Conférence d’Idriss Aberkane – Fact checking

NDLR : Nous nous sommes déjà penchés sur le cas particulier d’Idriss Aberkane pour montrer à travers lui un certain nombre de dérives médiatiques et éditoriales en lien avec la culture scientifique du public (ou son absence). À ce travail, on a reproché de ne pas s’intéresser au fond, au contenu du travail présenté par ce monsieur. L’auteur du billet ci-dessous nous a contacté pour nous proposer sa longue et laborieuse analyse, exemple vivant du principe d’asymétrie de Brandolini. Vous pourrez constater qu’il faut du temps, de l’énergie et beaucoup de détermination pour douter suffisamment des propos d’Idriss Aberkane, et pour les vérifier ; tout cela pour constater à quel point le contenu est au diapason du pedigree en toc que nous avons œuvré à révéler.
À la vérité, Idriss Aberkane n’aurait jamais dû pouvoir faire illusion, et il ne faut pas voir dans notre travail un acharnement, mais une étude de cas qui a la prétention d’être utile pour que d’autres cas du même genre soient reconnus comme tel beaucoup plus rapidement, afin que la vraie parole scientifique retrouve dans les médias la place qu’elle mérite.
Acermendax.

Dr Aberkane en conférence au CERA :

« Moi, rentrant de Stanford avec ma théorie « l’économie de la connaissance maximise le pouvoir d’achat des amoureux », vous me croirez ou pas, à l’école Centrale, ça leur parlait pas des masses. Alors je me suis dit : on est France, je vais faire un diagramme cartésien ; ça va leur parler ça. […] J’ai appelé ça Love Can Do : sur l’axe des x, vous allez mettre « est-ce que vous savez faire le métier ? Can Do » ; […] et ça c’est l’axe du « est-ce que j’aime ça ? Love » ; et ça vous le mettez sur l’axe des y, parce que « y », en anglais, ça se dit « why », « pourquoi ? ». Donc « Comment je travaille ? » et « Pourquoi je travaille ? ». […]

Moi, si je me faisais chier à donner ces conférences, j’aurais arrêté depuis longtemps ! Quand on aime faire ce qu’on fait, en général, on prête plus d’attention aux détails ; et comme disait Léonard : « C’est l’attention aux détails qui fait l’excellence, et l’excellence, c’est pas un détail. »

Pour prêter l’attention aux détails, il faut aimer ça. »

Voici en quels termes s’exprimera Idriss Aberkane à environ un quart d’heure de conclure sa conférence de presque trois heures donnée à Bressuire pour le CERA (Centre d’Échanges et de Réflexion pour l’Avenir) le 21 mars 2018, mise en ligne sur Youtube le 24 mai 2018, et intitulée Comment muscler et libérer votre cerveau ?

À l’écran, il est présenté comme « chercheur en neurosciences » ; dans la description de la vidéo, comme « génie précoce titulaire de trois doctorats à 29 ans » ; sur son compte Twitter, comme « Hyperdoctor Biomimicry Polymath Neurogeek ». Nous attendons logiquement de lui une rigueur scientifique exemplaire (pour un chercheur revendiquant trois doctorats, c’est la moindre des choses), les preuves d’une production intellectuelle de haute valeur (comme avec tout génie) et une maîtrise incontestable des savoirs issus des multiples disciplines qu’il croise (c’est que « polymathe » est d’ordinaire réservé aux éminences universelles du genre d’Aristote, de Vinci, Leibniz, Goethe, etc.)

 

L’absence d’articles de recherche nous contraignant à reporter notre attention sur ses seules œuvres disponibles — son livre (un article est prévu) et ses conférences —, c’est donc à travers un long fact-checking commenté de la présente conférence (travail assurément fastidieux, mais seul moyen d’évaluer la qualité du travail de M.Aberkane) que nous allons rendre compte de l’ineffable attention aux détails dont notre chercheur fait montre.

 

Que la longueur et la densité de l’intervention nous aient fait renoncer à l’exhaustivité, pour nous incliner à ne traiter que les passages les plus éloquents (déjà nombreux), n’a pas rendu notre regard moins vétilleux là où il dut s’appesantir, sans doute par humble attachement à l’un des plus clairvoyants préceptes de Léonard : « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » (Source).

 

Bien sûr, pensez à vous référer à la vidéo originale pour vérifier que cette critique est honnête.

 

Saint-Augustin (02:38)

« Lui, là, c’est Saint-Augustin. Saint-Augustin était kabyle, comme tous les génies [sic!]. Et là en fait, il en a plus rien à foutre, il télécharge directement la vérité dans sa tête. Là, vous le voyez, il est en train de procéder à un téléchargement de vérité directement dans sa tête. Et, en fait, cette toile, elle est super subversive — pour autant qu’une toile du temps de Louis XV pouvait être subversive. En fait, il est en train de piétiner les bouquins, c’est pas pour rire ! C’est-à-dire que là, il en a plus rien à foutre : il télécharge la vérité direct dans sa tête ! Et qu’est-ce qu’il utilise pour télécharger la vérité dans sa tête ? Son cœur. Il utilise son cœur, parce qu’on savait, déjà à l’époque, que quand on aime quelque chose, on l’apprend plus facilement… »

La toile ne date pas du règne de Louis XV (1715-1774) : elle est de Philippe de Champaigne (1602-1674 ; peintre tellement subversif qu’il eut pour mécènes Marie de Médicis et le Cardinal de Richelieu), et ne fait qu’illustrer la doctrine de Saint-Augustin sur la Grâce, à savoir que cette dernière relèverait de la prédestination, de l’élection divine — chacun serait élu ou damné dès l’origine. Le cœur enflammé est le symbole de sa foi ; symbole que l’iconographie catholique attribue à ce saint.

Sources :

 

Aimantation et Amour (3:27)

«… En fait, on sait ça depuis très longtemps, on le sait depuis l’antiquité. […] Pour télécharger directement la connaissance dans son cerveau, il va utiliser sa passion pour la vérité [sic!]. C’est de là que vient le mot « aimant » en fait. Du temps d’Aristote, on pensait vraiment qu’un aimant, le magnétisme, était une sorte de sympathie, une sorte d’amour qui se passait entre les deux objets, et donc c’est pour ça qu’aujourd’hui en langue française on appelle ça “un aimant”. »

La forme adjectivale ou participiale aimant (du verbe « aimer ») et le substantif aimant ont des racines différentes. Ce dernier partage la même étymologie que diamant, un dérivé du latin populaire adimas, -mantis, forme dissimulée du latin classique adamas, -mantis, au sens, soit de « fer très dur », ou de « pierre précieuse ». Pierre d’aimant et diamant étaient caractérisés par leur dureté.

Aimer et Amour ont pour étymologie le latin amare.

C’est Onomacrite (chresmologue grec du VIe s. av. J.-C.) qui, à travers ses poèmes, nous fournit le plus ancien nom de l’aimant : μαγνήτης (magnitis). Cette dénomination provient manifestement du lieu où a été découvert l’aimant, c’est-à-dire en Asie mineure, où deux villes portaient le nom de Magnésie.

Sources :

 

Ridicule, Dangereux, Évident (14:50)

« Je vais être sincère : je n’ai pas de message plus important que celui qui va s’afficher dans cette petite bulle. […] Ce message, c’est que toute révolution dans l’histoire de l’humanité, qu’elle soit philosophique, morale, politique, technique, religieuse, légale, c’que vous voulez ; dans tous les domaines, si c’est une révolution, ça passe toujours, systématiquement, inévitablement, par trois étapes, toujours : d’abord c’est considéré comme ridicule, ensuite c’est considéré comme dangereux, et enfin c’est considéré comme évident. »

C’est là galvauder le sens et exagérer la portée d’un aphorisme de Schopenhauer pour se l’approprier à peu de frais. À la seconde étape du processus, le philosophe parle de rencontrer une forte opposition, non une accusation de dangerosité — la seconde n’étant qu’un cas particulier de la première. Pour lui, c’est le chemin que suivrait toute vérité — et toute vérité n’est pas forcément une idée révolutionnaire ; surtout que le degré de subversion d’une telle idée est très variable selon le champ dans lequel elle s’applique.

Schopenhauer ou pas, l’infinité de syllogismes inopérants que permet d’élaborer la formule en révèle rapidement les limites. Ici, le détournement et la récupération de ce « triptyque dialectique » ont moins pour fonction d’apprendre au public à identifier le schème d’un changement de paradigme que de prémunir notre conférencier contre la déconstruction de ses propres idées. Manœuvre prophylactique qui, le cas échéant, exempte du devoir d’argumenter, la « loi » étant elle-même auto-immune.

Observer avec quelle vitesse et quelle autorité s’imposèrent des théories scientifiques parmi les plus authentiquement révolutionnaires, comme celles de la sélection naturelle de Darwin et de la Relativité d’Einstein (malgré les critiques qu’elles essuient aujourd’hui encore), doit suffire à convaincre que cette « loi » n’a pas la vigueur d’une évidence.

 

Q.I. et Intelligence Artificielle (25:00)

« Un des premiers rôles du Q.I. dans l’histoire, c’était de vérifier quand quelqu’un avait eu un trauma, s’il avait eu des pertes cognitives ou pas. »

Il n’existe pas de test de Q.I. pour adulte avant celui de Weschler, datant de 1939. Le premier test psychométrique utilisable servant à mesurer l’intelligence fut élaboré par les français Alfred Binet et Théodore Simon en 1905, sur demande du gouvernement. Il avait pour fonction de détecter un éventuel retard mental chez les élèves et de prédire la réussite scolaire, non celle de mesurer les pertes cognitives suite à un AVC ou quelconque trauma. Ce test deviendra ensuite le quotient intellectuel avec William Stern en 1912.

Si le Q.I. ne peut prétendre à résumer l’intégralité de l’intelligence humaine, il existe chez les professionnels de la psychologie et des sciences cognitives un quasi consensus pour dire que celui-ci mesure plutôt bien ce qu’ils nomment « intelligence générale » (facteur g), ou « puissance mentale » — non parce qu’ils l’affirment arbitrairement, mais parce que les données recueillies depuis plus d’un siècle d’étude convergent et confirment la validité du Q.I.

Sources :

« Mais à partir du moment où une intelligence artificielle arrive à passer des tests de Q.I., bah ! on a deux solutions. Soit on se dit : ”ça y est, on est cuit, on est foutu, parce que maintenant le robot est aussi intelligent que nous” ; soit on se dit : “le Q.I. est au cerveau ce que l’ombre est à la main”. »

Aux dernières nouvelles, l’intelligence artificielle de Google — la plus performante — obtient 47 à un test de Q.I., ce qui est moins bien qu’un enfant de 6 ans (55). Microsoft Bing obtient 32 ; Siri d’Apple, 24 ; un adulte moyen, 100 ; un HPI (Haut Potentiel Intellectuel), plus de 130 ; un THPI (Très Haut Potentiel Intellectuel), plus de 145-150.

Sources :

L’énoncé nous laisse pourtant croire que l’I.A. affiche désormais un Q.I., sinon supérieur, au moins égal à celui d’un humain moyen. Gardons bien cette suggestion fautive en mémoire : en un point-clé de la conférence, elle servira de base implicite à une pseudo démonstration d’envergure.

 

Dealers d’attention (39:25)

« De l’attention et du temps. […] L’attention, ça se paie, ça vaut de l’argent ; ça vaut même beaucoup d’argent. Les gens qui vendent de l’attention aujourd’hui sont des gens ultra riches. Ils s’appellent Google, Facebook, Twitter, Youtube — qui appartient à Google. Les gens qui sont des dealers d’attention aujourd’hui, sont des gens pleins aux as. »

Comme Idriss Aberkane, ici ou ailleurs, fait souvent état de sa fascination pour la réussite financière de grandes multinationales, telles les GAFA et autres firmes majeures de la Silicon Valley, presque toujours présentées comme pourvoyeuses de modèles inspirants, initions-nous au Persuasive Design, ou comment ces dealers d’attention utilisent les connaissances en psychologie pour maximiser la dépendance des utilisateurs envers leurs produits — enfants et adolescents, plus vulnérables encore que les adultes, étant leurs cibles privilégiées.

Source :

 

Économie de la connaissance et équation (41:28)

« Par exemple, dans l’économie de la connaissance (vous savez que c’est mon grand dada), eh bien ! en quoi aimer ce qu’on fait nous rend plus performant ? Là, on est train de réaliser un transfert de connaissances. Là je vous donne de la connaissance [sic!], et vous êtes en train de me donner quoi en échange ? […] Il est impossible de télécharger une connaissance dans sa tête sans avoir payé de l’attention et du temps, c’est pas possible. […] Ça, c’est les deux choses qui sont sinequanone pour installer un savoir dans votre tête. Alors ça donne cette petite équation tout mignonne. »

 

φ(k) = At

Nicolas Gauvrit, agrégé de mathématiques et docteur en sciences cognitives (notre conférencier n’est ni l’un ni l’autre), a analysé l’un des rares articles « scientifiques » publié sur HAL par Idriss Aberkane lui-même, où la mignonne équation apparaît : aucun terme n’est clairement défini, les incohérences abondent et l’une des démonstrations est mathématiquement fausse, puisqu’elle déroge au théorème de Cantor. Le titre sentencieux de cette critique sans concession, Le baratin à la française, est amplement justifié.

 

Après quelques circonvolutions, Idriss Aberkane nous dévoilera la signification quintessentielle de son équation :

« J’utilise mon cœur[…], ma passion, pour faire rentrer la connaissance dans ma tête »

Trêve Olympique (54:00)

« Thèbes venait, Sparte venait, Athènes venait. C’était trois villes qui passaient leur temps à se mettre sur la gueule le reste de l’année, mais y avait la trêve olympique : ils regardaient les jeux et ils ne se battaient pas. »

 

Sur Wikipédia : « Cette trêve est sans doute de durée variable selon la localisation des jeux. Elle pouvait probablement varier d’un à quatre mois, mais nous sommes très mal documentés sur ce point (3) ; pour les Jeux olympiques, elle est instituée pendant le mois qui précède les Jeux (4). Pendant cette trêve, la cité accueillant les jeux ne peut pas être attaquée. De même, spectateurs, sportifs et officiels en déplacement ou de retour de jeux, ne peuvent être inquiétés lorsqu’ils traversent des zones en guerre. En effet, contrairement à une légende tenace, la trêve antique n’implique absolument pas l’arrêt de toutes les guerres ; ce n’est qu’un « cessez-le-feu partiel »(5). Cette trêve était purement utilitaire. Sans elle, les jeux n’auraient pas pu se tenir en raison des incessants déplacements des sportifs, d’agônes en agônes. »

La note n°5 renvoie à l’ouvrage de Decker et Thuillier Le sport dans l’antiquité – Égypte, Grèce, Rome.

Wolfgang Decker est un historien allemand spécialiste de l’histoire de l’activité physique antique en Égypte et en Grèce. Il est professeur à l’Institut d’histoire du sport de l’École supérieure du sport de Cologne et cofondateur de la revue du sport antique Nikephoros en 1988.

Source :

 

Cours de e-sport en Chine (55:38)

« Vous savez qu’en Chine il y a une université qui forme des joueurs professionnels ? Ça s’appelle le Lanxiang Institute of Technology, c’est une université… d’État ! Et cette université d’état forme des joueurs professionnels. C’est ce qu’on appelle le sport électronique, le e-sport… »

Lanxiang Institute of Technology n’est pas sans rappeler le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), sauf que l’on ne trouve aucune page officielle et presque aucune trace du « LIT » (dix résultats seulement après une recherche Google ciblée ; des liens datant de plusieurs années ; une page Facebook non-officielle vide de tout contenu), et que ces cours de gaming sont en fait dispensés par la Lanxiang Technical School, un lycée technique situé à Jinan, ville de l’Est de la Chine. Quant aux diplômes délivrés par certaines universités (notamment en Russie, en Finlande ou en Angleterre), ils valident surtout des formations au commerce et à la promotion de l’e-sport.

Sources :

 

Secrétariat d’état à l’e-sport en Corée du Sud (55:54)

« … En Corée [du sud], ils ont un secrétariat d’état les mecs, un secrétariat d’état à l’e-sport !… »

Nulle composition officielle du gouvernement Sud-Coréen ni aucun article ne mentionne une telle instance d’ordre étatique. Il existe en revanche la KeSPA (Korean eSports Association), d’ailleurs en proie à des affaires de corruption.

Sources :

 

Réalité du pro-gaming (55:58)

« … Y a des compétitions et des Olympiades. À votre avis, combien gagnent les gagnants des Olympiades d’e-sport, typiquement sur un jeu qui s’appelle Starcraft 2, ou sur Dota 2 ? C’est des prix de combien ça ? Genre on peut en vivre ou pas ?… Alors on peut carrément en vivre ! En fait, on peut même s’acheter plusieurs villas vue mer à Biscarosse. C’est six millions. En 2014, les gagnants de compétitions de Starcraft 2 ou Dota 2 prenaient six millions de dollars… »

Un champion du monde de Starcraft 2 remporte cent mille, non six millions de dollars — ce qui est vrai pour Dota 2, qui se joue en équipes de cinq ; les gains remportés à ce jeu ont même doublé en quatre ans.

Sources :

 

Pour mieux appréhender la réalité du pro-gaming en Corée et de l’e-sport en général, référons-nous à deux articles de la presse internet spécialisée. Dans le premier, la réalité des conditions de vie des joueurs pro d’e-sport en Corée, publié par le site Hitek en septembre 2016, nous apprenons ceci :

— La plupart des pro-gamers coréens ont entre 15 et 17 ans ;

— Ils n’ont pas de vrais contrats de travail (le problème du travail des enfants se pose) ;

— En Pro-League, ils touchent en moyenne 6 735€ par an (630€ par mois équivalent à 44h au SMIC Coréen ; les pro-gamers font 60h par semaine, dont plus de la moitié la nuit ou le week-end), et seules quelques stars gagnent dans les 140 000€ par an ;

— Ils vivent dans des Gaming House 24h/24 ;

— Beaucoup souffrent de blessures chroniques à la fin de leur (très courte) carrière (le plus souvent d’un syndrome du canal carpien, contre lequel Idriss Aberkane nous mit en garde en dénonçant le manque d’ergonomie de nos traditionnelles tables d’écolier) ;

— Plusieurs scandales de paris illégaux et de matchs truqués ont déjà défrayé la chronique ;

— Nombre de jeunes e-dépendants vont en centre de réhabilitation, et le gouvernement a même dû instaurer un couvre-feu numérique pour limiter la casse (Loi Cendrillon) — bien sûr, les PC Bang et l’industrie du jeu ont râlé, à cause des pertes de profit.

Dans le second, le dur métier de pro-gamer, publié par le site Je suis un gamer en avril 2016, cela :

— Si les pro-gamers sont adulés comme des stars, ils sont loin de toucher autant qu’un Lionel Messi ou un Roger Federer. Leur salaire équivaut à ce que gagne plus ou moins un Youtubeur de moyenne catégorie ;

— Riot Games, l’un des plus gros éditeurs dans le secteur de l’e-sport verse en moyenne 2000 dollars à ses meilleurs joueurs professionnels. Les joueurs européens spécialistes de League of Legends touchent des salaires à peu près identiques ; en Chine, environ 10 000 euros, parce qu’ils sont sous la tutelle d’un riche milliardaire. C’est par le biais du sponsoring et l’animation de leur chaîne Youtube que, notamment, certains joueurs de Call of Duty parviennent à dégager quelques 20 000 euros. Seules quelques très rares stars sont millionnaires et à l’abri du besoin ;

— Leur vie est faite d’ascèse, et leur quotidien très surveillé ne laisse aucune place à l’intimité : les équipes sont souvent regroupées au sein de grands appartements dans lesquels ils s’entraînent jour et nuit sous le regard de leur coach attitré. Les joueurs se réveillent, se couchent, mangent et jouent ensemble ;

— Bora, un ancien joueur de Fnatic (une team française) s’était confié au magazine L’Équipe : « On s’est entraîné plusieurs fois par obligation, parce qu’il faut qu’on le fasse, mais pas parce qu’on aime ça ». Il avouait aussi volontiers que la pratique du jeu est quelque peu malsaine ;

— Il n’y a pas de vraies procédures de recrutement. Pour être repéré, le mieux est de figurer au classement mensuel de son jeu de prédilection ; ce qui implique passer un nombre d’heures faramineux à jouer en ligne ;

— Si les cas de syndrome du canal carpien sont confirmés être récurrents dans le milieu, les yeux sont mis eux aussi à rude épreuve. Les joueurs ont développé des réflexes visuels semblables à ceux d’un pilote de chasse, mais leur cornée s’abîme prématurément : de nombreux pro-gamers portent des lunettes ;

— Le statut juridique des joueurs demeure flou, mais des lois devraient clarifier tout ça pour permettre au business de l’e-sport de se développer.

Sources :

 

Entrainement des I.A. (56:30)

« …Et derrière, il y avait Google, Facebook, Apple, Tesla, qui leur offraient des salaires de footballeurs pour entraîner leur intelligence artificielle. Et c’est ça le sujet en fait… »

L’information selon laquelle Google et Tesla verseraient des salaires de footballeurs à des gamers professionnels pour qu’ils entraînent leurs I.A. est invérifiable — donc suspecte. Surtout quand deux articles du site IGN France, spécialisé dans l’actualité du jeu vidéo et de la high-tech, donnent une version assez différente de la manière dont ces deux firmes entraînent leurs I.A. respectives.

 

Deepmind : L’I.A. de Google s’entraîne désormais à Starcraft 2 – un RTS [Real-Time Strategy game] au service de la recherche (10/08/17) :

« Deepmind, la société de Google spécialisée dans la recherche en intelligence artificielle et ses bienfaits, vient d’annoncer un partenariat avec Blizzard Entertainment en vue d’entraîner son I.A. sur Starcraft 2. […]

En plus d’une API de Machine Learning à laquelle les chercheurs et développeurs peuvent accéder dans le jeu, Blizzard met à disposition une base de données riche de replays anonymes réalisés sur le célèbre RTS. […]

En étudiant les replays de vrais gamers, l’IA de DeepMind, via un processus d’apprentissage par imitation, sera ainsi capable de compléter plus facilement toutes sortes de tâches. »

 

L’IA d’Elon Musk bat un joueur pro de Dota 2 – un bot de génie (14/08/17) :

« Tremblez joueurs professionnels, les robots pourraient bien un jour vous battre à n’importe quel jeu vidéo, et pas seulement au jeu de Go.

OpenAI, l’association de recherche en intelligence artificielle co-fondée par Elon Musk, vient notamment de créer un bot capable de terrasser les plus grands joueurs de DotA 2. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé récemment au championnat The International 2017. […]

Le bot d’OpenAI, qui s’est entraîné seul au 1v1, a ainsi défait pour la première fois des joueurs pro faits de chair et d’os, comme Arteezy et Sumail de la team Evil Genius. Puis est arrivé le tant attendu face à face contre Dendi. Et contre toute attente, l’IA a remporté le match haut la main. »

 

Sources :

 

À titre indicatif, le salaire annuel moyen d’un footballeur professionnel évoluant dans les premières divisions des grands championnats européens (anglais, espagnol, italien, allemand et français) est de 1 776 915 euros, soit presque 150 000 euros mensuels… en moyenne ! Le salaire annuel moyen dans le moins bien doté des clubs de Ligue 1 (qui est la moins bien dotée des cinq plus riches divisions européennes), c’est-à-dire à l’ESTAC Troyes, était tout de même de 340 000 euros pour la saison 2017/2018, soit un peu plus de 28 000 euros mensuels.

Source : http://www.sportune.fr/business/asse-om-psg-ol-losc-quel-est-le-salaire-moyen-de-tous-les-clubs-de-ligue-1-174339

 

Travail du cerveau, consommation de glucose et intelligence (56:40)

« Revenons à la question du travail du cerveau. […] En physique, ça se mesure en quoi le travail ?… [il tend l’oreille] En joules ! Très bien ! Le travail est une énergie en physique. Eh bien ! pour le cerveau, c’est pareil… C’est une simplification, mais 95% de toutes les publications scientifiques en neurosciences cognitives, c’est la consommation comparée de glucose par le cerveau, c’est tout. […] Tomographie à émission de positrons [TEP], l’imagerie à résonance magnétique fonctionnelle [IRM], c’est aussi ce qu’on appelle la BOLD, Blood Oxygenation Level Dependance : c’est, en gros, quelle partie du cerveau est plus irriguée ; plus irriguée parce qu’elle a besoin de plus d’oxygène pour métaboliser plus de lactate.

Pour simplifier vraiment, le travail dans le cerveau, ça peut se mesurer en « combien ç’a cramé de carburant aujourd’hui ». À votre avis, dans laquelle des tâches suivantes votre cerveau travaille le plus, c’est-à-dire consomme le plus de glucose, de lactate précisément : Jouer aux Échecs ? Jouer au jeu de Go ? Faire un nœud de cravate ? Faire une mayonnaise ? Extraire la racine treizième d’un nombre à cent chiffres ? Résoudre des équations différentielles aux dérivées partielles stochastiques ? Ou jouer à Starcraft 2 ?

À votre avis, dans quelle situation votre cerveau va cramer le plus de glucose ? Alors, de très très loin Starcraft 2 ! C’est laquelle la moins consommatrice de glucose ? […] La réponse, c’est la racine treizième d’un nombre à cent chiffres. »

Analyser l’activité du cerveau face à des tâches cognitives en fonction de sa consommation de glucose observée par TEP peut nous renvoyer à des études comparatives qui établissent une corrélation négative entre la consommation de glucose et la réussite à des tests psychométriques standardisés (matrices progressives de Raven, WAIS) ; corrélation négative également observée lorsqu’il y a entraînement et apprentissage préalables. En résumé, il en ressort que les gens possédant un Q.I. élevé utilisent leur cerveau de manière plus optimale, c’est-à-dire qu’ils gaspillent moins d’énergie et mettent naturellement en veilleuse les zones du cerveau moins utiles à la réalisation d’une tâche cognitive ciblée. Voici comment des chercheurs ayant produit une étude de ce genre révisent la notion d’intelligence (du moins la partie de celle-ci que mesure les tests psychométriques standardisés) durant l’introduction où ils se réfèrent aux publications antérieures à la leur :

« Ces études ont été interprétées comme une preuve d’un modèle de l’intelligence selon l’efficacité du cerveau : l’intelligence n’est pas fonction d’avec quelle ardeur le cerveau travaille, mais plutôt d’avec quelle efficacité il travaille. Cette efficacité peut aussi bien découler de la désuétude de nombreuses zones cérébrales non pertinentes pour bien exécuter une tâche que d’une utilisation plus ciblée des zones cérébrales pertinentes pour exécuter cette tâche. »

Source : http://jtoomim.org/brain-training/intelligence%20and%20changes%20in%20metabolic%20rate.pdf

 

Corréler (arbitrairement) le niveau difficulté d’une tâche pour le cerveau à sa plus ou moins grande consommation de glucose est peu pertinent ; frauduleux est d’en laisser inférer que plus une tâche augmente la consommation de glucose par le cerveau, plus elle requerrait d’intelligence pour la bien exécuter.

« Les serveurs de Google consommeront plus d’énergie pour effectuer la recherche d’une pizzeria à Bressuire, que pour résoudre une équation différentielle aux dérivées partielles stochastiques […], ou pour jouer aux échecs. »

D’après notre conférencier, une requête Google demande donc à l’intelligence artificielle de mobiliser plus d’énergie, de résoudre plus de pages de calculs et de composer avec davantage d’ambiguïté que pour (entre autres) vaincre l’humain aux échecs. Or l’intelligence artificielle de Google, qui, rappelons-le, est la plus performante du genre, n’obtient qu’un pauvre score de 47 à un test de Q.I., tandis qu’une corrélation positive entre le classement Elo d’un joueur d’échecs et sa réussite à des tests psychométriques a été montrée expérimentalement. Selon la logique du raisonnement et les critères d’évaluation choisis pour le conduire, l’I.A. devrait terrasser l’humain à des tests de Q.I. Il n’en est rien : le raisonnement est caduc.

Tout grand joueur d’échecs peut aisément apprendre à faire une mayonnaise et un nœud de cravate, mais parmi les nombreux individus sachant faire une mayonnaise ou un nœud de cravate, infiniment peu seront un jour en mesure de vaincre un grand maître international — même avec beaucoup d’entraînement.

 

Sources :

 

La machine bat l’humain aux échecs (1:00:55)

« Le jeu d’échecs, eh oui ! c’est dur, d’accord, mais en fait, les machines battent les humains, ça y est, c’est fini ! Depuis 95, les meilleurs humains ne peuvent plus battre les meilleures machines. C’est terminé. »

Kasparov fut vaincu par Deep Blue en 1997, au terme d’un match très serré (3.5 / 2.5) ; l’« ogre de Bakou » était parvenu à battre Deep Blue assez largement (4-2) un an auparavant.

 

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Matchs_Deep_Blue_contre_Kasparov

 

Derrida, Ambiguïté, Philosophie et Ésope (1:02:55)

« Pendant très longtemps, on a cru que l’intelligence était la capacité à s’exprimer sans ambiguïté. Il y a eu toute une controverse là-dessus dans les années 90. Il y avait un grand philosophe, qui s’appelait Jacques Derrida, et il devait avoir un doctorat Honoris Causa de l’université de Cambridge. Il y a eu une tribune publiée contre lui […], qui a été signée par des grands professeurs, qui ont dit : « Jacques Derrida n’est pas un philosophe. » Ils ont signé une tribune dans le Time de Londres ; c’était du sérieux… »

Nous ne saurons point sur quelles sources s’appuie l’idée louche selon laquelle un consensus voyait l’intelligence comme fonction de la capacité à s’exprimer sans ambiguïté, mais Nietzsche — grand philosophe qui ne s’interdisait ni la contradiction, ni l’emploi d’un style ciselé pour orner sa pensée pénétrante de beauté formelle — avait sa petite idée sur la raison qui poussent certains à « hermétiser » leur pensée :

« Qui se sait profond, s’efforce à la clarté ; qui veut paraître profond, s’efforce à l’obscurité. »

Il y a de sérieux motifs pour se défier du style indigeste de Derrida et penser que s’exprimer d’une manière aussi nébuleuse (à grands renforts de néologismes et de mots-valise) relève davantage de l’imposture que du génie. Néanmoins, jamais les signataires de la tribune s’opposant à ce que Derrida reçoive un titre honorifique de l’Université de Cambridge en 1992, qu’il a finalement reçu à l’issue d’un vote, ne disent qu’il est inintelligent ou qu’il n’y a point de philosophie dans ses ouvrages, mais qu’il ne jouit pas d’une grande reconnaissance par ses pairs (en Angleterre comme en France), qu’il est inintelligible au premier abord, et qu’une fois produit l’effort mental pour extraire la substance de ses écrits, il ne reste que trivialités et fausses affirmations.

Afin de lever toute ambiguïté, ci-dessous les trois derniers paragraphes de la fameuse tribune :

« Beaucoup ont voulu donner à M. Derrida le bénéfice du doute, insistant sur le fait qu’un langage d’une telle profondeur et d’une telle difficulté d’interprétation doit cacher des pensées profondes et subtiles.

Quand l’effort est fait pour le pénétrer, cependant, il devient clair, au moins pour nous, que, là où des affirmations cohérentes sont faites, elles sont fausses ou triviales.

Le statut académique basé sur ce qui nous semble n’être pas plus que des attaques semi-intelligibles sur les valeurs de la raison, de la vérité et de l’érudition n’est pas, selon nous, un motif suffisant pour l’obtention d’un doctorat honoris causa dans une université distinguée. »

« …Ils disaient : « Jacques Derrida n’est pas un philosophe, parce qu’il s’exprime dans une langue extraordinairement ambiguë, et l’ambiguïté est contraire à la philosophie »… faut pas avoir lu Ésope pour dire des conneries pareilles ! »

Ésope n’est pas un philosophe, mais l’inventeur de la Fable en tant que genre littéraire ; il est à peine contemporain de Pythagore — le premier à s’être proclamé philosophe. La plupart des fables de La Fontaine sont une traduction et une adaptation en vers réguliers français des fables d’Ésope. Dès lors, difficile de saisir en quoi la lecture de telles fables est censée réfuter « l’ambiguïté est contraire à la philosophie ».

 

Le mot même de Philosophie (à l’instar du mot Poésie) est trop souvent l’objet de méprises. La démarche philosophique — quoiqu’elle use de matériel verbal — a bien plus à voir avec une discipline scientifique qu’avec une discipline littéraire : elle vise à établir des connaissances par des moyens rationnels. Quant à la poésie versifiée de bonne facture, elle est bien moins le fruit d’heureuses intuitions que d’une besogne exacte — inspirée par de strictes règles formelles, les principes directeurs de la composition musicale et la logique idéo-verbale (ce qu’attestent les plus grands poètes français, de Nicolas Boileau à Paul Valéry, en passant par Hugo, Baudelaire et Verlaine).

 

Sources :

 

Algorithme (1:04:06)

« La définition rigoureuse d’un algorithme c’est : « Suite d’instruction à effectuer sans ambiguïté ». C’est la définition mathématique d’un algorithme. Et c’est ce qui fait que la recette des crêpes n’est pas encore un algorithme… »

La recette de cuisine est le premier exemple simple donné à des lycéens pour les initier à cette notion.

Confirmation de Serge Abiteboul — titulaire de la chaire d’Informatique et sciences numériques au Collège de France en 2011-2012 : « Un algorithme, c’est extrêmement simple, on connaît ça depuis toujours. Un enfant qui s’habille le matin suit un algorithme (en apprenant assez vite qu’il y a un ordre à suivre et qu’il aura quelques difficultés à enfiler ses chaussettes après ses chaussures). Vous aussi, quand vous suivez une recette de cuisine. Un algorithme, c’est une séquence d’instructions utilisée pour résoudre un problème. »

 

Sources :

 

« … Parce que la recette des crêpes, y a plein de degrés de liberté. [Par exemple,] selon la quantité de Grand Marnier que vous mettez dans la pâte. »

Dans ce cas, ce n’est plus une recette, et le terme s’avère aussi impropre que trompeur.

 

Jouer à Starcraft 2 vs jouer du Chopin (1:04:50)

« Et, donc, loin devant tout ça, vous avez « jouer à Starcraft 2 ». Je comprends bien que ça paraît dingue ! Un joueur professionnel de Starcraft 2, il a 400 actions par minute. Pour vous donnez une idée, c’est comme jouer la partie la plus dense de la Grande Valse Brillante de Chopin en continu pendant trente minutes. Les gars, vous les voyez, ils sont comme ça pendant trente minutes [il agite ses doigts et meut ses mains sur un axe horizontal, comme on mimerait un pianiste]. Un clavier de piano a plus de touches qu’un clavier d’ordinateur. Un clavier de piano a 85 touches, un clavier d’ordinateur a de moins de touches utiles que ça, mais si vous rajoutez la souris, on va dire que ça fait pareil. Une partie professionnelle dure trente minutes, un joueur pro a 400 apm et il y a 85 actions possibles. Ça vous fait combien de parties possibles ? 85 puissance 30 x 400… »

Au-delà du fait qu’un clavier de piano soit composé de 88 touches ; que jouer du piano implique aussi l’usage de pédales ; qu’un pro-gamer effectue en moyenne 250 apm (des clics de souris en majorité), dont beaucoup sont inutiles ; qu’il suffise de visionner quelques vidéos, où la caméra est dirigée sur les mains du joueur (la gauche se déplace peu et s’active sur une zone restreinte du clavier ; la droite gère la souris), pour réaliser que comptabiliser 85 touches utiles au jeu ne peut résulter que d’une sévère discalculie de l’observateur, oser la comparaison entre jouer à Starcraft 2 et jouer du Chopin est, évidemment, aussi ridicule que dangereux.

Ridicule, parce que la qualité et la finesse de développement des fonctions sensibles et cognitives requises pour interpréter avec maestria n’importe quelle œuvre musicale élaborée, tout en communiquant au public un subtil nuancier d’émotions propices aux plus transcendants transports de l’âme, seront toujours indéfinissablement supérieures à celles requises pour exceller à Starcraft 2. Les pro-gamers, tout comme les sportifs, ne sont point des artistes.

Dangereux, parce que, durant une conférence d’essence (prétendument) scientifique (malheureusement beaucoup le croient…), ayant (soi-disant) pour thème et enjeu centraux la promotion de méthodes d’apprentissage respectueuses des mécanismes cérébraux les mieux identifiés, et favorisant un développement cognitif le plus vertueux et le plus épanouissant possible, opérer un tel rapprochement, sans précaution ni réserve, invite le chaland à opiner que travailler à devenir champion de Starcraft 2 ou musicien émérite serait assez semblable en matière de bénéfices pour le cerveau, voire même que poursuivre le premier objectif améliorerait davantage la cognition et requerrait plus d’intelligence. Les (seuls et admirables) bienfaits de la musique (ou même du jeu d’échecs) sur le cerveau, la santé psychique et la réussite scolaire sont pourtant notoires.

 

En admettant que la comparaison soit recevable, et qu’on puisse en déduire une hiérarchie en matière de performance « neuro-intellectuelle », cela ferait de tout batteur de jazz un monstre cognitif. À la grande époque du Be-Bop — style caractérisé par un phrasé virtuose et des tempi très enlevés (souvent entre 200 et 300 bpm) —, un jazzman pouvait, allant de clubs en clubs, jouer plus de dix heures par jour. Rien qu’à la main droite (celle qui marque le swing), un batteur est au moins à 6 actions par mesure (si c’est du 4/4), soit 300 actions par minute à un tempo de 200 bpm. Ajoutons les trois autres membres, toutes les nuances dynamiques et de timbre possibles, le fait de devoir maintenir une pulsation régulière en interaction avec les autres musiciens, tout en nourrissant le débat improvisé de sa propre expressivité sans nuire à la cohésion d’ensemble, etc., et le nombre des possibles apparaîtra comme démentiel ; bien supérieur à celui d’une partie de Starcraft 2, sur un plan strictement comptable. De plus, considéré la dépense physique de chacun, il y a également fort à parier que la consommation de glucose par le cerveau d’un batteur dépassera de loin celle d’un pro-gamer.

 

Feindre de souscrire à cette comparaison, ainsi qu’à la logique d’évaluation l’ayant inspirée (pour en bien mesurer les conséquences), peut faire aboutir à deux conclusions. L’une est cocasse ; l’autre, absurde :

  1. N’importe quel bon musicien (même amateur) possède un cerveau infiniment plus performant qu’un champion de Starcraft 2 — Cerveaux ! Préférez la musique au e-sport !
  2. Un batteur est supérieur à un violoniste — un pianiste à un bassiste, un organiste à un flûtiste, etc. — Idée puissamment ridicule, dont l’espoir de se muer un jour en évidence est nul.

Sources :

 

World of Warcraft et potentiel économique du jeu (1:17:32)

« Je vous ai dit que les jeux sont des aspirateurs à « At ». À votre avis, combien de temps l’humanité a accumulé sur ce jeu, World Of Warcraft [WOW] ?[…] Régalez-vous : si on met bout à bout toutes les heures qui ont été claquées sur WOW, ça fait sept millions d’années, entre 2004 et 2014 seulement. C’est cinquante fois plus que toutes les heures travaillées par Apple et tous leurs fournisseurs depuis 1976. Apple, c’est la société la plus riche au monde. […] Quand ils appellent leur banque pour savoir combien ils ont sur leur compte courant, la banque répond quoi à votre avis ? Je parle de trésorerie, de liquide… la banque répond : « Votre compte est créditeur du PIB du Qatar, plus du budget de défense allemand plus le budget de défense français « . Deux cent cinquante milliards en liquide ! Avec un cinquantième des heures passées sur WOW. Alors bien sûr, si je vous disais qu’un jour peut-être, on pourrait créer le PIB du Qatar en jouant à un jeu, c’est ridicule, non ? [il lève son pouce à l’horizontal pour symboliser la première étape du processus Ridicule-Dangereux-Évident, et sourit longuement…] »

Début 2018, la trésorerie d’Apple s’élevait à 268 milliards USD, mais là n’est pas le plus important.

Source : https://www.latribune.fr/technos-medias/que-va-faire-apple-de-ses-268-milliards-de-dollars-de-cash-en-2018-763852.html

 

Tout lecteur qui, en amont, aura pris le temps de parcourir l’article sur le Persuasive Design sait désormais par quel usage malsain des connaissances en psychologie les grands éditeurs de jeux vidéo optimisent l’aspiration des « At », encourageant de fait les comportements addictifs, en dépit des graves conséquences psycho-sociales que cela peut avoir sur les esprits fragiles.

Faire la promotion de Starcarft 2, même sur fond de raisonnements fallacieux et de comparaisons ineptes, est une chose — ça reste un RTS complexe, qui demande vraiment vitesse de réflexion et concentration soutenue —, mais s’ébaudir des sept millions d’années de temps de cerveau disponible qu’a aspirées un MMORPG (Massively Multiplayer Online Role-Playing Game) comme World Of Warcraft, sans aucune espèce de modération, pour démontrer le potentiel productiviste des jeux, en est une autre, d’autant plus discutable. Vu ce qui a précédé, le public est incité à croire que tous les jeux vidéo se valent et renferment des qualités semblables.

Les MMORPGs, de par leur essence même, sont parmi les jeux les plus chronophages et les plus addictifs. Une enquête de l’OCDE de 2015, réalisée dans 65 pays, est plutôt claire sur l’impact de ce type de jeux : si une consommation modérée et solitaire (eh oui!) de jeux vidéo édifiants augmentent en moyenne les performances scolaires, les jeux en réseaux, eux, et ce quelle que soit la fréquence à laquelle ils sont consommés, les amoindrissent. Par voie de conséquence, de tels jeux auront tendance à réduire la productivité de leurs usagers et à les faire souffrir davantage. Ce qui est tout de même ballot.

 

Source : https://www.sciencesetavenir.fr/sante/les-jeux-videos-nuisent-ils-a-la-reussite-scolaire_18846

 

Samuel Pierpont (fucking) Langley (1:10:18)

« L’attachement à un projet. J’aime beaucoup cet exemple, on va faire un petit test : qui dans la salle a déjà entendu parler de Samuel Pierpont Langley ? Ah ! Ah ! C’est ça le problème ![…] Samuel Pierpont Langley, c’est un mec dont tout le monde se contrefout aujourd’hui, et c’était le gars payé par le Président des États-Unis pour faire voler le premier avion. Et le gars, c’était le gendre idéal : il avait une chaire au Smithsonian (le Collège de France américain), il jouait au golf avec le Président, il avait le New-York Times qui le suivait partout, et bien entendu il avait du pognon. Donc, le type, il avait les conditions idéales pour faire voler le premier avion. Qui a fait voler le premier avion ?[…] Les frères Wright, dans les livres d’histoire américain, c’est eux qui ont fait voler le premier avion… »

Samuel Pierpont Langley était déjà un scientifique reconnu pour ses travaux de physique et d’astronomie avant de se lancer dans l’aventure de l’aviation. Il fut même admiré par Graham Bell (l’inventeur du téléphone), lorsqu’il réussit à faire voler pendant plus d’une minute un avion sans pilote, propulsé par deux hélices à moteur ; il réitéra l’expérience avec succès en diverses occasions. C’est après plusieurs crashes et avoir épuisé ses fonds (50.000 USD), alloués dans le cadre de la guerre contre les Espagnols, qu’il se résigna, tandis que neuf jours plus tard les frères Wright réussissaient le premier vol motorisé avec pilote. En 1917, les États-unis baptiseront de son nom l’une des bases aériennes les plus prestigieuses du territoire américain, celle qui deviendra le centre d’essais de la NACA, puis de la NASA. Il est toujours considéré comme un des pionniers et précurseurs de l’aviation.

Source : http://aerostories.free.fr/precurseurs/langley/index.html

 

Les frères (crash) Wright (1:11:20)

«… Pourquoi on connaît les frères Wright et pas Samuel Pierpont Langley ? Qui étaient les frères Wright ? Ben, au départ, c’étaient des vendeurs de pièces détachées de vélo à 60km de Dayton dans l’Ohio. Leur pedigree, c’était ça.[…] Pourquoi c’est eux ? Pourquoi c’est pas un mec du MIT, de Polytechnique ou d’Oxford ? Parce que, eux, quand ils partaient sur le champ, il envoyait cinq lots [gratuits?] de pièces détachées par jour. C’est-à-dire que, eux, ils se crashaient cinq fois par jour ! [ça peut vite revenir cher] Mais quand vous êtes Samuel Pierpont « fucking » Langley, vous ne pouvez pas vous crasher une seule fois ![…] Parce que l’échec coûte cher, et que pour bien apprendre, il faut que l’échec coûte pas cher. Si vous voulez bien apprendre, bien innover, bien créer, ou bien changer le monde, ou avoir un prix Nobel, c’que vous voulez, eh bien ! il faut que l’échec soit pas cher. Parce que c’est l’essai-erreur qui crée la nouveauté.[…] Quand vous êtes les frères Wright dans l’Ohio, tout le monde s’en fout que vous vous crashiez avec votre machine infernale dans les champs de maïs [sauf les agriculteurs]. Du coup, vous allez pouvoir faire cinq essais par jour ; et, du coup, vous allez battre ce mec… »

Les frères Wright n’étaient pas que de simples vendeurs de bicyclettes : ils connaissaient les travaux de Lilenthal et ne se crashaient pas cinq fois par jour. Ils ont d’abord essayé leur planeur comme un cerf-volant ; l’ont piloté du sol ; en ont augmenté l’envergure plusieurs fois pour qu’il puisse éventuellement accueillir un pilote ; ont construit une soufflerie dans leur atelier pour faire des tests de portance en laboratoire pendant un an ; ont encore augmenté l’envergure, et ont réalisé environ 700 vols planés. C’est surtout leur travail sur la pilotabilité qui leur a permis d’être les premiers, non leurs multiples échecs. Ils étudiaient beaucoup la théorie, et se sont révélés d’excellents ingénieurs (quoique dépourvus de formation académique) dans leur résolution analytique du problème.

 

Source : http://memoireairfrance.canalblog.com/archives/2014/02/15/29220733.html

 

Simon Sinek et le Why ? How ? What ? (1:13:06)

« … C’est pas moi qui ait découvert ce vrai grand principe, c’est un type qui s’appelle Simon Sinek ; je vous recommande vivement ses travaux, où il dit clairement que « l’échec est un diplôme »… Mmmh… Et que si vous n’avez pas ce diplôme de l’échec, si vous n’avez géré l’échec dans votre vie, il ne faut essayer de faire quelque chose de nouveau, parce que quelque chose de nouveau, par définition, ça ne marche pas du premier coup. »

L’anecdote des « cinq crashes par jour » lui vient justement de Simon Sinek, conférencier spécialiste en marketing et management, qui prétend avoir compris et codifié ce qui fait ou non le succès d’une entreprise (au sens le plus général du terme, marchande ou non). Il s’agit d’utiliser une procédure de communication dans laquelle il faut respecter l’ordre Why ? How ? What ?, et basée sur l’idée suivante : « Ce que les gens achètent, ce n’est pas ce que vous faîtes, mais pourquoi vous le faîtes. » Concept du Why ? How ? What ? que nous voyons reparaître dans le titre de la thèse d’Idriss Aberkane en Sciences de gestion à Paris-Saclay. Rappelons-nous qu’il annoncera en fin de conférence être revenu de Stanford avec le diagramme conceptuel du Love / Can Do, qu’il définit lui-même par Pourquoi je travaille ? et Comment je travaille ?

Le leitmotiv de tout coach en développement personnel, et autres consultants en marketing, est de nous vendre une recette prétendument miracle, une sorte d’algorithme de la réussite, en parfait accord avec la théorie classique de l’économie, qui considère les agents comme rationnels, donc un éventuel succès comme le résultat du talent et de la technique conjuguées. La rationalité des agents, ainsi que l’idée d’une réussite relevant essentiellement des qualités de celui qui la rencontre, ont été indubitablement réfutées. Notamment par Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002 pour ses travaux sur le jugement et la prise de décision, professeur émérite à l’université de Princeton, spécialiste de psychologie cognitive et d’économie comportementale.

 

À la page 272 de son célèbre ouvrage Système 1, Système 2 – les deux vitesses de la pensée (dont nous conseillons à tous la lecture), en place d’ouverture du sous-chapitre Le talent et la chance, Daniel Kahneman écrit :

« Il y a quelques années, John Brockman, aujourd’hui rédacteur en chef du magazine en ligne Edge, a demandé à plusieurs scientifiques de citer leur « équation préférée ». Voici ce que j’ai proposé :

Succès = talent + chance

Grand succès = un peu de talent + beaucoup de chance »

Ancrer en soi que l’on gouverne moins ses actions que les aléas de la fortune n’en déterminent le terme est assez inconfortable ; mais cela a le mérite d’être vrai.

 

Effet Bannister (1:14:48)

« Roger Bannister, il arrive dans un contexte où il y a des congrès de médecine, des congrès de la faculté qui disent : ”Courir un mile en moins de quatre minutes, c’est pas possible, c’est une limite physiologique du corps humain, on peut pas »[…]. Et puis, Roger Bannister, il avait pas suivi le symposium de médecine de Cambridge, et du coup il a couru un mile en 3 minutes et 59 secondes. Et c’qu’est intéressant, c’est qu’une fois qu’il a fait ça, dans le monde, vous avez trois cents personnes en six mois qui ont couru le mile en moins de quatre minutes. Comment on interprète ça ? Est-ce que leur nutrition a changé ? Est-ce qu leur entraînement a changé ? Est-ce que leur physiologie a changé ? [etc.] Ou bien est-ce simplement parce qu’ils savaient mentalement, ils savaient que c’était possible, parce que quelqu’un l’avait fait ? On appelle ça l’effet Bannister. Et l’effet Bannister, vous le trouvez dans tout un tas de domaines. »

Roger Bannister était lui-même étudiant de médecine à Oxford et médecin junior lorsqu’il réalisa sa performance ; il fit par la suite une brillante carrière de neurologue.

Il semble que l’« effet Bannister » n’ait jamais existé et qu’aucun congrès de médecine n’ait jamais statué que courir le mile en moins de quatre minutes fût une limite physiologique infranchissable — cela relèverait plutôt de la croyance populaire. Durant l’année 1954, après le premier exploit daté du 6 mai, John Landy sera le SEUL et UNIQUE coureur, excepté Bannister lui-même, à descendre sous les quatre minutes. Dans les deux ans qui suivirent, il ne seront que huit ou neuf à courir le mile en moins de quatre minutes ; de 1954 à 1959, environ une trentaine.

Les méthodes d’entraînement se sont justement affinées à cette époque-là, et la précédente stagnation des records sportifs s’explique tout simplement par l’événement Seconde Guerre Mondiale.

Le « Bannister effect » n’existe pas et n’a jamais existé : c’est un mythe. Mythe que l’on retrouve sur de nombreux sites anglophones proposant des méthodes miracles pour développer son potentiel.

Sources :

 

Expérience de Charisse Nixon et théorie de l’Impuissance Apprise (1:18:50)

« Y a une professeure américaine, qui s’appelle Charisse Nixon, et elle fait un test avec ses enfants : elle leur demande de faire des anagrammes. Voyez dans la colonne de gauche [Bat-Melon-Cinerama], la copie qu’elle va donner à tous ses élèves de sa classe, donc trente élèves. Et elle leur dit, quand vous avez résolu cette copie, donc trouvé les anagrammes de ces mots, vous levez la main. Et, à trois élèves, elle va les piéger, elle va leur filer la copie de droite [Whirlpool – Leprechaun – Cinerama]. Dans la copie de droite, les deux premiers, vous pouvez chercher tout ce que vous voulez, y a pas d’anagrammes en langue anglaise. Par contre, le dernier, c’est le même. […]

Qu’est-ce qui se passe, en fait ? Quand les autres élèves, qui ont la copie avec les deux premiers impossibles, ils voient toute la classe qui lèvent la main, eh ben ! ils sont convaincus que le troisième est impossible aussi. Et ils le disent ! On les passe au détecteur de mensonges : pour eux, le troisième est impossible. Et, […], quand on leur demande : « Comment vous vous êtes sentis ? » Ils répondent : « Je ne me suis jamais senti aussi con. » On appelle ça “l’Impuissance Apprise”… »

Quiconque visionnera attentivement la vidéo Youtube de l’expérience filmée de Charisse Nixon constatera que :

  • La seconde liste (piégée) n’est pas celle que Charisse Nixon distribue — les motifs de cette substitution sont énigmatiques, car les deux premières anagrammes demeurent insolubles ;
  • Elle la distribue à toute la moitié gauche de la classe, non à trois élèves seulement ;
  • Parmi ceux ayant reçu la liste piégée, au moins six élèves trouvent la réponse à la troisième anagramme, et au moins autant sèchent parmi ceux ayant reçu la liste normale 
  • Jamais il n’est question d’un passage au détecteur de mensonges ;
  • Un seul des élèves en échec répond s’être senti « stupide » ; les autres, « sous pression », « confus(e) », « frustré(e) ».

Source : https://www.youtube.com/watch?v=p6TONVkJ3eI

 

Vu la petitesse de l’échantillon, son protocole défectueux et ses résultats, l’expérience en elle-même n’a pas grande valeur et ne prouve rien.

Cette vidéo a beaucoup circulé dans le milieu professoral, via les réseaux sociaux. Tout en invitant à regarder l’enregistrement, la plupart des commentateurs annoncent (à l’instar de Lucien Marbeuf sur son blog L’instit humeurs, hébergé par le site de FranceInfo) que tous les élèves ayant reçu la liste piégée échouent à la troisième anagramme… Le but est visiblement de suggérer que l’impuissance apprise pourrait se révéler une des causes principales de l’échec scolaire, puisque cinq minutes d’exposition à l’incontrôlabilité (c’est de celle-ci que découle éventuellement l’impuissance acquise) auraient suffi à conditionner la moitié d’une classe. C’est un genre d’heuristique : on s’épargne d’avoir à penser la complexité du problème, tâche cognitivement coûteuse.

 

Les analyses et expériences des chercheurs ayant étudié le phénomène sont pourtant autrement plus fines et plus rigoureuses, comme nous allons le voir sous peu.

« … Je ne vous surprendrai pas en vous disant que c’est un paradigme qui a été découvert par la CIA pendant la guerre froide […], par un professeur qui s’appelait Martin Seligman et qu’avait torturé des chiens. […] Martin Seligman, il a pris une cage avec un mur [au milieu]. D’un côté de la cage, il balance une décharge électrique […], le chien saute le mur, et il va du côté de la cage protégé. Ensuite, il balance une décharge de l’autre côté, et il voit que le chien saute, très bien. Ensuite, il est vraiment salaud, il balance des décharges des deux côtés. Et une fois que le chien s’est rendu qu’il peut plus rien faire, il se prostre, il accepte son destin, et, quand on ouvre la cage, il sort pas : Impuissance Apprise. »

Les résultats d’expériences menées sur des chiens par Martin Seligman en 1967, et desquelles il a tirée la théorie originelle de l’impuissance acquise en 1975, ne sont pas ceux-là. D’après l’introduction et le premier chapitre des vingt-cinq pages (pp. 677-702) consacrées à une présentation théorique de l’impuissance acquise dans L’année psychologique de 1996, les observations de Seligman furent les suivantes :

  • Les animaux préalablement exposés à des chocs électriques inévitables réalisaient de moins bonnes performances et se montraient plus passifs, dans une nouvelle situation d’apprentissage d’évitement des chocs électriques, que des animaux n’ayant pas été exposés à l’incontrôlabilité ;
  • Trois types de déficit émergent chez l’animal : a) cognitif ; b) motivationnel ; c) émotionnel ;
  • Un moyen d’éviter ces effets consiste à « immuniser » l’animal contre l’apprentissage d’incontrôlabilité en l’exposant préalablement au contrôle. L’exposition à l’incontrôlabilité n’altère pas les performances des animaux lorsqu’ils ont été exposés à des chocs électriques contrôlables vingt-quatre heures avant la phase d’entraînement.

Pour mettre en évidence de tels effets chez l’être humain, on a utilisé d’autres méthodes, plus déontologiques, comme, par exemple, confronter les sujets à des bruits désagréables incontrôlables ou à des problèmes sans solution. Si des effets analogues à ceux observés chez les animaux peuvent affecter l’être humain, ils semblent se dissiper plus rapidement chez ce dernier (ce qui doit être confirmé par davantage d’études). En bref, la théorie originelle de Seligman clive et engendre diverses écoles d’interprétation, et rien n’est clairement établi quant à la manière d’expliquer les effets de l’incontrôlabilité chez l’humain.

 

« Pour être tout à fait honnête, j’ai décidé d’écrire mon bouquin parce qu’on ne savait pas que le professeur Seligman avait participé au programme de torture de la CIA […] ; ç’a été révélé plus tard. Il faisait partie de l’Américan Psychological Association, […]. Il était un membre éminent de cette association, et aujourd’hui, on a toutes les preuves qu’il a participé au programme de torture de la CIA. C’est là que j’ai voulu faire mon bouquin. […] On pourrait parler des neurosciences pour le grand public. S’il y a des gens qui font du travail pour voir comment manipuler les gens, ce serait pas mal qu’il y ait des gens qui fasse du travail pour essayer de les informer. Et c’était un peu le sujet de ce boulot… »

C’est donc un sursaut éthique qui l’a décidé à écrire son livre. Un article s’occupera bientôt de vérifier si Idriss Aberkane y informe aussi consciencieusement le public qu’il le fait durant ses conférences.

«… L’impuissance apprise, testée à l’école, ça marche super bien. Et le pire, c’est que quand il y a un échec scolaire, on ne peut pas dire si l’échec est dû au fait que l’élève est bête, c’est-à-dire à une déficience cognitive, ou si c’est parce qu’il croit qu’il est bête. Pour le savoir, il faudrait mettre l’élève en imagerie cérébrale. On ne peut pas avoir une IRM par école. »

Nul besoin d’une IRM pour évaluer les capacités cognitives d’un élève en difficulté ; un test de Q.I. contrôlé y parvient en général très bien. Par exemple, et malgré ce que clament et relaient souvent les livres et la presse grand public, la recherche scientifique montre qu’une immense majorité des enfants à haut potentiel (Q.I. > 130) ne connaissent pas l’échec scolaire — échec qui peut aussi s’expliquer, ou être aggravé, par des facteurs environnementaux négatifs (instabilité familiale, maladie, pauvreté). Sans risque de se fourvoyer, nous pouvons supposer que le nombre de cas d’échec scolaire s’expliquant principalement par l’impuissance acquise doit être assez marginal. Quoiqu’il ne faille pas négliger les effets de l’impuissance apprise, il ne faut pas, non plus, en exagérer l’importance.

 

À la page 691 du document susnommé, dans la partie réservée à la « théorie informationnelle de l’IA » (théorie qui met l’accent sur le déficit cognitif), nous pouvons lire que : « Toutefois, l’existence d’un transfert d’apprentissage d’incontrôlabilité n’a jamais été clairement démontrée. » Puis, juste avant la conclusion, à la page 693 : « […], compte tenu des déficits de performances enregistrés suite à l’exposition à l’incontrôlabilité, on a tenté d’appliquer la théorie originelle de l’IA à la situation scolaire, mais peu de correspondances pouvaient être établies entre les situations en laboratoire et la situation des élèves en échec scolaire. »

Rappel : L’école ne soumet aux élèves que des problèmes solubles.

Source : https://www.persee.fr/docAsPDF/psy_0003-5033_1996_num_96_4_28925.pdf

 

Expérience de la prison de Stanford (1:31:00)

« Alors, si on en revient à des expériences de conditionnement, dont l’objectif est de se libérer, vous avez entendu parler de l’expérience de la prison de Stanford, ou pas. Et, pourtant, tout le monde devrait en avoir entendu parler, parce que c’est une expérience extraordinairement intéressante. Très controversée à l’époque, qui ne respecte pas la règle n°1 de la doxa scientifique actuelle : “ne faîtes pas partie de votre propre expérience”. […] Et pourtant l’expérimentateur, il a fait ça. Il a pris un car d’étudiants… Non ! Pas que d’étudiants ; de pères de famille, de gens qui avaient été vérifiés dans leur background aucun antécédent d’ordre judiciaire ou psychiatrique. Et il leur dit : “à partir de maintenant, tous les gens à ma gauche, vous allez jouer des faux prisonniers dans une fausse prison ; tous les gens à ma droite, des gardiens, dans une fausse prison.” […]

Il a dû arrêter l’expérience en 72 heures ; c’est totalement parti en vrille ; et lui le premier […], il s’est mis à abuser. […] En 72 heures, il y avait vraiment des prisonniers qui croyaient qu’ils étaient coupables et méritaient leur sort, et des gardiens qui devenaient complètement sadiques. Rien, et c’est ça la conclusion de l’expérience, rien dans la recherche d’antécédents n’aurait permis de soupçonner ça, rien ! Philip Zimbardo a appelé ça « l’effet Lucifer ». Dans les bonnes conditions, vous pouvez transformer une part significative de la population… C’est jamais 100%, il y a toujours quelqu’un qui va se lever. En l’occurrence, il avait une étudiante à lui dans les gardiens qui lui a dit : “Stop ! On on arrête tout, t’es en train de devenir fou”, et qu’il a sortie. Ils se sont mariés ensuite. […]

Ça peut se terminer mal quand on sait pas, parce que, oui, ça s’est reproduit cette histoire ; ça s’appelle la torture d’Abu Ghraïb, pendant la guerre d’Irak. […] Et Philip Zimbardo a eu à témoigner, pendant le procès des soldats qu’ont fait ça. […] Il a dit : “Mais les gars, vous le saviez ! Quand vous donnez trop de pouvoir à certaines personnes, elles vont en abuser, juste pour le fun.” […]

Ça n’avait pas été suffisamment diffusé… »

Les vingt-quatre participants à l’expérience étaient tous des étudiants masculins payés quinze dollar par jour, sélectionnés parmi soixante-dix candidats s’étant portés volontaires pour participer à une expérience sur la vie en prison, présentée comme telle. Christina Maslach, dont l’intervention a mis fin à l’expérience, et qui s’est effectivement marié avec Zimbardo ensuite, a justement obtenu son doctorat de psychologie à Stanford en 1971 (année de l’expérience), et si elle a participé, c’est en tant qu’observatrice extérieure, non en tant que gardienne. Les deux-tiers des gardes n’ont présenté aucun comportement cruel ou inhabituel. Le garde le plus célèbre, surnommé John Wayne, a même expliqué qu’il essayait simplement d’imiter le personnage de Strother Martin (Captain) dans Cool Hand Luke (avec Paul Newman). L’expérience s’est arrêtée au bout de six jours, non après soixante-douze heures ; elle devait initialement durer deux semaines.

L’étude présente de nombreux défauts :

  • Biais de sélection (manière orientée de présenter l’expérience pour recruter des participants) ;
  • Biais de confirmation (Zimbardo avait une idée préconçue d’à quels résultats l’expérience devait aboutir) ;
  • Échantillon trop petit et non-représentatif de la population ;
  • Participation active et partiale de l’expérimentateur dans le rôle de l’autorité suprême (Zimbardo incarnait le surintendant de la prison) ;
  • Constat par des pairs que les résultats étaient rendus insignifiants en raison de l’insuffisance des contrôles ;
  • Témoignages des participants ne cadrant pas toujours avec les conclusions de Zimbardo ;
  • Contexte socio-politique virulent affectant la neutralité de l’expérience (des émeutes en milieu carcéral avait fait la une de l’actualité).

Autant d’anomalies et d’irrégularités protocolaires qui font de l’expérience de la prison de Stanford une imposture et une fraude scientifique, dont il faut s’interdire de tirer un quelconque enseignement général sur la psychologie humaine.

 

Sources :

Le quatrième lien range même les pseudo enseignements psychologiques de l’expérience de la prison de Stanford dans la catégorie « Ridiculous Lies ».

 

Zimbardo, appelé par la défense des geôliers tortionnaires de la prison d’Abu Ghraïb, à comparaître au tribunal comme témoin-expert, y a fait cette fameuse déclaration : « Vous ne pouvez pas être un concombre doux dans un tonneau de vinaigre. » D’après lui, les accusés étaient peu responsables de leurs actes et surtout victimes de l’environnement. Les juges ne l’ont pas entendu de cette oreille.

Nous pourrions aussi opposer à Zimbardo un court extrait du dernier chapitre de La culture du narcissisme, écrit en 1979 par le sociologue américain Christopher Lasch :

« La thérapie considère comme une maladie ce qui aurait pu être jugé comme une action imputable à la volonté, ou, au contraire, au manque de volonté ; elle donne, ainsi, au patient, le moyen de lutter contre sa maladie (ou de s’y résigner), au lieu de se blâmer irrationnellement. Mais, lorsqu’elle est appliquée de manière injustifiée, hors du cabinet de consultation, la moralité thérapeutique favorise la disparition du sens moral. Il existe un rapport étroit entre l’érosion du sens moral et l’affaiblissement de l’autonomie. […] Qui dit : “Tu n’es pas coupable”, dit aussi : “Tu n’es pas capable”. »

 

Fritz Zwicky (1:34:40)

« Ça c’est quelqu’un que j’aime beaucoup : il s’appelle Fritz Zwicky, et il était complètement jeté le mec, complètement. C’était un génie. Très très grand physicien américain d’origine suisse. Et c’est quelqu’un qui a découvert, spéculé, pardon : la matière noire, l’énergie noire et les étoiles à neutrons.

Le problème, c’est qu’il a spéculé ça dans les années 40, et que tout ça a été découvert dans les années 60 à 80. Donc, évidemment, sa carrière a été relativement pénible ; mais, coup de bol, il était autiste, donc il en avait absolument rien à foutre de ce que les gens pensaient de lui. Et il avait du coup une insulte préférée : « connard sphérique » [spherical bastard], qui veut dire que, sous n’importe quel angle, t’es un connard en fait. »

Il est aujourd’hui considéré comme le père théorique de la matière noire, des lentilles gravitationnelles galactiques et des étoiles à neutrons — mais certainement pas de l’énergie noire ; objet physique proposé en 1998 pour expliquer l’accélération de l’expansion de l’Univers ; même Wikipédia enjoint ses lecteurs à ne surtout pas confondre ces deux obscurités physiques.

Ce polytechnicien suisse d’origine bulgare (et non américain d’origine suisse) a fait une brillante carrière universitaire et scientifique aux États-Unis. Dès 1925, il est appelé à travailler à Caltech, et dispose d’un bureau situé dans le même couloir que celui d’Oppenheimer, après avoir reçu la bourse internationale de la Fondation Rockfeller. Il est nommé professeur d’astronomie en 1942, et il travaille également comme directeur de recherche pour Aerojet Engineering Corporation — il détient de plus de 50 brevets, dont beaucoup dans la propulsion à réaction. Membre du personnel de l’Observatoire du Mont Wilson et de l’Observatoire Palomar pendant presque toute sa carrière. Reconnu et honoré de son vivant, principalement pour ses innovations et ses nombreux travaux en astronomie, il reçoit en 1949 la médaille présidentielle de la Liberté des mains de Truman ; en 1972, la médaille d’or de la Royal Astronomical Society, et est nommé professeur émérite de Caltech en 1968. Un astéroïde et un cratère lunaire portent son nom.

Il était également réputé pour son caractère bourru, la crainte qu’il inspirait à ses étudiants et une certaine propension à l’outrecuidance, ce qui explique son insulte favorite (« spherical bastard »). Le génie est loin de toujours s’accompagner de douceur et de magnanimité (cf. Newton, Michel-Ange, Schopenhauer, etc.)

Sa carrière ne peut être considérée comme « pénible ».

D’où provient l’information que Zwicky eût été autiste ? Mystère. En revanche, Zwicky est cité, en épigramme, à la page 73 du livre Univers et l’Infini de Joseph Silk, au chapitre 6, Amas et formation d’amas « Il y a d’un côté ces jeunes cosmologistes et physiciens enthousiastes mais complètement irresponsables qui construisent des univers imaginaires qui n’ont aucune valeur scientifique ni artistique. Il manque simplement à ces hommes une bonne appréciation de la pauvreté en faits définitivement connus et la conviction que sans de tels faits toute spéculation est largement futile… Et d’un autre côté, il y a beaucoup trop d’observateurs, notamment parmi ceux qui font usage des grands télescopes, dont les connaissances en physique fondamentale sont maigres… Les interprétations sont trop souvent de type autiste plutôt que scientifique… »

Pourquoi diable un autiste (qui, si le on le sait l’avoir été, devait se savoir l’être) justifierait-il le rejet d’interprétations spéculatives en les accusant d’autisme ? Si cet autisme présumé (fantasmé?) l’avait rendu indifférent aux jugements extérieurs et aux affres de l’ostracisme, pourquoi aurait-il si souvent qualifié ses congénères de « spherical bastard » ?

 

Sources :

 

Mignonnitude Technologique

 

Machine d’Anticythère (1:51:55)

« Autrement, quand une techno n’est pas mignonne, voilà ce qu’il lui arrive [image d’un fragment de rouage] : ça c’est la machine d’Anticythère, c’est un ordinateur analogique quand Jules César avait quatorze ans. Et c’est pas un truc « borderline » que je vous raconte, c’est de l’archéologie de base.[…] C’est une machine qui est aussi compliquée que la machine Enigma des nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Pour être tout à fait exact, elle est quelque part entre la Pascaline de Pascal et la machine Enigma des nazis en matière de complexité algorithmique. C’est comme si je vous disais un MacBook Air du temps de Jésus-Christ ; c’est le même écart.[…] Ça prédisait les éclipses ; c’était indiscernable de la magie ; et comme c’était indiscernable de la magie, ben ç’a disparu : les gens en ont eu peur ! »

On parle dans le cas de la machine d’Anticythère du premier calculateur analogique parce qu’elle nécessite d’être actionnée par une manivelle, et c’est même pour cette raison que le terme « horloge astronomique » n’est pas vraiment approprié pour la décrire. Son caractère extraordinairement précurseur, en regard de ce que nous savons de l’histoire de la technologie, est qu’elle constitue la première machine à rouages connue et renferme des engrenages différentiels, dont nous n’avons pas trace en Europe avant le XIIIe s. ; mais elle n’est pas à proprement parler une « machine à calculer », ce qu’est en revanche la Pascaline de Pascal, toujours vue comme la première du genre. Quand à la machine Enigma, elle est bien plus complexe, puisqu’elle permet pas moins de 10 puissance 16 possibilités de codage.

À propos de la machine d’Anticythère, Lorenz Baumer, directeur de l’Unité d’archéologie classique de l’UNIGE, nous enseigne que : « Son utilité n’était pas pragmatique. Les savants de l’époque n’avaient pas besoin d’un tel calculateur, une feuille et un crayon suffisaient. Cette machine était un gadget, un objet de luxe montrant tout ce que l’on savait et savait faire au IIe siècle av. J.-C. »

Enfin, présenter un fragment d’antiquité ayant passé deux mille ans dans l’eau pour attester de son manque de « mignonnitude » est ridicule ; mieux vaut s’en référer aux reconstitutions les plus fidèles de l’objet complet — qui avait l’air plutôt joli.

Sources :

 

L’éolipyle (1:52:50)

« La boule d’Éole : l’éolipyle. Donc ça c’est juste une machine à vapeur à Alexandrie, dans l’Égypte ptolémaïque. Une machine à vapeur dans l’Égypte du IIIe siècle… Heu… Même pas, même pas, je crois que c’est IIe, je ne saurais plus vous dire… Héron d’Alexandrie, il avait créé ça. Il y avait un temple, le temple d’Éole[…], et du coup l’objectif était de faire un truc : quand vous faisiez une donation, y a un prêtre qui arrivait, qui allumait un feu, et, là, miraculeusement, une minute plus tard, les portes s’ouvraient, comme par magie. Et, en fait, comment ça marchait ? Bah !, c’était une machine à vapeur. Là vous voyez le procédé de base : y a un chaudron, fermé bien sûr, avec de l’eau dedans, et puis y a des tuyaux qui partent vers la boule, et puis autour de la boule vous avez des tuyaux tangents qui tournent quand on allume un feu, et ça, ça actionnait une courroie de transmission avec des poulies. C’était une machine à vapeur ! Dans l’antiquité !

À ma connaissance, la révolution industrielle n’a pas eu lieu à cette époque, parce que ça, c’était indiscernable de la magie. Il a même appelé ça la boule d’Éole, en mode « c’est Éole qui me l’a donnée : je suis pote avec lui ; mais n’essaie pas de le refaire, sinon la foudre va s’abattre sur toi ! » Et c’était ça l’enjeu, c’est-à-dire qu’un innovateur, à l’époque, il fallait surtout pas qu’il montre comment fonctionnait ses inventions ; donc ne pas les rendre mignonnes, et quand vous ne rendez une invention mignonne, elle disparaît… »

Le mécanisme d’ouverture automatique des portes d’un temple — baptisé Machine n°37 (ou n°38, les sources divergent) par Héron d’Alexandrie — n’est pas une machine à vapeur, mais une machine hydropneumatique, dont le principe moteur est différent de celui de l’éolipyle. Nous pouvons d’ailleurs retrouver cette dommageable erreur sur la page Wikipédia consacrée à Héron d’Alexandrie.

L’éolipyle (qui, effectivement, aurait pu déclencher une révolution industrielle avant l’heure si son concepteur en avait perçu tout le potentiel) fut conçu comme un objet de divertissement, une source d’amusement, un jouet ayant vocation à être utilisé comme tel, non comme un objet magique offert par Éole.

Héron d’Alexandrie ne peut avoir vécu à la fois dans l’Égypte Ptolémaïque et durant le IIIe s. ou IIe s. ap. J.-C., et pour cause : l’Égypte Ptolémaïque couvre la période allant de 323 à 30 av. J.-C. Héron a vécu dans l’Égypte Romaine, et c’est pendant la seconde moitié du Ier s. que nous trouvons des traces de sa présence à Alexandrie.

 

Sources :

 

La « pile » de Bagdad (1:54:18)

« Un autre exemple, c’est la Pile de Bagdad. Truc de dingue : c’est une pile électrique, chez les sassanides, au plus tard au VIIe siècle, donc en Perse ; en Irak maintenant. On sait absolument pas à quoi elle servait (a priori c’est pas pour charger un Iphone), mais on sait qu’elle fonctionnait. Ou bien c’était pour faire de la galvanoplastie (plaquer un métal), ou bien on soupçonne que c’était pour une cérémonie initiatique dans un temple ; en mode « bzzzit, ainsi parlait Zarathoustra, tu me dois cents balles « … Elle fonctionnait au VIIIe siècle, c’est ça qu’est dingue ! Et elle n’a pas été adoptée, car elle était indiscernable de la magie. Autrement, les gens qui veulent faire adopter la technologie très vite et très bien, comment ils font ? Il la rende mignonne. »

Chacun pourra consulter la page du CNRS consacrée à « La prétendue pile de Bagdad », qui est la source fiable la plus récente (dernière mise à jour : juillet 2017). Fiche classée dans la catégorie « Mythes et légendes de l’électricité et du magnétisme », et que les trois chercheurs l’ayant rédigée introduisent comme suit :

« A la différence de nombreux sites où l’on peut lire que la pile électrique a été inventée il y a 2000 ans et que cette pile servait à la dorure d’objets métalliques, nous disons ici que :

  1. L’hypothèse de l’invention de la pile est très peu vraisemblable aussi bien scientifiquement qu’historiquement, même si on peut toujours imaginer qu’on ajoute des éléments à un objet pour en faire une pile électrique.
  2. La dorure d’objets métalliques par électrolyse supposerait que l’on ait disposé, dans l’Antiquité, de sels d’or en solution, ce qui est encore moins vraisemblable. »

Peu avant de conclure, les auteurs ajoutent : « Paul T. Keyser a imaginé pour le mystérieux vase une autre application électrique, déjà évoquée par Koenig : une utilisation médicale du courant produit, éventuellement dans un cadre religieux. Mais la tension délivrée par une seule « pile » est très inférieure aux valeurs auxquelles l’organisme humain est sensible, en cas d’application sur la peau. »

 

Source : http://www.ampere.cnrs.fr/histoire/parcours-historique/mythes/pile-bagdad

 

La vie notée (02:00:00)

« On est tellement habitué aux étiquettes, que je suis convaincu qu’un jour vous pourrez mettre grand vin de Bordeaux sur une bouteille de Coca, et les gens l’achèteront comme tel. On nous a conditionnés à réagir sur ce qui est écrit, pas à ce qui est vraiment, pas à la nature même de ce qu’il y a dans le flacon. »

C’est tout à fait juste. Idriss Aberkane est lui-même une allégorie du pouvoir des apparences :

  • Bien que ses travaux de recherche soient quasi inexistants et que l’intéressé ne puisse revendiquer aucune réalisation scientifique citée dans la littérature, il est crédité des titres de « chercheur en neurosciences » et « génie précoce ».
  • Trois doctorats (mais aucun en neurosciences), un CV époustouflant, une faconde hypnotique, des présentations avantageuses à la TV et dans la presse, et beaucoup s’enivrent de ses discours, sans avoir conscience à l’évidence du décalage entre le produit et son emballage.7

 

Repas de connaissances et 20/20 de moyenne (02:02:18)

« Interrogeons-nous juste sur cette ergonomie de l’apprentissage. […] Ça peut être bien de faire des allégories, des paraboles.[…] Alors, imaginez : vous êtes dans un hôtel cinq étoiles devant un buffet à volonté. […] Et là, vous avez faim. Ben vous êtes au paradis ! Et, maintenant, imaginez que le maître d’hôtel débarque, et qu’il vous fait : « Tu dois tout manger… Tout ! Et tout ce que tu laisseras sera porté sur l’addition. […] Tu seras sanctionné sur ce que tu n’as pas mangé. Si tu en laisses trop, non seulement tu paieras une addition mirobolante, mais, en plus, tu seras dégagé de l’hôtel, on fera une haie d’honneur pour t’humilier ; on sera tous autour de toi en train de chanter que t’es un crevard qu’a pas réussi à finir le buffet”. Et puis, le maître d’hôtel sort et vous fait : « Ah ! Au fait, t’as une heure. Parce que quelqu’un l’a fait avant toi en une heure, donc on sait que c’est possible. »

Là vous êtes en enfer. Le buffet est le même, mais les règles du jeu ont changé. Y a Règle n°1, y a Règle n°2 : l’une, c’est le paradis ; l’autre, c’est l’enfer. Si cette situation arrivait à vos gosses une fois dans leur vie ; que quelqu’un les séquestre et les oblige à bouffer un buffet entier, sous peine de sanctions ; si ça vous était arrivé même à vous, vous seriez en analyse pendant dix ans. Et si je vous disais que ça vous est déjà arrivé, pendant pas un jour, mais trois mille jours dans votre vie.

C’est quoi cette situation que je viens de décrire ? [il affiche un air affecté] À beaucoup d’égards, dans l’enseignement, vous êtes sanctionné, non pas sur ce que vous avez mangé, mais sur ce que vous n’avez pas mangé. »

I. Aberkane nous affirme qu’entre la manière paradisiaque et la manière infernale de présenter ce buffet, seules les règles du jeu auraient changé. Élèves attentifs et studieux, nous achoppons sur l’exposé du docteur Aberkane : si pour la version infernale nous avons bien assimilé les (méchantes) règles du jeu (l’image de la haie d’humiliation étant délirante à souhait), nous peinons à voir selon quelles règles nous devons jouer dans la version paradisiaque… Eurêka ! Mais c’est bien sûr ! Il y a tout simplement absence de règles ! Pas de règle : c’est le Paradis. Malgré cette réjouissante illumination, les apprenants avides de logique et de cohérence que nous sommes demeurent insatisfaits : Comment des règles inexistantes peuvent-elles changer ? Si la règle est l’absence de règle, est-ce encore une règle ?… Il nous répétera pourtant : « Y a Règle n°1, y a règle n°2, y en a une, c’est le paradis, et l’autre, c’est l’enfer. »

Quand bien même la règle n°1 serait « mangez ce que vous pouvez ou voulez, au rythme qui est le vôtre » (ce qui revient à dire « faîtes comme vous voulez », soit une absence de règle, bref…), cela implique, d’une part, une complète individualisation de l’enseignement pour chaque élève (ce qui est irréaliste) ; d’autre part, que les élèves dotés d’appétits modestes et d’une digestion lente verront leurs camarades les plus voraces engloutir et assimiler la connaissance avec une vitesse et une efficacité bien supérieures aux leurs (ce qui ne rendra pas moins visibles les différences de capacités entre les élèves, ni n’abolira la hiérarchie dont naît parfois un sentiment d’infériorité).

Que l’on soit jugé sur ce que l’on a mangé ou sur ce que l’on a pas mangé, que cela change-t-il vraiment au résultat ? Dans un cas, il s’agit d’une addition à partir de 0 en fonction de 20, qui est le maximum « mangeable », dans l’autre, d’une soustraction à partir de 20, qui est toujours le maximum « mangeable » : 0 + 15 = 15 ou 20 – 5 = 15. Vaut-il mieux établir comme principe que tout le monde part de zéro, ou que tout le monde peut potentiellement arriver à 20 ? Constatant à quel point il aisé de présenter les choses aussi négativement que positivement, dans un sens comme dans l’autre, la métaphore ne peut être que défaillante.

De plus, celle-ci se fonde implicitement sur la contre-vérité (démagogique et bien-pensante) que les enfants (et les individus en général) auraient tous les même capacités cognitives à la base : les psychologues sérieux et rationnels savent que c’est faux. La nature ne se préoccupe point de démocratie et de politiquement correct, et, comme disait Feynman : « La réalité doit avoir préséance sur les relations publiques, car la nature ne peut pas être dupe. »

Avons-nous déjà vu un élève être sévèrement blâmé parce qu’il a 16 ou 18, au prétexte qu’il n’aurait pas mangé tout le buffet ? Un élève qui présente plus de 16 de moyenne au baccalauréat ne reçoit-il pas une mention « Très Bien » ? N’est-il pas édifiant d’enseigner que la perfection est un idéal vers lequel il faut tendre, mais que l’atteindre relève de l’exception ? Certains préfèreront croire que tout le monde est exceptionnel, c’est-à-dire eux les premiers… Nous renvoyons ceux-ci à l’effet Dunning-Kruger, ou encore aux diverses études montrant qu’une large majorité de gens s’estiment au-dessus de la moyenne.

 

Elon Musk et le moratoire sur les armes autonomes (2:14:00)

« Il [Elon Musk] a milité pour qu’il y ait un moratoire sur les armes autonomes ; ça c’est la classe. Vous vous rendez compte que ce ne sont pas nos élus qui ont fait ça, c’est un gars privé ! qui a milité pour qu’il y ait un moratoire, une convention de Genève des armes autonomes.[…] Donc, lui, il a fait un moratoire là-dessus, et je le respecte énormément pour ça. »

C’est « Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns, [qui] a appelé [le] jeudi [30 mai 2013] à un moratoire sur le développement et l’utilisation des « robots létaux autonomes » (RLA), afin de permettre une réflexion internationale sur l’encadrement de ces machines dotées du pouvoir de tuer. »

Cette initiative émane bien d’une instance officielle internationale, en l’occurrence de l’ONU, et non d’un « gars privé ». Elon Musk n’est qu’un des célèbres signataires (parmi cent autres chercheurs, dont Stephen Hawking, Steve Wozniak et Noam Chomsky) de la lettre ouverte, datant du 27 juillet 2015 (soit deux ans après le premier appel de Christof Heyns), publiée par le Future of Life Institute (FLI) à l’occasion de l’IJCAI, une conférence internationale sur l’intelligence artificielle, qui s’est tenue, cet été-là, à Buenos Aires.

Sources :

 

Puce RFID, Finlande et Smoothies (2:15:50)

« Y a une société finlandaise qui a mis un implant sous-cutané pour faire pointer ses employés en échange de smoothies gratuits…[rires du public] Les mecs ont dit oui ! »

Il n’est pas question de la Finlande, mais de la Suède, et nul article ne semble mentionner que les (ou la partie des) salariés ayant accepté l’implant d’une puce RFID par leur entreprise l’ont fait en échange de smoothies gratuits : il sont tout simplement volontaires. L’achat de smoothies au distributeur n’est qu’un exemple parmi d’autres des possibles usages de la puce — comme le pointage, l’ouverture des portes à accès sécurisé, ou encore l’utilisation de la photocopieuse.

 

Sources :

 

Sandwich de la connaissance (2:24:00)

« Une fois que vous avez créé une fenêtre, pour vous, pour votre consommation personnelle, sur les nouveaux écouteurs qui vont bien, la nouvelle bande-dessinée pour votre collection ou votre lieu de vacances ; quand vous fermez votre fenêtre, vous détruisez de la connaissance, et c’est jamais bon de détruire de la connaissance… »

Avant qu’il n’en vienne au sandwich de la connaissance, nous pouvons apercevoir, en guise d’illustration de ce qu’est un repas de connaissances sur internet, que les mots-clés inscrits par Idriss Aberkane dans la barre de recherche du navigateur Google sont : « latest apple product ». Nous sommes pantois (ou feignons de l’être), et comprenons mieux son refus de définir ce qu’est une connaissance, ainsi que son militantisme en faveur d’une économie de la connaissance. C’est que sa définition pourrait grandement choquer l’esprit commun ; esprit commun qui accole généralement les notions de savoir et d’érudition à celle de connaissance.

« Moi j’ai voulu inventer le sandwich de la connaissance. […] C’est facile à préparer, c’est facile à manger, c’est facile à partager : vous cassez le sandwich en deux, hop !, c’est bon, en une seule action, c’est partagé… »

Pour qui a bien suivi les précédents enseignements du Dr. Aberkane, l’image du sandwich est très contrariante, car elle rentre en conflit avec ses propres énoncés sur le partage de connaissances, à savoir que partager un bien le divise, mais que partager une connaissance la multiplie. Couper un sandwich en deux le multiplie-t-il ?

L’aporie illustre les limites (vites atteintes) d’un exposé presque entièrement fondé sur des métaphores.

 

Origine de la lettre « A » et alphabet phénicien (2:28:20)

« La lettre « A », c’était une tête de taureau[…] Y avait même pas de prononciation, y avait pas de son, c’était juste une note, pour étendre la mémoire humaine. Et puis petit à petit, par les échanges sur les tablettes d’argile, la lettre s’est retournée ; et on s’est retrouvé chez les Phéniciens, qui ont créé le premier alphabet connu de l’humanité, après les sumériens où c’était pas un alphabet. Eh bien ! On s’est retrouvé avec une tête de taureau, la lettre « A », la plus vieille lettre encore en existence aujourd’hui… »

Des sons et des prononciations étaient évidemment associés aux pictogrammes et aux idéogrammes, avant même qu’ils ne deviennent des phonogrammes. Le mouvement va forcément du parlé vers l’écrit.

Bien que l’alphabet phénicien soit à la base de la plupart des alphabets du monde, le premier alphabet organisé connu est en écriture cunéiforme simplifiée de trente signes ; il fut inventé à Ougarit, ville commerçante de la côté syrienne vers le XIVe siècle av. J.-C.

Chez les phéniciens, l’aleph n’a pas connu de rotation supérieure à 90° ; ce sont les grecs qui le retourneront complètement pour engendrer l’alpha que nous utilisons encore aujourd’hui.

 

Sources :

 

Du sandwich au lac (2:30:00)

« Ma lettre « A », ben c’est le fleuve, hmm… Parce que le fleuve, c’est le repère d’espace par excellence. […] Le fleuve, c’est le point de repère dans l’histoire humaine ; alors, du coup, j’en ai fait un lac, parce que je vis à Neufchâtel. […] Et, du coup, vous voyez, on met tous les onglets autour, les onglets qui seraient pertinents par rapport à une recherche donnée. […] Vous faîtes une recherche, du coup, comme ça vous pouvez chercher une série d’onglets directement. […] Et, directement, vous avez une série de contenus pertinents. […] Ben ça, pour moi, c’est un sandwich de connaissances. Le pain, c’est le fleuve : ça permet de tenir le contenu, et en même temps c’est plus agréable à manger parce qu’il est là. Pour votre esprit, manger, c’est spatialiser[…] Ça favorise votre digestion, parce que c’est spatialisé. […] Les protéines, c’est les liens que vous voyez là. […] Et la salade, elle est pas montrée là, mais c’est les espaces roses, où en fait je mettrai des forêts pour décorer, et très rapidement on pourrait faire : « Cette forêt est offerte par BMW »… Et, là, vous avez le modèle économique. […] Donc, le sandwich de connaissances, c’était ça la réflexion de cette thèse, car si on échoue à l’inventer, ce putain de sandwich, eh bien ! ça va se passer par intraveineuse. »

L’analogie lac/pain est illogique : le lac rassemble autour de lui ; le pain, en lui. Dans un cas, les ingrédients sont à l’extérieur ; dans l’autre, à l’intérieur. Le premier évoque un fluide en mouvement ; le second, un solide statique.

En énumérant les ingrédients composant la « série de contenus pertinents », nous remarquons qu’il n’y a au menu que des GAFA, du Instagram, du Snapchat, du Linkedin, du Twitter, (dans le meilleur des cas) du TED et du Wikipédia. N’en soyons point indisposés, et même repaissons-nous de voir enfin une logique se dégager de l’image : un sandwich, par définition, c’est de la « fast-food ».

N.B. : Qui se rendra sur le site de Chréage (son « bébé », comme il dit), découvrira, qu’après avoir été fleuve, puis lac, le pain est devenu brin d’ADN. Les Métamorphoses du vide.

 

Oiseau jardinier satiné ; poisson-globe et crop circles (2:35:20)

 

Oiseau jardinier satiné

 

« L’oiseau jardinier satiné, on l’appelle comme ça parce qu’il a une plume bleue sur l’épaule. […] Le signe des temps est qu’avant il mettait des petites fleurs bleues, et que les petites fleurs bleues ont disparu, alors maintenant, il met des brosse à dents, des capuchons de stylo et des bouchons de bouteille. […] Si jamais la femelle veut bien de lui, eh bien ! il aura des œufs avec elle. Eh bien ! cet oiseau, il illustre les trois « P » de l’amour : Précision, parce que quand il est amoureux, il arrive à dévisser un bouchon de bouteille, c’est super chaud. »

Si l’oiseau jardinier satiné s’appelle ainsi, c’est parce qu’il a un plumage intégralement noir qui produit des reflets bleutés selon l’angle d’incidence de la lumière (principe de l’iridescence), non parce qu’il a une plume bleue sur l’épaule. Ils ne dévisse pas les bouchons de bouteilles en plastique bleu dont il décore, entre autres objets, son nid de séduction : il les glâne tels quels.

 

Source :https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/video-quand-le-jardinier-parade_100696

 

Poisson-globe et crop circles (2:38:50)

« Vous avez par exemple ces fameux cercles extra-terrestres dans les océans ; vous avez peut-être vu ça sur les réseaux sociaux. Donc, en fait, c’est un petit poisson, qui est tout petit[…], qui, quand il veut avoir une descendance, fait ce grand espace qui est l’équivalent d’une demi-douzaine de terrains de foot. »

Un terrain de football pour les matchs internationaux fait 7000m2 ; un mâle humain moyen, disons 180cm de haut ; le poisson-globe en question, 12cm de long ; un « crop circle » nuptial, 2m de diamètre au maximum. Six terrains de football représentent donc une surface de 42 000m2 ; le poisson-globe est quinze fois plus petit que notre mâle humain (180/12 = 15).

Un « crop circle » eut dû s’étendre sur 2800m2 pour équivaloir à six terrains de foot à l’échelle du poisson-globe ; pour qu’un « crop cricle » de 2m de diamètre équivalût à six terrains de foot à l’échelle humaine, le poisson-globe eut dû mesurer moins d’un demi-millimètre.

Source : https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/video-pourquoi-le-poisson-globe-dessine-t-il-des-crop-circles-sous-l-eau_100447

 

 

 

Faut-il être un génie ?

En 1895, Paul Valéry, alors âgé de 24 ans, après de brèves études de droit, publiait Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, et ce n’est sûrement pas un hasard que le génial académicien ait plus tard renchéri sur le maître universel : « Qui veut faire de grandes choses doit penser profondément aux détails. »

Quoique Idriss Aberkane ait déjà avancé que l’« on mesure la grandeur de ce que l’on fait à l’importance des gens qui essaient de vous arrêter », il nous a clairement indiqué, en accord avec Léonard et Valéry, que l’on mesure le degré de grandeur, d’excellence ou de perfection d’une œuvre à l’aune de l’attention aux détails que son auteur y prête, traduction concrète de l’amour qu’il lui porte. C’est donc avec des outils de sa propre invention qu’il est juste d’évaluer la qualité du travail fourni. Le diagramme du Love Can Do rend une appréciation sans complaisance : Idriss Aberkane n’aime faire, ni ne fait bien ce qu’il fait — ou prétend faire.

Comment travaille-t-il ? Manifestement, sans rigueur ni probité. Il en résulte, d’une part, que lui payer de l’attention et du temps est toujours un commerce fâcheux ; d’autre part, qu’il est indigne de confiance, donc en marge de la science.

Pourquoi travaille-t-il ? Censément, pour émanciper les consciences et participer à rendre le monde meilleur. Louable dessein. Mais on ne peut ni libérer les cerveaux en les enfermant dans le mensonge, ni changer un monde que l’on décrit tel qu’il n’est pas, avec force métaphores spécieuses pour seuls appuis rhétoriques, et pour seuls modèles économiques des multinationales régnantes, qui font vraiment le monde tel qu’il faudrait le changer.

 

Nul besoin d’avoir trois doctorats (l’auteur principal de cet article n’a jamais fréquenté les amphithéâtres) pour invalider la quasi intégralité d’une conférence de trois heures vendue par Idriss Aberkane, dont, pourtant, nous attendions légitimement compétence et expertise véritables. « Docteur », « chercheur, « génie », « polymathe », autant de titres valorisants qui confèrent prestige et autorité à celui qui les porte, à condition qu’ils soient mérités.

 

« Ce n’est pas le titre qui honore l’homme, mais l’homme qui honore le titre. » Nicolas Machiavel


NB : Monsieur Aberkane a évidemment un droit de réponse sur les pages de ce blog.


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80 réponses
    • Eupalinos Teste
      Eupalinos Teste dit :

      Merci mille fois pour ce commentaire très gratifiant dont je ne peux qu’être honoré. Vraiment ravi que ça vous ait plu.

      Répondre
    • jeiaz
      jeiaz dit :

      On dit les deux, les circonlocutions sont des « détours de langage qui, en évitant les termes précis, visent à masquer la pensée ou à adoucir ce que l’on veut dire » (http://www.cnrtl.fr/definition/circonlocution); les circonvolutions évoquent, sans se restreindre au langage, l’idée de tourner en rond, de faire des détours (http://www.cnrtl.fr/definition/circonvolution). Les deux sont synonymes dans la pratique, ce qui explique peut-être que certains pensent que seul l’un deux ait droit de cité.

      Mais surtout, un beau néologisme (si c’en était un) comme ça: bien formé, bien latin et relativement transparent mérite bien d’être dit.

      Répondre
      • Julien Albessard
        Julien Albessard dit :

        @Polette

        Je vous en prie, redressez-vous ; ce genre d’égards, quoiqu’ils me touchent évidemment, m’embarrassent toujours un peu. C’est à moi de m’incliner devant le compliment que vous m’adressez.

        Quant à l’éventuelle impropriété du terme « circonvolutions », Jeiaz aura répondu à ma place — ses références sont d’ailleurs exactement celles que je vous aurais indiquées.

        Répondre
  1. jeiaz
    jeiaz dit :

    Il faudra un jour étudier quelle est la pulsion maléfique qui pousse l’internaute à se fader une longue (et excellente) démonstration de l’imposture qu’il sait déjà en être une…

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Il paraît que le diable est dans les détails :). Hors plaisanterie, si les articles publiés ici-même et ailleurs m’avaient déjà incité à la méfiance vis-à-vis du travail d’Idriss Aberkane, j’ai voulu juger sur pièce. C’est ainsi que, en mai dernier, l’idée m’a pris d’écouter d’une oreille la dite conférence. Ayant, à la volée, décelé quelques grossières et impardonnables erreurs, j’ai entrepris de pousser l’analyse, afin de vérifier un maximum d’informations. J’ai alors découvert une foule d’approximations et de déformations ; il m’a paru utile de relater ces dévouvertes le plus méthodiquement possible.

      Malheureusement, nombre de gens ont une foi aveugle en lui, et sont persuadés d’engranger de la connaissance en l’écoutant. Il ne m’a donc pas semblé d’essayer de leur démontrer en quoi ils se faisaient éhontément tromper.

      Merci pour votre commentaire diaboliquement sympathique.

      Répondre
      • Olibo64
        Olibo64 dit :

        Juste remarque de jeiaz ! Qui pose la question également pour la lecture de cet article : je l’ai lu en intégralité tout en sachant déjà ce qu’il en était du Docteur es Pipeau… et j’en félicite l’auteur !

        Petite anecdote, cet été j’ai eu une discussion digestive sur les ressorts de la croyance avec un ami, à qui j’ai conseillé la lecture de Croyances de JC Carrière et L’ironie de l’évolution de Mendax. Il m’a répondu : tu devrais regarder les vidéos d’Idriss Aberkane, c’est génial…
        Comment dire… c’était les vacances, et pas envie de vexer les gens…

        Répondre
        • Julien Albessard
          Julien Albessard dit :

          Rien ne vous empêche désormais de le rediriger bienveillamment vers cet article. La lecture pourrait lui être un brin désagréable (on est jamais heureux d’apprendre que l’on s’est fait duper), mais néanmoins salutaire.

          Répondre
  2. shamon
    shamon dit :

    « Serge Abiteboul » : Vous plaisantez, dites moi que vous plaisantez….
    [Clique sur le lien en dessous du paragraphe]
    😀

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Je vous en prie, c’est à moi de vous remercier d’avoir consacré temps et attention à ce travail.

      Je ne suis pas plus certain de mes compétences de conférencier que du bien-fondé de présenter un tel travail sous forme de conférence. D’autant plus que les zététiciens d’ici et d’ailleurs, tous véritablement experts en sciences (ce que je ne suis pas), s’occupent très bien de populariser les méthodes qui permettent de faire le tri entre sciences et pseudo-sciences, ainsi que d’attirer l’attention sur tous les biais cognitifs et heuristiques dont nous sommes parfois ou trop souvent victimes.

      Répondre
  3. zurbo
    zurbo dit :

    Ouah.
    Merci,
    J’ai un peut laissé tombé les articles de ce blog récement (pour plusieurs raisons) mais si l’analyse de son livre parrait ici je vais essayer de suivre un peu mieux.

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci à vous 😉

      Pour en savoir plus sur la publication de l’analyse du livre en question, c’est vers Acermendax qu’il faudra se tourner.

      Répondre
  4. LezardStan
    LezardStan dit :

    Très bon travail ! Synthétique et utile quand on connait mal « l’oeuvre » d’Aberkane mais qu’on le voit cité un peu partout !
    Pour une fois, le temps et l’attention porté à quelque chose m’aura apporté de la connaissance 😉

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci. L’objectif primordial de cet article était de rectifier les propos fautifs, justement à l’endroit de ceux qui ne savent pas de quoi il en retourne. Je suis donc enchanté de lire que vous avez pu enrichir vos connaissances grâce à ce papier.

      Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci.

      J’ai vu cela également — étant donné que sous chacune de ses conférences mises en ligne figure un commentaire contenant un lien promotionnel, difficile de le manquer. En effet, le scepticisme est de rigueur, au vu des autres « coachs » qui vendent leurs méthodes sur la plate-forme en question.

      Répondre
  5. batou
    batou dit :

    Un trèèèèès long commentaire de tous les exemples…sur la forme en bref. Bravo pour l’honnêteté intellectuelle.
    On aurait aimé un commentaire plus approfondi sur les thèmes évoqués : « neuro-ergonomie », la place de la passion et du jeu dans l’apprentissage, biomimétisme…avec la revue de littérature qui va avec. Les articles ne manquent pas pour autant.
    L’importance médiatique de M. Abherkane me parait en effet démesurée et le personnage passionné et excessif sur sa manière de transmettre le contenu de sa conf et ses exemples. Ces approximations et erreurs ne m’étonnent pas… mais toutes les tribunes (dont celle-ci) le concernant occultent avant tout le fond de la conférence et du discours : faire découvrir au plus grand nombre des sujets de recherches passionnants ayant à trait à des domaines assez méconnus du grand public, ne serait-ce que le biomimétisme, qui constitue un enjeu majeur de notre avenir scientifique.
    Idriss Abherkane manque de rigueur à de nombreuses reprises, aime se mettre en avant de manière un peu excessive mais de là à parler d’escroquerie ou de mégalomanie !
    Bref, merci quand même pour cette « analyse » très détaillée de tous les exemples et citations.

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Bonjour Batou (cf. Ghost in the shell?),

      Tout d’abord, merci pour votre lecture attentive. Je réponds à vos remarques par ordre non chronologique :

      → « […] mais toutes les tribunes (dont celle-ci) le concernant occultent avant tout le fond de la conférence et du discours : faire découvrir au plus grand nombre des sujets de recherches passionnants ayant à trait à des domaines assez méconnus du grand public, ne serait-ce que le biomimétisme, qui constitue un enjeu majeur de notre avenir scientifique. »

      Altérer et/ou exagérer les résultats de la recherche scientifique (véritable) pour sidérer son public et emporter son adhésion n’est en rien estimable : il s’agit de tromperie. Pourquoi ? Car, a priori, celles et ceux qui ignorent tout des sujets dont il parle n’iront pas vérifier les informations qu’il distille, son pedigree affiché ne pouvant laisser soupçonner qu’il est incompétent à ce point — incompétence indiscutable. Ce n’est donc pas vers lui qu’il faut se tourner pour s’initier au biomimétisme, puisque sur ce sujet, comme sur d’autres, le public encourt un grand risque d’être induit en erreur. De plus, il ressortit de la rhétorique d’Idriss Aberkane de faire croire qu’il serait le seul à vouloir informer le grand public de certains enjeux de société. Rien n’est plus faux. À titre d’exemples, tous les cours du Collège de France sont en accès libre, tout comme les conférences de l’Espace des Sciences de Rennes — là-bas, tous les scientifiques qui interviennent le font bénévolement. Vous dites vous-même qu’il existe une littérature bien fournie et fiable sur ce sujet, alors à quoi bon passer par quelqu’un à qui on ne peut faire confiance ?

      → « L’importance médiatique de M. Abherkane me parait en effet démesurée et le personnage passionné et excessif sur sa manière de transmettre le contenu de sa conf et ses exemples. »

      Vous reconnaissez que sa visibilité n’est pas proportionnelle à la qualité de son travail, et, par voie de conséquence, qu’Idriss Aberkane ne mérite pas l’attention qu’on lui porte, et ne devrait pas avoir autant accès à la parole publique. Ce qui est un peu contradictoire avec le premier extrait de votre commentaire que j’ai mis en exergue : s’il n’est pas légitime, il n’a pas vocation à initier le public à quoi que ce soit. J’appelle « falsifications » ce que vous appelez « excès » ; « intérêt », ce que vous appelez « passion ». Lorsqu’on est passionné, on ne commet pas autant d’erreurs et on maîtrise son sujet. Lui-même nous dit : « Quand on aime faire ce qu’on fait, on prête plus d’attention aux détails. » Il n’est pas passionné par les sujets qu’il traite, mais intéressé à séduire le public pour mieux (se) vendre. C’est du marketing, pas de la science, et encore moins de la « vulgarisation ».

      → « […] la place de la passion et du jeu dans l’apprentissage […] »

      C’est un lieu commun, rien de nouveau sous le soleil ; et tous les jeux ne sont pas semblablement édifiants. D’ailleurs, puisqu’Idriss Aberkane n’a cesse de critiquer le modèle et le système français au profit de leurs pendants anglo-saxons, j’en profite pour indiquer que les français ont un PIB par heure travaillée supérieur à celui des états-uniens et des britanniques, et que ces derniers consomment deux fois plus d’antidépresseurs que les froggies (cf. Rapport 2017 de l’OCDE). Les français seraient-ils donc à la fois plus épanouis et plus productifs que les anglo-saxons ? Voyez, sur ce sujet-là aussi, il trompe son monde. Je vous laisse également apprécier une remarque de Baudelaire sur le travail (bien sûr discutable, mais qui interpelle tout de même) : « Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser. »
      Le jeu ne doit pas être synonyme de divertissement (au sens étymologique du terme). Or, quelqu’un qui prend l’exemple de WOW pour vanter le potentiel productiviste du jeu me semble n’avoir rien compris au sujet qu’il prétend traiter. Quand un Stanislas Dehaene évoque les jeux comme piste d’amélioration de l’apprentissage, il parle bien de « serious games », pas de MMORPG.

      → « Idriss Abherkane manque de rigueur à de nombreuses reprises, aime se mettre en avant de manière un peu excessive mais de là à parler d’escroquerie ou de mégalomanie ! »

      Je vous donne les définitions (source : CNRTL) de l’escroquerie : « Obtention (de quelque chose) par tromperie. » ; de charlatan : « Personne habile qui trompe sur ses qualités réelles et exploite la crédulité d’autrui pour s’enrichir ou s’imposer. » ; de faussaire : « Personne qui altère la vérité. »

      Qu’en pensez-vous ?

      En revanche, je n’ai jamais utilisé le mot « mégalomanie » dans mon papier, mais cela est sans doute si criant que vous avez cru le lire 😉

      Répondre
      • batou
        batou dit :

        Bonjour à vous ! (et non, Batou n’est en rapport qu’avec mon prénom bien que j’apprécie beaucoup le monde de « Ghost in the Shell » 🙂 ).
        Merci bcp pour votre réponse et désolé pour la mienne plutôt tardive.

        Monsieur le conférencier en fait trop : comme vous le soulignez avec d’autres personnes, il fait trop d’erreurs sur ses exemples et sa démarche manque d’honnêteté.
        Tous les sujets qu’il aborde (avec cette énergie qui le caractérise) et ses exemples sont tout à fait discutables et méritent débat : il ne suffit pas d’aimer une discipline pour y exceller, le jeu n’est pas la solution absolue à un bon apprentissage, il ne suffit pas d’éviter le piège de l’impuissance apprise, l’apprentissage autodidacte n’est certainement pas adapté à tous, les limites psychologiques liées aux croyances populaires ou à la soi-disant « science » ne sont pas les seules limites à franchir pour faire avancer une performance quelle qu’elle soit …

        La pédagogie et la didactique méritent plus que cela et pour amener nos futures têtes rondes au prix Nobel, il y a bien d’autres facteurs (sociaux, familiaux, et la chaaaaannnnce bien sûr comme vous l’avez bien mentionné 🙂 ). Tout n’est pas aussi simple bien sûr et je doute M. Aberkhane soit dupe sur cela. Il s’agit simplement là d’outils parmi d’autres mais qui peuvent, combinés et bien maniés, apporter leur contribution notre rapport à l’apprentissage. Et c’est important d’en parler !!!

        Dans un projet de meilleure éducation, « neuro-ergonomique » comme il aime la décrire, ces éléments peuvent être des outils intéressants utilisés dans de nombreux programmes d’éducation, notamment en Finlande (oui je sais, on en parle toujours…) et chez d’autres projets d’éducations « modernes » pour des élites bien au chaud.
        Rechercher les appétits intellectuels de nos petits (et grands) avec des test allant au delà du QI ; valoriser l’engouement pour les disciplines pratiquées, la psychologie et les discours positifs, le jeu pour la concentration … cela a fait ses preuves et nous n’en parlons pas assez et ne l’utilisons clairement pas assez, à l’école et dans nos chaumières.

        Parmi toutes les solutions pour faire avancer notre conception de l’apprentissage, un bon sandwich à la connaissance que l’on peut partager à volonté et diffuser avec le sourire me parait en effet une belle image. Rien de bien neuf, c’est en effet l’ « oeuf de Colomb » redécouvert par Abherkane… mais cela vaut la peine de s’y pencher ! Il a le mérite d’en parler avec une éloquence et une énergie très communicative.
        Je crois que c’est là une des clés du succès de ce conférencier : un discours qui fait plaisir et motive à apprendre :), tout simplement.

        OK, il y a bcp d’erreurs dans les exemples, OK il a mitoné son CV et OK il biaise bcp de ses raisonnements avec des raccourcis douteux…cela sent carrément le beau parleur et c’est en effet dangereux pour bcp d’esprits qui aiment la facilité. On peut attendre bcp plus d’un scientifique qui s’affiche surdiplomé.

        Mais les sujets abordés sont de réels centres d’intérêts scientifiques et peuvent être creusés avec bien d’autres sources et cours en ligne comme vous l’avez bien souligné. A chacun de se réveiller un peu nan ?

        En passant, je mets au défit certains professeurs et chercheurs mieux qualifiés sur ces différents sujets d’être aussi performants en conférence (3h de durée et une grande maîtrise de la communication). C’est peut être aussi par là que le bât blesse : nos meilleurs experts sont parfois mal formés à communiquer pour nous faire vibrer sur la science et la connaissance… soyons clair, on se fait un peu ch…. si on ne s’accroche pas avec certains, ce qui devrait être l’antithèse d’un vulgarisateur.

        En découvrant certaines vidéos et son livre (biomimétisme, tedx…), j’ai dérivé et découvert la permaculture et l’économie du savoir qui remplissent maintenant ma bibliothèque et nourrissent beaucoup ma curiosité :). J’ai rapidement vu que le bonhomme en faisait trop, mais son énergie et son style m’ont plu (et oui je suis un peu faible esprit…).

        Alors tant pis, je dis quand même merci M. Aberkhane, malgré l’emballage qui semble en effet être usurpé !

        PS : c’est par le biais de cette dernière conf que j’ai découvert votre site sur le quel je vais passer …… beaucoup de temps, c’est sûr. Alors voilà une autre bonne chose que m’aura apportée notre champion des diplômes :).

        Merci pour vos articles et votre travail en général.

        Répondre
    • Cyanure
      Cyanure dit :

      Justement, sur le fond et la manière de l’aborder, il n’a pas vraiment de pertinence. Concernant le bio-mimétisme, je vous recommande fortement la vidéo de dirty biology sur le sujet, qui traite de manière assez intéressante la question.
      Ensuite (pour le coup, ça concerne bien plus mon domaine professionnel), un de ses chevaux de bataille, c’est l’éducation, le partage de connaissances. Il s’attaque à l’école mais sur le fond il n’y connait rien. Il balance des poncifs sur « la connaissance c’est bien, on ne devrait pas obliger les élèves à apprendre des trucs qu’ils ne veulent pas, et puis l’école c’est pas bien ». C’est très agréable de nous faire croire que si on laisse les enfants tout apprendre par eux-mêmes en fonction de leur appétit intellectuel, ils seront plus épanouis, mais c’est oblitérer complètement les expériences et tentatives qui ont été faites sur le sujet (je pense, par exemple, à Summerhill, qui est loin de produire les résultats escomptés, et qui exacerbe les disparités entre les élèves). Son travail concernant l’éducation est équivalent à un énorme crachat jeté à la figure de tous les pédagogues, psychopédagogues ou professionnels des sciences de l’éducation. C’est nier le fait que les personnes qui enseignent ont reçu une formation (et que ne consistait pas à torturer des gamins sans défense et à les humilier quand ils ne connaissent pas bien leur leçon. Ca pourrait être un atelier amusant, cela dit :D). Il y a une recherche abondante et constante sur les questions liées à l’éducation. Depuis la démocratisation de l’enseignement, c’est un domaine en constante effervescence qui produit énormément de littérature, d’expériences, de projets. C’est galvanisant, c’est une remise en question constante. Et… c’est résumé par ce triste sire en « l’école est archaïque, on oblige les jeunes à faire des trucs ». Merci, vraiment…

      Répondre
      • Faidhodo
        Faidhodo dit :

        Bonjour, je suis du même avis de Batou, : ceci est une pseudo-analyse qui cherche à décrédibiliser quelqu’un qui fait juste un peu de zèle et grossit les traits de sa conférence pour qu’elle soit agréable et intéressante aux auditeurs.

        Concernant le message de Cyanure :

         » Il balance des poncifs sur « la connaissance c’est bien, on ne devrait pas obliger les élèves à apprendre des trucs qu’ils ne veulent pas, et puis l’école c’est pas bien  »
        Il ne dit pas ça du tout, vous n’avez même pas compris ce qu’il essayait de dire. Il dit :
        – qu’on pourrait très largement faire mieux et que plus le temps passe, plus on dégoûte les élèves.
        – l’école a été inventé ya pas mal de temps et pourtant ya pas grand chose qui a changé
        – que d’obliger des enfants/jeunes à apprendre des choses pour lesquelles ils n’ont pas d’attrait sans essayer d’enjoliver le sujet en question peut être un échec total pour l’enfant et une plaie pour le professeur.

        « laisse les enfants tout apprendre par eux-mêmes en fonction de leur appétit intellectuel »
        Encore une fois vous vous méprenez.
        Il dit qu’il faut arrêter de les dégoûter et qu’un système de récompense n’est peut-être pas la solution mais qu’il y en a peut-être une : le jeu. En tout cas, ne rien changer est la pire idée qui soit.

         » mais c’est oblitérer complètement les expériences et tentatives qui ont été faites sur le sujet  »
        Il oblitère celles-ci (expériences et tentatives) parce qu’elles ne rentrent pas dans sa tentative de vraiment chambouler le mode d’apprentissage d’aujourd’hui.

         » Son travail concernant l’éducation est équivalent à un énorme crachat jeté à la figure de tous les pédagogues, psychopédagogues ou professionnels des sciences de l’éducation  »
        Juste Non. Il dit que le système de notation actuel fait plus de mal que de bien (il incite l’enfant à être humilié et à se conforter dans l’idée qu’il est nul) et que à l’échelle nationale rien n’est fait donc on va de mal en pi.

         » C’est nier le fait que les personnes qui enseignent ont reçu une formation  »
        Alors vous ça se voit que vous ne savez pas ce qu’est la différence entre un bon prof et un mauvais prof, pourtant les deux sont devenus profs grâce à l’éducation nationale.

         » Il y a une recherche abondante et constante sur les questions liées à l’éducation. Depuis la démocratisation de l’enseignement, c’est un domaine en constante effervescence qui produit énormément de littérature, d’expériences, de projets. »
        Ah ouais, tellement de recherche qu’on en a jamais vu au jour du grand public jusqu’à présent ! l’Éducation Nationale est cassée et ne sert plus à rien d’autre que de tenir les gens restants en laisses mais je suis le premier à dire que ce n’est pas la faute aux professeurs mais à ceux qui donnent les ordres : Les ministres d’éducation jusqu’à aujourd’hui ont essayé de mettre en œuvre la technique de panser les plaies ouvertes sans suture ni alcool désinfectant.

        Répondre
        • Julien Albessard
          Julien Albessard dit :

          Bonjour Faidhodo,

          Premièrement, il ne me semble pas que Batou ait parlé de « pseudo-analyse », ni même suggéré que c’en était une.
          Deuxièmement, il s’agit bien d’une analyse factuelle dûment sourcée et argumentée, qui démontre sans équivoque que le conférencier n’hésite pas à falsifier la réalité (vous appelez « grossir » ce qu’il convient d’appeler « mentir ») et dévoyer les données scientifiques (le contraire du « zèle ») pour faire son intéressant à peu de frais — ce qui ne pourra séduire qu’un public de seconde main, c’est-à-dire aussi peu exigeant et rigoureux qu’Idriss Aberkane ne l’est lui-même.

          Sur l’école, sa critique n’est qu’une antienne vieille d’au moins cinquante ans, et qui a justement modifié les méthodes d’apprentissage depuis plusieurs décennies, avec pour étonnant résultat d’avoir créé une génération en partie composée de semi-illettrés, malgré la scolarisation obligatoire.
          Il y a de quoi rire lorsqu’on entend les uns et les autres accuser l’école d’être une prison mentale, voire un lieu d’humiliation et de torture psychologiques, alors qu’elle a abandonné toute idée de discipline et d’excellence depuis un bon moment. En réalité, ce qui fait pousser des cris d’orfraie aux contempteurs de l’école est la persistance des inégalités entre individus devant des tâches cognitives, malgré la facilitation d’accès aux diplômes et la volonté de démontrer qu’elles ne seraient qu’environnementales, au point de nier une incommode évidence : si les hommes et femmes peuvent être égaux en droit, ils ne le seront jamais en nature.

          De quoi vous plaignez-vous ? La notation n’a jamais été aussi lâche et dénuée de signification ni l’autorité des profs et instituteurs autant sapée qu’aujourd’hui. Obtenir le baccalauréat — censé être le premier grade universitaire — n’a jamais été aussi aisé, et jamais autant d’individus n’ont pu revendiquer un diplôme du supérieur — on crédite à foison de 14 et de 16 des mémoires indigents, qui auraient valu une note déplorable en dissertation à un élève de lycée dans les années 50. Ah ! Mais ce n’est pas assez : il faut donc supprimer la notation, afin d’annihiler toute expression d’une hiérarchie entre les individus, pour enfin concrétiser une utopie fondée sur le déni, où tout le monde est intelligent et potentiellement génial. C’est beau, on aimerait que ce soit possiblement vrai, mais la nature est sélective et n’a cure de la morale démocratique et de l’égalitarisme. Le réel vous désavoue et vous désavouera toujours. La seule chose qui soit ici « pseudo », c’est la posture révolutionnaire qu’Aberkane et vous adoptez, alors que la société, sur ce sujet-là, va dans votre sens depuis pas mal de temps, et que vous avez tout le soutien de l’idéologie dominante. Ce discours de libération de l’école est tout à fait conforme aux désidérata du pédagogisme dominant — tel qu’a pu l’incarner une Najat Vallaud-Belkacem, par exemple.

          Ouvrez donc un manuel de français ou de mathématiques datant des années 1920-1960 à destination d’élèves de 15 ou 16 ans, et vous allez voir à quel point le niveau s’est effondré et la discipline est désormais quasi inexistante. S’il y a tant de mauvais profs et instituteurs (qui par exemple se fendent de fautes d’orthographe inimaginables) à présent, c’est précisément parce qu’ils sont issus d’un système scolaire de plus en plus laxiste (comme celui que vous désirez), qu’ils ne maîtrisent plus le savoir à enseigner aux élèves (eux-mêmes peu prompts à s’exiger grand chose), et que les profs réellement compétents désertent peu ou prou l’école, usés de devoir supporter des collègues aussi fiers de leur fainéantise intellectuelle que le sont les élèves.

          Quand j’affirme que le bac ne vaut rien, certains s’offusquent, malgré les taux de réussite absurdes affichés ; et mon propre exemple suffit pourtant à démontrer la vacuité de ce diplôme depuis au moins vingt ans. Après avoir séché un bon tiers de l’année de première, démissionné du lycée au bout d’un mois et demi de terminale, j’ai obtenu mon bac en candidat libre en 2001, sans aucune difficulté, sans n’avoir rien révisé ni être resté plus de deux heures en salle d’examen à aucune des épreuves écrites. Pourquoi ? Parce qu’il est conçu pour que n’importe quel sous-doué puisse l’obtenir et se sentir « intelligent » en accédant à l’université — peut-être aussi dans le but de retarder son arrivée sur le marché du chômage et faire baisser artificiellement le taux d’inactivité professionnelle des jeunes.

          C’est l’exact contraire de ce que vous prônez qu’il faut faire à l’école, c’est-à-dire y réintroduire de la discipline, la sélection méritocratique et raviver les sentiments d’admiration et de respect pour l’excellence, ce qui nous évitera peut-être de voir à nouveau Victor Hugo traité de « fils de pute » et d’« enculé de sa race » sur Twitter, par maints élèves ayant exprimé leur frustration de n’avoir rien compris au poème proposé à l’épreuve anticpé de français de 2014 ; poème pourtant plutôt limpide, nullement hermétique, mais il est vrai difficile à appréhender pour une génération fan de rap (la « musique » pauvre par excellence) et ne sachant plus parler que par onomatopées et sous forme de langage texto.

          Bref, Idriss Aberkane est un symptôme, non un remède. Juste un opportuniste de plus qui a compris comment tirer allègrement profit de l’idiocratie actuelle, en nivelant par le bas à l’endroit de ceux condamnés à ne jamais atteindre des sommetsde clairvoyance.

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  6. etsouslechapeauunbonnet
    etsouslechapeauunbonnet dit :

    Très bonne analyse mais je reste cependant sceptique lors d’une partie de votre réponse consacrée à l’esport. Vous affirmez que l’interprétation d’un Chopin est largement supérieure à du Starcraft 2 ou à n’importe quel sport en terme d’émotion… Or cela me parait vraiment subjectif comme remarque surtout que vous n’aviez pas besoin de cela pour discréditer l’affirmation de monsieur Aberkane correspondante. En effet, je pense que ce serait difficile de prouver que le meilleur interprète de Chopin puisse faire naître plus d’émotion qu’un but lors de la finale contre la Croatie (football).

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    • jeiaz
      jeiaz dit :

      Le passage ressemble en effet un peu à un appel à la « culture légitime » à première vue. Mais l’argumentation de l’auteur repose en réalité sur deux points:
      – l’un reprend la méthode technique et mathématique d’Aberkane: nombre d’actions par minutes, nombre d’actions possibles, nombre de touches, pour montrer que jouer Chopin est autrement plus complexe, ce qui apparait évident; même s’il s’agit d’une démonstration par l’absurde puisque la méthodologie « nombre d’actions par minute » ne vaut pas grand chose pour mesurer la complexité.

      – le second s’intéresse aux bénéfices cognitifs de la pratique de la musique comparée à celle des jeux vidéos. Si cet argument n’est pas sourcé, il paraît suffisamment plausible non pas pour justifier un quelconque point de vue de l’auteur, mais pour anéantir l’affirmation d’Aberkane. Car c’est Aberkane qui fait la comparaison Chopin/Starcraft. L’objet de la critique n’est donc pas de montrer que la hiérarchie faite par Aberkane est fausse (ou inversée), mais que son argument est fallacieux.

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      • Julien Albessard
        Julien Albessard dit :

        Merci à vous, Jeiaz, car vous avez parfaitement compris ma démarche en ce qui concerne le premier point : je fais mine d’adhérer à la logique d’Aberkane pour montrer les absurdités auxquelles elle peut faire aboutir.

        Sur le second poit, je rajouterai ceci : en fait, il y a des sources pour étayer mon propos. On ne connaît pas de conséquences négatives à la pratique musicale en matière de cognition et de santé cérébrale (bien au contraire), alors qu’il en existe indubitablement pour la pratique de nombreux jeux vidéos.

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        • Olibo64
          Olibo64 dit :

          Je ne veux en aucun cas défendre l’indéfendable, mais juste apporter une petite précision quand aux ressorts de l’interprétation musicale.
          On peut, comme le font énormément d’interprètes dans les conservatoires, jouer Chopin mécaniquement, que cela sonne tout à fait correctement mais sans pour autant être musicien.

          Etant pianiste professeur de musique (musiques actuelles et jazz), j’ai pu constater l’énorme fossé que l’on peut trouver entre deux élèves pourtant tous les deux capables de jouer une oeuvre d’un très bon niveau tout à fait correctement.
          Tout vient de la façon dont la musique est « entrée » en eux.
          Deux tests simples que j’ai pu pratiquer de nombreuses fois : jouer quelque chose que l’on entend. exemple une chanson simple. Vous n’imaginez pas le nombre de « bons » pianistes incapables de reproduire une musique entendue (et je ne parle que de la mélodie).

          Deuxième test : le jeu à plusieurs. Quand on les met en situation d’orchestre, avec trois accords à jouer, la mélodie étant interprétée par un chanteur ou un autre instrument, l’un va y arriver « naturellement » quand l’autre va se perdre au premier décalage ou petite erreur d’un autre membre de l’orchestre.
          En fait, l’un écoute ce qu’il joue et ce que jouent les autres, quand l’autre fait un lien entre une partition et des doigts sans passer par la case écoute… C’est le cas lorsque vous voyez sur youtube des petits enfants interpréter sans fausses notes des œuvres du répertoire avancé. Justement il me font penser à ces enfants totalement absorbés par des jeux vidéos…

          Et personnellement cela me fait beaucoup de peine.

          Je tiens quand même à préciser qu’il est tout à fait possible pour la plupart des élèves d’apprendre à écouter et à reproduire d’oreille. Il y a comme dans tout apprentissage, une part innée, et beaucoup d’acquis (et de travail).

          Sur les apports cognitifs de la pratique musicale en plus de l’école, vient de sortir un petit livre avec beaucoup de référence : Apprendre la musique, d’Isabelle Peretz… en espérant qu’il ne s’agit pas d’une Aberkane Québécoise… 🙂

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          • Julien Albessard
            Julien Albessard dit :

            Merci pour cette contribution positive. À vrai dire, j’abonde complètement dans votre sens ! Vous aurez remarqué que j’ai pris la précaution de préciser : « […] pour interpréter avec maestria n’importe quelle œuvre musicale élaborée, tout en communiquant au public un subtil nuancier d’émotions propices aux plus transcendants transports de l’âme », et que j’insiste sur une pratique réellement artistique de la musique.

            Votre commentaire m’incite à me dévoiler quelque peu : je suis moi-même bassiste (surtout de jazz, jazz-fusion, musiques brésiliennes et musiques dites « du monde » en général), et, quoique je ne pratique plus aussi intensément qu’à une certaine époque, pour avoir moi-même donné quelques cours d’instrument, mon constat est le même que le vôtre : tous les pratiquants de musique ne sont pas intrinsèquement musiciens ou artistes dans l’âme. Pendant ce passage, je voulais justement inisiter (en filigrane) sur le fait que la virtuosité ne suffit pas à faire un grand musicien. Je permets de citer Baudelaire encore une fois (un peu approximativement, mais l’idée est là), car c’est de circonstance : « Un grand peintre est toujours un bon peintre, mais un bon peintre n’est pas nécessairement un grand peintre. »

            Je dirais d’ailleurs que le sens du rythme et de l’à-propos en musique (on pourrait dire « le bon goût ») relèvent davantage de l’inné et de qualités intrinsèques que le travail de l’oreille. Si l’on peut (et doit) évidemment travailler la précision et la régularité rythmiques, je pense que le sens du rythme est quelque chose que l’on possède ou pas à la base, et qu’en être dépourvu est un handicap quasi rédhibitoire, alors que la justesse et la compréhension de l’harmonie s’acquièrent plus aisément. Je considère d’ailleurs que le rythme prime sur la mélodie, même s’ils sont intimement liés et que changer le placement rythmique d’une mélodie la transforme.

            Deux réflexions pour étayer mon opinion sur la prédominance du rythme :
            – Prenons un quartet, batterie, basse, piano, saxophone : si la section rythmique (basse/batterie) est solide, et même parvient à insuffler du « groove », mais que les deux autres instrumentistes sont imprécis et moins talentueux, ça tournera quand même et demeurera audible ; tandis que dans le cas inverse, tout s’effondre et rien n’est possible.
            – Quelle que soit la musique de genre tonal dont il s’agit, les cadences harmoniques, plus ou moins enrichies et substituées, sont à peu près toujours les mêmes (on peut même résumer abusivement la musique tonale à des cadences V-I, tension-détente, question-réponse, etc.), ce qui différera d’une musique à l’autre c’est fondamentalement l’interprétation rythmique du débit de la croche. Le swing est une sorte de triolet de croches scindé en deux, le reggae implique d’être au fond du temps, la musique brésilienne de produire une sorte de ralentissement/accélération, la musique africiane d’être devant avec un sentiment de croche ternaire type 12/8, etc.

            Sur l’apprentissage de la musique, si notre façon occidentale est plus démocratique et moins élististe, je pense que la manière un peu pus « cruelle » des gurus indiens et autres griots africains sélectionner leurs élèves est plus « réaliste ». Celui qui n’a pas la musique en soi sera recalé dès son plus jeune dans les genres traditionnels. Pour avoir joué avec pas mal de brésiliens et des africains, je peux affirmer qu’ils ne font pas de cadeau à celle ou celui qui selon eux est dénué de « musicalidade » — comme dirait un brésilien (sauf si on les paye, évidemment…). J’ai vu un ami se faire rembarrer par le groupe de musique guinéenne dans lequel je jouais au bout de 20 minutes en ces termes : « Tu tapes comme un enfant, tu ne seras jamais professionnel, ne reviens pas demain. » Dur, mais aussi lucide que vrai. Les brésiliens sont un peu pareils dès qu’il est question de produire de la musique digne de ce nom. D’ailleurs, les jazmen étaient très très durs entre eux, et celui qui nuisait à la musique était éliminé d’office lors des jam session, et ce sans préavis.

            Je voulais bien sûr réfuter l’idée qu’être un excellent gamer serait comparable à exceller en musique, au-delà du seul aspect technique, auquel Idriss Aberkane semble résumer la musique.

            L’art a ceci d’intéressant que ses ressorts et sa substance échappent en grande partie à la science, et que l’on est pas près de mettre en équation ce qui fait qu’il se passe quelque chose ou non avec tel ou tel artiste — car certains font et feront toujours l’unanimité parmi les esprits sensibles. Je précise, aussi politiquement incorrecte cette posture soit-elle, me moquer éperdument de l’avis et des goûts de la masse en ce qui concerne les arts — vu ce qui emporte l’adhésion du plus grand nombre, mieux vaut tenir son opinion pour insignifiante dans ce domaine.

  7. Yohan M
    Yohan M dit :

    Excellent travail ! Malheureusement, si réponse il y a de l’intéressé, il y a fort à parier que ce sera sur tout autre chose que les points que vous évoquez avec rigueur et sources à l’appui.

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    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci pour votre exclamation laudatrice !

      Il a de fortes chances pour que l’intéressé ignore tout simplement ce billet.

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  8. LyokoÏ
    LyokoÏ dit :

    Bigrement intéressant ! J’avais laissé tomber l’animal pensant qu’il avait été analysé en toute dimension, mais apparemment non. Merci pour ce long propos qui a le mérite de me faire comprendre que lui-même ne comprend pas bien ce qu’il dit (si tant est qu’il y ait vraiment quelque chose à y comprendre…).

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    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci à vous d’avoir pris le temps de me lire. Tant mieux si d’après vous j’apporte de l’eau au moulin.

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  9. Grospolo
    Grospolo dit :

    Bora Kim (IRL) alias Yellowstar (IG) est bien un joueur français mais Fnatic n’a jamais été une équipe française d’e-sport

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    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci de cette précision. J’ai fait ce raccourci erroné à cause du fait que l’article présentait Fnatic comme « une team traditionnellement composée de français ». Je corrge dès que je peux — un petit souci technique m’empêche d’accéder au texte.

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  10. Brice Berna
    Brice Berna dit :

    Il faut noter le travail fourni et il dénonce bien les principaux mensonges de la conférences, néanmoins on est assez loin de ce que qu’on peut attendre de ce genre de travail.

    D’abord, votre aversion pour l’e-sport vous fait raconter certaines choses fausse et utiliser des anectodes comme donnée (« Il suffit de regarder une vidéo de joueur pour voir que »), ainsi que du travail inédit (le passage sur stracraft 2 et Choron déjà mentionné qui fait plus bondir que la conférence citée toute entiere).
    Ensuite, il faut noter que les sources utilisés laissés vraiment à désirer. Je source Wikipedia dans des discussion quotidienne mais un article comme cela nécessite clairement plus de rigueure. Certaines sources sont même des videos youtube. Enfin, votre façon de décrire le palmarès des dires de certaines personnes servant de sources revient à utiliser l’argument d’autorité, encore quelque chose qu’on ne veut pas voir dans ce genre d’article.

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    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Bonjour,

      Merci pour ce retour critique — auquel je vais évidemment répondre 🙂

      Dans l’ordre :

      – Quelles choses fausses dis-je sur l’e-sport ? (Je ne demande qu’à rectifier si je me suis trompé quelque part).
      – Un constat empirique n’est pas une anecdote (d’autant que je suis préalablement allé m’enquérir du nombre de commandes possibles à Starcraft 2 avant de réfuter les 85 touches utiles au jeu). Mon constat est-il erroné ?
      – En quoi la déconstruction de la comparaison « jouer à Starcraft 2 / jouer du Chopin » vous a-t-elle fait bondir ?
      – Je ne me sers de Wikipédia que pour des données factuelles très simples à vérifier : Louis XV n’a-t-il pas régner de 1715 à 1774 ? Philippe de Champaigne vécu de 1602 à 1674 ? Les dates de création du quotient intellectuel et de son évoluation sont-elles fausses ? Les remarques sur la trêve olympique tirées de l’ouvrage d’un spécialiste du sport dans l’antiquité sont-elles erronées ? Etc. Si j’utilise parfois Wikipédia, c’est justement pour montrer que même ce médium parfois sujet à caution, mais très facile à consulter, aurait permis à Idriss Aberkane de ne pas faire d’erreurs aussi grossières ; il y a une forme d’ironie dans ce procédé. Pourtant, vous aurez sûrement remarqué que j’ai été assez rigoureux pour repérer une assez dommageable faute en ce qui concerne l’éolipyle…
      – Avez-vous visionné les vidéos Yutube en question et connaisez-vous le pedigree des intervenants ? « Un ou des intelligences ? » est une mini-conférence de Nicolas Gauvrit (docteur en sciences cognitives) à Mensa. « idées reçues sur la philosophie » vient de la chaîne de Thibaut Giraud, jeune docteur en philosophie qui anime la chaîne « Monsieur Phi », dédiée à la vulgarisation de la philosophie (même si vous n’aimez les arguments d’autorité, sachez qu’un proche ami des miens venant d’obtenir l’agrégatio dans ce domaine, ce sans passer par une prépa, m’a dit n’avoir pas vu mieux en la matière. Le documentaire ARTE sur la musique et ses effets sur le cerveau vous semble-t-il sujet à caution ? Et celui de France 5 consacré aux inventions d’Héron d’Alexandrie ? (En plus, j’ai aussi donné un schéma du fonctionnement de la machine d’ouverture automatique des portes). La vidéo de Charisse Nixon est celle qu’Aberkane invite à aller voir dans son livre…
      – Donc, pour vous, être titulaire de la chaire d’Informatique et sciences numériques au Collège de France n’est pas une garantie suffisante pour initier correctement initier le grand public à la notion d’algorithme ? Être professeur émérite de Princeton, un des deux seuls psychologues à n’avoir jamais reçu un prix Nobel (avec Pavlov) et reconnu comme un des papes de la psychologie par toute la profession ne permettrait pas non plus de faire autorité dans le domaine ? Il s’appuie sur des statistiques et des expériences très précises dans le livre que j’ai pris soin de citer. Tous les experts convoqués le sont effectivement, et sont les mieux à même de nous éclairer dans leurs domaines d’expertise respectifs. Donc, je rappelle qu’ils sont experts pour qu’on ne puisse que très peu douter de leur parole.

      Je subodore que vous cherchez à jeter le discrédit sur ce travail car une petite partie vous a fortement déplu. C’est une critique métonymique. Si vous apportez la preuve que mes sources ne sont pas fiables et contiennent des erreurs, je modifierai en fonction. Sinon, je maintiendrai cela en l’état.

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  11. Cyanure
    Cyanure dit :

    « Interrogeons-nous juste sur cette ergonomie de l’apprentissage. […] Ça peut être bien de faire des allégories, des paraboles.[…] Alors, imaginez : vous êtes dans un hôtel cinq étoiles devant un buffet à volonté. […] Et là, vous avez faim. Ben vous êtes au paradis ! »
    Une école existe, basée (entre autre) sur cette idée de liberté totale laissée au niveau de la consommation de la connaissance, Summerhill. L’expérience est intéressante, et semble convenir surtout aux enfants en difficulté qui ont rencontré des décrochages intenses avec l’école plus « traditionnelle ». Cependant, si l’on considère qu’au moins les enfants y restent, ce n’est pas pour autant une utopie de l’apprentissage. Certains enfants sortent de l’école sans savoir lire, d’autres se plaignent de l’ennui mortel d’être livré à soi-même dans une liberté totale.
    Ce n’est PAS le paradis. Certaines personnes sont, bien sûr, des autodidactes et sont capables de faire preuve d’assez de discipline et de vision à long terme pour apprendre sans contrainte. D’autres ont besoin d’avoir un guide, un rythme d’apprentissage imposé, sans quoi ils abandonnent avant d’avoir atteint un bon niveau de maitrise.

    En plus, à aucun moment Aberkane n’explique, selon lui, comment on peut certifier l’obtention d’une connaissance en-dehors d’un cadre. Cette question est loin d’être anecdotique! Il me semble que personne n’accepterait d’être opéré par un chirurgien dont on n’a pas validé le savoir-faire (« Ne vous inquiétez pas, j’aime ce que je fais »), ou ne laisserait un maçon construire un beau mur porteur sans être passé par une formation adéquate (« ça devrait tenir. Au pire, cet échec sera formateur »).
    Le principe du diplôme (et autres attestations), ce n’est pas juste « faire chier les gens » ou les humilier s’ils ratent, c’est assurer que la personne qui le possède a les compétences requises pour pratiquer un métier.

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    • Olibo64
      Olibo64 dit :

      Tout à fait exact !
      Et ceci est d’autant plus paradoxal que l’intéressé exhibe des diplômes de doctorat usurpés tout en expliquant que les diplômes ne servent à rien !

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  12. NMD
    NMD dit :

    Enfin un travail rigoureux que j’ai d’ailleurs longtemps attendu !

    Avant tout, je tiens à préciser que j’apprécie la démarche de M. Aberkane. Il met en lumière des domaines peu connus ainsi qu’un certain nombre de principes qui, s’ils sont imprécisément cités, restent utiles et puissants.
    L’image de la « neuro-ergonomie » par exemple est très parlante, même si elle n’est pas rigoureuse, et m’a permis de trouver au-delà de ses conférence des solutions pratiques (depuis certaines méthodes de mémorisation complètement oubliée par la pédagogie universitaire jusqu’à l’idée de « psycatrice » et les références aux différents biais ; il brasse beaucoup de sujets qui devraient être enseignés).

    Néanmoins rechercher chaque clin d’oeil est vraiment, vraiment fatiguant. Quand il expose les trois étapes d’une révolution, on se doute bien qu’il faut d’abord que l’idée apparaisse saugrenu, ensuite qu’elle soit exposé à une résistance et enfin qu’elle soit largement admise. Mais ça reste imprécis et forcément sujet à contre-exemples. Le point pourrait être développé (DEVRAIT être développé) mais en nous laissant là, on a encore la moitié du chemin à faire, seul, pour que l’idée devienne vraiment intéressante.
    Faire une critique de cet argument empêche également de trouver tout l’intérêt de son raisonnement c’est pour ça que le traiter bille-en-tête de bonimenteur est un raccourci dommageable.

    Pour tout ce qui concerne les anecdotes (bon, on va pas se mentir, c’est au moins 90% si ce ne sont CHACUNE d’entre elles qui sont lacunaires), votre fact-checking est extrêmement précieux. C’est même triste puisqu’au final, c’est à la fois le travail le plus difficile et le plus primordial d’une argumentation qui est totalement mis en échec. Au-delà d’un message principal, il y a toutes ces explications et références sur lesquelles on a besoin de s’appuyer… Vos sources modifient clairement certains passages (notamment St-Augustin dont on doute très vite de l’interprétation donnée dans la conférence) et il me paraît aberrant que M. Aberkane n’ait pas essuyé de résistance aussi nette que la vôtre plus tôt ; contrairement aux universitaires et experts qui le critiquent, vous avez fait un travail d’orfèvre qui doit être mis en avant et qui nécessiterait une réaction ou même une remise en question de l’intéressé.
    Peut-être qu’il en émergera une argumentation enfin plus claire que vainement spectaculaire, car je le répète, le message est quant à lui tout à fait louable.

    En effet, le gros défaut de l’auteur-conférencier, c’est clairement l’absence de sources, l’absence de fondements, l’absence de rigueur. C’est aussi pour ça que si on veut écouter son message sur le biomimétisme, il FAUT chercher ailleurs confirmation (et j’ose espérer que la majorité est comme moi car taxer de crédule tous ses spectateurs me semble vraiment insultant !) .
    Il n’y a que pour la parties sur les jeux vidéos qu’il semble être mieux calé que cet article : vous pensez qu’il « s’ébaudit » du temps de jeu passé, alors qu’il dit simplement « imaginez si CE TEMPS avait été utilisé pour apprendre au lieu de jouer » . En d’autres termes, imaginez si ce temps était passé… Dans le circuit éducatif.
    Autre exemple pour les revenus des joueurs, il parlait probablement de DotA 2 principalement, le cash prize étant généré par la vente de cosmétique aux joueurs. Pour ce qui est des conditions de vie, il y a effectivement des lacunes énormes (cf Millenium pour rester en Europe) mais aussi des joueurs qui peuvent vivre de ça et si YellowStar expliquait parfois jouer car il y aurait été contraint, je vous rappelle quand même qu’il a tenu 5 ou 6 saisons de LoL en tant que joueur pro.

    Pour ce qui est des « titres », honnêtement, il n’y a que ses détracteurs que cela gêne… Les média en tirent profit pour attirer l’attention mais tout le monde sait qu’ils se renseignent rarement sur les questions abordées (je me souviens avoir entendu que Fabien Olicard aurait une mémoire éïdétique -_- ) . En fait, le critiquer sur ce point donne plus de poids à son expérience (surtout à partir du moment où il tâche de prouver le contraire) alors qu’on s’en contrefout.

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    • Cyanure
      Cyanure dit :

      J’aimerais sincèrement savoir en quoi ce qu’Aberkane dit, tant sur le biomimétisme que sur la neuro-ergonomie, est intéressant.
      J’ai cherché des vidéos ou des articles de lui concernant ces notions, et il me semble qu’on n’a là rien de bien concret. Toute sa série sur le biomimétisme dans le Point, par exemple, est soit faux (je prends l’exemple de la moule : il est abusif de dire qu’on « jette la perle », pour reprendre son expression. Ce matériau est utilisé dans la fabrication de textiles depuis l’antiquité, et des recherches ont été menées il y a plus de 10 ans sur son fonctionnement), soit ne dit rien d’autre que « la nature est inspirante » (ce qui est loin d’être révolutionnaire). De plus, ces conférences sur le sujet laissent penser qu’en fait, l’humain est trop con pour saisir toutes les merveilleuses opportunités que lui livre la nature. C’est faux.
      Concernant les principes de neuro ergonomie (et son sempiternel tacle injustifié envers l’école), pour ce que j’en ai vu, il amène toujours cette idée que le jeu est la meilleure manière d’apprendre (tout à fait, je fais toujours des mini jeux quand je dois retenir un numéro de téléphone). C’est également faux. Et présenter l’exemple de certains animaux pour en attester, c’est au mieux de anthropocentrisme.
      L’éducation « classique » utilise aussi les découvertes concernant le cerveau pour progresser.

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      • NMD
        NMD dit :

        Il indique simplement que s’inspirer de la nature revient à s’inspirer d’un laboratoire multi-millénaire et donne un bon nombre d’exemples. De là à dire que c’est insipide… On ne doit pas vivre dans le même monde : pour certains, rien que le fait d’avoir un potager en pleine ville est une révolution.
        Si d’ailleurs s’inspirer de la nature est si évident, pourquoi préfère-t-on toujours des solutions chimiques alors que les animaux et la flore préfèrent systématiquement l’utilisation des lois physiques ?

        Concernant l’apprentissage par le jeu, vous ne creusez pas encore assez loin, non plus. L’idée générale est que tout ce qui nous plaît nous rend plus efficace, idée qu’il argumente longuement.
        Si vous voulez apprendre un n° de téléphone par le jeu, vous serez surpris de constater que les méthodes mnémotechniques ressemblent à des jeux, que ce soit en créant une scénette avec les numéros dont les couples renvoient à une notion, ou bien en s’impliquant émotionnellement (c’est-à-dire faire correspondre les différentes parties du n° à ce qui nous rappelle quelque chose, comme une date ou autre) .

        En bref, apprendre ne doit jamais être ennuyant ou douloureux pour être pleinement efficace. Vous serez également surpris de constater combien de personnes pensent encore que l’on apprend en répétant un texte…

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        • Acermendax
          Acermendax dit :

          Cela contredit-il une quelconque phrase de cet article ?
          Cela valide-t-il la compétence de M Aberkane dans les domaines qu’il aborde ?

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  13. Julien Albessard
    Julien Albessard dit :

    Merci d’avoir pris le temps de rédiger un si long commentaire, ainsi que pour l’appréciation globalement postivie que vous faîtes de cet article.

    Je vous réponds pricnipalement sur le point qui apparaît être le plus clivant : l’e-sport et les jeux vidéo — à vrai dire, je me doutais un peu que ce thème allait susciter des réactions.

    L’utilisation du verbe « s’ébaudir » n’était pas gratuite. Juste avant de dévoiler le chiffre des 7 millions d’heures passées sur WOW, il enjoint le public à se régaler (→ « régalez-vous »).
    Dit-il « imaginez si CE TEMPS avait été utilisé pour apprendre au lieu de jouer ? » Malheureusement, non — on aurait préféré. Il dit bien (ainsi que je l’ai fidèlement trancrit) : « Deux cent cinquante milliards en liquide ! [référence à la trésorerie d’Apple] Avec un cinquantième des heures passées sur WOW. Alors bien sûr, si je vous disais qu’un jour peut-être, on pourrait créer le PIB du Qatar en jouant à un jeu, c’est ridicule, non ? [il lève son pouce à l’horizontal pour symboliser la première étape du processus Ridicule-Dangereux-Évident, et sourit longuement…]. Il parle bien de profits économiques, d’argent. D’ailleurs, il n’aurait peut-être prononcé la phrase que vous lui attribuez, puisqu’il est partisan d’apprendre par le jeu et qu’il n’oppose pas les deux.
    En ce qui concerne les gains de 6 millions USD (qui sont aujourd’hui plus élevés à Dota 2), dans d’autres conférences, il n’évoque que Starcraft 2. Donc, c’est bien de Starcraft 2 qu’il parle en priorité. Nulle part ensuite on n’entend à nouveau parler de Dota 2, alors que la cas Starcraft 2 est largement développé.
    Est-il écrit qu’on ne peut pas vivre du pro-gaming ? Il semble que ce passage soit très probe. Les articles cités viennent de sites acquis à la cause de la high-tech et du e-sport. Il est simplement précisé que la majorité en vivent plutôt mal, alors que les carrières sont très courtes (5 ou 6 ans par exemple). Il serait d’ailleurs intéressant de savoir dans quoi se recyclent les pro-gamers et quels débouchés professionels leur a ouverts cette activité (c’est une vraie question, sans a priori). Si j’ai fait des erreurs, indiquez-les moi.
    Pour clore sur ce point, je vous laisse le témoignage (complet) d’un pro-gamer déniché dans les commentaires Youtube, sous une autre vidéo d’Idriss Aberkane, intitulée « Nous, dans la renaissance 2.0 » :
    «Parole d’ancien top français de Starcraft 2 (et joueur de Go :p) :
    – SC2 est très mal rémunéré, hors GSL Code S / WCS. Seulement quelques joueurs ont des salaires astronomiques mais beaucoup de joueurs pros vivent dans la précarité
    – On atteint 3/400 APM effectives que à quelques instants dans la partie, et les tâches peuvent être découpées en une multitude « d’actions ». En début de partie on réalise énormément d’actions inutiles dans le but d’être à son maximum si une attaque se produit.
    – Les minutes ne sont pas des minutes sur SC2, elles sont 1,4 x plus rapides
    – A mon sens les particularités de ce jeu vis à vis des IA sont : d’un coté l’acquisition et le traitement de l’information (quel information ais-je de mon ennemie ? Que puis-je en déduire ? Mon ennemie ne m’a-t-il pas leurré sur les informations qu’il m’a laissé entrevoir ? ); et de l’autre coté la gestion de l’espace temps, le joueurs jouent de manière synchronisé dans un espace en 3D. Mathématiquement tu as raison, il existe un nombre gigantesque de parties parties possibles, mais en réalité il existe une « métagame », un ensemble de grandes lignes tactiques et de tendances. On peut attribuer aux joueurs un « style », même dans le top10. Malgré un très bon niveau sur SC2 (top100) et un faible niveau au jeu de Go (15kyu), j’ai l’impression d’avoir joué des parties de Go plus variées que mes parties de SC2 (très subjectif).

    J’me permet de ramener ma graine. Merci pour la conférence, très intéressante ! »

    Intéressant, non ? Il n’a pas l’air d’affabuler, et tout ce qu’il dit correspond bien à ce que j’ai trouvé dans la presse en ligne sur le sujet.

    Je loue votre démarche de creuser les sujets par vos propres moyens et le soin que vous mettez à vérifier les informations qu’on vous distille, mais pour avoir lu nombre de commentaires et d’échanges sous ses conférences, je regrette devoir vous annoncer que l’immense majorité de ses admirateurs sont plutôt crédules et ne remettent pas sa parole en cause. Les arguments pour le défendre sont souvent ineptes; ils portent soit sur ses origines (il est critiqué parce que d’origine algérienne et musulman), soit sur ses diplômes (il a trois doctorats, alors il sait mieux et n’a plus besoin de rien démontrer), soit (dans le meilleur des cas) sur le fait qu’une théorie ne serait pas fausse au prétexte que les exemples l’illustrant sont impertinents et que les informations censées l’appuyer sont altérées (ce qui est, vous en conviendrez, proprement absurde et malhonnête).

    Les titres dont il se revendique sont très gênants, car trompeurs sur la nature de ce qu’il y a dans le flacon.

    Les scientifiques honnêtes regrettent eux-mêmes que leur parole soit si peu souvent relayée par les médias de masse. Alain Aspect, grand physicien s’il en est, lors d’une conférence à l’Espace des Sciences, a déploré publiquement la criante baisse de qualité des pages scientifiques des grands quotidien depuis 25-30 ans. C’est que la science demande de produire un effort mental assez conséquent pour être bien abordée, même lorsqu’elle est vulgarisée. Médiocratie, quand tu nous tiens…

    Répondre
  14. Fanny S.
    Fanny S. dit :

    J’ignore si M.Aberkane paiera un jour l’addition mirobolante de sa bêtise. En revanche, cet article dresse d’ores et déjà une imposante et humiliante haie d’honneur qui n’attend plus que d’être foulée par le susnommé.

    Simple curiosité, qui est ce mystérieux Julien Albessard ? Google n’est pas très bavard à son sujet et renvoie principalement à ce blog. Ce ne sera pas, à tout hasard, le nègre d’acermendax ?

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci pour votre enthousiasme et votre esprit taquin.

      Je ne pense pas qu’Idriss Aberkane soit « bête » ; il est même plutôt habile dans son registre ! Nul besoin de lui dresser une haie d’humiliation. Il se déshonore et se saborde tout seul ; laissons-le à son miroir, il finira par s’y noyer.

      Quoique l’auteur soit un fantôme pour Google, Acermendax est parfaitement autonome en matière d’expression écrite et n’a aucun besoin d’un « ghost writer » pour rédiger ses articles — il est d’ailleurs beaucoup plus expérimenté, et aura donné de précieux conseils ayant permis d’éviter certains écueils.

      Si je vous semble mystérieux, c’est tout simplement parce que je ne suis inscrit sur aucun réseau social et que, il y a quelques années, j’avais entrepris de faire disparaîre presque toute trace de moi — je ne suis que très peu adepte des outils numériques (je ne possède pas de smartphone, je préfère écrire au stylo-plume, lire des livres papier plutôt que des pdf, etc.)

      Répondre
      • Fanny S.
        Fanny S. dit :

        En fait, certains internautes reprochèrent à l’équipe d’Acermendax son acharnement contre ce pauvre Idriss. De fait, l’idée du prête-nom faisait sens.

        Mais je veux bien vous croire sur parole. Votre style littéraire semble différent de celui de Mendax (bien que ce dernier soit probablement capable de renouveler sa forme pour l’occasion).

        Quoi qu’il en soit, si j’étais Idriss et que je lisais un tel article, je pense que je vivrais l’expérience comme une véritable disgrâce. Pour ma part, je ne vous cache pas que j’ai pris un malin plaisir à parcourir ce texte de bout en bout. Nombreux de mes amis écoutent M.Aberkane et lui chantent des louages. Moi ça m’agace, alors votre récit fut pour moi une sorte d’exutoire.

        Répondre
        • Julien Albessard
          Julien Albessard dit :

          L’avant-propos rédigé par Acermendax relate véridiquement les événements : je les ai contactés spontanément pour leur proposer ce fact-checking, et ils ont accepté que nous collaborions en vue de publier ce travail dans les colonnes du blog. Nous n’avions jamais été en contact avant cela.

          Que ce festin critique puisse indisposer Idriss Aberkane, j’en suis convaincu ; qu’il vous ait régalée, j’en suis comblé. J’ai tempéré votre appel à l’humiliation pour dénier au coupable toute possibilité de se déclarer victime d’une justice trop zélée pour demeurer légitime. Pour une idole de cire, il est déjà assez violent d’être longuement soumis aux projecteurs de la réalité. Il n’est pas près d’enter au Musée Grévin ! (Désolé, c’était trop tentant…).

          Quant à ceux de vos amis que ce dealer d’attention éblouit, vous pouvez les renvoyer vers ce blog. Dans l’espoir qu’ils réalisent que s’enivrer de discours frauduleux obscurcit plus la vsion que ça n’éclaire la conscience, comme consommer de l’alcool de bois peut rendre aveugle.

          Répondre
  15. Porquepix
    Porquepix dit :

    Je plussois à l’ensemble de ce billet, mais j’ai quelques réserves sur un passage (quitte à critiquer, autant le faire avec les bons arguments, parce que là, vous tapez un peu à côté) :

    Lorsque vous écrivez  » l’intelligence artificielle de Google — la plus performante — obtient 47 à un test de Q.I., ce qui est moins bien qu’un enfant de 6 ans (55). Microsoft Bing obtient 32 ; Siri d’Apple, 24 ; un adulte moyen, 100 ; un HPI (Haut Potentiel Intellectuel), plus de 130 ; un THPI (Très Haut Potentiel Intellectuel), plus de 145-150. », j’ai les yeux qui saignent.

    Non un enfant de 6 ans n’a pas un QI de 55, sauf à souffrir d’une grave déficience mentale, et le QI n’augmente pas avec l’âge. Les tests de QI (WPSSI pour les enfants pré-scolaire, WISC pour les 6/16 ans et WAIS pour les adultes) sont étalonnés par tranche d’âge. Le QI, qui n’est que le reflet du rang percentile de la personne testée par rapport à ses « pairs », est une valeur qui reste remarquablement constante tout au long de la vie. les seuils que vous mentionnez (100, 130, 145) sont les mêmes quelque soit l’âge.

    Quand à la valeur supposée des QI des différentes IA testées, on ne sait pas quel est le test utilisé, ni l’échelle retenue, celle de Weschler couramment utilisée en France (avec un écart-type de 15 points) ou celle de Cattel utilisée elle aux USA (avec un écart-type de 24 points) ?

    bref ce point mériterait d’être creusé, car il fragilise sensiblement votre propos…

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci d’avoir attiré l’attention sur ce point. M’étant fait moi-même la réflexion, j’avais anticipé cette remarque critique. Si je me suis économisé la peine de fournir de telles précisions, c’est parce qu’il m’a paru assez évident qu’on parle ici de valeurs absolues moyennes. Les auteurs de l’étude eux-mêmes ne précisent pas à quelle échelle ils se réfèrent (ou l’information m’a échappé) ; on en déduit donc que c’est celle de Weschler, la plus communément utilisée (même par les états-uniens, il me semble, selon la plupart des articles en langue anglaise que j’ai consultés sur le sujet du Q.I.) De toute façon, ça ne changerait pas grand chose au problème mis en lumière : l’I.A. est très loin d’égaler l’humain à des tests de Q.I. (pour l’instant, en tout cas).

      Je vous laisse l’étude en brut → https://arxiv.org/vc/arxiv/papers/1709/1709.10242v1.pdf

      Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Autres précisions :
      – quand j’avance que même les états-uniens utilisent l’échelle de Weschler, je veux signifier par là qu’ils convertissent les scores dès lors qu’ils communiquent des résultats ;
      – l’étude en question a été menée par des chercheurs chinois.

      J’ai oublié de vous remercier pur le « plussoiement » global 😉

      Répondre
  16. Bretzel
    Bretzel dit :

    Merci pour cette enquête passionnante,
    J’ai lu cet article comme une nouvelle présentant une analyse des méthodes d’enquête de Jack Palmer par Rouletabille. Sauf que le personnage de Jack Palmer est absconiquement absurde, alors que M. Aberkane semble absurdement abscon. Et bien plus amusant (le premier).

    Répondre
  17. Julien Albessard
    Julien Albessard dit :

    Merci pour ce retour d’impression, qui je l’avoue, m’apparaît un brin abstrus, car j’ai du mal à en interpréter le sens et l’intention.

    J’approuve votre réhabilitation d’un terme issu du Moyen Français — je suppose que vous vouliez écrire « absconsément » —, adverbe qui, ma foi, mériterait sa place dans la français contemporain. Par absurde, souhaitiez-vous signifier « contraire à la raison » ? Si oui, puis-je vous demander pourquoi ?

    Manque-t-il un mot dans la phrase de clôture ? Devait-on lire « Et bien plus amusant (« que » le premier) » ?

    Merci d’avance pour vos éclaircissements 🙂

    Répondre
  18. garci
    garci dit :

    Algorithme (1:04:06)
    n’importe quelle recette est un algo très facilement
    il faudrait être benêt pour ne pas penser variables 😉
    donc effectivement même en dosant comme on le souhaite, c’est un algo, une des variables peut même être à zéro
    ensuite il peut aussi y avoir forcément des comportements en fonction de la valeur des différentes variables
    donc le rendu de l’algo dans la réalité sera en fait plusieurs rendus en fonction de la valeur des variables

    ce type raconte n’importe quoi en y plaçant des termes pompeux pour appâter le chalant

    effectivement pour l’alphabet c’est ça, le premier créé l’a été en cunéiforme
    il y avait un problème avec les signes syllabes, donc ils ont décidé de diviser encore plus ces sons
    il ont pris des signes mots déjà existants pour ne pas avoir à créer d’autres signes
    par exemple on a du aleph (le boeuf), les sons sont classés par ordre d’importance
    le boeuf est l’élément le plus important car il permet de tirer des charges lourdes et de travailler la terre
    de ce fait, on gagne plus d’argent avec que tout seul
    on peut mettre de l’argent de côté, et avec ça vient la lettre B (bitum, maison)
    on peut donc s’acheter une maison, le 2ème élément le plus important dans la vie de l’époque
    etc …

    Répondre
    • Julien Albessard
      Julien Albessard dit :

      Merci pour votre lecture attentive et vos précisions en matière d’algorithme et de linguistique.

      Oui, il semble que dire n’importe quoi devienne une sorte de performance artistique chez lui ^^

      Répondre
      • garci
        garci dit :

        de rien 😉
        la première fois que je l’ai vu c’était une vidéo facebook partagée l’année dernière
        dès l’écoute du discours je me suis dit que ça avait l’air d’être du charabia appris par cœur et débité en se prenant pour une star
        enfin bref, ça ne m’a vraiment pas donné confiance

        Répondre
      • garci
        garci dit :

        ah et j’oubliais
        là où il a encore manqué une occasion de se taire, c’est citant l’alphabet et son explication « historique » foireuse
        notre alphabet (cyrillique/romain), a été créé car dans cette ville très commerçante, il commençait très souvent à y avoir des problèmes de traductions sur la durée avec les signes syllabes
        et s’il y avait ces problèmes de traductions c’est que les mésopotamiens (assyriens et sumériens principalement), ne notaient jamais les langues étrangères en utilisant les signes afférents à ces langues
        donc ils les notaient en phonétique en utilisant leur signes
        la création de cet alphabet (cyrillique/latin) a été longuement pensée par des scribes à l’époque
        cette façon par exemple de faire un classement entre les différents signes mots existants et leur importance dans la société
        de cette façon, il n’y avait pas besoin de créer de nouveaux signes
        le plus petit premier son du mot correspondant au signe son était cette « lettre »

        informations disponibles par exemple dans « histoire de la mésopotamie » véronique grandpierre

        de ce fait notre faiseur de « neuro miracles » aurait d’une pierre 3 coups 😉
        il auraient « prouvé » son histoire de « multiplication des connaissances » en donnant cet histoire d’alphabet
        d’une on sait pourquoi il a été créé
        et de deux ce pourquoi donne un autre info, c’est que l’on utilisait à l’époque déjà de la phonétique pour écrire n’importe quelle langue (mais avec des signes syllabes, ce qui posaient problème)
        et par ce « biais » de confirmation il prouve sa théorie ! avec une info, on en a en fait deux ! 😉

        Répondre
        • garci
          garci dit :

          « […]de cette façon, il n’y avait pas besoin de créer de nouveaux signes
          le plus petit premier son du mot correspondant au signe mot était cette « lettre » et aussi le signe mot […] »

          Répondre
        • garci
          garci dit :

          en même temps ce n’est pas vraiment sa théorie qu’avec une info on obtient toute une foultitudes d’infos dérivées et imbriquées dans l’info principale

          il faudra que je me fasse une fonction récursive à un seul polynôme élevé à plusieurs degrés avec lesquels je vais faire des opérations quelconques pour modéliser cette façon de fonctionner (obtenir plusieurs infos « X^s » dérivées et étant imbriquées dans une info « X ») (pour rester dans son délire d’utiliser des termes pompeux au lieu d’utiliser un seul terme 😉 )
          pour l’instant ma fonction est E(X^s)=X
          et comme dit dans son mémoire sur le site internet, avec E, X et s non définis pour l’instant 😉

          Répondre
        • garci
          garci dit :

          ce serait plutôt
          E->ensemble
          X->info quelconque
          E((X+1)^N)=X
          donc E étant une fonction récursive présentant l’ensemble des infos dérivants et étant imbriquées par la connaissance de X 😉
          E étant non définie pour l’instant
          lol qu’est-ce qu’on se marre
          quand est-ce que j’ai mon doctorat ? 😉
          ou à minima ma publication sur tel.archivesouvertes 😉

          Répondre
        • garci
          garci dit :

          oulah je suis fatigué
          on va dire plutôt (pour rester dans le délire d’être le plus réaliste possible)
          E((X+1)^N)=F
          avec F étant de construction fractale (j’ai la flegme de retapé la description 😉 ) contenant X (forcément) et « non définie pour l’instant »

          Répondre
      • garci
        garci dit :

        ensuite pour le : « donc le rendu de l’algo dans la réalité sera en fait plusieurs rendus en fonction de la valeur des variables »
        un algo connaissant ce que l’on connait (pour rester dans la la théorie de la connaissance)
        alors il peut avoir plusieurs rendus qui vont être en fait les mêmes rendus pour le goût et les textures et un être humain non exercé ne se rendra pas compte de la différence (connaissance de la chimie alimentaire par exemple par un robot)

        Répondre
    • garci
      garci dit :

      sinon, et enfin, pour enfoncer le clou
      la seul façon de résoudre le problème par exemple de localisation statique et dynamique d’un robot, c’est en calcul ensembliste
      ça fait déjà depuis 10 ans que c’est fait
      alors les IA qui reposent sur les « réseaux neuronaux » ne donneront jamais rien
      le calcul ensembliste a évolué de le début 2000 et quelqu’un qui a décidé d’améliorer ses outils, ici par exemple :
      https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00457239/document

      alors notre aberkanne va bientôt pouvoir changer de crèmerie, en s’apercevant peut être un jour qu’il peut modéliser du tout et n’importe quoi existant dans la réalité simplement avec des algos et du calcul ensembliste 😉
      mais il est vrai que ça demande du travail, du temps et de la patience, des définitions les plus concises possibles tout en ouvrant diverses possibilités, ça s’appelle le fait comme disait poincaré de modéliser un système de manière réaliste et totalement générique

      Répondre
  19. sissa
    sissa dit :

    A mon tour je vais féliciter l’auteur de ce travail. C’est vrai que beaucoup d’éléments pouvaient inciter à se méfier du personnage(ce qui a été dit sur son CV, le ton général de ses interventions qui fait plus penser à un animateur d’émission pour « jeunes » qu’à un chercheur, son goût de la formule choc qui ne veut pas dire grand chose…) mais pointer ainsi ses imprécisions voire ses inexactitudes était nécessaire.
    Bien sûr, une fois de plus on pourra regretter que cette analyse qui aurait sans doute demandé plus de boulot(et de meilleure qualité) que la préparation de la conférence connaîtra une diffusion moindre..

    Répondre
  20. Julien Albessard
    Julien Albessard dit :

    Le travail de transcription fut sans aucun doute la partie la plus ingrate de ce travail. J’en profite pour blâmer celle qui figure sur le site du CERA, car elle n’est même pas fidèle !
    Eh oui ! céder aux séduisants appels côté obscur de la Force est aisé, mais ce qu’on en retire a peu de valeur intrinsèque et finit toujours par nous corrompre. C’est déjà une forme de récompense d’avoir pu publier mon travail sur ce blog — dont les habitués sont des lecteurs de qualité, soit critiques et exigeants.

    Merci pour vos félicitations.

    Répondre
    • garci
      garci dit :

      à force de l’éplucher
      vous pouvez donc maintenant faire un algorithme, même une fonction (donc avec document sur tel.archives-ouvertes.fr) permettant de modéliser un charlatan 😉
      et ça ça servira sûrement mieux à la théorie de « l’économie de la connaissance » 😉

      Répondre
  21. laurent
    laurent dit :

    « la doctrine de Saint-Augustin sur la Grâce, à savoir que cette dernière relèverait de la prédestination, de l’élection divine — chacun serait élu ou damné dès l’origine »

    Il faut rappeler que la prédestination tel que vous la définissez est anathème dans l’Eglise catholique.
    Vous n’avez donc pas compris vous-même parfaitement toute la subtilité de la doctrine de Saint-Augustin.

    Répondre
  22. JM
    JM dit :

    Bonjour,
    ayant vérifié quelques points de votre fact-checking sur le tableau de st augustin, je suis allé un peu plus loin sur l’affirmation « il piétine les livres ». il se trouve que j’ai trouvé de quels livres il s’agit, que ce ne sont pas n’importe lesquels et qu’ils sont par terre pour une raison très précise. ce qui contredit totalement l’idée d’une subversion de SA dans le tableau. ce n’est pas parce que « il en a rien a foutre », au contraire. je peux vous faire suivre un pdf.

    Répondre
    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Si vous pouvez donner quelques détails ici et des liens pour éclairer tout le monde, je vous en serai reconnaissant.

      Répondre
  23. Julien Albessard
    Julien Albessard dit :

    J’avoue n’être pas théologien et avoir peut-être résumé trop grossièrement la doctrine de Saint-Augustin. Je vous serai sincèrement reconnaissant de m’en exposer les subtilités.

    Répondre
  24. JM
    JM dit :

    il faut récupérer une version du tableau en HD pour zoomer dessus. on le trouve dans google image.
    si on zoome sur les livres on voit qu’il n’y en a que 3, et qu’il y a marqué dessus PELAGIUS, CAELESTIUS, JULIANUS. sur plusieurs autres représentations de St Augustin sur d’autres gravures on retrouve ces mêmes noms sur des livres à terre.
    de là il est simple de remonter vers le pélagianisme, doctrine hérétique combattue par Augustin, et condamnée par l’empereur et le pape.
    ce piétinement n’est donc pas un soi-disant rejet subversif d’un enseignement classique livresque comme le sous-entend IA, mais le symbole du combat gagné d’Augustin contre le pélagianisme.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9lagianisme
    http://encyclopedie_universelle.fracademic.com/17244/P%C3%89LAGIANISME
    http://numelyo.bm-lyon.fr/f_view/BML:BML_00GOO01001THM0001augustin_heresies#Augustin_et_les_P%C3%A9lagiens

    Répondre
  25. JM
    JM dit :

    @Laurent. Il est injuste de reprocher à Julien qu’un résumé de la doctrine d’Augustin tenant sur une phrase ne soit pas parfaite. Il y a ensuite des liens qui permettent de creuser sur la part prédestination/libre arbitre.
    m’étant intéressé à la question sans être non plus théologien j’ai trouvé ce paragraphe:
    « La nature humaine a été irrémédiablement blessée par le péché commis par Adam dans le Jardin de la Genèse : le « péché originel » n’est rien d’autre que les conséquences de cet acte, mystérieusement transmises à ses descendants ; il se manifeste dans la tendance au mal qui habite le cœur de tout homme. Blessée par la Chute, la nature humaine a donc absolument besoin d’un Médecin, qu’elle trouve en la personne du Christ. Mais qui sera sauvé ? Le Salut, fruit de la grâce, est un don de la Miséricorde de Dieu à l’homme pour qui la condamnation n’est que justice, du fait du péché originel. Dieu seul connaît ceux que, dans la miséricorde, il a choisis, « prédestinés », pour qu’ils soient sauvés. Et Augustin s’arrête au seuil de ce mystère.
    La grâce est gratuite, car l’homme n’a rien fait et ne peut rien faire pour la mériter. Bien plus : sans elle, les hommes peuvent certes poser des actes objectivement bons, mais ceux-ci n’étant pas animés par la charité (qui est, pour Augustin, un don de Dieu), ces actes n’ont pas de valeur par rapport au salut éternel.
    Grâce de Dieu, libre-arbitre de l’homme et prédestination : ces mêmes points opposèrent catholiques et protestants, puis jésuites et jansénistes aux XVIe et XVIIe siècles. »

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