et pilotes de ligne. Nous croyons que nos superstitions ont des effets sur le monde réel. Nous croyons à notre destin (ou pas), nous croyons en Dieu (ou pas)*. Nous croyons que nous connaissons des choses qu’en fait nous ignorons plus ou moins… Nous sommes des êtres de croyance.

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Le dogme scientifique !

On accuse volontiers les défenseurs de la méthode scientifique de croire immodérément « la science » comme d’autres croient aux Écritures. On entend des gens dire que les scientifiques croient dans les théories. On entend même des scientifiques dire eux-mêmes qu’ils « croient »en la parole d’experts qui exercent hors de leur domaine de compétence. Ils seraient donc dans la croyance.

La science est-elle une croyance comme une autre ?

En réalité, les scientifiques et les experts de différents domaines ne se contentent pas de « croire ».

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Une ancienne manière de voir ce qu’est une connaissance.

La délégation du savoir.

Aucun d’entre nous n’a accès à 100% des informations, personne ne maîtrise toutes les disciplines qui interviennent dans notre représentation du monde. Combien comprennent réellement les théories des sciences physiques, de la chimie, de la médecine, de la sociologie, de l’économie, de la psychologie ? Plus que cela encore, combien d’experts connaissent la totalité de leur discipline, ont lu tous les auteurs, tous les ouvrages, compulsé toutes les données, vérifié tous les résultats ?

Fichtre ! Cela veut-il dire qu’en réalité nous ne savons rien, que toute connaissance n’est qu’illusion ?

Chacun d’entre nous est bien forcé de se fier à ce que d’autres que lui savent mieux. On ne va pas passer notre temps à inventer l’eau chaude, alors nous utilisons les connaissances produites par d’autres, avant nous. Nous pouvons le faire, car par bonheur l’humanité a mis au point une manière de valider les connaissance indépendante des individus, c’est la méthode scientifique.

Et là est la nuance. Il n’est pas nécessaire de croire que e=mc² quand on n’est pas physicien et que la formule est en réalité opaque à notre compréhension. Pour l’accepter, il suffit d’avoir confiance dans la méthode qui a permis de produire et de valider cette équation.

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Croire ou ne pas croire ?

En l’absence d’une vérité absolue et accessible, nous sommes réduits à ne posséder que des connaissances imparfaites sur le monde. On peut alors vouloir considérer que tout n’est que croyance, une position qu’autorise l‘étonnante polysémie du verbe croire illustrée au tout début de cet article.

Aucune réelle frontière ne sépare d’un côté les connaissances indéniables et de l’autre les croyances douteuses. Il y a au contraire un continuum, et donc une infinité de nuances, entre d’un coté « je sais » et de l’autre « j’en sais rien du tout, mais je vais supposer X de manière totalement arbitraire ». Mais cette infinité de nuances est bel et bien une nuance, et la différence existe ! Ce qui sépare le choix arbitraire de croire X de la connaissance raisonnable en Y, c’est la confiance qui existe dans la méthode mise en oeuvre pour conclure.

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C’est pourquoi il n’y a pas de dogmatisme scientifique chez ceux qui comprennent la science. Mais cela implique non seulement de faire confiance à la méthode scientifique pour produire des savoirs, mais encore de savoir pourquoi on lui accorde cette confiance. Et pour cela, il faut savoir comment elle marche. C’est plus exigeant que de se contenter de « croire » mais c’est aussi le seul moyen de ne pas sombrer dans l’anti-science imbécile ou le scientisme absurde.

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* Et ne pas croire en Dieu n’est pas obligatoirement une croyance.

15 réponses
  1. Tosh
    Tosh dit :

    Dans la langue française, les notions de conviction et de persuasion sont souvent utilisés comme synonymes de ces croyances respectivement, si j’ai bonne mémoire, mes cours de français remontent à loin, avec et sans éléments pour l’appuyer. Même si aujourd’hui, la persuasion est plus couramment utilisée pour qualifier une interaction qui a pour but d’amener quelqu’un a faire ce qu’on veut, je trouve interressant cette distinction étymologique

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  2. bcy
    bcy dit :

    Sur ce sujet je recommande l’article de C. S. Pierce, un philosophe américain du XXème qui a été pionnier en sémiotique et en logique, « The fixation of belief ». À noter que sa théorie de la vérité ne doit pas être simplement réduite à « est vrai ce qui est utile », elle rappelle plutôt ce qu’on appelle aujourd’hui en théorie de la connaissance le fiabilisme (reliabilism), mais avec une insistance sur l’action. Les derniers paragraphes de cet article sont par ailleurs fondés sur un point de vue fiabiliste.

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  3. Shimegi
    Shimegi dit :

    C’est intéressant parce (étant d’accord sur l’ensemble des nuances de la croyance : je pense qu’on ne fait que croire en tant qu’individu, et qu’on va accorder ce crédit selon des éléments plus ou moins indépendant de notre expérience propre – la science proposant donc les éléments a priori les plus objectifs possible, dans l’attente d’une hypothétique meilleure méthode), et qu’on ne « sait » donc qu’en tant qu’ensemble, par le recoupement des informations.

    Bref. L’athéisme ! C’est un long débat mais je pense qu’on peut allonger la liste des termes sur le rapport ou le non rapport à une divinité ou équivalent. Je crois (!) que ce n’est pas le problème de ce terme. Dire que ce n’est pas une croyance reviens à continuer la définition en opposition au croyant en dieu, puisqu’elle considère de fait que si on ne croit pas en quelque chose, alors il n’y a pas de croyance.

    L’agnostique n’ayant pas la « connaissance », il ne « sait » pas. Du coup l’idée qu’il possède ou non le concept de dieu (ou équivalent) n’intervient pas. Si de plus on considère que la connaissance relève du recoupement des expérience, de l’objectivité (tant que possible), alors l’athée qui ne sait pas que dieu (ou équivalent) n’existe pas ne se différencie pas de l’agnostique, dans la définition du terme.

    Bref j’ai l’impression que de vouloir absolument qu’un athée ne soit pas un croyant (sous quelque forme que ce soit, au sens de « croire » décorrélé de la signification religieuse, justement) revient soit à amalgamer pour partie avec l’agnosticisme, et du coup ça n’a plus trop de sens comme terme, soit à coller à l’agnosticisme une idée de concept nécessairement possédé, ce qui contrevient à la définition du terme.

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    • Vincent
      Vincent dit :

      Vous n’utilisez pas les mêmes définitions que l’auteur de l’article pour définir athéisme et agnosticisme, d’où la divergence de points de vue. Selon les définitions utilisées par la Tronche en Biais (donc l’auteur), l’athéisme a à voir avec la croyance (ou l’absence de croyance) et l’agnosticisme a à voir avec la connaissance (ou l’absence de connaissance). De fait, il n’y a aucune contradiction logique à être croyant gnostique (je crois et j’affirme que je sais que Dieu existe), croyant agnostique (je crois mais j’admets que je ne sais pas si Dieu existe), athée agnostique (je ne crois pas et je ne sais pas si Dieu existe) ou athée gnostique (je ne crois pas et je sais que Dieu n’existe pas). Selon moi (et je crois que c’est aussi l’avis de l’auteur, si je ne m’abuse), un sceptique ne peut être autre chose qu’athée agnostique, car d’un côté il n’a aucune raison rationnelle de croire (d’où athée) et de l’autre il ne peut affirmer qu’il sait que Dieu n’existe pas (d’où agnostique).
      Je renvoies à l’épisode qu’ils ont fait sur la question:
      https://www.youtube.com/watch?v=x9PV9wKwJCY

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      • Shimegi
        Shimegi dit :

        C’est l’ensemble qui me parait incohérent.

        Si on considère qu’on est agnostique parce qu’on a pas de « connaissances » de dieu, que les connaissances sont scientifiques (basées sur des preuves), et que l’hypothèse de dieu n’est pas scientifique (donc ne peut être contredite par des preuves, ni prouvée), alors tout le monde est agnostique, puisque personne ne peut en avoir la connaissance.
        Un terme qui définit tout le monde ne définit plus rien

        Je pense donc qu’il faut soit considérer dieu comme étant une hypothèse scientifique, soit considérer que les « connaissances » que n’a pas l’agnostique ne sont pas des connaissances mais des croyances également.

        La première possibilité me semble stupide, la seconde plutôt réaliste. Les gnostiques, ceux donc qui ont la « connaissance » n’ont pas de connaissances mais des croyances bien établies par ailleurs. Bref ! Si on souhaite utiliser un cadre cohérent, l’agnostique est donc plutôt logiquement celui qui ne dispose pas de croyances qui valide ou invalident dieu.
        Celui qui ne « possède pas » le concept de dieu est donc, toujours si on souhaite un cadre cohérent, agnostique.
        Alors est-il possiblement athée en même temps ? Je ne crois pas, pour la même raison, de la même façon que j’ai du mal à voir un croyant agnostique – si on croit en dieu, c’est qu’il y a une raison de le faire non (même inconsciente) ? Sinon quelle différence avec celui qui ne croit pas en dieu ?

        Voilà je pense qu’utiliser la notion « connaissances » de l’agnosticisme comme si c’était celle des connaissances scientifiques n’a pas de sens, et rend le mot inutile. La considérer comme différente exclu les croyants en dieu et les athées de fait de cette notion.

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        • Oltrée
          Oltrée dit :

          Shimegi : on peut très bien croire en quelque chose mais avoir du doute, et l’inverse est aussi vrai. Beaucoup de personnes vont affirmer ne pas croire en telle ou telle religion et au moment d’une épreuve ou de la mort, dans le doute, elles vont prier. Elles reconnaissent ne pas croire mais en même temps ne pas savoir, ne pas être trop sûr, alors dans le doute… De la même manière des personnes vont croire mais reconnaître qu’elles ne « savent pas » au sens où officiellement, selon la définition des connaissances, non elles ne « savent pas », même si pour elles, oui, ça existe.
          Bien sûr que c’est contradictoire, et donc incohérent, mais quand on touche à la sphère religieuse on tombe dans de nombreux paradoxes de ce genre (au sein même de la définition de dieu).

          Je me demande si le souci n’est pas aussi de définir ce que vous appelez « dieu ». Quel « dieu » ? Quetzacoatl, le dieu de l’ancien testament, du nouveau, de l’ancien mais vu par telle secte/personne/communauté, de l’islam, de l’islam vu par telle personne/communauté etc. ?
          Une personne peut très bien ne pas croire au dieu de telle ou telle religion, et savoir qu’il n’existe pas, parce que des faits démontrent par la logique des contradictions et impossibilités (cf le post sur l’omniscience et l’omnipotence de dieu).

          L’athée gnostique peut dire qu’il ne croit pas en le dieu de telle religion et il peut dire qu’il « sait » que ce dieu n’existe pas, car par définition ce dieu dit par exemple des choses impossibles, contradictoires d’avec la réalité du monde, la science etc. Par exemple il va dire que sa créature, l’humain, fonctionne comme ci et comme ça et doit faire ci et ça pour contrer tels problèmes naturels etc. alors que la réalité, et d’autres cultures souvent, prouvent que ce qu’il dit est faux, sa créature ne fonctionne pas comme ça du tout naturellement comme il le dit et ce qu’il propose ne fait qu’empirer le problème. Comme s’il réfléchissait non pas en étant un être supérieur et omnipotent et omniscient, mais comme s’il avait la logique d’un être lambda d’une époque donnée, dans une culture donnée.
          Donc soit il n’est pas omniscient, peut se tromper etc. et n’est pas tel qu’il se définit, soit il est inventé par un homme qui l’a façonné d’après les connaissances et la morale de son époque, en tous les cas il n’est pas le dieu qu’il dit être et n’a pas les pouvoirs qu’il s’attribue. Il est contradictoire d’avec lui-même donc on « sait » qu’il n’est pas possible. Après, un autre, pourquoi pas ? A nouveau il faut se pencher sur les données qu’on a.

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          • Shimegi
            Shimegi dit :

            Peut importe ce que croit ou ce dont doute le croyant, libre à lui d’être contradictoire 🙂 . Je ne relève justement la position du sceptique ici qui cherche justement à soulever les contradictions et qui, dans cet ensemble de définition, en crée une en considérant qu’on est agnostique quand on n’a pas la connaissance de dieu (peu importe la définition de dieu ici), et parallèlement affirmer que la connaissance est un standard scientifique.

  4. Ugopgo
    Ugopgo dit :

    Finalement, le scientifique ne croit pas, il « a confiance dans la méthode »… Par cette tournure, vous ne faites que reporter le problème : qu’est ce qui différencie le la confiance que le scientifique a dans sa méthode d’une autre croyance ?

    Vous dites qu’il faut savoir comment la méthode scientifique marche, mais c’est bien insuffisant. D’une simple description de la méthode scientifique, on ne voit pas pourquoi, a priori, elle serait la seule méthode d’accès à la connaissance. La méthode scientifique paraît cohérente et pleine de bon sens, certes, mais cela ne garantit pas son efficacité. Surtout qu’il n’existe pas une unique méthode scientifique admise par tous : la science d’il y a 100 ans était fortement différente de celle d’aujourd’hui et a pourtant produit des résultats maintenant considérés comme « vrais » ; sans compter que les philosophes des sciences n’ont pas réussi a donner une définition de la méthode scientifique qui s’accorde avec les pratiques scientifiques.

    Vous pourriez dire que c’est par ses succès (technologiques ?) que « la méthode scientifique gagne la confiance qu’on doit lui accorder. Ce serait faire une induction naïve (qu’est ce qui nous garantit que cela continuera ainsi ? qu’on ne peut trouver une meilleure méthode ?), mais surtout cela ne permet pas de justifier les prétentions explicatives de la science. Certaines parties de la science (la cosmologie, l’étude du passé géologique de la terre, etc.) n’ont produit aucun succès utile (pas de prédictions utilisables qui auraient pu être utilisées pour améliorer le sort de l’humanité), et pourtant elles ont une valeur explicative. Comment juger de la véracité de tels domaines scientifiques sans invoquer la « confiance dans la méthode », c’est-à-dire sans invoquer un principe qui contient une part d’arbitraire ?

    En fait, à la question délicate de la véracité de nos connaissances scientifiques, vous répondez en décrivant une méthode bien éloignée de la pratique concrète des scientifiques, et surtout en ne justifiant pas pourquoi cette méthode est la meilleure.

    Répondre
  5. j-c
    j-c dit :

    Bonjour,

    Je suis d’accord avec Ugopgo.

    Je suis moi-même scientifique, dans le secteur des particules, et ce que j’observe autour de moi chez mes collègues ne correspond pas à ce qui est décris dans cet article.
    Par exemple, nous avons récemment découvert le fameux boson de Higgs. La presse a titré « le boson de Higgs a été découvert », formulation que je n’ai jamais vue telle quelle chez mes collègues à l’époque. Il s’agissait toujours de « nos observations sont significativement en faveur du modèle qui inclut le boson de Higgs ». Et si aujourd’hui certains parlent du boson de Higgs en disant qu’il a été observé en 2012, c’est en général sous-entendu qu’il s’agit d’un raccourci pour la formulation précédente. C’est à tel point évident pour le scientifique que la recherche des incompatibles dans le modèle du boson de Higgs est considérée tout aussi naturelle que la mesure de ses propriétés attendues.
    Un élément illustrant ça, c’est de voir comment réagissaient les scientifiques lorsqu’à l’époque, les journalistes demandaient « êtes-vous sur que c’est le boson de Higgs ? », question qui n’a aucun sens pour le scientifique: si le modèle traditionnel se révèle incompatible avec les observations, il sera mis à jour, mais sa mise-à-jour conservera sans doute le terme. C’est ce qui s’est passé avec le proton: dans un premier temps, on l’a considéré comme une particule élémentaire, et aujourd’hui, on le considère comme l’état lié de particules élémentaires. Lors de sa découverte, ce qu’on appelait « proton » n’était pas un proton au sens du mot donné lors de sa découverte. Pourtant, on continue à dire que le proton a été découvert à l’époque où on le considérait comme élémentaire.

    Pourquoi tant de précaution ? Simplement parce que parmi mes collègues, il y en a qui *croient* au boson de Higgs et d’autres qui ne *croient pas* au boson de Higgs. Certains en effet croient que si on cherche plus loin, on verra que la particule observée n’est pas celle décrite dans le modèle actuellement admis. Soit que son groupe de symétrie est incorrect (doublet de Higgs), soit que la description de la brisure de symétrie est incorrecte (technicolor), … voire même que la notion elle-même de particule n’est pas la fin de l’histoire (théorie des cordes). Scientifiquement, ces « croyances » ne sont pas moins valide que celle qui consiste à croire que le boson de Higgs est la fin de l’histoire (au contraire, historiquement, ceux qui pensent qu’il y a plus ont souvent raison).
    Tous sont d’accord pour dire que la méthode scientifique est un moyen efficace pour déterminer quel est le modèle le plus vraisemblable. Mais que le modèle le plus vraisemblable aujourd’hui soit la réalité, c’est non seulement moins évident, mais ça s’est avéré faux énormément souvent dans le monde scientifique.

    Je peux reprendre l’histoire du proton: au début du XXème siècle la méthode scientifique disait: « on a un noyau, avec dedans des particules élémentaires: le neutron et le proton ». Selon l’article ci-dessus, considérer que le proton est vrai est la bonne chose à faire.
    Sauf qu’on a ensuite découvert que tout ceux qui ont fait ça se sont en réalité planté: il n’existe pas une telle chose que le proton élémentaire.

    La méthode scientifique, telle que comprise par moi et par mes collègues, c’est: le meilleur moyen objectif de décider de la théorie la plus raisonnable. Si la méthode scientifique dit « la théorie A est plus probable que la théorie B », alors, le scientifique va partir du principe qu’il doit se fier à la théorie A. Mais cela ne veut PAS dire que la théorie A est la vérité ou est la bonne. Si on considère que la théorie A est la vérité, alors, ce qu’on fait, c’est *croire* en la théorie A.
    La méthode scientifique ne permet donc pas de résoudre la question des croyances. Ce qui est fait dans l’article, c’est de croire que la théorie mise en avant par la méthode scientifique est la vérité. C’est tout autant une croyance qu’autre chose.

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Merci pour votre témoignage, très intéressant, qui montre que l’on a facilement tendance à fonctionner sur le mode de la « croyance », y compris quand on est scientifique, néanmoins….
      « Ce qui est fait dans l’article, c’est de croire que la théorie mise en avant par la méthode scientifique est la vérité. C’est tout autant une croyance qu’autre chose.»
      Ce n’est pas du tout ce que dit l’article.
      L’article tente d’expliquer que la confiance que l’on place dans une « vérité de science » est justifiée parce que l’on sait *pourquoi* cette connaissance est une connaissance on sait *comment* cette connaissance a été produite et on sait dans quelle mesure elle pourrait être fausse, éléments qui manquent dans une simple croyance.
      Personne ici n’affirme que cette « vérité de science » (j’emprunte la formule à E. Klein) est LA vérité. En revanche on a toutes les raisons de penser que c’est la meilleure approximation disponible du monde réel.

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      • j-c
        j-c dit :

        > qui montre que l’on a facilement tendance à fonctionner sur le mode de la « croyance », y compris quand on est scientifique

        En quoi ces scientifiques fonctionnent sur le mode de la croyance ?
        En quoi les résultats de ces scientifiques sont différents en fonction de leur propre croyance ?
        Ils appliquent la démarche scientifique, et leurs résultats sont 100% ceux de la démarche scientifique.
        Au contraire, ils prennent bien la peine, intelligemment, de ne pas confondre « LA vérité » et « la vérité de science » qui ne correspond à rien d’exploitable sur le plan de la représentation du monde (et donc sur le plan de la croyance).
        C’est exactement l’élément sur lequel je mets le doigt: la démarche scientifique n’a rien à voir avec la croyance: il existe toujours un moment où il faut croire à quelque chose.

        Si vous êtes un « non-scientifique crédule », vous aurez tendance à croire des modèles qui sont fortement défavorisés par la démarche scientifique.
        Si vous êtes un « apprenti-scientifique », vous aurez tendance à croire le modèle favorisé par la démarche scientifique.
        Si vous êtes un « scientifique ayant de l’expérience », vous aurez tendance à croire dans un modèle plausible, mais très rarement dans le modèle favorisé par la démarche scientifique (car vous savez qu’historiquement, ça a très souvent été une erreur).

        Au final, la démarche scientifique vous dit exactement que ça: la meilleure approximation parmi les modèles existants, c’est celui-ci. Mais si vous croyez que ce modèle « est le bon » ou « donne la meilleure solution », ça reste une croyance.

        Comme le signale Ugopgo, pour prétendre qu’il est légitime de se reposer sur le résultat de la démarche scientifique, il faut encore démontrer que la démarche scientifique est infaillible. Le consensus chez les scientifiques est que cette démarche est « le meilleur moyen » mais que son infaillibilité n’est pas prouvée (certains scientifiques sont mêmes très très surpris de constater que la méthode scientifique marche).
        La démarche scientifique repose sur le fait que la réalité peut être modélisée par approximations successives.
        Par exemple, Newton a mis en place une théorie de la gravitation très complexe pour son époque. Mais on s’est ensuite rendu compte que c’était une approximation, et qu’il fallait aller plus loin dans la complexité, avec la relativité générale. La gravitation classique n’a pu être conçue que parce que l’approximation était valide dans le contexte de la grande majorité des observations. Mais cela est le résultat du hasard. Si la relativité ne fonctionnait pas en 1/sqrt(1-v²/c²), mais sous une forme tout aussi possible mais affectant plus les observables « classiques », alors, on n’aurait pas pu approcher la relativité via la gravitation classique, et le saut de connaissance aurait alors été trop grand. Cela aurait requis de créer des centaines de « bases » sans savoir laquelle est la bonne. La démarche scientifique aurait en effet rejeté la base de Newton, vu qu’elle ne correspondrait pas aux observations.
        Pire, la démarche scientifique aurait pu conduire dans un cul-de-sac: en défavorisant la base newtonienne pour favoriser une base sur laquelle la théorie de la relativité est impossible à construire.
        On peut même penser que de tels cul-de-sacs existent et ont été pris: la démarche scientifique nous a induit en erreur, mais nous ne pouvons pas le voir, vu que la théorie complexe qui fonctionne mieux nous est inconnue.

        (petite remarque en passant: c’est d’ailleurs amusant de voir que certains expliquent le succès de la démarche scientifique justement par l’existence de Dieu: puisque la démarche scientifique implique que le monde soit « approximable partie par partie » et qu’il n’y a aucune raison que ce soit le cas, certains disent que c’est parce qu’il existe un Dieu qui a fait en sorte que ce soit le cas)

        Au final, il est possible que je ne comprenne pas le propos de l’article, mais des phrases telles que « Mais cela implique non seulement de faire confiance à la méthode scientifique pour produire des savoirs, mais encore de savoir pourquoi on lui accorde cette confiance. »
        Cette phrase sous-entend que les scientifiques utilisent la démarche scientifique pour décider auquel modèle faire le plus confiance.
        C’est en pratique faux: les scientifiques au contraire sont très sceptiques face au modèle favorisé par la démarche scientifique, auxquels ils préfèrent des modèles plausibles, compatibles avec la démarches scientifiques mais pas encore prouvés et pas encore rejetés.
        Et l’histoire leur donne raison.

        Répondre
      • Ugopgo
        Ugopgo dit :

        Comme le dit Acermendax, « L’article tente d’expliquer que la confiance que l’on place dans une « vérité de science » est justifiée parce que l’on sait *pourquoi* cette connaissance est une connaissance ». Le problème est qu’il faudrait alors justifier que la connaissance du fait que notre connaissance (scientifique) est une connaissance est elle-même… une connaissance (raisonnablement vraie). Et ainsi de suite à l’infini. À un moment ou à un autre, il faut briser cette régression à l’infini et faire confiance à un certain mode d’approche de la connaissance sans qu’il ne soit justifiable. Par exemple, comme le souligne j-c, on suppose au fond que le monde est compréhensible, que l’on peut le décrire à l’aide de notre langage (au sens large, c’est-à-dire en incluant les mathématiques) : par exemple, en physique, qu’un petit nombre de paramètres quantiatifs (et soumis à des lois simples) permet de donner une connaissance complète du système.

        Cela ne veut pas dire que l’épistémologie (la compréhension de pourquoi nos connaissances sont des connaissances) est vaine : au contraire elle permet de comprendre ce qui sépare le biologiste du créationniste, le climatologue du climatosceptique, l’astrologue de l’astronome. Mais il ne faudrait pas croire que les critères utilisés pour distinguer la science de la pseudo-science sont absolus et intemporels : il faut être prêt à les remettre en question, et admettre que l’on peut se tromper en voulant définir la méthode scientifique.

        Sans compter que l’épsitémologie a aussi une portée critique : en étudiant la pratique des scientifiques, on peut se rendre compte qu’il y a un écart entre la façon dont ils procèdent et la façon dont ils devraient procéder. L’épistémologie a ainsi pu montrer qu’il n’y a pas une unique méthode scientifique : entre l’astronome qui étudie des systèmes fantastiquement déterministes et le sociologue qui raisonne de façon statistique, il y a un fossé sur leur mode d’accès à leur connaissance. Entre Steven Weinberg qui écrit « If you have bought one of those T-shirts with Maxwell’s equations on the front, you may have to worry about its going out of style, but not about its becoming fals. » et Georges Box qui déclare  » Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles », il y a un monde à propos de la portée ontologique des modèles scientifiques (les modèles nous révèlent-ils la vraie structure du monde ?).

        Mais ce qui est parfois regrettable est que vous ne conservez pas cette pluralité de point de vue et cette imperfection de la recherche scientifique et que vous utilisiez l’épistémologie comme faire-valoir des braves petits soldats de la science.

        Répondre
        • Zebezia
          Zebezia dit :

          Alors le gros du débat c’est trop complexe pour moi, mais par rapport au fait qu’il y aurait plusieurs méthodes scientifiques, je suis pas d’accord, seule celle dite de l’astrologue est la méthode scientifique, la recherche systématique de l’erreur avec des moyens suffisants mais en œuvre pour limiter tout biais (double aveugle, peer-review, limiter ou entrevoir la possibilité de biais de publication dans les méta-analyses ect…), ce qu’une étude statistique ne peux faire qu’en certain cas et donc arrive a des modèles de pensée, aka des « courants sociologiques » et non des « théories scientifique ». Tu te renseignes sur des courants sociologique et subjectivement vois ce qui te parait le plus plausible, alors que tu délègues ton savoir à la théorie scientifique comme dans l’article non?

          Et j’aimerais comprendre la logique épistémologique derrière l’idée que les méthode dites « favorisées » par la méthode scientifique ont plus fail au cours de l’histoire que les « plausibles »? En partant de l’axiome que la méthode scientifique soit la seule et la meilleure qu’on ait, ce qui est le cas non, j’imagine qu’aucun courant épistémologique remets ça en cause? Comment une théorie donc optimisée pour être biaisée par le moins de variables possible peut se retrouver plus probable d’être vraie qu’une autre qui l’est moins? Je vois comme seule justification, si j’ai bien compris l’exemple du boson, qu’au pifomètre on sait que quand on découvre un truc on redécouvre plus de détails après donc on va se dire « non mais c’est surement plus compliqué que ça en fait », déjà en terme scientifiques et statistiques ça donne quoi? Et puis est ce que ça justifie de dire que le premier modèle qu’on découvre est le modèle « favorisé »? C’est pas juste le modèle « qu’on a réussi a avoir jusqu’à présent » et qu’au final tout modèle théorique qu’on pense possible est « plausible » au mème % de chances a un certain point de la connaissance, puis en étudiant on fait pencher la balance?

          Répondre
          • j-c
            j-c dit :

            À propos des méthodes scientifiques: ce qui est décrit là n’est qu’une partie du processus, qui concerne la partie validation. Avant ça, la conclusion peut être obtenue par induction ou déduction ou factorisation des effets ou … Dans la physique des particules, la méthode qui permet de définir le degré de confiance statistique dans une observation est couramment l’objet de débat: il n’y a pas de consensus sur ce qu’est la meilleure méthode (bon, la méthode CLs s’est généralisée, mais elle est fréquentiste). Et même dans la partie validation, il y a plusieurs méthodes, dont on peut accorder plus d’importance à l’une qu’à l’autre et donc changer le résultat global de l’évaluation de la validité.

            En ce qui concerne la différence entre « meilleure » et « infaillible », prenons un exemple: je lance un dé. Si le dé tombe sur le chiffre X, je prends un autre dé qui contient 3 faces avec le nombre X et je le lance, ainsi de suite. Imaginons maintenant qu’il faille choisir UN nombre sur lequel on parie pour le prochain lancé. Les probabilités nous disent que le nombre va être X, il y a 1 chance sur 2 que ce soit le cas. Vu qu’on doit choisir UN nombre, la meilleure stratégie, c’est bel et bien de choisir X. Mais elle n’est pas infaillible: ce n’est pas parce que X est le plus probable que X sera le nombre qui arrivera.
            C’est ce qu’on voit quand on fait des sciences: le modèle du boson de Higgs est UN modèle parmi d’autres. Mais on doit choisir UN modèle. Alors, on prend le plus probable. Mais cela ne veut pas dire que le second modèle « le plus probable » n’est pas le bon. Cela devient compliqué quand on sait qu’il n’y a pas de raisons que 2 modèles décrivant le monde de 2 façons totalement différentes peuvent partager le même pouvoir prédictif. Par exemple, la gravitation de Newton et la relativité générale décrivent le monde selon des concepts totalement différents. Pourtant, la gravitation de Newton a pour un temps été tout aussi bien validée que la relativité générale. Si la relativité générale avait été conçue à la même époque que la gravitation de Newton, la démarche scientifique aurait favorisé la gravitation de Newton, car à l’époque, il n’y avait aucune observation justifiant que la gravitation de Newton devait être rejetée et qu’un modèle plus compliqué avait plus de mérite (rasoir d’Occam).

            En physique des particules, la référence qui fait un reviewing et un résumé complet de nos connaissances sur la physique des particules, c’est le Particle Data Group. Les éléments que je souligne sont tellement intrinsèques à la science que ceux-ci sont repris dans le PDG:
            le problème Bayesian vs. frequentist: http://pdg.lbl.gov/2015/reviews/rpp2015-rev-statistics.pdf
            Mais aussi à propos des « échecs » de la méthode scientifique.
            La figure ici http://pdg.lbl.gov/2015/reviews/rpp2015-rev-history-plots.pdf montre l’évolution de certaines mesures au cours du temps. TOUTES ces mesures (et leur incertitude) ont été réalisées en suivant la méthode scientifique. Et pourtant, on remarque des sauts importants, dépassant les incertitudes établies à l’époque (bon, la barre d’erreur est habituellement « 1-sigma », c-à-d qu’elle indique qu’il y a ~1% de chance que la réalité soit au delà de 3 fois la grandeur de cette barre d’erreur. Peu de ces résultats sont réellement incompatibles, mais certains le sont).

            Pour résumer ma pensée dans le contexte « athée vs. croyant »:
            J’ai l’impression qu’on dit: un bon scientifique suit la démarche scientifique. La démarche scientifique montre que le modèle actuellement favorisé n’a pas besoin de Dieu. Donc, un bon scientifique ne devrait pas croire en Dieu.

            C’est incorrect de dire ça (et je précise que je suis personnellement athée).
            Un bon scientifique ne croit pas dans le modèle actuellement favorisé. Un bon scientifique sait que:
            1) le modèle actuellement favorisé n’est que « la base de travail », mais ne doit pas être considéré comme la vérité.
            2) par conséquent, on est en droit de croire en n’importe quoi de plausible. On était en droit de croire dans l’existence du boson de Higgs avant sa découverte, on était en droit de croire dans l’existence des ondes gravitationnelles avant leur observation directe, on est en droit de croire dans la théorie des cordes ou dans la supersymétrie, et on est en droit de croire qu’il existe des éléments par essence non-falsifiable et non prouvable, tel que le réalisme des théories (comme le pensait Bertrand Russell) ou l’existence de Dieu.
            Il n’est pas moins légitime de croire en Dieu que de croire dans le réalisme scientifique (la notions que les théories scientifiques correspondent à quelque chose de réel (réalisme des théories) ou que les entités décrites par ces théories correspondent à quelque chose de réel (réalisme)) ou dans l’anti-réalisme (le fait que les théories et ses entités ne correspondent à rien de réel).

    • Patrick Cazaux
      Patrick Cazaux dit :

      Bonjour,

      Vous dites : « Sauf qu’on a ensuite découvert que tout ceux qui ont fait ça se sont en réalité planté: il n’existe pas une telle chose que le proton élémentaire. » je ne suis pas d’accord. Les gens qui ont découvert le proton son allés aussi loin que le leur permettaient les moyens de leur époque, et ils n’on à ma connaissance jamais décrété qu’ils avaient fait la découverte ultime. Ils ne se sont donc pas plantés; Et c’est toujours la méthode scientifique qui a permis d’aller plus loin, en interrogeant à nouveau les connaissances précédemment acquises.
      La méthode scientifique ne permet pas d’affirmer que ce qui est découvert est « vraiment » la réalité, mais elle permet d’éliminer, au moins provisoirement, les hypothèses les moins probables car les moins cohérentes avec ce qui a déjà été validé par ailleurs. Mais toujours avec la capacité de revenir dessus si un caillou est trop insistant dans la chaussure. Chose que ne font pas les croyances, par définition.

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