Cher commentateur

Cher commentateur…

Vous lisez probablement cet article parce que quelqu’un vous a suggéré ce lien suite à l’un de vos commentaires.

Les chaînes et les blogs sceptiques comme celui-ci reçoivent des commentaires de toutes sortes, certains positifs, enthousiastes, voire flatteurs, d’autres outrés ou accusateurs, parfois pertinents, mais hélas qui donnent trop souvent dans l’ad hominem, l’affect, l’injure et le soupçon d’appartenir à une conspiration ou à une autre.

Devant de tels messages, le blogueur est amené à faire des choix. Certains ferment les commentaires pour éviter tout débordement, mais cela tue le dialogue et aseptise un milieu qui devait être propice aux échanges d’idées. C’est donc généralement concéder une défaite que de recourir à ce procédé ; il faut trouver une autre solution.

Ma solution privilégiée est de répondre sur le terrain des faits tout en soulignant les artifices rhétoriques dont nos chers commentateurs les plus remontés abusent trop souvent. Mais une fois que l’on a démontré la fausseté d’un argument ou bien le biais à l’oeuvre dans un discours, que l’on a clairement posé les questions qui permettraient à la discussion de devenir constructive, si notre interlocuteur s’entête à répéter les mêmes erreurs en variant le ton, il n’est plus temps de s’acharner, et c’est ici que je vous propose, cher commentateur, de vous poser ces questions.

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Vous apportez un avis différent ? Votre commentaire est le bienvenu. Ca ne veut pas dire que c’est vous qui avez raison.

§ 1. Pensez-vous que certaines personnes se font de fausses idées sur le monde ?

  • Oui. Allez au §2.
  • Non. vous ne pouvez pas répondre « non » puis me reprocher d’avoir tort sur quoi que ce soit. En conséquence, renoncez à débattre ou rendez-vous au §2.

 

§ 2. Pensez-vous qu’il existe des méthodes meilleures que d’autres pour évaluer la valeur d’une proposition sur le monde ?

  • Oui. Allez au §3
  • Non. Si vous répondez non, mais que vous confiez votre voiture à un garagiste ou bien votre chien à un vétérinaire, vous n’appliquez pas ce principe dans la vie de tous les jours, car vous admettez que le garagiste et le vétérinaire ont une méthode plus efficace que la votre pour détecter un problème et le résoudre. Il serait plus sage d’aller au §3.

§ 3. Comment proposez-vous de distinguer les bonnes méthodes des moins bonnes ?

  • La démarche scientifique fondée sur le test empirique des hypothèses : la recherche systématique de l’erreur.
  • Le tirage au sort.
  • Le choix selon l’humeur.
  • La tête du client.
  • Avec un pendule.
  • Avec le test de Rorschach.
  • etc.

La question centrale aux sujets abordés par les blogs sceptiques-zététiques est celle du choix de la méthode pour établir si une proposition est vraie ou fausse. Sur ce blog, et de manière générale dans notre civilisation, on fait le choix de se fier à la méthode scientifique, non parce qu’elle serait parfaite, mais parce qu’elle est celle qui présente le moins de défauts, et surtout parce qu’elle est auto-correctrice par nature.

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Avoir tort peut rendre un peu colérique. Mais être colérique n’aide pas à avoir raison.

Le choix de la démarche scientifique.

La démarche scientifique est la seule qui garantisse de parvenir au résultat le plus sûr possible compte tenu de nos connaissances. Certains voudront voir du scientisme dans cette affirmation, une sorte de « religion de la science ». Et cette accusation est souvent le refuge du contradicteur qui refuse de considérer la science comme ce qu’est elle, à savoir : une pensée méthodique.

Cette méthode permet d’écarter les hypothèses fausses. Souvenons-nous que toutes les pseudo-sciences et les pseudo-médecines, même les plus bizarres, ont leurs défenseurs (par définition ! celles qui n’en ont pas, ben on ne les connait même pas). Idem pour toutes les théories du complot les plus absurdes. Votre croyance vous semble correspondre au réel, mais c’est également le cas de tous ceux qui défendent une croyance qui vous semble ridicule à vous. À moins d’accepter d’employer l’esprit critique et la démarche rationnelle du test d’hypothèse, vous devez accepter toutes les croyances : l’astrologie, l’acupuncture, l’origine extraterrestre des agroglyphes, les dangers du gluten, la théorie de la Terre Creuse, l’hypothèse exotique de Roswel, l’existence des reptiliens, le créationnisme, les complots sur le Sida, les vaccins, le 11 septembre et Lady Di, etc.

Dans les cas particulièrement répandus et dangereux des pseudomédecines, libre à chacun de se soigner avec des saignées, des ventouses, de l’homéopathie, de l’urine, de la corne de rhinocéros, de la lithothérapie, du shamanisme, du prâna, etc. Mais celui qui doute d’une seule de ces pratiques : 1) Il a raison 2) Ca veut bien dire qu’on doit faire le tri, et 3) Il est utile de se rappeler que les malades ne sont pas forcément les mieux placés pour savoir ce qui les soigne ; il y a des gens dont le métier est de tester des hypothèses sur les causes des maladies et le meilleur moyen de s’en débarrasser. Chacun son expertise.

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À la seconde où vous vous énervez, vous inhibez les zones de votre cerveau qui vous aident à prendre conscience que vous pouvez avoir tort. Mauvaise stratégie.

 

Merci pour votre commentaire.

À présent que vous avez accepté de lire ces quelques lignes, cher commentateur, vous comprenez peut-être mieux ce qui vous dérangeait dans l’article où vous avez posté un commentaire. Pour un échange de qualité, intéressez-vous au fonctionnement de la science en vous gardant bien de vous battre contre une image d’Épinal de la Science avec une majuscule. N’oubliez pas que vous discutez avec un être humain qui a peut-être des choses à vous apprendre, surtout s’il est partisan d’une méthode qui a priori lui permet d’accepter de changer d’avis dès qu’il s’aperçoit qu’il peut avoir tort, et qui par conséquent doit avoir de bonnes raisons de penser ce qu’il pense. Inversement, n’oubliez pas qu’il est lui même ouvert au dialogue et donc demandeur de bonnes raisons de changer d’avis.

Les blogueurs sceptiques, y compris celui qui écrit ces mots peuvent se planter royalement sur tout un tas de choses, et si c’est le cas ils se montreront très reconnaissants envers celui ou celle qui les corrigera (même s’ils passent par une phase désagréable d’inconfort à un moment donné).

Ne cherchez pas à gagner le débat, mais à gagner au débat. Or celui qui gagne le plus, c’est celui qui a acquis de nouvelles cognitions.

Que vos futurs échanges soient fructueux.

10 réponses
  1. OPi
    OPi dit :

    « À cette manière de faire il [Socrate] oppose une règle simple : dans le vrai dialogue, chacun considère le jugement de l’autre comme seul témoin fiable de la solidité de ce qu’il avance. Il n’est pas combat, mais mise à l’épreuve du jugement d’autrui et, conjointement, du sien. Il ne vise ni à simplement « changer d’opinion » ni à camper obstinément sur ses positions, mais à coopérer dans le but de mettre en évidence des principes et conclusions qui n’étaient pas donnés d’avance. La conscience de chacun, en la matière, demeure souveraine et n’a pas droit à la démission devant quelque argument d’autorité que ce soit. Le dialogue vrai est cette expérience rare à l’occasion de laquelle une exigence concertée de vérité conduit réellement à penser ensemble : on ne se fera pas de cadeau, non qu’on en veuille à l’interlocuteur, mais parce qu’on est deux à vouloir le vrai – désir satisfait par cette forme miraculeuse de partage où ce qui revient à chacun égale ce qui a été partagé : le dialogue ne divise pas, il unit en un avenir de commune vérité. Pour dialoguer réellement, pour raisonner ensemble, il faut certes être deux, chacun demeurant fidèle à sa propre volonté de vérité, mais dans le but de se rejoindre en un horizon qui n’appartient à personne parce qu’il est commun à tous : l’horizon du vrai. »
    (« La Raison »/ Michel Delattre)

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    • Kristen Chaman
      Kristen Chaman dit :

      « le dialogue vrai », « une exigence concertée de vérité », « réellement à penser ensemble », « à vouloir le vrai », « forme miraculeuse », « en un avenir de commune vérité », « pour dialoguer réellement », « sa propre volonté de vérité » et « l’horizon du vrai ». : je pense que Michel Delattre est un piètre philosophe, car ce qu’il écrit est, partiellement, dénué de raison. Malgré qu’il défende le dialogue qu’il qualifie de vrai, on ne voit pas pourquoi ; on s’aperçoit vite dans cet extrait qu’il idéalise plus qu’il ne raisonne ; qu’il extrapole plus qu’il analyse. Si le contenu de son livre « La Raison » est dans la lignée de cet extrait, le lire, hélas, me semble être une torture inutile.

      « L’aigle jamais n’a perdu plus de temps, qu’en écoutant les leçons du corbeau. » : William Blake

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  2. Shikamaroux Nara
    Shikamaroux Nara dit :

    « À la seconde où vous vous énervez, vous inhibez les zones de votre cerveau qui vous aident à prendre conscience que vous pouvez avoir tort. »

    Source svp?

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  3. Pilila
    Pilila dit :

    Analyse pertinente, dont l’effet positif, ici structurant, comme tous les outils performants, dépend de l’usage que l’on en fait. Se faire renvoyé sur votre page, qui ceci dit a eu l’heure d’enrichir mon argumentaire personnel, je vous en remercie, et se faire immédiatement après bannir de la discussion d’origine, parce que l’on a osé ne pas s’agenouiller avec assez d’humilité devant la totalité des aspects d’un argumentaire à base scientifique … Comment fait-on ?
    Oui, je commence à en avoir l’habitude, on ferme sa gueule et on laisse tomber …

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    • Acermendax
      Acermendax dit :

      Il peut y avoir de la fermeture doxatique chez les défenseurs de la méthode scientifique. Il peut même y avoir des connards et des gens intellectuellement malhonêtes.
      Mais si vous dites ici que vous commencez à « en avoir l’habitude », le caractère de vos contradicteurs n’est plus la meilleure explication à vos déboires ; il y a sans doute quelque chose dans votre manière de débattre qui ne permet pas un échange serein.

      Répondre

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